Au revoir Slate, thanks for the memories

C’est mon dernier jour à Slate, et j’en profite pour faire revivre ce blog que j’ai tenu pendant un an quand j’étudiais à Columbia, juste le temps de dire au revoir à mes collègues, à nos lecteurs, à ces cinq ans.

Le jour où j’ai hérité du titre de «stagiaire fondatrice n°1» parce que Quentin était en retard (fallait pas être en retard Quentin)

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Le jour où Jacques Attali a dit «un site Internet c’est du poisson frais» (c’était le lundi 9 février 2009, à 16h12, true story)

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Le jour où on a mis Slate.fr en ligne

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… et que le site est tombé

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Les fois où j’ai modéré les commentaires sur le site ou la page Facebook

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A chaque fois que des lecteurs ont tweeté / facebooké / commenté mes articles sans m’insulter

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Le jour où on a eu l’idée du faux Facebook d’Eric Woerth

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… et toutes les fois où on a dû le mettre à jour avec Greg et François

headbang

A chaque Thanksgiving qu’on a fêté ensemble (grand frère américain oblige)

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La tête de Johan à chaque fois qu’il est arrivé au travail en disant «j’ai une idée…»

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(et Johan à tous les pots)

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Toutes les fois où Charlotte a reçu des livres et pas nous

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Et celles où Greg a dit «C’est bon ça…»

shutup

Toutes les fois où Jean-Marie a proposé de faire une «pause-travail»

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Et celles où Cécile C a repéré une faute dans un de mes papiers

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Celles où Jean-Laurent a entendu parler de quenelles

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Et celles où François a dit «vide ton cache»,  Vincent «c’est normal», ou Grego «c’est prévu sur le planning» devant un bug du site

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La citation préférée d’Eric:

tontonsflingueurs

Toutes les fois où Jean-Marie Colombani a pris la parole en conf de rédac

jmc

Celles où Claire, Françoise ou Cécile M m’ont donné du chocolat sans le dire aux autres

chocolat

A chaque fois que le rire de Raoul a retenti en faisant trembler les murs

hihi

Quand je pense que j’ai pu live-bloguer Cinquante nuances de Grey ET interviewer Eric Schmidt ET faire une enquête en trois parties sur les femmes dans les médias avec Charlotte ET faire du fact-checking culinaire ET couvrir la campagne américaine de 2012 ET défendre les cheveux bouclés

barney

Au revoir, Slate! Merci pour tout <3

Et bonjour lexpress.fr, à lundi :)

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Goodbye Columbia!

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(La promo 2010 de l’école de journalisme de Columbia attend le début de la cérémonie. Photo: Sébastien Dehesdin)

Je n’ai jamais fermé un blog. J’en ai déjà ouvert certains pour les abandonner lâchement en cours de route, petit à petit, sans vraiment m’en rendre compte. Mais pas de ça pour le Medialab.

En écrivant ce dernier billet, je clos aussi mon année à Columbia. C’est dur de dire au revoir à dix mois de vie à New York. Quand j’ai commencé, j’avais l’impression que l’année ne se finirait jamais et, pour être honnête, je me suis parfois demandée si j’allais être capable de supporter le rythme intensif de l’école. Alors tenir un blog régulier en plus de cette pression quotidienne, avec un stage à Slate.com à mi-temps pendant mon deuxième semestre, j’avais des doutes!

Mais nous voilà aujourd’hui avec 36 billets (un par semaine en moyenne, même s’il y a eu des pauses «vacances» et des pauses «je-vais-jamais-avoir-mon-diplôme-si-j’écris-cette-semaine»), et 182 commentaires. J’ai écrit (un peu) sur l’iPad, sur l’hyperlocal, et sur les écoles de journalisme, beaucoup sur Twitter, Facebook, et les médias sociaux en général, sans oublier mes odes au New York Times (ses nécrologues, sa rédaction web, son équipe multimédia, sa “social media editor“).

La vie de campus américaine peut vite se transformer en vase clos, et si l’école de journalisme est en effet devenue un petit univers à part entière, la nature des cours m’a fait parcourir le nord de Manhattan quotidiennement, et m’a fait littéralement traverser bloc par bloc tout East Harlem et le Upper East Side (Où je me suis aperçue un peu tard que New York est BEAUCOUP plus grand que Paris).

