Live à la BBC

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C’est la plus grande rédaction qui existe en Europe. Celle de la BBC, installée depuis un an dans la «Broadcasting House», en plein centre de Londres, dans un immeuble art déco qui a fait l’objet d’une décennie de rénovation (et plus d’un milliard de livres) avant de ré-ouvrir ses portes en janvier 2013 pour accueillir ses quelque 6.000 employés. Le pari? Réunir au même endroit, sur 80.000 mètres carrés, les équipes télé, radio, et numérique, ainsi que les studios qui vont avec. Le tout sous des téléviseurs qui diffusent BBC News, BBC World, CNN, Sky News et Al-Jazeera, et face à des écrans qui comptabilisent, minute par minute, le nombre de visiteurs sur tel ou tel contenu posté en ligne.

Côté rédaction, cela aboutit à un parterre de plusieurs centaines de personnes, départagées par une ligne imaginaire, une moitié travaillant pour le territoire britannique et l’autre pour l’international. Chacun a un poste dans cet open space géant, avec un ordinateur arrimé à un bras articulé et des écouteurs individuels. Une fourmilière? Vue du haut, comme sur la photo ci-dessus, oui. Mais lorsque l’on s’assoit à un poste, en bas donc, le niveau sonore est, contre toute attente, très raisonnable.

La tour de contrôle centrale

Au centre du parterre, des dizaines de personnes font office d’aiguilleurs du ciel. Ils commandent les contenus, calent les formats, et donnent les heures de bouclage aux 200 correspondants répartis dans le monde et autant de fuseaux horaires. Puis annoncent, sur des écrans disséminés dans toute la rédaction, les «BH arrivals», c’est-à-dire les contenus envoyés à Broadcasting House par ces mêmes correspondants. Cela ressemble au tableau des arrivées d’un aéroport, sauf qu’au lieu des avions qui atterrissent, ce sont les contenus qui y sont annoncés.

>> Ci-dessous, une coupe de la rédaction de la BBC réalisée avec Gliffy, un outil en ligne >>

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«Mon rôle, c’est d’organiser le chaos», sourit James Bryant, qui oeuvre au sein de ce service intitulé «News gathering». «Mais c’est aussi de protéger les correspondants lorsqu’ils ont besoin d’aller se coucher après des grosses journées de travail ou lorsqu’ils sont en reportage dans des lieux vraiment rudes sans électricité ni eau», comme lors du passage de l’ouragan Haiyan aux Philippines en novembre 2013.

Plus loin se trouve un homme affairé sur des dossiers et au téléphone. Devant lui, un écriteau indique «lawyer on duty». «C’est un juriste», me souffle Samantha Barry, journaliste et responsable des réseaux sociaux pour l’international, qui me guide dans les allées. «Il gère les conflits, et nous pouvons à tout instant lui demander son avis sur une phrase ou une expression qu’on compte utiliser dans un article».

Un seul clic, plein d’urgents

A ses côtés, une équipe d’une grosse douzaines personnes, capables de parler et de comprendre des dialectes rares, sont chargées de vérifier les vidéos et les commentaires, pour démonter les éventuels fakes. Mark Frankel, éditeur adjoint en charge des réseaux sociaux, fait, lui, de la veille sur les réseaux sociaux, sur Reddit, et analyse les statistiques de l’audience sur Chartbeat. Il me montre un outil développé en interne il y a quelques mois, le «breaking news tool», qui permet d’envoyer en un clic la même information urgente par email, sur Twitter – notamment sur le compte BBC Breaking News, sur les sites de la BBC, et dans les synthés pour la télévision (le «ticker»). Les informations émanant de la BBC sont d’ailleurs parmi les plus partagées sur Twitter en Angleterre, devant celles du Guardian et du Telegraph.

Côté international, les journalistes préparent des idées de sujets pour les «réunions sur canapé», des conférences de rédaction qui se tiennent sur un immense sofa en U, à côté d’une petite cafétéria. Dès 7h, c’est celle du programme «Outside source» qui a plusieurs déclinaisons en fonction des supports. Puis à 7h30 c’est au tour de l’équipe «early» de World TV. A 8h25, place aux équipes «online». A 8h50, c’est le «newswire» et ainsi de suite jusqu’à 19h, pour le débriefing sur l’Afrique.

Réunions sur canapé

Ce jour là, le mardi 25 février 2014, j’assiste à celle de 9h30, avec l’équipe matinale de World TV. Il y a là la présentatrice des titres du journal télévisé, des chefs d’édition, des rédacteurs du site BBC World News et les responsables des réseaux sociaux. Le rédacteur en chef, qui sort tout juste d’une autre réunion avec la direction éditoriale, prend la parole et énumère les sujets sur lesquels «monter». Tout en haut de la liste, l’Ukraine. C’est une semaine très importante, et nous ne sommes que mardi», commence-t-il, avant de proposer de traquer le président déchu. «Il est peu probable qu’il soit en Ukraine, mais on peut lister les pays dans lesquels il pourrait se réfugier (on sait depuis qu’il se trouvait en Russie, ndlr)». Puis viennent les chiffres de la mortalité infantile dans le monde, la révélation par un tabloïd d’une liste de 200 noms d’homosexuels en Ouganda, dans un pays où être gay est illégal, ou la campagne anti-corruption en Inde. Et la disparition annoncée du Bitcoin. «Comment peut-on penser que cette monnaie va manquer?», s’amuse l’un des journalistes, auquel le service Economie démontre, chiffres à l’appui, l’ampleur du phénomène.

«Ce qui est formidable, dans ces moments-là, c’est qu’à peine levé tu as des nouvelles du monde entier et tu y participes», s’enthousiasme Samantha Barry.

