Euro 2016: une bonne affaire pour le BTP (1/2)

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TeddyBertinAvatarSteveSavidanAvatar1Vinci, Eiffage, ou Bouygues? Les trois géants du béton se régalent d’avance de l’organisation de l’Euro 2016 par la France. Une dizaine de stades seront rénovés ou sortiront carrément de terre. PDPS passe au crible ce jackpot. Première partie.

En 2016, la France accueillera l’Euro. Une bonne occasion de rénover (1) les plus grands stades du pays, en le faisant passer sur le compte de “l’intérêt général”. Ça devrait coûter au total 1,7 milliard d’euros. L’Etat donnera seulement 150 millions d’euros. Le reste est à la charge des collectivités locales, pour le plus grand bonheur des grandes boîtes de BTP (Bouygues, Vinci, Eiffage…), qui vont non seulement remplir leurs carnets de commandes pour les six ans à venir, mais aussi, dans la plupart des cas, gérer commercialement les enceintes pendant 30 ans. La clé de ce juteux business: le fameux “Partenariat public-privé” (PPP), qui assure au bâtisseur une redevance, ainsi que l’exploitation du site. Premier volet, les constructions.

Les constructions

  • BORDEAUX -> Construction -> 165 millions -> Eiffage, Bouygues ou Vinci

Le vieux Parc Lescure (aujourd’hui Stade Jacques Chaban-Delmas) se fissure de partout. Il est donc temps d’en changer, assure le maire de la ville, Alain Juppé. Le “meilleur d’entre nous” a lancé un appel d’offres pour construire d’ici quatre ans une nouvelle enceinte de 43.000 places, en vue de l’Euro 2016. Une condition pour les candidats: ne pas dépasser les 165 millions d’euros.

Le plan de financement est précis: 20 millions pour l’Etat, 15 millions chacun pour la ville, la communauté urbaine et le conseil régional d’Aquitaine, et surtout 100 millions à la charge des Girondins de Bordeaux, qui auront valeur de loyer. Le constructeur jouira pendant 30 ans de l’exploitation du joyau (ce qui lui assure des recettes en installant par exemple des commerces dans le stade), qu’il devra également entretenir. Au terme de cette concession, le bien reviendra à la ville de Bordeaux.

Trois mastodontes du BTP sont en concurrence: Vinci, Eiffage et Bouygues. Ils doivent présenter leurs devis le 7 décembre. Alain Juppé souhaite conserver le nom de Chaban pour le futur stade, mais il reconnaît que ce pourrait être difficile. Le coût du projet est tel que l’arrivée d’un partenaire commercial comme sponsor pourrait être nécessaire, à l’image du stade du Mans, baptisé “MMArena”.

  • NICE -> construction -> 245 millions d’euros -> Vinci (pressenti)

Nice, cinquième ville de France au nombre d’habitants, possède l’avant-dernière affluence de la Ligue 1. Ce n’est pas faute d’avoir un public motivé. Son vieux stade du Ray, construit en 1927, est complètement désuet. Pour l’Euro 2016, la municipalité drivée par le motodidacte Christian Estrosi a décidé de se doter d’un “Olympic Nice Stadium” (sic) dont le coût devrait atteindre 245 millions d’euros.

La forme du PPP a été retenue pour boucler le financement de l’appareil multifonctionnel, au toit en bois. Vinci est “pressenti” pour la construction (200 millions d’euros), selon les mots de l’ex-ministre de l’Industrie. Les subventions publiques oscillent, selon les prévisions, entre 45 et 75 millions d’euros. Le reste sera à la charge du numéro un mondial du BTP, qui assurera l’exploitation du joyau, pourra procéder à une opération de “naming”, et recevra une redevance annuelle de la municipalité pendant 30 ans.

Livrable en 2013, l’enceinte devrait compter 35.000 places. L’opposition socialiste et communiste à la mairie de Nice a vivement critiqué le coût du futur stade, “surdimensionné”, et “poule aux oeufs d’or” pour le futur exploitant.

  • LILLE -> Construction -> 324 millions -> Eiffage

Le “Grand Stade Lille Métropole” n’est pas une blague. Depuis le temps qu’on en entend parler, on commençait à douter de son existence. Mais non, Martine Aubry a posé la première pierre il y a un mois. C’est le projet le plus avancé: le nouveau stade de 50.283 places, avec “toiture mobile”, sera livré en juillet en 2012. La patronne des socialistes a eu recours à un partenariat public-privé (PPP) pour le financer. C’est Elisa, une filiale d’Eiffage, qui exploitera le stade pendant 31 ans, avant qu’il ne devienne la propriété de la communauté urbaine de Lille.