Mais c’est surtout vous qui m’avez aidée à me rappeler qu’il y a une vie en dehors de Columbia, et ce alors même que je vous parlais principalement de l’école! Merci pour vos commentaires, merci pour vos emails, merci pour vos «RT» sur Twitter et vos «Like» sur Facebook. Merci au passage de m’avoir fait pratiquer mon français semaine après semaine (et merci, rédac chef, de n’avoir pas perdu espoir même en recevant certains billets dans franglais parfois violent…).

Ma cérémonie de remise de diplômes était juste comme dans les teen-movies américains que je regarde depuis des années, la pluie et le vent en plus. Des milliers d’étudiants avec leur cape et leur petit chapeau ridicule bleu ciel et noir (les couleurs de Columbia), des milliers de parents et d’amis, l’hymne américain avec la main sur le coeur, une prière par l’aumônière de l’université pour ouvrir et fermer la cérémonie…

L’après-midi, la chef des pages op-ed du New York Times Gail Collins a donné un discours aux nouveaux diplômés en journalisme et à leurs parents.

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(Gail Collins s’addresse aux élèves de l’école de journalisme et à leurs parents. Photo: Sébastien Dehesdin)

«Vous allez inventer une nouvelle façon de communiquer», a-t-elle assuré après nous avoir donné quelques conseils pour commencer notre vie professionnelle. «De la même manière que de mon temps, on est passé de la machine à écrire à l’ordinateur et que la télévision a débarqué. C’est alors devenu plus facile d’écrire plus court, d’écrire mieux et d’être plus drôle. Et parce que la télévision devenait si populaire, on a dû adapter notre écriture pour garder l’attention du public».

«Pour l’instant, le journalisme en ligne ressemble à du journalisme papier avec des paragraphes plus courts», a-t-elle ajouté. «Mais ça va changer, parce que la capacité d’attention du public va être différente avec internet. Ça ne veut pas dire qu’il y aura moins de curiosité, ça veut juste dire que vous devez trouver un moyen de réussir à atteindre ces lecteurs et à garder leur attention et leur intérêt».

«Je ne ferai pas partie de ce mouvement», a-t-elle conclu, «mais vous si. Vous allez changer l’univers! Alors au boulot!»

J’ai la chance de me mettre au boulot en rejoignant l’équipe de Slate.fr dès cet été. C’est la fin du Medialab, mais si l’occasion s’y prête, je réécrirai sûrement sur les médias américains pour Slate ou en m’incrustant sur le blog d’Alice Antheaume, Work In Progress.

A très bientôt,

Cécile Dehesdin

Des adieux éplorés, des «bon débarras»? Dites-moi tout dans les commentaires, sur Twitter (@sayseal), sur la page Facebook du medialab, ou envoyez-moi un mail à cecile.medialab (@) gmail.com

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(Etudiants en liesse à l’idée d’être diplômés et du buffet alcoolisé et gratuit qui les attend. Photo: Sébastien Dehesdin)

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Mais c’est quoi au final un «social media editor»?

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La visite de Jennifer Preston, la «social media editor» du New York Times, à Columbia était aussi intéressante que frustrante: à la fin de sa présentation ET d’une session de questions/réponses, je n’avais toujours aucune idée précise de ce qu’elle faisait à son poste et de ce qu’était un «social media editor».

Depuis, je vois un peu partout naître des «social media editors», des «engagement editors», des «social media managers» et des «community editors». Bien décidée à comprendre ce que tous ces longs titres signifiaient réellement, j’ai interviewé plusieurs d’entre eux à des postes très différents: une «social media editor» qui ne s’occupe que d’une rubrique dans un grand journal, une «social media desk assistant» pour une émission de la télévision publique américaine et son boss, le «Directeur de la communication digitale» au siège de cette télé, et le «manager des médias sociaux et partenariats digitaux» dans l’équipe marketing d’un autre journal national.

Premier constat, s’il y a autant de termes pour définir ces postes en charge des médias sociaux dans les médias, c’est que, contrairement aux rédacteurs en chef et autres reporters, les médias sociaux ne sont pas encore assez installés dans les rédactions américaines pour avoir créé des normes dans leurs organigrammes. Si la compagnie est très impliquée dans les médias sociaux, on pourrait y trouver des «community managers», des «engagement managers» et un «social media editor» en charge de la stratégie à plus long terme par exemple. Mais si le média commence tout juste à s’intéresser officiellement aux médias sociaux, il peut n’y avoir qu’un seule «social media manager».

