Les questions que se posent les jeunes journalistes

Crédit: Flickr/CC/Pedroreyna

Faut-il que je me spécialise sur un seul support? Dois-je savoir coder? Quel salaire puis-je espérer pour mon premier poste de journaliste? Voici quelques unes des questions que les étudiants en journalisme et les jeunes diplômés se posent le plus souvent. Tentatives de réponses avec l’aide de leurs futurs employeurs.

#compétences


Quelles compétences les employeurs recherchent-ils chez un jeune journaliste?

La liste est longue. Il y a d’abord un socle de compétences incontournables: avoir de la culture générale, connaître sur le bout des doigts l’actualité, être rigoureux, et bien sûr fiable sur les informations que l’on donne. Mais cela va au-delà de la capacité à passer des coups de fils pour vérifier des infos. Les rédactions espèrent des vrais passionnés. ”Les journalistes qui sont vraiment au taquet sur l’actu sont trop rares! Un journaliste qui débarque chez nous en stage et sait rebondir sur l’actu en proposant des angles malins a tout gagné”, s’exclame Thibaud Vuitton, rédacteur en chef adjoint de France TV Info. A Rue89 aussi, on privilégie ceux qui ont “le sens de l’angle”.

Quant à la maîtrise de l’anglais, ce n’est plus une option. A l’AFP, non seulement l’anglais est obligatoire mais une autre langue “opérationnelle” est requise. Sont donc très appréciés les candidats qui, en plus, parlent une langue rare (chinois, arabe et russe) et bénéficient d’une expérience de terrain, notamment à l’étranger.

S’ajoute à cela une couche d’agilité sur les outils numériques, presque considérée comme faisant partie des fondamentaux journalistiques. Ils doivent “maîtriser les usages et codes du Web”, reprend Thibaud Vuitton, “connaître le Web et ses outils, savoir utiliser Twitter, savoir embedder une vidéo et une Google Map” sur une page Web, voire organiser un live, ajoute Clémence Lemaistre. Autre compétence indispensable: savoir animer une conversation sur les réseaux sociaux et interagir avec une communauté en ligne, y compris lorsque l’on veut travailler à la télévision et la radio. “Oui, un reporter a besoin de répondre aux commentaires. Il doit aussi savoir qui le lit et pourquoi”, écrit le journaliste Lewis Dvorkin, sur le site de Forbes.

Le candidat idéal doit donc avoir plus d’une corde à son arc. Les rédacteurs en chef veulent des profils réactifs et débrouillards, bref, opérationnels. Pour Fabrice Pierrot, rédacteur en chef de C à vous, sur France 5, il leur faut “montrer, via leur formation, qu’ils sont capables de maîtriser les premières tâches qui vont leur être demandées: écritures de la biographie d’un invité, éditing d’une émission, réalisation d’interviews”. En outre, Paul Ackermann, rédacteur en chef du Huffington Post, attend d’eux “autonomie et d’esprit d’initiative”, car, dans les rédactions, le temps de la formation est terminé, il faut apprendre à faire les choses par soi-même.

Au rayon humain, cela va sans dire, enthousiasme bienvenu. Et pas d’allergie aux changements. “L’état esprit du candidat est très important”, pense Alexis Delcambre, rédacteur en chef du Monde.fr. “Notre environnement se trouve dans un mouvement permanent. Pour s’y sentir à l’aise, il ne faut pas avoir de réticence et être ouvert aux nouvelles formes de narration journalistique”. Enfin, “s’il a un petit plus, une passion qui peut servir au bureau, c’est encore mieux”, complète Clémence Lemaistre, rédactrice en chef du site de BFM TV. Celle-ci vient d’embaucher une journaliste qui publie sur son blog, à ses heures perdues, des dessins d’actualité, notamment des dessins de procès judiciaires.

Ne pas savoir faire ou utiliser des images, est-ce encore possible en 2013?

Non. Même à l’AFP, où la culture de l’écrit est fondamentale, les profils les plus recherchés sont ceux qui justifient d’une double compétence, par exemple quelqu’un qui a “un vrai profil bimédia texte/TV” et sait donc produire des articles écrits comme des vidéos, confie Patrice Collen, qui travaille au recrutement des journalistes pour l’agence. Idem au Monde.fr. “Nous avons beaucoup de compétences en interne sur l’écrit, donc nous cherchons plutôt en externe des profils compétents en image, fixe ou animée. Tout ce qui peut nous enrichir en nouvelles formes d’expression est le bienvenu”. Une tendance que l’on retrouve aussi dans la “paroisse” numérique de Lagardère (Le Lab, Parismatch.fr, Europe1.fr, etc.) où l’“appétit pour le traitement de l’image (fixe et animée)” est apprécié.

