Le pays du long mirage rond

REUTERS/Fadi Al-AssaadPrime de but chez les footballeurs néo-zélandais: une place pour aller voir jouer les All Blacks

Au pays des All Blacks, les footballeurs font office de smicards. Partons à la découverte du Auckland FC et de sa croatian touch, qui sera présent à la prochaine Coupe du monde des clubs.

Dimanche, pendant que le monde n’aura d’yeux que pour les All Blacks, les pousse-citrouilles de Nouvelle-Zélande reprendront le chemin des terrains. Un beau sens du timing de la part des pontes de l’ASB Premiership, le championnat domestique. Le titre, comme toujours depuis la création de la compétition il y a sept ans, devrait se résumer à un match entre le FC Auckland (3 couronnes) et le Waitakere United (4 couronnes).

Autant dire que les derbies entre les deux clubs, qui peuvent rassembler jusque 4.000 spectateurs, feront office de juge de paix. Le suspens sera tout aussi limité en Ligue des champions océanienne, désertée par les équipes australiennes depuis que la fédé de l’île-continent a rejoint la confédération asiatique. Le tournoi s’offre quasi exclusivement aux deux formations kiwies. Il faut dire que face à la concurrence des îles Cook, du Vanuatu, ou de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, la tâche n’est pas trop compliquée.

Le foot néo-zélandais offre une bien belle galerie de portraits, entre mineurs britanniques rougeauds et gamins de bonnes familles qui tapent la balle à l’école sous l’oeil de soccer mums qui ne les laisseraient pas aller se faire mal au rugby face à ses polynésiens hors gabarits. On y croise aussi une fraternité croate qui tient les rênes du Auckland FC (comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande est depuis longtemps un pays d’accueil de Slaves du sud). Président du club: Ivan Vuksich, fils d’immigrés ayant fui le communisme. Chargé de com’: Stephen Vuksich, fiston. Manager et ancien coach: Paul Posa, lui aussi d’ascendance à damier. Capitaine: Ivan Vicelich, ancien pro passé par l’Eredivisie hollandaise, au Roda JC et au RKC Waalwijk avant de rentrer dans son pays natal dont il a porté les couleurs l’été dernier en Afrique du Sud. Entraîneur des jeunes: Chris Zoricich, ex-beau-frère du précédent et capitaine des All Whites au tournant du millénaire.

C’est d’ailleurs Chris qui raconte la Coupe des confédérations 2003, et notamment la raclée subie contre la France 5-0 au Stade de France: “J’avais été impressionné par Marcel Desailly. C’est vraiment un joueur que j’adorais.” Sur la pelouse ce soir là, Henry, Wiltord, Pirès ou encore Lizarazu. Mais aussi Djibril Cissé, Benoît Pedretti, Steve Marlet et Olivier Kapo, auteur d’un des buts français. Les Bleus ont depuis bien changé, et ce n’est pas passé inaperçu aux antipodes, où l’on se moque bien de cette équipe, avec un goût plus que douteux: “Vous avez reçu cet email ? Il dit: vous voulez voir une preuve du réchauffement climatique ? Et là vous ouvrez la pièce jointe avec une photo de l’équipe de France de 2010.” Sous-entendu: avec tous ces noirs sur le terrain… Silence gêné autour de la table après ce dérapage d’un des cadres du club.

En 2003, les Néo-Zélandais en avaient aussi pris trois contre le Japon et la Colombie en poule. C’était l’époque d’avant Ricki Herbert, d’avant la Coupe du monde 2010 (les All Whites furent la seule équipe invaincue de la compétition, avec trois matchs nuls), d’avant l’argent de la FIFA pour vivifier la fédération kiwie.

Si l’équipe nationale a des perspectives de développement intéressantes dans les prochaines années, du côté du Auckland FC, on continue de vivoter. Les joueurs sont 100% amateurs, et touchent entre 300 et 400 dollars néo-zélandais (180-240 euros) par semaine pour couvrir leurs frais. Certains bénéficient d’emplois gracieusement proposés par la municipalité, en tant qu’animateurs sportifs. Le budget annuel total du Auckland FC ne dépasse pas les 600.000 dollars (360.000 euros, l’équivalent d’un club de cinquième division française, selon nos estimations).