L’exemple PBS

Prenez PBS, le réseau de télévisions public à but non lucratif. La chaîne a une quarantaine d’émissions syndiquées et plus de 350 stations locales dans tous les Etats-Unis, mais Kate Gardiner est la première, et pour l’instant la seule, journaliste à s’occuper uniquement des médias sociaux pour une émission. Depuis février 2010, elle est «social media desk assistant» pour PBS Newshour, un magazine d’actualité qui existe depuis 1975.

En décembre 2009, le show a décidé de former une rédaction intégrée, fusionnant son équipe digitale et son équipe télé. «L’équipe télé n’avait pas le temps de s’occuper des médias sociaux, et l’équipe qui s’occupait des partenariats en ligne n’avait pas le temps de réfléchir à des façons d’amener le public à regarder ce qu’on faisait sur notre site», explique Kate Gardiner.

Quand le management s’est mis à regarder de plus près les chiffres d’audience en ligne et s’est aperçu que celle-ci était bien plus réduite que ce qui pouvait être espéré vus les chiffres d’audience télévisuelle, Kate Gardiner s’est retrouvée à son nouveau boulot.

Elle passe la journée sur Facebook et Twitter à chercher à attirer les spectateurs télé en ligne et à atteindre une nouvelle audience, plus jeune que la cible actuelle de l’émission. «Le truc qui est bien dans ce boulot, c’est qu’à chaque fois que je pense à quelque chose, je peux au moins l’essayer». Elle liste ses exemples: des alertes Google sur tous les présentateurs et les segments de NewsHour, des demandes de «feedback» aux fans Facebook sur ce qu’ils voudraient voir couvert, ou un récent partenariat avec le site geek populaire Gizmodo pour atteindre un public plus scientifique.

«Pas besoin qu’ils deviennent le Ashton Kutcher de NewsHour»

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L’iPad est l’ennemi du mot

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Pour son cours magistral sur l’avenir du journalisme en ligne en tant que «Hearst Digital Media Professional-in-Residence» à Columbia, Steven B. Johnson a décidé de se concentrer sur l’écrit.

Je vous parlais de Steven B. Johnson il y a quelque mois: auteur de cinq livres dont quatre se concentrent sur la façon dont les nouvelles technologies changent notre cerveau et nos pratiques sociales, il a créé FEED et Plastic.com, fait la une de Time magazine en juin dernier avec un article sur Twitter (il y prédisait que Twitter bouleverserait Google et la recherche en général en y ajoutant le web en temps réel), et fondé Outside.in, l’aggrégateur hyperlocal.

Mais cette année, il est donc surtout le Hearst Digital Media Professional-in-Residence, un long titre pour une fonction que je n’ai toujours pas bien comprise. En gros, la fondation Hearst nomme chaque année un journaliste à cette position a Columbia. Il participe à quelques cours et donne une conférence ouverte au public sur les médias en ligne (Kenneth Lerer du Huffington Post, Brian Storm de MediaStorm ou Adrian Holovaty de Everyblock sont quelques uns des précédents lauréats).

Le «commonplace book», ou le blog du 18ème siècle

Pour son allocution, Steven B. Johnson a décidé de parler de l’avenir de l’écrit  et du danger que pouvaient représenter des outils comme l’iPad pour les mots. Il a commencé par raconter l’origine du «commonplace book», une sorte de journal tenu par les intellectuels du 17 ème et 18 ème siècle, ou ils copiaient les passages intéressants de leurs lectures et y ajoutaient leurs commentaires. «C’est un peu la version originale de ce qu’on a appelé le “weblog” avant de passer a “blog”».

«Ces livres permettaient de recueillir une somme de connaissances que vous pouviez parcourir n’importe quand en fonction de vos besoins» a-t-il expliqué, rajoutant que le philosophe John Locke avait créé le sien pendant sa première année à Oxford. Locke a ensuite développé une méthode très précise d’indexation et d’organisation de son commonplace book. «D’une certaine manière, ce sommaire était un algorithme de recherche qui permettait à l’utilisateur d’indexer son texte de manière à le retrouver facilement». Toute la beauté de la technique de Locke, d’après Steven B. Johson, c’est qu’elle «fournissait juste assez d’ordre pour trouver ce que vous cherchiez, mais laissait en même temps le texte du commonplace book avoir ses propres méandres désordonnés et non planifiés».

