Bizarrement, le Rapport Cardoso sur les aides publiques à la presse n’a eu que peu d’échos. Il dit et redit des vérités toutes simples que l’on peut résumer d’une phrase. La presse, en France, a des coûts de fabrication supérieurs à ses recettes malgré des prix de vente supérieurs à tous les autres pays développés. Résultat : les ventes baissent. On ne peut pas dire que l’État n’intervient pas puisqu’il a apporté directement ou indirectement (TVA réduite, aide postale) 1 Md€ à un secteur qui pèse 10Mds €.
Mais le rapport Cardoso réserve quelques surprises. Le premier bénéficiaire des aides n’est pas la presse la plus pauvre, la Presse quotidienne nationale (PQN), mais la presse magazine : 150 M€ pour la première, 370 M€ pour la seconde. L’argument selon lequel il faut sauvegarder la liberté de la presse et protéger la presse d’opinion contre la loi dure loi du marché, ne tient guère.
Pour les aides directes à la presse quotidienne nationale, destinée à préserver le pluralisme, il débouche sur une curieuse disparité.
Libération (48.000 ex. tirage moyen 2009) reçoit 9 cts d’euro par exemplaire (7 % du prix de vente en kiosque 1,3 €),
Le Figaro (122.000 ex.) reçoit 19 cts (15 %/1,3 €),
Les Échos (41.700 ex.) reçoit 25 cts (17 %/1,5 €),
Le Monde (127.000 ex.) reçoit 23 cts (16 %/1,4 €),
L’Humanité (21.000 ex.) reçoit 54 cts (42 %/1,3 €).
France Soir (19.000 ex.) reçoit 52 cts (la subvention est supérieure à son prix de vente 50 cts)
Dans les mois prochains Presstalis (ex-NMPP) dont le système de distribution de la presse devrait en principe être remis à plat, le groupe Le Monde qui passera d’ici un moi sous le contrôle du trio Pigasse-Niel-Berger, France Soir qui prépare une nouvelle formule, ou Libération en négociations avec un actionnaire qui devrait se substituer à Edoouard de Rothschild… Bref, la presse écrite doit inventer un nouveau modèle et l’ensemble des systèmes d’assistance publique pourrait être revu et corrigé. Le Rapport Cardoso énumère une série de propositions qui à deux ans des élections devraient rester lettre morte. (À suivre).
PhDx
lire le billet