Est-ce le flegme anglais? En apparence, aucune pression n’est palpable, et pourtant, tout va très vite. Lors de ces conférences, les journalistes ne proposent pas, l’un après l’autre, les sujets qu’ils espèrent couvrir («nous n’avons pas le temps de prendre la parole chacun à notre tour», m’explique Samantha Barry), mais ils ajoutent au besoin des idées et des commentaires à ce que le rédacteur en chef énonce. Canapé oblige, l’ensemble semble informel. Même si, en réalité, aucun participant ne parle si son chef ne l’y a pas invité. Et quand les journalistes de la BBC vont trop vite à l’oral, ils se reprennent si besoin: «Elle se plaint que… Non, plutôt elle dit que, elle ne se plaint pas…».

Les valeurs de la BBC

Au dos des badges que portent les journalistes sont d’ailleurs martelées les «valeurs» de la BCC: la confiance («nous sommes indépendants, impartiaux et honnêtes»), le souci du public, la qualité, la créativité, le respect, et l’esprit de groupe («nous ne sommes qu’une BBC. De grandes choses sont accomplies lorsque nous travaillons tous ensemble»).

Au sortir de la réunion, on apprend que le procès d’Oscar Pistorius, l’athlète soupçonné d’avoir tué sa petite amie en Afrique du Sud, pourra être filmé sous conditions. Cela donne lieu à un bandeau «breaking news» en bas de l’écran télévisé de la BBC, et un «happening now» au même moment pour CNN.

Innovation à l’étage

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A l’étage est installé le laboratoire de l’innovation vidéo de la BBC, qui produit les nouveaux formats éditoriaux. Dont les fameux Instafax, ces vidéos de 15 secondes mises en ligne sur Instagram. «Produire une vidéo Instafax nécessite une heure de travail, pas plus. Nous utilisons Final Cut Pro pour monter les images et avons un template spécial» pour les textes insérés sur les images, détaille Matthew Danzico, le directeur du laboratoire. Un format né sur un réseau social à destination d’utilisateurs du mobile, et qui va sous peu être diffusé à l’antenne. «Puisque les Instafax sont d’abord des contenus adaptés au mobile, nous avons choisi de ne pas mettre de voix off car nos téléphones sont souvent en mode silencieux et n’avons pas toujours le réflexe de sortir nos écouteurs».

Instafax et BBC trending

Autre révolution dans les méthodes de la BBC: la façon d’interagir avec l’audience à propos des Instafax. «L’autre jour, un utilisateur a écrit #IloveInstafax, nous lui avons répondu #weloveyou», reprend Matthew Danzico. «C’est très différent de ce que fait la BBC d’habitude, nous sommes beaucoup plus dans le personnel. De même, nous mettons des smileys et des émoticônes dans nos réponses... Vous voyez que le ton n’est pas le même».

Outre les Instafax, l’autre format mis en place dès octobre 2013 par le laboratoire de la BBC s’appelle BBC trending. Au rythme de 3 vidéos par semaine, un programme radio hebdomadaire, et un post de blog par jour, l’objectif est de scruter les sujets les plus discutés sur les réseaux sociaux et d’expliquer pourquoi. «Ce ne sont plus vraiment des news, ce sont des social news», précise Benjamin Zand. Dans un format inspiré de la culture du Web et des selfies, le présentateur est filmé en très gros plan. «L’autre point important, c’est qu’il n’y a qu’un présentateur, pas deux. Sinon, passer de l’un à l’autre donne lieu à un montage trop compliqué qui ne fonctionne pas sur petit écran», dit encore Benjamin Zand.

Crédit: BBC

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La question est centrale au sein de la BBC: comment faire en sorte que les contenus produits s’adaptent au Web, à l’antenne, au mobile? «Il ne faut pas être esclave des formats. Un contenu de qualité marche dans tous les cas et sur toutes les plates-formes», note la journaliste Inga Thordar, en charge de la production de vidéos en ligne. «Grâce à des études réalisées auprès de nos internautes, nous avons compris que les programmes télévisés ne fonctionnaient pas bien en ligne. Nous cherchons donc à faire une télévision différente afin que ce que l’on y voit puisse marcher aussi sur les autres plates-formes».

D’autant que la télévision compte encore beaucoup dans la vie des Anglais. Même s’ils la regardent 4 heures en moyenne par jour, à peine plus que les Français (3h47), ils connaissent en revanche très bien le détail des programmes diffusés. Rappelons que c’est en Angleterre qu’a été créé Gogglebox, un programme où l’on regarde d’autres téléspectateurs regarder la télé anglaise…

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Alice Antheaume

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A qui profitent les Jeux Olympiques? Au journalisme.

Crédit photo: Flickr/CC/Queen Yuna

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Leçons de journalisme en banlieues

Crédit: Flickr/CC/fral-torqui

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Les médias maltraitent-ils les banlieues? Les journalistes sont ils trop blancs et/ou trop bourgeois pour couvrir les périphéries des villes? David Dieudonné, journaliste à l’AFP, invité à donner une master class à l’Ecole de journalisme de Sciences Po, a listé 12 leçons de journalisme apprises en banlieue. «Grâce à» la banlieue, corrige-t-il, alors qu’il vient de finir, en tant que journaliste professionnel, un Master of Arts à Columbia University, à New York, pour confronter son expérience de la banlieue parisienne – dont il a coordonné la couverture à l’AFP de 2010 à 2012 – au modèle américain de lutte contre les discriminations.

Leçon numéro 1: éviter la tentation du faits divers

«Quand les journalistes sont en banlieue, parce que c’est un territoire où il n’y pas de calendrier, où les événements ne sont pas prévus ni anticipés, ils sont à la merci d’un événement brutal, du fait divers, du crime», commence David Dieudonné. Conséquence, «l’actualité de la zone est préemptée par l’événement tragique». Et c’est une tendance générale, le traitement du fait divers est en hausse dans les médias. Pour ne pas se faire aspirer par le fait divers, il faut s’astreindre à prévoir des sujets sociétaux, économiques, sportifs ou autres en banlieue.