Pas de commonplace book ni de remixes textuels sans la possibilité de copier et de ré-organiser des passages de livres dans de nouveaux contextes.

Google, héritier du «commonplace book»

Aujourd’hui, il voit dans les pages de résultats de Google des héritiers du «commonplace book». Une page de résultats a des milliers d’auteurs, «elle a été construite par un algorithme qui a remixé des petits bouts de textes de sources diverses avec des buts divers, et les a transformés en quelque chose d’entièrement différent et de réellement précieux». Autrement dit, un jeu textuel, qui combine et recombine des mots sous des formes jamais imaginées par leurs auteurs.

Steven B. Johnson estime que cette possibilité de remixer les mots est ce qui permet a l’information d’être un écosystème productif. En 1995, rappelle-t-il, «vous auriez trouve un article sur une conférence a Columbia, vous l’auriez poste sur votre page de liens. Ça aurait eu de la valeur pour les gens qui visitent votre page et pour les gens qui s’occupent de la page web de Columbia.»

Aujourd’hui, poursuit-il,« vous avez “check-in” sur Foursquare et vous avez tweeté sur cette conférence. L’information est partie vers vos amis, vos followers, l’index de Google, ce qui attire ensuite des publicitaires intéressés par le journalisme ou par l’endroit ou vous êtes. Pas mal [comme productivité] pour 140 signes.»

L’iPad ennemi du mot

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Dans l’antre de la meilleure équipe multimédia

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Le New York Times est, pour moi, ce qui se fait de mieux en multimédia parmi les «mainstream media» aujourd’hui. J’expliquais la semaine dernière que c’était en partie grâce à une grosse équipe, mais je sais désormais que leur organisation pointue contribue beaucoup à ce succès.

Je rêverais d’obtenir un organigramme du journal parce qu’il a l’air d’une incroyable complexité. Il y a une équipe en charge du multimédia, une en charge des graphiques, une en charge des bases de données. La rédaction se divise ensuite naturellement en rubriques (Local, International, Sport, etc). Chaque rubrique a un rédacteur en chef papier, un «deputy web editor», chargé de faire le lien entre papier et web en faisant travailler reporters pour les blogs de sa rubrique par exemple, des reporters, et un ou plusieurs web producers (pour plus de details sur le fonctionnement des rubriques, vous pouvez lire ce post qui se concentre sur la rubrique «Local»).

En plus de cette division par rubrique, six web producers développent les projets multimédia du NYT. Deux se partagent les news, les quatre autres les rubriques comme «Style» ou «Voyage».

Amy O’Leary, la web editor pour la rubrique Sport, Business et Enquêtes, est venue parler à notre «interactive workshop» sur l’invitation de notre prof Gabriel Dance, l’un des petits génies de l’équipe multimédia du journal. Amy a commencé au journal il y a seulement trois ans, dans l’équipe multimédia, où elle se spécialisait dans le son. Et puis ses chefs se sont rendus compte qu’elle était douée pour mener des projets, et elle s’est retrouvé à son poste actuel.

Gérer des gens très différents

Amy ne sait pas programmer, ne peut pas coder sous Flash, mais après avoir travaillé dans une compagnie de logiciels pendant quelques années, elle est capable «de demander des choses à Gabriel Dance sans l’énerver!» dit-elle en riant. Plus sérieusement, «quand vous avez une deadline et qu’un rédacteur en chef qui n’a aucune idée de “comment ça marche” sort au dernier moment “Ah mais tiens, pourquoi est-ce qu’on pourrait pas permettre à tous les lecteurs de voter et d’enregistrer leur vote et…” je peux dire “Absolument pas”.»

En tant que manageuse de projets, elle essaie de devenir une chaîne de communication pour faire collaborer tous ses différents experts (en photo, en flash, en données, etc). «On a souvent tendance à penser qu’on est expert en tout, simplement parce qu’on passe notre vie sur internet à regarder des sites qui le font», explique-t-elle, «mais quand vous menez un projet, il vaut mieux prendre du recul», et faire en sorte que les graphistes designent le projet, et pas le rédac chef de la rubrique qui ne connaît rien au web. «Je ne devrais pas être en charge d’écrire le gros titre ou de prendre les photos, mais je peux utiliser mon expertise pour trouver le meilleur photographe et le meilleur titreur».

