Scholes, le roux fin

C’est bien connu, les roux mangent les enfants

Paul Scholes tire sa révérence. Hommage à un footballeur exceptionnel, sous-estimé à cause de ses cheveux oranges.

On s’y attendait mais la nouvelle fait mal. Paul Scholes prend sa retraite. A l’image du joueur qu’il était, le numéro 18 de Manchester United s’en va avec classe et discrétion. « Je ne suis pas un homme qui parle beaucoup mais je peux honnêtement dire que jouer au football est tout ce que j’ai toujours voulu faire et d’avoir eu une carrière longue et fructueuse à Manchester United a été un véritable honneur ».

En effet, la carrière de Paul Scholes n’est pas marquée par les frasques hors du terrain ou en conférence de presse. Non. Lui jouait juste et humble. Quand Fabio Capello fait appel à lui à la dernière minute pour renforcer le milieu en vue de la Coupe du Monde, Paul, en retraite internationale depuis 2004, refuse. « J’ai essayé, déclarait Capello. Cela dépendait de lui. Il a dit non. Nous l’avons suivi dans la deuxième partie de saison, et il a très bien joué. Mais il préférait rester avec sa famille ».

L’homme en avait peut-être aussi marre des rendez-vous manqués avec la sélection anglaise, seule ombre au tableau d’une carrière bien remplie. Comme l’attestent les nombreux éloges de fin de carrière exprimés ces dernières heures par les acteurs du foot mondial. « C’est le meilleur joueur de sa génération, s’enflamme Rio Ferdinand. J’ai adoré chaque minute que j’ai passé sur le terrain avec lui. C’est une légende. » Ferguson embraye. « Paul a toujours été source d’inspiration pour les joueurs de tout âge. » Les Mancuniens en font-ils trop ? Même pas.

Le premier milieu moderne

Scholes a marqué les joueurs avec ou contre qui il a joué. Veron et Xavi, pour ne citer qu’eux, en ont témoigné ces dernières années. L’Argentin se souvient avoir essayé de placer les mêmes pralines de 40 mètres que le rouquin plaçait à froid en plein hiver. Il s’est claqué.

Le meneur de jeu du Barça, lui, avouait sans détours que Scholes est « le plus grand milieu de terrain que j’ai vu dans les 20 dernières années. Il est spectaculaire, il a tout : la dernière passe, les buts, il est solide, il ne perd jamais la balle, il possède une vision du jeu.» Pourtant, le rouquin n’a pas laissé que des bons souvenirs à son homologue barcelonais.

Paul Scholes v Barcelona – CL2008 par elfenomeno15

Scholes précurseur de XavIniesta ? C’est bien possible. Le Diable Rouge a commencé sa carrière en soutien de l’attaquant pour la finir en sentinelle devant la défense. Paulo c’est un mix entre la hargne défensive de Roy Keane et la vista offensive d’un Sneijder. La synthèse parfaite du milieu de terrain moderne après laquelle courent Pirlo, Gerrard, Lampard, Vieira et consorts. Le mec a joué avec Cantona, Beckham, CR7 et Rooney en 17 saisons à ManU. Il était au sommet de son art de 1994/1995 à 2004/2005, enfilant plus de 10 buts par saison et écrivant l’essentiel de son interminable palmarès. Scholes, comme Giggs, Ferguson, Charlton ou Best est associé à son club. Il a remporté 2 des 3 LDC de ManU et 10 des 19 titres de champion des Red Devils.

Déficit médiatique

Pourtant Scholes est peu médiatisé et relativement méconnu. Au-delà du caractère taiseux, on a envie d’évoquer une dernière caractéristique du bonhomme. Il est roux. Il n’existe pas de héros roux. Dans la société, les roux sont même très mal vus, comme le démontre brillamment cet épisode de South Park ou le fameux clip de Romain Gavras.

A bien y réfléchir, les roux sont également stigmatisés dans le football. Xavi avance que si Scholes avait été Espagnol, il aurait reçu plus de reconnaissance. PDPS pense différemment. Si Scholes n’avait pas été roux, il aurait été la même idole que Beckham, Gerrard ou Giggs. Il se serait peut-être même tapé Ginger. Car la rousse est plus attirante que le roux.

Hélas, loin d’être brun, Paul Scholes est un rouquin. Il rejoint donc la longue liste des joueurs sous-estimés par rapport à leur potentiel à cause de leur couleur de cheveux. A se demander s’il n’existe pas des quotas dans les centres de formations pour limiter le nombre de roux.

Demandez à Jérémy Mathieu pourquoi il n’a aucune sélection en équipe de France alors que Trémoulinas et Cissokho ont été appelés ! Expliquez à Wayne Rooney pourquoi le public de Manchester United (pourtant terre de rouquins) n’a jamais inventé de chanson en son nom ! Pourquoi se souvient-on mieux des boulettes de Riise que de ses réussites ( et ) au point que son club songe à le remplacer par Clichy? Pourquoi le ballon d’or 1999 est-il revenu à Rivaldo et non à Scholes ?