Dois-je savoir coder pour devenir journaliste?

Non. C’est vrai qu’un journaliste sachant coder a toutes les chances d’être embauché sur un site Web d’informations avant même d’être diplômé, car cette double compétence est très rare. Pour la majorité des jeunes journalistes se destinant à des supports numériques, il ne s’agit pas d’apprendre à taper des lignes de code comme le ferait un ingénieur informatique. Mais comprendre les grands principes du code et savoir parler aux développeurs dans une rédaction peut faire la différence – et c’est pile l’objectif du nouveau cours sur les langages et développement numériques de l’Ecole de journalisme de Sciences Po. Une fois que le candidat a convaincu qu’il avait des fondamentaux journalistiques solides, “ensuite, on peut tout imaginer en termes de compétences techniques et mêmes des candidatures aux confins du journalisme et du développement, pour réaliser des contenus aux interfaces complexes”, lance Alexis Delcambre, du Monde.fr.

#insertionprofessionnelle


Comment faire pour que ma candidature spontanée soit repérée dans la messagerie des rédacteurs en chef surbookés?

1. Ne pas envoyer sa candidature pendant les vacances, ni pendant les week-end, ni à minuit en semaine. Pour Clémence Lemaistre, “le mieux est de l’envoyer en journée, avec en objet quelque chose de simple comme «candidature spontanée pour le site bfmtv.com»”.

2. Mettre en pièce jointe le CV, simple et concis. Pas de photo sur le CV sauf si vous postulez pour un poste de présentateur à la télévision.

3. Ne pas attacher de lettre de motivation en pièce jointe mais écrire un mot court directement dans le corps du mail. “On lit davantage des introductions bien tournée, qui nous accrochent sans être nunuche que des lettres de motivation généralement convenues”, dit Pascal Riché, rédacteur en chef de Rue89. “Faites plus court que le court”, conseille Joël Ronez, directeur des nouveaux médias à Radio France, et “résumer dès la première phrase les aspects saillants de la candidature, et surtout les intentions, centres d’intérêts et points forts («je souhaite trouver un (stage/emploi) de (durée) à partir de (date) au sein d’une rédaction (choisir laquelle) et avec la spécialité (choisir laquelle) pour faire (choisir les bonnes mentions) du reportage, de la photo, des interviews, etc.»”.

4. Parler de la spécificité du média pour lequel on postule. “Deux ou trois phrases dans le corps du mail prouvant que le ou la candidate s’est donné la peine d’aller au moins une fois sur mes sites!”, résume Laurent Guimier, directeur de l’information numérique chez Lagardère. Même chose pour Fabrice Pierrot: le candidat doit “connaître l’émission de télé à laquelle il postule” et pouvoir “en faire une description critique” sans recopier ce qu’il y a écrit dans la page “à propos” du média concerné.

5. Montrer sa motivation pour le média pour lequel on postule, en invoquant une raison autre que “je dois manger” ou “vous embauchez”. Bref, dire “qui je suis / d’où je viens / ce que j’ai envie de faire, avec un CV en PJ et une proposition de se rencontrer pour en discuter. Pas la peine de cirer les pompes sur la qualité du site ou autres. Plus c’est court/efficace mieux ca marche”, reprend Thibaud Vuitton, de France TV Info. Selon Fabrice Pierrot, de C à vous, l’idéal est de proposer des idées dans le cadre de l’existant. “Le meilleur recrutement que j’ai fait ne s’est pas réalisé via un CV. C’est un étudiant dégourdi qui avait monté un petit sujet en vidéo avec ses propres moyens, en reprenant les codes graphiques de l’émission, en ayant choisi un angle compatible avec notre ligne éditoriale. Il me l’a envoyé en me disant je sais que vous recevez untel, si vous m’aviez confié le sujet, j’aurais sans doute fait ça. C’était perfectible mais très pertinent, je l’ai embauché dans le mois qui a suivi.”

6. Insérer les coordonnées téléphoniques dans le corps du mail - pas que dans le CV en pièce jointe donc – pour que le rédacteur en chef puisse appeler le candidat rapidement.

7. Eviter les poncifs et les fautes d’orthographe. “L’orthographe doit être impeccable”, vraiment, insiste Laurent Guimier. Humilité appréciée, nul besoin de faire la leçon à l’interlocuteur sur des couacs passés.

8. Mettre des liens vers ses publications mais en les accompagnant d’un titre. Selon Joël Ronez, il importe de “commenter d’une phrase les liens vers des travaux personnels en ligne (blogs, articles fait dans le cadre d’un stage, page pinterest, compte twitter, etc.). Sans références, c’est compliqué.”