Leçon numéro 2: savoir que ce n’est ni noir ni rose

Il existe un traitement intermédiaire entre l’excès de tragique et l’excès d’enthousiasme, reprend David Dieudonné qui observe que, trop souvent, les journalistes «paient leur dette à la banlieue en faisant une “successful story” sur un type qui lance sa start-up et réussit». Or «on ne fait pas son travail» quand on est «dans le pire ou dans le meilleur».

Leçon numéro 3: privilégier le terrain et le temps

Il faut «être sur le terrain et y revenir, et y rester longtemps, pour pouvoir s’y enfoncer», continue David Dieudonné qui recommande même de ne prendre aucun fixeur. Cela suppose que la rédaction à laquelle les journalistes appartiennent soit solide, ait pu les contractualiser et leur laisse une grande latitude. «Il ne faut pas que la précarité couvre la précarité», tranche l’invité de la master class.

Leçon numéro 4: pratiquer la diversification des sources

L’apport des nouvelles technologies et des réseaux sociaux est considérable pour la couverture journalistique des banlieues. Cela évite de se laisser influencer uniquement par des sources policières et judiciaires puisque, sur le réseau, on trouve aussi des témoignages de personnes qui vivent sur place. La difficulté, temporise David Dieudonné, c’est de savoir «naviguer dans tous ces messages diffusés et d’effectuer le travail de “curation” nécessaire pour quadriller» l’ensemble. Faire une bonne veille en ligne sur le sujet couvert, donc.

Leçon numéro 5: se méfier de la discrimination passive

Partir à l’étranger aide à voir son pays avec un regard neuf. David Dieudonné, qui est retourné étudier à New York, dans un système qui n’était pas le sien, a soudain mieux appréhendé ce qui ne marche pas en France. Aux Etats-Unis, «ceux qui fument de l’herbe sont des blancs, mais ceux qui sont en prison sont avant tout des Afro-Américains», explique-t-il. «J’ai mieux saisi le cliché du jeune banlieusard musulman en France en voyant le prototype du jeune noir aux Etats-Unis».

Leçon numéro 6: chercher ailleurs la clé

La question de la laïcité est souvent la clé pour expliquer la situation en banlieues dans les journaux. Trop facile, juge David Dieudonné qui martèle qu’il n’y a pas forcément d’opposition entre la République et les religions.

Leçon numéro 7: montrer de l’empathie

C’est la leçon tirée de la lecture de l’ouvrage Covering Islam co-écrit par Edward Said. Celui-ci appelle à l’empathie les journalistes amenés à couvrir cette religion qu’ils méconnaissent.

Leçon numéro 8: lire, lire, et encore lire

Le conseil vaut pour tous les champs journalistiques: il faut lire des livres, chaque nuit, chaque jour, lire beaucoup. «Les bons papiers sont comme des bibliothèques» remplies de références et d’idées extraites des lectures du journaliste.

Leçon numéro 9: ne pas ressembler à ses collègues

La diversité de l’équipe journalistique est essentielle. Il faut des gens de tous les bords, de toutes les communautés, pour couvrir au mieux les banlieues,. Et ce travail n’est pas l’apanage de journalistes qui en sont eux-mêmes issus. Autre point essentiel: partir en binôme, homme/femme. La parité facilite les contacts, de même que la diversité blanc/noir.

Leçon numéro 10: considérer une source comme une aide

Laura et Chris Amico sont jeunes et mariés, ils vivent à Washington DC. Elle est journaliste, lui est développeur. Ensemble, ils ont lancé Homicide Watch, un site qui passe en revue l’histoire de ceux qui sont tués dans la capitale de la politique fédérale américaine. Profils des victimes, photos, fiches sur les suspects, cartographie du lieu du meurtre, suivi de l’enquête judiciaire et des procès qui s’ensuivent, tout y est… Y compris un espace mémoriel en ligne où peuvent s’exprimer ceux qui connaissaient la victime. A les lire, «on comprend mieux ce qu’est une communauté», s’exclame David Dieudonné, regrettant de ne pas eu l’idée de faire la même chose lors des émeutes de Villiers-Le-Bel, en 2007… «Nos sources sont nos collègues, pas nos concurrents», continue-t-il.

Leçon numéro 11: y revenir

Il faut revenir inlassablement au sujet que l’on travaille et sur lequel on a développé une expertise. Autant dire que les banlieues s’appellent «reviens»…

Leçon numéro 12: innover

Couvrir les banlieues à l’ère des réseaux sociaux constitue le plus grand terrain de jeu qui existe. Pas question, donc, de ne pas utiliser les nouvelles technologies pour ce faire.

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Les chiffres de l’offensive mobile

Crédit: Flickr/CC/Cory M. Grenier

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Les consommateurs d’informations sur mobile vont devenir plus nombreux que ceux qui utilisent leurs ordinateurs. En novembre 2013, 11,3 millions de Français ont utilisé leur mobile, tablette ou smartphone, pour consulter sites et applications d’actualité, et ce, en moyenne sur 5 jours par mois, selon Médiamétrie.

Bien sûr, cela a de l’impact sur les rédactions. En 2013, 40% du trafic de CNN provenait du mobile (tablettes et téléphones). En 2014, ce sera sans doute 50% voire plus. Ce renversement est déjà entré en vigueur pour Le Monde, qui fait davantage de pages vues depuis son application mobile que depuis son site Web, ainsi que pour The Guardian à certains moments de la journée.

Les médias ne sont pas les seuls à s’intéresser à la façon dont on pourrait distribuer et calibrer les informations sur petit écran. J’ai déjà parlé ici de News Digest, la nouvelle application de Yahoo!, développée par le jeune Nick D’Aloisio, 18 ans, millionnaire, qui résume automatiquement l’actualité deux fois par jour. Ce lundi, Facebook lance, uniquement aux Etats-Unis, une application mobile appelée “Paper” pour ses 945 millions d’utilisateurs mensuels qui se connectent au réseau social via leur smartphone ou leur tablette.

Tout cela va si vite qu’il paraît urgent de réactualiser les chiffres clés du mobile. En voici quelques uns, récupérés au cours de conférences et en surfant sur de récents rapports en ligne.