La construction à proprement parler coûtera 324 millions dont seulement 75 millions à la charge du secteur public (Etat + Région). Le reste est apporté par le groupe immobilier (60 millions) et des emprunts bancaires. En échange, la communauté urbaine versera dix millions d’euros par an pendant 31 ans. Soit 310 millions d’euros. Ajoutez à cela les recettes commerciales d’Eiffage pendant cette longue période, et vous aurez un deal très juteux pour la boîte de BTP.

  • LYON -> Construction -> 450 millions d’euros -> à définir

Rien que son nom fait flipper: “OL Land”. Dans les rêves de Jean-Michel Aulas, voici comment se déroulerait un banal samedi après-midi de 2014. 15h: vous appelez “OL Taxis” pour rejoindre le Grand Stade à Décines, en banlieue lyonnaise. Sur place, passage par “OL Coiffures”, avant d’aller se faire un petit ciné Pathé et de dîner dans une brasserie. 21h: coup d’envoi du match. L’idée: faire du stade (qui pourrait être “namé”) un lieu de consommation global, dont l’exploitation serait uniquement gérée par OL Groupe. Le club, soutenu par le maire socialiste de Lyon Gérard Collomb, a mis en place une intense stratégie de lobbying (matérialisée notamment par ce site) pour qu’une nouvelle enceinte de 60.000 places sorte de terre d’ici 2013.

Mais JMA rencontre de nombreux obstacles: hostilité des associations de riverains, réserves sur l’impact environnemental du projet, opposition au financement public des travaux d’infrastructures de transports (au moins 180 millions d’euros) pour un outil dont la gestion et les bénéfices seront privatisés. Pour l’heure, le dépôt du permis de construire, prévu au premier trimestre de 2011, paraît encore bien illusoire. Quant à l’autre hypothèse, garder Gerland, le club s’y oppose. Cela représenterait selon lui une perte substantielle de revenus, puisque le stade appartiendrait toujours à la municipalité.

(1) C’est même une obligation de l’Uefa, qui impose au pays organisateur deux stades de plus de 50.000 places, trois de plus de 40.000 et quatre de plus de 30 000 places (avec, à chaque fois, 7 à 8% de capacité supplémentaire liée aux tribunes officielles ou à la presse). On connaîtra les neuf stades retenus sur les onze candidats en mai 2011.

Jérôme Lefilliâtre et Sydney Maréval

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Crédit photo: OL Land / Buffi & Associés

12 commentaires pour “Euro 2016: une bonne affaire pour le BTP (1/2)”

  1. […] Ce billet était mentionné sur Twitter par Quentin Girard, Plat du Pied . Plat du Pied a dit: Euro 2016: le jackpot pour Vinci, Bouygues et Eiffage http://fb.me/w7HmXMHU […]

  2. La première pierre du stade de Lille il y a un mois, c’est du bidon; Il y a longtemps qu’il est commencé. Il n’y a rien de neuf;

  3. Belle et bonne analyse…

    “Quand le bâtiment va tout va…” pensaient les anciens.

    Maintenant on injecte l’argent qu’on a plus (= DETTES) pour se donner l’illusiion de la croissance !

    On oublie la crise des subprimes aux USA, le moratoire sur la dette de DUBAÏ, la dette de la GRECE… celle de l’IRLANDE…

    Et demain ?

  4. Quid des anciens stades ? Pour la deuxième partie du papier je suppose… J’espère qu’ils vont pas nous massacrer des monuments footballistiques. Je pense ici au Parc.

  5. @Jérôme Lefilliâtre et Sydney Maréval

    Vous affirmez par deux fois que les contrats de partenariats (ou PPP) sont “juteux” mais vous ne justifiez jamais cette affirmation. Vous ne semblez pas avoir compris le principe des PPP: mettre en concurrence de facon tres selective des entreprises pour selectionner celle qui est la moins chere (et donc le contrat le moins “juteux”); ensuite le grand avantage des PPP, c’est que le contrat de construction est a prix fixe et qu’il a de tres fortes penalites en cas de retard et pas de surcout possible. (contrairement aux contrats publics).