Des outils pour les «breaking news»

Quand Amy O’Leary a commencé il y a trois ans, les rédacteurs en chef voulaient absolument du multimédia pour le «breaking news», l’actu brûlante. «Il y a certaines choses qu’on pouvait faire plus ou moins rapidement, mais il est devenu évident que pour obtenir des projets multimédias vraiment bons et utiles, ils nous fallait un ou deux mois».

Une partie de son job a donc consisté à éduquer le reste de la rédaction aux contraintes du multimédia. «Des gens venaient nous voir et voulaient une vidéo pour le surlendemain, alors que c’était un mini-documentaire de 7 minutes! On se retrouvait avec une breaking news le matin, on bossait comme des fous pour avoir fini notre projet le soir même et personne n’était content: les rédacteurs en chefs étaient frustrés parce qu’à 9h du soir l’actu était quasi dépassée, et nous étions frustrés parce que notre projet n’était en une du site que pour une heure».

C’est là que les outils sont entrés en jeu.

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Je suis aussi journaliste de données

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Dans un billet début février, Jean-Christophe Féraud estimait que le journalisme de données était «fortement éloigné des préoccupations réelles du lecteur» et était devenu «la dernière tarte à la crème» du journalisme. D’après lui, le journalisme de données finit en jolis graphiques colorés qui ne servent pas à grand chose.

Jean-Christophe Féraud oppose le journalisme de données au journalisme «traditionnel», mais pourquoi? Pourquoi opposer Albert Londres à l’ordinateur, le «journalisme de narration» au «journalisme de données»? Les données peuvent se transmettre sous forme d’une carte ou d’un graphique interactif, aider un journaliste à enquêter pour son article/ sa vidéo/etc, ou les deux. Au passage, le journaliste peut mettre en ligne, à la disposition de ses lecteurs, ses documents sources dans un format plus facilement exploitable.

Il me semble que ce qui sous-tend le journalisme de données, c’est l’idée que le grand public devrait avoir accès à toutes les données possibles de façon à pouvoir les utiliser, dans sa vie quotidienne ou pour son information générale. Un peu comme le but du journalisme quoi.

Comme il le note, le «data journalism» est très à la mode en Angleterre et aux Etats-Unis. A Columbia, sans compter le tout nouveau double cursus entre l’école de journalisme et l’école de sciences de l’informatique, pas moins de quatre cours concernent de près ou de loin la façon d’utiliser des données en tant que journaliste: les étudiants en «computer-assisted reporting» apprennent à naviguer dans des bases de données privées et publiques et à en tirer des outils pour leurs articles, ceux en «techniques d’enquêtes» appliquent directement l’analyse de données au journalisme d’investigation (une spécialisation à part entière à Columbia) et l’incorporent au reportage traditionnel, et le cours «Visual Storytelling: Making Graphics with Impact» enseigne l’art du graphique qui n’est pas que joli et coloré, mais permet également de transmettre des informations clairement.

Dans mon «interactive workshop», nous venons de rendre un «numbers-driven interactive», un reportage codé sous Flash composé essentiellement de données. L’exercice nous a forcés à chercher des sujets où il y avait un intérêt à sortir des données, puis à réfléchir à la façon de présenter ces données de la manière la plus logique et claire.

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Le journaliste-citoyen du Hudson

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Mardi 9 mars, mon prof de réseaux sociaux Dean Sree Sreenivasan a invité Janis Krums à l’école. Janis Krums vous le connaissez tous, c’est l’auteur de la première photo du crash sur la rivière Hudson.

Prise sur son iPhone, et déposé sur Twitter via TwitPic, la photo vient de remporter le prix de «Photo en temps réel de l’année» aux Shorty Awards, une cérémonie entièrement dédiée à Twitter pour honorer «les meilleurs producteurs de court contenu en temps réel». Janis Krums a gagné son prix le trois mars, le même jour où le capitaine Sully, qui avait réussi à amerrir l’avion sans aucun mort, annonçait sa retraite.

Janis Krums était sur un ferry qui relie New York au New Jersey le 15 janvier 2009, en train de jouer avec son téléphone, quand il a entendu le capitaine dire «il y a un avion devant nous, on part à leur secours».