Avez-vous repéré d’autres chiffres récents? N’hésitez pas à les partager.

Alice Antheaume

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DLD14: Il faut trouver la voie des vidéos en ligne

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“La télévision n’est pas morte. Tellement pas morte du tout!”. Ces mots sont ceux d’Henry Blodget, le fondateur et président de Business Insider, un site d’informations créé en 2007 qui compte aujourd’hui 65 journalistes, 2 millions de lecteurs par jour et produit 4 millions de vidéos par mois. Chargé de modérer une discussion sur les vidéos en ligne à la conférence DLD 2014 à Munich, en Allemagne, il montre sur une présentation les revenus générés par la publicité à la télévision depuis 2007 – 3,6 milliards de dollars devraient être investis dans des publicités télévisées en 2014. Des chiffres qui, selon le fondateur de Business Insider, prouve que la télévision a encore une quinzaine d’années devant elle avant de vraiment s’inquiéter, même si, dans le même temps, il y a de plus en plus de personnes qui paient pour consommer des vidéos en ligne. Netflix, la plate-forme américaine qui a produit House of Cards, propose ainsi un abonnement à 7.99 dollars par mois (moins de 6 euros) et a 40 millions d’abonnés. Pourtant, les éditeurs n’ont toujours pas trouvé la recette de la vidéo parfaite pour une consommation sur mobile, sur tablette ou sur ordinateur.

Les ratés des débuts de la vidéo en ligne

Henry Blodget a d’abord rappelé à quel point, à Business Insider, la production de vidéos a mal démarré. Au début, sa rédaction s’est enflammée en estimant qu’il suffisait “de faire venir un invité tous les jours à 8 heures, de se mettre en live à ce moment-là, et de poser des questions à cet invité”. Complètement raté, sourit aujourd’hui Henry Blodget, qui compare cette première à de la sous-télévision. Et “même si on s’était amélioré, cela serait resté de la mauvaise télévision”, continue-t-il, arguant que Bloomberg TV, en live tous les jours, a beau être “excellente” et disponible gratuitement, “personne ne la regarde!”.

Vidéos à la demande avant tout

Moralité, les internautes ne veulent pas regarder de la télévision en ligne. C’est aussi l’enseignement tiré par le HuffPost live, une plate-forme de vidéos en direct qui produit 8 millions de vidéos en streaming par mois. “Même si nous nous appelons HuffPost live, 75% de notre audience consomme des vidéos à la demande disponibles dans notre catalogue”, explique Jimmy Maymann, le CEO danois du Huffington Post. Pas en direct, donc, mais “après les faits”, une fois que ses équipes ont séquencé en petits clips le flux en direct. Ces clips sont ensuite réutilisés dans des articles publiés sur le Huffington Post.

“Nos utilisateurs ne se connectent à notre live vidéo que lorsqu’il y a un événement important, comme la cérémonie des Oscars, ou un breaking news, comme lors des attentats du marathon de Boston, ou lorsque nous avons un invité de marque”, reprend-t-il. Avant d’ajouter: “Les gens viennent pour voir Barack Obama mais ils restent pour les Kardashians”…

“Le numérique est aussi différent du print et de la télévision que le print est différent de la télévision”, dit encore Henry Blodget. Un média qui réussit à utiliser un storytelling efficace pour les vidéos en ligne, c’est un média capable de trouver des techniques de récit qui lui sont propres. Et qui sont forcément différentes de celles pratiquées à la télévision et dans les journaux. “Il ne faut pas essayer de les imiter, il ne faut pas chercher à préserver les traditions journalistiques. Nous n’avons pas de journal à imprimer, ni d’antenne à programmer”. Il faut donc faire du 100% numérique et recourir aux Vines et vidéos sur Instagram, des formats déjà bien installés.

Parmi les vidéos maison de Business Insider, des résumés d’une information en quelques secondes, des listes en vidéo (les 15 citations cultes de la série Breaking Bad), la recette du succès de Mark Zuckerberg ou Warren Buffett, des “how to” (Comment utiliser Vine? Comment faire cuire un steak parfait?) et des tests.

Et la réalisation?

Une vidéo en ligne réussie repose donc sur un format éditorial inhérent au numérique. Même la réalisation peut être repensée de A à Z en ligne. Comment filmer quelqu’un qui parle? John Wishnow, un réalisateur qui a travaillé pour les conférences Ted, avoue s’être posé la question cent fois. “Comment filmer pour que le discours de quelqu’un soit intéressant pour ceux qui ne sont pas dans la salle? Au début, nous n’avions aucune notion de l’esthétique en ligne, puis nous avons multiplié les caméras, les angles, et essayé de rendre l’ensemble plus théâtral, plus cinématrophique”. Aujourd’hui, certaines vidéos des conférences Ted font un carton sur le Web.

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John Wishnow travaille désormais pour le site Edge.org, où il filme des rencontres intellectuelles. A priori, difficile de faire sexy avec une telle matière. Mais le réalisateur tente actuellement de filmer ces rencontres en faisant un split screen en cinq écrans. “Cela n’a jamais été fait”, détaille-t-il. La personne qui parle figure sur les trois écrans du centre, filmée de dos, de côté et de face, et sur les côtés, le public et les scènes extérieures.

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Mobile + vidéo

Outre le format des vidéos en ligne, leur diffusion doit s’adapter à de multiples écrans (smartphone, tablette, et ordinateur), à plusieurs temporalités, et correspondre à une structure des coûts qui reste légère. “L’économie numérique ne saurait supporter les coûts de production d’un journal ou d’une chaîne de télévision”, écrit le même Henry Blodget sur le Nieman Lab. Même si l’essor du temps passé sur le mobile, seul endroit où la consommation de contenus continue à grandir, est un levier publicitaire de taille.