Le pays ne compte qu’une équipe complètement professionnelle, les Wellington Phoenix, coachés par Ricki Herbert, et évoluant comme franchise dans la A-League australienne, sorte de MLS du pauvre. Pour les autres, la débrouille. “Avec l’argent du gouvernement, ce serait possible d’avoir un championnat professionnel, juge Daddy Vuksich. Le foot est le business le plus rentable au monde, les politiques ne devraient pas hésiter.” Jamais à court de contradictions, le président enchaîne dans la seconde suivante: “Le problème de notre championnat, c’est qu’on fait dans l’assistance sociale. Les bénéfices du beau parcours des All Whites à la Coupe du monde ont été reversés à toutes les équipes de la Premiership, tout comme ceux de nos participations à la Coupe du monde des clubs. C’est un système soviétique !”, tranche le président.

Les résultats du Auckland FC au Mondial des clubs sont une des grandes fiertés de Vuksich Senior. Il mènera ses troupes au Japon pour la prochaine édition du tournoi. Au premier tour, ses boys affronteront le vainqueur de la Ligue des champions asiatique. Avec des ambitions affirmées. En 2009, Auckland FC avait battu Al-Ahly Dubaï et le Tout-Puissant Mazembe, finaliste l’an dernier. “On adore cette compétition, elle nous donne une formidable exposition. On se qualifie toujours les mêmes années que le FC Barcelone”, s’enflamme-t-il. De là à retrouver Messi & co en finale…

François Mazet et Sidney Maréval

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Au pays des All Blacks, les footballeurs font office de smicards. Partons à la découverte du Auckland FC et de sa croatian touch, qui sera présent à la prochaine Coupe du monde des clubs.

Dimanche, pendant que le monde n’aura d’yeux que pour les All Blacks, les pousse-citrouilles de Nouvelle-Zélande reprendront le chemin des terrains. Un beau sens du timing de la part des pontes de l’ASB Premiership, le championnat domestique (http://www.nzfc.co.nz/). Le titre, comme toujours depuis la création de la compétition il y a sept ans, devrait se résumer à un match entre le FC Auckland (3 couronnes) et le Waitakere United (4 couronnes).

Autant dire que les derbies entre les deux clubs, qui peuvent rassembler jusque 4.000 spectateurs, feront office de juge de paix. Le suspens sera tout aussi limité en Ligue des champions océanienne (http://en.wikipedia.org/wiki/OFC_Champions_League), désertée par les équipes australiennes depuis que la fédé de l’île-continent a rejoint la confédération asiatique. Le tournoi s’offre quasi exclusivement aux deux formations kiwies. Il faut dire que face à la concurrence des îles Cook, du Vanuatu, ou de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, la tâche n’est pas trop compliquée.

Le foot néo-zélandais offre une bien belle galerie de portraits, entre mineurs britanniques rougeauds et gamins de bonnes familles qui tapent la balle à l’école sous l’oeil de soccer mums qui ne les laisseraient pas aller se faire mal au rugby face à ses polynésiens hors gabarits. On y croise aussi une fraternité croate qui tient les rênes du Auckland FC (comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande est depuis longtemps un pays d’accueil de Slaves du sud). Président du club: Ivan Vuksich, fils d’immigrés ayant fui le communisme. Chargé de com’: Stephen Vuksich, fiston. Manager et ancien coach: Paul Posa, lui aussi d’ascendance à damier. Capitaine: Ivan Vicelich, ancien pro passé par l’Eredivisie hollandaise, au Roda JC et au RKC Waalwijk avant de rentrer dans son pays natal dont il a porté les couleurs l’été dernier en Afrique du Sud. Entraîneur des jeunes: Chris Zoricich, ex-beau-frère du précédent et capitaine des All Whites au tournant du millénaire.