«Je pensais que c’était un petit avion», se souvient-il, «on ne s’attendait pas à un Airbus!» Il a pris la photo de l’intérieur du ferry (d’où les traces de saleté sur la photo) quelques secondes avant que le bâteau ne s’arrête près de l’avion pour embarquer les passagers.

«Je me suis dit “C’est un évènement assez unique, ça se tweete”, et puis ensuite je n’y ai plus pensé. J’ai donné mon téléphone à un des passagers pour qu’il puisse appeler sa famille, et quand je l’ai récupéré, j’ai reçu un appel de MSNBC qui me disait “Est-ce que vous pouvez être live dans 25 secondes?”»

«Je ne sais pas comment mais ils me suivaient déjà sur Twitter et ils me voulaient dans leur émission». Le soir-même, il participait au Rachel Maddow Show, un talk populaire aux Etats-Unis.

Janis Krums était alors inscrit sur Twitter depuis six ou sept mois. Après avoir laissé son compte dépérir, il s’était finalement mis à utiliser le service deux ou trois mois avant l’accident pour se tenir au courant de l’actualité, en particulier technologique, et postait tous les jours.

Sa Twitpic a été rapidement retweetée, quelqu’un l’a postée sur Flickr (ce qui s’est avéré utile puisque Twitpic a crashé), et les sites d’infos, chaînes de télévision, et journaux papiers l’ont reproduite, sans le payer.

«A partir du moment où je l’ai tweetée, elle est devenue de domaine public», explique-t-il, «TwitPic n’a pas de règles par rapport à ça». Il est allé enregistré son copyright le lendemain, effectif quelques jours plus tard, ce qui lui a permis de faire de l’argent quand Oprah Winfrey ou Apple l’ont contacté.

Il garde plutôt un bon souvenir du cirque médiatique qui a suivi sa photo, notant que les journalistes commençaient toujours par lui parler du sauvetage avant de passer à Twitter. Même s’il considère qu’il a été «journaliste-citoyen d’un jour», l’expérience ne lui a pas pour autant donné envie de devenir journaliste plutôt qu’entrepreneur.

Des étudiants pas convaincus

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A New York, Columbia lance une promo de journalistes-geeks

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***Cet article a été actualisé après l’annonce officielle du double-diplôme entre l’école de journalisme et l’école de sciences de l’informatique de Columbia.***


Un récent article d’Owni se demandait si l’ère du mutant journaliste-programmeur était arrivée. Les journalistes interviewés (dont Johan Hufnagel de Slate) estimaient que l’idée d’avoir des journalistes qui savaient coder aussi bien que des programmeurs étaient la lubie du moment, mais qu’il serait bien utile d’avoir dans les rédactions des techniciens capables de comprendre les journalistes et vice-versa.

Columbia vient de confirmer la tendance américaine relevée il y a quelques mois par Gawker: l’essor du journaliste-ingénieur informaticien. L’école a en effet développé un nouveau double-diplôme (en plus de ceux qu’elle a déjà avec l’école de droit, de relations internationales, de business, ou avec Sciences Po) avec l’école de sciences de l’informatique.

La question «comment trouver et communiquer avec des développeurs web?» travaillait beaucoup l’un des élèves des leçons de Ken Lerer, le cofondateur du Huffington Post, et la réponse de Columbia semble être de former des journalistes qui parlent le programmeur et des programmeurs qui parlent le journaliste.

Un nouvelle catégorie d’emplois

D’après David Klatell, en charge des double-diplômes à l’école, le cursus durera trois ans, deux à l’école de sciences de l’informatique, une à l’école de journalisme. C’est long pour un master aux Etats-Unis, et cher (l’année à Columbia coûte plus de 40 000 dollars), donc il s’attend à une petite promo de six à huit étudiants par an. «Si on limite la taille de la promo, ça permettra aussi de mieux aider financièrement les étudiants», explique-t-il.

Le but du programme est aussi simple qu’ambitieux: créer une nouvelle catégorie d’emplois. Plusieurs médias ont dit à l’administration de l’école qu’ils «rêvent d’avoir des programmeurs qui comprennent le monde de l’information, que ça serait merveilleux d’avoir des employés qui puissent faire les deux», affirme David Klatell.