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Alice Antheaume

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DLD14: Nick d’Aloisio, le développeur qui voulait rendre les informations “définitives”

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Mèche travaillée au gel sur la tête, chemisette bleu ciel, jean slim noir, Nick d’Aloisio, 18 ans, est venu présenter son nouveau bébé, l’application News Digest à la conférence DLD 2014 à Munich, en Allemagne, le 20 janvier. Salué comme une rock star par le public, ce jeune Australien tout juste sorti de l’adolescence a vendu l’année dernière à Yahoo!, pour 30 millions de dollars (23 millions d’euros), Summly, une application basée sur un algorithme capable de résumer des informations.

Ce n’était que la première étape. Travaillant maintenant pour Yahoo! – tout en restant à Londres pour poursuivre ses études -, Nick d’Aloisio a continué à plancher sur son algorithme pour bâtir News Digest, disponible uniquement aux Etats-Unis pour l’instant. Le principe de Summly reste le même pour News Digest: il s’agit toujours de résumer l’actualité en la rendant accessible sur un écran de smartphone, un peu sur le modèle de Circa, dont j’ai déjà parlé ici et et qui travaille notamment sur les critères d’engagement des lecteurs sur mobile.

Algorithmes et gamification

La télévision résume des informations pour le téléviseur depuis des années, commence Nick d’Aloisio, “nous n’avons donc pas inventé le paradigme, nous avons juste voulu l’adapter à l’ère numérique”, pour un écran de smartphone.

Deux fois par jour, le matin et le soir, à 8h et 18h, l’application News Digest résume automatiquement les informations essentielles publiées en ligne, via une structure composée d’“atomes”. Parmi ceux-ci, le résumé de l’information, des tweets, diaporamas, vidéo, infographies, cartes, définitions issues de Wikipédia, et, tout en bas, la source vers le contenu originel.

“Il y a plus d’éléments visuels ici que dans la structure traditionnelle d’un article”, précise Nick d’Aloisio, “car nous avons voulu repenser la composition des contenus pour les adapter à l’écran mobile”. Le tout en recourant aux mécanismes de la gamification de l’information via des questions du style “le saviez-vous?” et l’attribution de récompenses quand l’utilisateur est allé jusqu’au bout des informations proposées.

Sur la scène, le modérateur de la discussion, David Kirkpatrick, demande si le résumé est élaboré par un algorithme. Réponse de Nick d’Aloisio: “il est élaboré sans intervention humaine”. Et d’ajouter à l’adresse de ceux qui s’inquiètent pour la survie du journalisme que son équipe “a toujours besoin des informations originales produites par les journalistes, car nous ne pouvons pas faire un résumé à partir du rien!”.

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Des informations “définitives”?

Mais le plus intéressant, dans le discours de Nick d’Aloisio, concerne la fugacité des informations. A l’ère du temps réel, l’actualité est périssable et est ré-actualisée en permanence. Pourtant, la promesse de l’application News Digest est a contrario d’offrir des informations “définitives” et “finies”.

“Nous avons perdu la notion du définitif”, reprend Nick d’Aloisio. “En cinq secondes, sur Twitter, une actualité a déjà disparu. A force de chercher des “breaking news” et de rafraîchir son flux, on finit même parfois par développer une certaine anxiété, de peur d’être mal ou pas informé”. Pour Nick d’Aloisio, on ne se connecte pas seulement aux réseaux sociaux pour “la récréation”, mais aussi pour s’informer de façon efficace.

Alice Antheaume

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W.I.P. a… 4 ans

Crédit: Flickr/CC/gotbrimmed

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Né le 20 janvier 2010, W.I.P. (Work In Progress) fête aujourd’hui ses… 4 ans!
Merci à tous de continuer à le lire.

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Dans la boule de cristal du journalisme en 2014

Crédit: Flickr/CC/coniferconifer

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Nouvelle année oblige, la période est aux prophéties. Voici ce qui pourrait advenir et compter dans les rédactions en 2014. Au programme: déprimer, trouver la sortie, vivre avec le «brand content», cohabiter avec les algorithmes, voir la Social TV s’améliorer, et le journalisme de contexte émerger.

Déprimer

Rue89 en grève pour obtenir des garanties sur son avenir, 20 Minutes en grève pour protester contre un plan social supprimant son service photo, plan de 71 départs volontaires (sur 470) à L’Equipe, motion de défiance contre le directoire à Courrier International, perte nette de 2 millions d’euros au Monde, Libération en crise gravissime… Lors du seul mois de décembre 2013, les nouvelles émanant des rédactions françaises sont funestes. Malheureusement, dans un contexte où les modèles de la presse traditionnelle se morcellent, il n’y a hélas guère d’espoir que le moral ne remonte en 2014. Sauf à sauter sur les options ci-dessous.

Chercher de nouveaux leviers économiques

Renouveler le(s) modèle(s) économique(s) de l’information est devenu, sinon une priorité, une nécessité. Outre les paywalls, dont j’ai déjà parlé ici, outre la réduction du taux de TVA pour les éditeurs en ligne, l’idée de solliciter directement les lecteurs pour financer le journalisme se répand de plus en plus. Aux Etats-Unis, Jessica E. Lessin, ex-journaliste au Wall Street Journal, a fondé en 2013 The Information, avec un modèle unique: l’abonnement payant qui «attend beaucoup de ses lecteurs», note Mathew Ingram, de GigaOm. Il coûte 399 dollars par an ou 39 dollars par mois, «ce qui est plus cher que le tarif d’entrée d’un abonnement au Wall Street Journal».

Dans le même esprit, le crowdfunding fait rage sur des plates-formes comme Kickstarter – sur lequel on dénombre plus de 870 projets journalistiques faisant appel à la générosité des curieux, ou Kisskissbankbank qui a une section réservée au journalisme.

Trouver une porte de sortie

Katie Couric, la présentatrice de ABC dont l’émission quotidienne ne sera pas reconduite, a été embauchée pour être la présentatrice internationale («global anchor») de Yahoo! David Pogue, le journaliste spécialiste des nouvelles technologies du New York Times pendant treize ans, rejoint lui aussi l’entreprise dirigée par Marissa Mayer.