    Les PPP permettent aussi a l’Etat d’echelonner sa dette et d’amortir le cout de l’ouvrage dans la duree.

    Merci de vous renseigner avant de faire des affirmations gratuites. Si meme apres information, vos affirmations subsistent je vous prierai de bien vouloir les justifier et de ne pas vous contenter de jugements a l’emporte piece.

    Dernier point: si vous etes keynesien, vous devriez vous rejouir de tous ces projets d’infrastructure en France ou aux Etats Unis qui vont relancer l’economie de ces deux pays.

    Bien Cordialement,

  6. @williamfaulkner.

    Ce que nous qualifions de “juteux”, ce sont les termes des contrats passés entre les BTPistes et les pouvoirs publics, que l’on peut juger à l’avantage des premiers. Prenons l’exemple du futur stade de Nice. Selon les chiffres qui circulent, l’opérateur percevra, en échange de la construction (200 millions d’euros), un loyer de 8,3 millions d’euros (http://www.cahiersdufootball.net/article.php?id=3844&t=11) pendant 27 à 30 ans.

    Ce qui fait, au bas mot, au moins 224 millions. Certes, Vinci devra également assurer la maintenance du site. Mais il percevra aussi les recettes liées à l’exploitation commerciale du lieu, ainsi qu’à un éventuel “naming”. Au final, la balance semble déséquilibrée.

    D’autant que les pouvoirs publics doivent souvent financer d’importants travaux d’aménagement (transports collectifs notamment) pour un bien dont les recettes seront privatisées. Gagnant-gagnant, vraiment?

    En espérant avoir évité les affirmations gratuites et à l’emporte-pièce, cordialement.

    Sydney Maréval

  7. @williamfaulkner

    Il faut vous sortir de vos vieux schémas idéologiques, les théories de Keynes sont mortes et celles de Friedman viennent d’être enterrées par la crise…

    Alors apprenons l’humilité, la ” bubble soccer ” va exploser comme les autres bulles…

    Le sport et le foot doivent sortir grandi… avec des citoyens moins endettés !

    Mais vous devez avoir quelques intérêts dans le “foot business” non ?

  8. en relisant, je me dis que vous avez raison et je m’excuse pour mes affirmations un peu vehementes.

    Juste une remarque tout de meme pour vous montrer que ceux qui s’enrichissent ne sont pas forcement ceux qu’on croit. Il faut savoir que dans un PPP les entreprises qui se chargent de la construction et les actionnaires du projet ne sont pas forcement les memes. Il ne faut pas confondre la marge de construction qui va a l’entreprise de construction et la marge liee aux loyers d’exploitation qui va aux actionnaires.
    (ces entreprises sont parfois du meme groupe mais pas toujours, les BTPistes aiment ne pas etre les seuls actionnaires)
    Le caractere “juteux” doit donc regarder trois parametres:
    – le cout de construction (marge construction)
    – le cout du pret (marge bancaire)
    – le cout de loyer par rapport a l’investssement (la marge des actionnaires)

    Les PPP permettent de vraiment limiter la premiere marge (d’ou ma reaction ci-dessus) de par une forte mise en concurrence et un fort enjeu financeir. par contre pour les deux autres marges c’est plus aleatoire. (L’etat a mis en place un mecanisme de garantie ds le cadre du plan de relance qui a permis de limiter les marges bancaires)
    Les marges actionnaires dependent des rendements attendus par les investisseurs. C’est surement la qu’on peut encore faire des progres.

    En esperant que cela vous aide,
    Bien Cordialement,

  9. @williamfaulkner
    Bonjour,
    vous semblez avoir bien étudié la question des PPP, sur le papier, la théorie.
    Lorsque vous dites que “les PPP permettent de vraiment limiter (la marge construction) de par une forte mise en concurrence”, pouvez-vous m’indiquer comment des conditions de “forte mise en concurrence” pourront être réunies en réalité?
    Il me semble que ces montages “contractuallo-financiers” sont bien plutôt pensé -et conçu comme telle dès le départ- pour servir un oligopole de grandes entreprises du BTP, et transférer de cette manière les richesses du secteur public au secteur privé.

  10. […] de Jérôme Lefilliâtre et Sydney Maréval sur Slate.fr Comments [0]Digg […]

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