C’est d’ailleurs Chris qui raconte la Coupe des confédérations 2003, et notamment la raclée subie contre la France 5-0 au Stade de France: “J’avais été impressionné par Marcel Desailly. C’est vraiment un joueur que j’adorais.” Sur la pelouse ce soir là, Henry, Wiltord, Pirès ou encore Lizarazu. Mais aussi Djibril Cissé, Benoit Pedretti, Steve Marlet et Olivier Kapo, auteur d’un des buts français. Les Bleus ont depuis bien changé, et ce n’est pas passé inaperçu aux antipodes, où l’on se moque bien de cette équipe, avec un goût plus que douteux: “Vous avez reçu cet email ? Il dit: vous voulez voir une preuve du réchauffement climatique ? Et là vous ouvrez la pièce jointe avec une photo de l’équipe de France de 2010.” Sous-entendu: avec tous ces noirs sur le terrain. Silence gêné autour de la table après ce dérapage d’un des cadres du club.

En 2003, les Néo-Zélandais en avaient aussi pris trois contre le Japon et la Colombie en poule. C’était l’époque d’avant Ricki Herbert, d’avant la Coupe du monde 2010 (les All Whites furent la seule équipe invaincue de la compétition, avec trois matchs nuls), d’avant l’argent de la FIFA pour vivifier la fédération kiwie.

Si l’équipe nationale a des perspectives de développement intéressantes dans les prochaines années, du côté du Auckland FC, on continue de vivoter. Les joueurs sont 100% amateurs, et touchent entre 300 et 400 dollars néo-zélandais (180-240 euros) par semaine pour couvrir leurs frais. Certains bénéficient d’emplois gracieusement proposés par la municipalité, en tant qu’animateurs sportifs. Le budget annuel total du Auckland FC ne dépasse pas les 600.000 dollars (360.000 euros, l’équivalent d’un club de cinquième division française, selon nos estimations).

Le pays ne compte qu’une équipe complètement professionnelle, les Wellington Phoenix, coachés par Ricki Herbert, et évoluant comme franchise dans la A-League australienne, sorte de MLS du pauvre. Pour les autres, la débrouille. “Avec l’argent du gouvernement, ce serait possible d’avoir un championnat professionnel, juge Daddy Vuksich. Le foot est le business le plus rentable au monde, il ne devrait pas hésiter.” Jamais à court de contradictions, le président enchaîne dans la seconde suivante: “Le problème de notre championnat, c’est qu’on fait dans l’assistance sociale. Les bénéfices du beau parcours des All Whites à la Coupe du monde ont été reversés à toutes les équipes de la Premiership, tout comme ceux de nos participations à la Coupe du monde des clubs. C’est un système soviétique !”, tranche le président.

Les résultats du Auckland FC au Mondial des clubs sont une des grandes fiertés de Vuksich Senior. Il mènera ses troupes au Japon pour la prochaine édition du tournoi. Au premier tour, ses boys affronteront le vainqueur de la Ligue des champions asiatique. Avec des ambitions affirmées. En 2009, Auckland FC avait battu Al-Ahly Dubaï et le Tout-Puissant Mazembe (http://blog.slate.fr/plat-du-pied-securite/2010/12/17/le-tout-puissant-va-t-il-sauver-le-foot-dafrique-noire/), finaliste l’an dernier. “On adore cette compétition, elle nous donne une formidable exposition. On se qualifie toujours les mêmes années que le FC Barcelone”, s’enflamme-t-il. De là à retrouver Messi & co en finale…

François Mazet et Sidney Maréval

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Un commentaire pour “Le pays du long mirage rond”

  1. […] Finale – Coupe du monde rugby 2011: La pub qui fait tâcheSportune.fr, le spécialiste de l’économie du sport businessLa finale de la Coupe du monde de rugby 2011, France – All Blacks, c'est aussi l'occasion, pour les publicitaires, de créer le buzz avait des campagnes marketing choc. Sauf que parfois, certaines agences en font un peu trop. Selon certains, c'est le …Coupe du Monde de Rugby : un bookmaker paie déjà les gains de la …Boursier.comLe pays du long mirage rondSlate.fr […]

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