En 2004, Clay Shirky relevait déjà la tendance, soulignant que plus la programmation se démocratisait, plus elle passerait lentement de boulot à part entière à compétence parmi d’autres. Mais le double cursus ne compte pas créer des petits soldats du web qui viendraient remplacer les programmeurs. «Vous ne verrez pas apparaître des rédactions où tous les journalistes sont censés savoir coder comme ils sont aujourd’hui censés savoir prendre une photo ou enregistrer du son», estime David Klatell.

Des managers plutôt que des petits soldats

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La bourse ou l’audience!

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Le New York Times vient d’annoncer la création d’un nouveau blog hyperlocal, qui viendra rejoindre les deux dont je vous avais parlé il y a quelques mois. Un blog sur l’East Village, au sud de Manhattan, s’ajoutera donc a celui sur Clinton Hill et Fort Greene (Brooklyn), et celui sur MappleWood, Millburn et South Orange (New Jersey).

Petite particularité du blog: il sera entièrement géré (depuis son actuelle création jusqu’à son entretien une fois lancé) par des étudiants en journalisme de New York University, encadrés par leurs profs, un rédacteur en chef, et supervisés de loin par Mary Ann Giordano, en charge de l’initiative «The Local» au New York Times.

Le journal travaillait déjà depuis la création des blogs avec l’école de journalisme de City University of New York (CUNY). Mi-janvier, le New York Times avait entièrement passé le relais de son blog brooklynien à CUNY, avec désormais à sa tête une rédactrice en chef payée par l’université.

Parce qu’il s’agit bien ici d’argent. Andy Newman, ancien rédacteur en chef du blog brooklynien désormais à la tête de CityRoom, rappelait dans son billet d’au revoir que «depuis le début, [les patrons du journal] nous ont dit qu’ils ne comptaient pas dédier indéfiniment un reporter de la rédaction au projet».

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Facebook: mes amis, mes amours, mon actu ?

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Un des thèmes les plus abordés dans mes cours d’entrepreunariat, de réseaux sociaux, et par les nombreux invités qui passent à l’école, c’est l’idée qu’on a envie de lire ce que nos amis nous suggèrent.

Peut-être que vous avez fait (ou faîtes encore?) partie des lecteurs qui aiment découper leurs articles préférés pour les ramener chez eux et les afficher dans leur chambre ou les faire lire à leur famille, ou peut-être abusez-vous du bouton «envoyer cet article par email» sur tous les sites d’infos.

Personnellement, je me suis aperçue que j’avais arrêté de lire mes flux RSS pour ne plus me satisfaire que de Twitter, Facebook, et de mes sites préférés pour me tenir au courant de l’actualité. (Depuis que j’ai commencé ce blog, je me suis remise aux liens RSS. Twitter me sert d’entrée dans l’info du jour mais je l’utilise aussi pour suivre des amis, Facebook m’offre des trouvailles d’actu mais je m’en sers plutôt pour un usage personnel, tandis que mes liens RSS forment une page entièrement dédiée à ce qui se passe dans les nouveaux médias.)

Recherche sociale

On a beaucoup parlé de Google Buzz ces dernières semaines, mais la version publique de Google Social Search, lancée un peu plus tôt sans trop de fanfare, est beaucoup plus impressionnante: quand vous avez besoin d’information, vous tapez quelques mots clés dans le moteur de recherche; sauf qu’en plus des résultats habituels (news, photos, pages webs et — depuis peu — derniers tweets), Google propose également des résultats tirés de votre réseau, affichés en bas de la première page. Votre réseau est automatiquement défini par vos contacts gmail, comme Buzz, et vous pouvez y ajouter votre compte Twitter ou Friendfeed.

Il s’agit carrément de considérer vos connaissances comme vos sources d’informations: si j’hésite à louer un film, en plus des critiques et de la page Wikipédia qui lui est dédiée, je verrai le post de Charlotte qui l’a démonté méthodiquement sur son blog, et celui de Luisa qui l’a défendu. «Ce n’est que la première étape d’un effort continu pour que la recherche web Google soit toujours aussi sociale que le web lui-même», expliquait l’entreprise sur son blog. Tout est dit. Google n’est pas en compétition avec Twitter, mais en compétition avec le web même. Et Facebook l’est tout autant.

Facebook comme source de trafic pour les sites d’infos

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