C’est la grande reconversion pour les journalistes, peut-on lire sur Medium.com, la plate-forme créée par Evan Williams, le fondateur de Twitter. «Les journalistes ont commencé à déménager avec leurs compétences en storytelling dans le monde de l’entreprise, et particulièrement les entreprises des nouvelles technologies». Et si ce phénomène était promis à durer?

Vivre avec le «brand content»

Le «brand content», ce contenu de marque qui s’insère dans des formats éditoriaux en ligne, n’est plus un gros mot. Il peut prendre la forme d’une série de vidéos pour un opérateur téléphonique, d’une interview d’un expert sur les factures d’électricité pour EDF, ou d’une liste de conseils pour passer une soirée inoubliable pour une marque de vodka. Ces contenus, qui véhiculent des «valeurs» dans laquelle se reconnaît cette marque plutôt qu’ils ne font l’apologie de celle-ci, peuvent ainsi être likés, retweetés ou reblogués – alors qu’une bannière n’est jamais partagée sur un réseau social. Lexpress.fr, Lequipe.fr, 20minutes.fr, leparisien.fr europe1.fr, Le Huffington Post, en hébergent déjà, d’autres rédactions vont suivre en 2014.

Si ces nouveaux espaces publicitaires prennent le pas sur les bannières, c’est qu’ils rapportent beaucoup plus – jusqu’à 250.000 dollars pour une campagne sur Buzzfeed comprenant une dizaine de contenus. Du point de vue éditorial, que les médias prennent une partie du rôle des agences de pub ne va pas sans poser de questions éthiques. Le New York Times s’est fendu d’une note sur le sujet, précisant que ces publicités seraient distinguées des contenus journalistiques par une bordure bleue, un logo de l’annonceur, et une police d’écriture différente, ainsi que la mention «paid post» spécifiant que le contenu a été payé. Plus important encore, les contenus des annonceurs seront créés par l’équipe commerciale, et non par la rédaction, martèle le directeur de publication Arthur Sulzberger Jr.

Même règle à Buzzfeed: à New York, la rédaction ne produit pas les contenus de marques. Ceux-ci sont réalisés par l’équipe créative, qui travaille de l’autre côté du plateau, sur les mêmes formats éditoriaux.

Cohabiter avec les algorithmes

A quand un Netflix pour l’information? Cette question a été posée par Ken Doctor, l’auteur du livre Newsonomics. Cela supposerait d’avoir des algorithmes capables d’indiquer ce que les gens veulent savoir et comment ils s’informent et de… financer la production . Car tout le fonctionnement de Netflix, la plate-forme qui a financé la série House of Cards, repose sur la puissance de ses algorithmes, capables d’analyser avec précision ce que ses utilisateurs aiment regarder et comment ils le visualisent. Plus de la moitié d’entre eux finissent ainsi une saison d’une série télévisée (jusqu’à 22 épisodes) en une semaine, autant dire que le visionnage intensif est installé dans les chaumières.

Crédit: Sony Pictures Television

Crédit: Sony Pictures Television

Dans ce cadre, les robots aident à calibrer la production journalistique. Ils peuvent aussi aider à éditer un journal comme The Long Good Read, une expérience menée par le Guardian dont l’objectif est de réussir «à presser quelques boutons pour imprimer un journal» dont le contenu a du sens pour les lecteurs. Le principe? Un algorithme maison, baptisé Ophan, pioche dans les articles les plus vus, les mots clés cherchés par les lecteurs du Guardian et une somme d’autres critères pour sélectionner les contenus à imprimer.

Voir la Social TV s’améliorer

26 millions de Français ont un compte Facebook, environ 2,6 millions ont un compte actif sur Twitter – pour 85 millions de tweets échangés au cours de 2013 – selon Seevibes. Commenter les programmes télévisés sur les réseaux sociaux est désormais entré dans les moeurs. Pourtant,  jusque là, les expériences de second écran sont faibles, regrette KC Estenson, de CNN, lors de la conférence Le Web à Paris, en décembre 2013. «Ce sont des tentatives rudimentaires de mettre un peu de conversation à la télévision».

Si le lien entre nombre de commentaires sur les réseaux sociaux et nombre de téléspectateurs n’est pas encore prouvé, les tentatives d’animation éditoriale peuvent booster les réactions en ligne et redéfinissent la programmation traditionnelle de la télévision.

Trois exemples augurent de progrès à venir:

  • Le dispositif autour de la série Scandal 

Lors de la diffusion de la série Scandal, aux Etats-Unis, l’actrice Darby Stanchfield, qui joue le rôle de la détective Abby, a tweeté elle aussi en direct et retweeté les meilleurs commentaires publiés. Conclusion: le direct télévisuel n’est pas le seule programme à avoir du sens pour la Social TV.

Crédit: ABC studios

Crédit: ABC studios

  • Le principe d’écriture de la série What Ze Teuf 

Le scénario de la série What Ze Teuf sur D8 est écrit au jour le jour par les spectateurs sur Twitter, et tourné dans la foulée. En clair, les contributions des internautes ne sont pas là pour faire joli, elles participent du principe narratif.

  • Twitter et Comcast

Le partenariat entre Twitter et Comcast, qui a installé le bouton «see it», montre comment Twitter compte devenir la télécommande de la télévision. Moralité, les réseaux sociaux influent sur la programmation. Il y a, en ligne, des making of, des compléments, des pastilles créées pour la consommation de vidéos hors antenne.

Pratiquer le journalisme sécurisé

«Un bébé qui naît aujourd’hui grandira sans la moindre idée de ce que vie privée peut bien vouloir dire». Voilà ce que Edward Snowden, l’ex consultant de la NSA, l’agence nationale de sécurité américaine, réfugié en Russie, a déclaré en vidéo lors de ses voeux de fin d’année. Avant lui, Eric Schmidt, le patron de Google, Vint Cerf, ingénieur de Google, et Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, ne disaient pas autre chose.