La réponse à toutes ces questions tient malheureusement dans la couleur de cheveux. Les roux ne sont pas vendeurs, sauf pour une banque en ligne. Plus jamais un roux ne sera président des Etats-Unis (après Garfield). Mais cela ne nous empêche pas de nous délecter de ce florilège des plus belles actions de Paulo, le néo-retraité.

Olivier Monod

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Crédit photo: Reuters

8 commentaires pour “Scholes, le roux fin”

  1. J’apprécie beaucoup le début de l’article. La fin, sur “le complot roux”, me paraît plus aléatoire. Peut-être parce qu’elle est au deuxième degré, mais quand même.

    Je me contenterai d’une remarque sur cette phrase : “il n’existe pas de héros roux.” Il n’y a pas si longtemps, pour ne pas dire que c’est toujours le cas, il y avait un domaine où les roux étaient dominants. Les seuls héros, les vrais, c’était eux. Tintin, j’ai un doute. Je ne sais pas qu’elle est sa couleur de cheveux officielle. Mais dans la BD franco-belge, les héros roux sont majoritaires ! A commencer par le plus connu d’entre eux, très clairement : Spirou. Même Obélix, le seul vrai héros dans la série Astérix, est roux.

  2. Un point essentiel : “Paul Scholes is a great player because he keeps his mouth shut”. (Alex Ferguson)

    Le “Ginger Spice” n’a pas fait de campagnes de pub et alors ? Il a un palmarès extraordinaire, et a voué toute sa carrière à son club ce qui est un bien meilleur indicateur de la qualité humaine du gars.

    La grande différence avec XavIniesta est qu’il etait aussi une réelle teigne sur le terrain. Ses actes d’anti-jeu (élevé avec Roy Keane ca vous marque) ont aussi, peut-être plus que sa couleur de cheveu, contribué à altérer son image.

    Je n’ai pas l’impression que la couleur de cheveu ait empéché Boris Becker de devenir un totem du tennis. Je ne comprends pas trop cet article.

    Restera un immense joueur, discret, qu’il vaut mieux compter dans ses rangs que contre soi.

  3. “Les Roux ne sont pas sexys”… Ah bon ? (J’ai toujours trouvé la rousseur très sexy pour ma part) “Jamais un roux ne sera président des Etats-Unis”. Ah bon ? Remplacez “roux” par “arabe” ou “noir”, vous comprendrez peut être en quoi votre article m’agace au plus haut point.

    A la limite une analyse sociologique et historique sur le rejet des roux pourquoi pas… En l’occurrence je doute que cette analyse capilo-footbalistique ne soit des plus pertinentes. Et quand bien même, on se serait vraiment bien passé de vos remarques en chute de papier qui pour moi sont sincèrement de l’ordre du racisme.

  4. @ReneeGr par pitié ne tirez pas de conclusion trop hâtive sur ce modeste post! Brandir une accusation en racisme me semble un peu disproportionné!
    Cependant vous faites bien de souligner les phrases “les roux ne sont pas sexys”. et “Jamais un roux ne sera président des Etats-Unis”. Je les ai modifiées car l’une était fausse (il y a eu un président roux, pardon je l’ignorais) et l’autre fait débat et pourrait susciter un article d’ailleurs… Les roux sont-ils sexys?

    @cecil en effet Boris Becker a réussi dans le tennis, cela montre bien que c’est le milieu du foot qui est pourri :-)

    @Côme En parlant de l’absence de héros roux, je pensais plus à des héros humains. Les personnages de BD comme Spirou et Obélix sont des caricatures. Ceci dit, nous pourrions demander à Laureline Karaboudjan (qui tient le blog BD de slate) de faire un article sur les roux dans la BD.

  5. Rouquin is beautiful!!!

  6. Je ne vous ai pas dit que vous étiez racistes ce qui effectivement eut été une conclusion un peu hâtive.

    En revanche je maintiens que les affirmations que vous avez supprimées (à juste titre je pense) l’étaient et ce n’est pas une conclusion hâtive que de dire cela.

    Si on vous dit “Les noir-e-s ne sont pas sexys” vous trouvez que c’est un peu hâtif de dire que c’est raciste ou pas ?

    Par ailleurs, si vous en venez à la pitié, je ferai de même. Par pitié, ne faites pas, si vous y pensiez sérieusement, cet article sur les roux : sexys ou pas? Rassurez-moi et dites-mois que vous vous rendez compte que ce serait ridicule. Encore une fois, remplacez roux par autre chose. Je ne sais pas moi : “les blonds sexys ou pas? ” :)

  7. J’ajouterai enfin que le fait que votre post soit modeste ou pas n’a pas à modifier mon point de vue. Vous parlez sur un site national, de grande audience… Et il y a des responsabilités à dire certaines choses. Le racisme roux a fait assez de dégâts comme ça et n’a pas besoin d’être nourri je trouve.

  8. […] a décidé de prendre sa retraite. Bon, moi je ne le savais pas, mais je l’ai appris grâce à un article de Plat du Pied Sécurité , le blog de foot de Slate. Et, voyez-vous, bien que je ne suive pas spécialement le foot, ça […]

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