Mais les révélations de Snowden sur le système de surveillance généralisé mis en place par la NSA a servi de détonateur en 2013. Pour les citoyens bien sûr, mais pour les journalistes aussi qui, plus jamais, doivent enquêter sur des sujets sensibles en apprenant à sécuriser leurs communications, leurs documents et leurs informations. «Sans cela on lit en vous comme dans un livre ouvert», insiste Micah Lee, de l’Electronic Frontier Foundation, qui recommande de passer par le projet Tor, dont il assure que la NSA ne sait pas comment l’épier, et par la messagerie Off The Record – il y a aussi Crypto.cat.

S’adonner au journalisme de contexte

Nous ne cherchons plus les informations, elles viennent à nous était la devise en 2012. Nous ne cherchons plus les informations, les recommandations viennent à nous pourrait être la devise de 2014. Car, en ligne, la recommandation sociale est devenue la norme.

Aux Etats-Unis, nombre d’applications sont apparues pour faciliter la vie quotidienne des professionnels et faire office d’assistants personnels automatisés, prédit Amy Webb lors de l’Online News Association à Atlanta. Donna vous dit quand partir pour ne pas être en retard à votre prochain rendez-vous (en calculant votre itinéraire et en anticipant s’il y a des embouteillages sur la route). Tempo vous sort les documents dont vous avez besoin en fonction des intitulés des réunions inscrites dans votre agenda, et lorsque vous allez par exemple voir telle ou telle compagnie, les dernières informations concernant cette dernière vous sont proposées. Twist regarde votre calendrier, voit le nom des personnes avec qui vous avez rendez-vous et le lieu, puis géolocalise l’endroit où vous êtes, et prévient automatiquement vos hôtes que vous allez être en retard. Hunch vous propose des publicités recommandées en fonction de ce que vous aimé, retweeté, des marques auxquelles vous faites confiance sur les réseaux sociaux.

Les utilisateurs voient donc remonter, en push automatique, des recommandations qui les intéressent. Pour les rédactions, insiste Amy Webb, c’est une immense opportunité que de proposer des strates d’informations contextuelles, forcément indispensables, à partir des agendas des utilisateurs.

 Excellente année 2014 à tous!

Alice Antheaume

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La rétrospective 2013 de l’information

Crédit: Flickr/CC/Sugar Daze

Crédit: Flickr/CC/Sugar Daze

2013, c’est l’année de l’affaire Cahuzac, de l’affaire Snowden, des attentats lors du marathon de Boston, du typhon aux Philippines, de la série House of Cards sur Netflix, du rachat de Tumblr par Yahoo!, celui du Washington Post par Jeff Bezos, des débats sur le mariage pour tous, du décès de l’acteur Paul Walker, des journalistes otages et des journalistes morts dans l’exercice de leurs fonctions… De janvier à décembre, retour sur les événements, petits ou grands, qui ont non seulement marqué l’information en ligne mais aussi le journalisme en France.

Si vous souhaitez rajouter des éléments à cette frise, signalez-les dans les commentaires ou sur Facebook et Twitter, merci!

Alice Antheaume

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Entre Rue89 et Le Nouvel Observateur, les nouvelles règles Médiamétrie

Crédit: Flickr/CC/stevensnodgrass

Crédit: Flickr/CC/stevensnodgrass

Deux ans après le rachat de Rue89 par Le Nouvel Observateur pour 7,5 millions d’euros, le torchon brûle entre le groupe et l’ancien pure-player. Lundi matin, vers 10h, la rédaction de Rue89 vote la grève pour 24 heures renouvelables, espérant obtenir des garanties sur son avenir. Conséquence: le site est gelé. L’équipe gréviste, qui a créé un compte Twitter pour l’occasion, @Rêve_89, a indiqué ses revendications dans un billet: «maintien de l’identité» de Rue89 et préservation de l’équipe pour les deux prochaines années.

Ce lundi après-midi, Claude Perdriel, président du directoire du groupe Nouvel Observateur, et Nathalie Collin, directrice générale, reçoivent des représentants de Rue89 pour entamer des discussions. Lundi soir, Claude Perdriel signe une mise au point dans laquelle il juge la réaction des journalistes de Rue89 «incompréhensible» car «assumer (notre partenariat, ndlr) ne menace en rien l’indépendance éditoriale de Rue89, au contraire». MISE A JOUR 10 décembre 2013, 11h: mardi matin, la grève à Rue89 est reconduite. MISE A JOUR 11 décembre 2013, 11h: la grève est stoppée et Rue89 reprend le travail, indiquant dans cet article avoir obtenu les garanties demandées.

Cherche nouvel actionnaire

Le moral est en berne des deux côtés. A Rue89, pour qui c’est la première grève depuis sa création en 2007. Et à l’Observateur, où, depuis septembre, les salariés proches de la retraite sont incités à partir, et leurs départs ne seront pas remplacés. L’actionnaire de toujours Claude Perdriel songe à passer la main et semble faire les yeux doux à Xavier Niel, le patron de Free et actionnaire du Monde, pour lui succéder. Dans les couloirs, on considère que les investissements réalisés sur le numérique ont saboté le vaisseau amiral. Le groupe a perdu environ 7 millions d’euros en 2013 dont 800.000 euros seraient imputables à Rue89. Claude Perdriel, ingénieur de formation, sait depuis longtemps comment fonctionne une rotative et a mis un point d’honneur à saisir aussi le fonctionnement du Web. Il ne regrette pas d’«avoir racheté Rue89 mais, financièrement, il est évident (qu’il n’a) pas fait une bonne affaire».

«Nous ne sommes pas les mauvais élèves du groupe»

A ces accusations, les grévistes de Rue89 répondent qu’ils ne sont pas «les mauvais élèves du groupe». «Nous faisons un quart de l’audience (2,4 millions de visiteurs uniques par mois, ndlr) de tout le groupe, alors que nous sommes une toute petite rédaction», m’expliquent-ils. «Nous ne sommes pas en train de négocier notre xième semaine de congés par an, nous demandons à ce que le site et son développement soient pérennisés.» Cela passerait sans doute par, entre autres, une meilleure monétisation des contenus. «Cela fait deux ans que personne ne s’occupe de la publicité sur Rue89, personne ne vend Rue89!», proteste l’équipe, pointant du doigt le dédain de la régie publicitaire, en charge de la commercialisation des espaces. Dans ces conditions, «il n’est pas étonnant qu’on ne gagne pas d’argent…».

Affichage en une

La grenade a été dégoupillée lorsque, jeudi dernier, la façade de Rue89 a changé. Sur les pages du site cohabitent désormais les logos du Nouvel Observateur, en haut, et de Rue89, précédé du mot «partenaire». En outre, l’URL de la page d’accueil – mais pas celle des pages articles – a été modifiée: à la place de Rue89.com, on trouve rue89.nouvelobs.com. Des changements qui, pour l’équipe, «rétrograd(e)nt Rue89 au rang “d’apporteur de contenus” et sacrifi(e)nt l’identité de notre Rue».

Capture d’écran du nouveau logo Rue89 / Nouvel Obs

Ces modifications ne sont pas un caprice de l’Observateur. Elles correspondent au souci de se mettre en conformité avec les nouvelles directives de Médiamétrie, l’institut de mesure plébiscité par les annonceurs. Avec ce changement, c’en est fini du co-branding et des doubles marques comme par exemple Le Huffington Post et Lemonde.fr.

Les règles de Médiamétrie expliquées

Quelles sont ces nouvelles règles en vigueur? Pour qu’un Nouvel Observateur puisse agglomérer l’audience de Rue89 avec celle de son titre, il faut soit faire passer Rue89 pour une déclinaison de la marque principale, soit considérer que Rue89 est un fournisseur de contenus.

Dans le premier cas, la nouvelle règlementation de Médiamétrie impose une imbrication des deux logos avec une visibilité plus grande accordée à celui de la maison mère. Il faut aussi que les deux marques appartiennent au même groupe et que la marque principale soit l’actionnaire principale de la marque déclinée.

Dans le second cas, Rue89 est «encapsulé» comme une rubrique dans l’environnement du Nouvel Observateur. Ici, non seulement le contenu fourni doit porter l’URL de la marque mais le logo du fournisseur (Rue89) doit être en-dessous du logo de la marque principale (Le Nouvel Observateur).

MISE A JOUR 10 décembre 2013, 12h10: Si la première option, la déclinaison d’une marque (par exemple Le Figaro et Madame Le Figaro ou ELLE et ELLE Déco), nécessite le vote de la Commission d’auto-régulation de Médiamétrie, qui se tient tous les mois, la deuxième option est acceptée automatiquement lorsque les règles sont respectées. C’est ce second cas de figure, la fourniture de contenus, qui concerne Rue89.

Sans la refonte, Rue89 verrait son audience de décembre comptabilisée à part de celle du Nouvel Observateur en ligne. Les deux perdraient plusieurs places.

Or si Claude Perdriel a racheté Rue89 en décembre 2011, c’était avant tout pour grimper sur les marches du podium et espérer dépasser Lemonde.fr et Lefigaro.fr, devant NouvelObs.com dans le classement Médiamétrie que consulte les publicitaires, pour qui plus on est gros, plus on est beau. Aucune chance, vu l’intention initiale qui a présidé à l’achat de Rue89, que le directoire accepte que le trafic de Rue89 soit comptabilisé d’un côté et celui de NouvelObs.com de l’autre. L’objectif, c’est d’intégrer l’un à l’autre pour cumuler les audiences.

Le Huffington Post et Le Monde ne changent rien

Le dilemme concerne aussi le Huffington Post et lemonde.fr. Aucun changement n’est prévu (ni en termes de logo ni en termes d’URL), même si cela devrait faire perdre, selon les estimations, environ 15% de l’audience du Monde.fr en décembre. Quand bien même le souhait aurait été d’intégrer l’un à l’autre, il n’est pas certain que cela serait possible car Le Monde ne détient que 34% du Huffington Post.

En revanche, Le Lab, lui, sera toujours compté dans l’audience d’Europe1.fr en tant que déclinaison de marque car, pour se conformer aux nouvelles règles de Médiamétrie, il a installé le changement de logos (avec Europe 1 plus gros que Le Lab) depuis novembre en ligne. Même si cela n’est pas requis pour faire valoir son site comme déclinaison d’une marque, son URL, lelab.europe1.fr, comporte, depuis sa naissance en décembre 2011, le nom de la maison mère, Europe 1. «C’est la spécificité du pure-player interne qui grandit… plutôt que le pure-player (externe) mal digéré lors de son rachat», proclame Antoine Bayet, rédacteur en chef de Le Lab.

Les atouts d’un pure-player

Outre gagner des places dans les mesures d’audience, l’autre raison qui peut pousser un groupe à acheter un pure-player, c’est que la rédaction de celle-ci est plus agile avec les nouvelles pratiques journalistiques et que l’innovation y est plus facile. Imaginez, au Nouvel Observateur, la lourdeur du processus industriel pour imprimer le journal chaque semaine et la difficulté de convertir les journalistes traditionnels au travail sur plusieurs supports, l’imprimé, le site Web, le mobile, la tablette. Rue89, une structure plus légère qui ne connaît pas ces contraintes, peut tenter des nouveaux formats éditoriaux. Autrement dit, la vie d’un pure-player, c’est d’abord de se lancer, démontrer qu’il y a un potentiel en expérimentant des formats et des rythmes différents, et parfois être racheté par un plus gros qui va financer le développement de ce potentiel. A condition d’avoir les reins solides…

 Alice Antheaume

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A propos de…

Journaliste, responsable de la prospective et du développement international à l'école de journalisme de Sciences Po, Alice Antheaume a été rédactrice en chef adjointe à 20minutes.fr après être passée par lemonde.fr puis Télérama.
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