9. Ne pas déprimer si on ne reçoit pas de réponse dans l’immédiat. Mieux vaut téléphoner quelques jours après l’envoi de la candidature pour savoir si le rédacteur en chef l’a “bien reçue”. Et garder en tête que les recrutements ne se font pas à jets continus. “On met de côté toutes les candidatures que l’on reçoit en vue de période où l’on aura besoin de recruter”, explique Thibaud Vuitton. “Donc il ne faut pas désespérer s’il on ne reçoit pas de réponse tout de suite, cela ne veut pas dire qu’on ne sera pas rappelé plus tard – et ça vaut donc le coup d’envoyer des CV!”.

#reseauxsociaux


Dois-je avoir deux comptes sur Twitter, l’un personnel, et l’autre pour la vie professionnelle?

Non, à moins de vouloir devenir schizophrène. Un seul compte Twitter est nécessaire, sur lequel on respecte la règle suivante: même jeune, même débutant, un journaliste est journaliste 7 jours sur 7, quel que soit l’endroit d’où il parle. Ses devoirs journalistiques (pas de diffamation, pas d’atteinte à la vie privée, etc.) prévalent sur les publications traditionnelles (sites Web, journaux, émissions de radio ou de télévision) mais aussi les publications annexes, et donc sur son compte Twitter. Or l’empreinte numérique, c’est l’une des premières choses qu’un employeur regarde. Il faut donc “penser à travailler les aspects trahissant une personnalité sur son fil Twitter”, conseille Joël Ronez, de Radio France. Systématiser “le RT des articles du Monde sur le Mali est inutile, un commentaire personnel même sur un sujet anecdotique permettra d’appréhender qui vous êtes.”

Que publier sur les réseaux sociaux?

Faire de la veille sur l’actualité et la publier tous les jours sur ses comptes Facebook ou Twitter est une solution pour commencer. La veille, cela désigne ce rôle de sentinelle du journaliste, à savoir publier des bons liens, vers des sources d’informations originales (et pas après tout le monde) et se créer une spécialité (le sport, l’économie, la photo, la cuisine, etc.). De quoi se fabriquer une “bonne empreinte sociale”. Mais attention à ne pas commenter à tire-larigot. Pour Clémence Lemaistre, les rédactions n’ont pas besoin de quelqu’un “qui passe toute sa journée à tweeter” tout et n’importe quoi. Et bien sûr, quand on se trouve à un endroit où il y a de l’actualité (dans les gradins d’un match de foot, sur les bancs d’un procès judiciaire, dans un magasin le jour des soldes, etc.), on poste en ligne des images avec des légendes précisant qui est sur la photo, le lieu, et ce qu’il se passe. Pour s’exercer, le “cahier de vacances” pour jeunes journalistes est toujours d’actualité.

#remunération


Pour ma première pige, quelle peut être ma rétribution en tant que jeune journaliste?

Il y a plusieurs formes de piges. Une journée de travail peut être payée sous la forme d’une pige, et un sujet également. A Radio France, une journée de pige est payée entre 80 et 110 euros bruts selon la station et les missions confiées. Au Monde.fr et au Huffington Post, un jour de pige équivaut à 97 euros bruts.
En ce qui concerne un sujet pigé, c’est entre 90 et 100 euros bruts au pôle numérique de Lagardère (Europe1.fr, Le Lab, ParisMatch.fr, etc.). Chez Rue89, c’est 150 euros bruts le sujet complet, à condition de fournir aussi la photo. Si c’est une enquête qui demande du temps et de l’énergie, le tarif est négociable. Au Huffington Post, un sujet se rétribue 50 euros bruts le feuillet quand la traduction d’un papier se monnaie 35 euros bruts le feuillet. Quant à un sujet complet, il se rétribue entre 100 (texte et photo) et 500 euros (vidéo) sur lemonde.fr, selon sa longueur et sa complexité. Au JDD, la pige se paie 100 euros le feuillet.

A quel salaire puis-je aspirer en intégrant une rédaction en sortant d’école de journalisme?

A l’AFP, le CDD est “la” voie d’entrée, renseigne Patrice Collen. Paiement: environ 2.500 euros bruts par mois. C’est plus que la plupart des autres rédactions dans lesquelles la rémunération, en CDD ou en CDI, tourne autour de 1.800 euros bruts mensuels.
A BFM TV, les jeunes journalistes débutent à 2.000 euros bruts par mois.
A Radio France, le premier salaire perçu varie en fonction de la formation. Un étudiant d’une école de journalisme reconnue, comme l’Ecole de journalisme de Sciences Po, peut obtenir 2.160 euros bruts par mois, quand un étudiant d’une formation non reconnue par la profession des journalistes reçoit, lors de sa première année, 1.757 euros bruts. Dans les autres rédactions, cela tourne autour de 2.000 euros bruts par mois, ce à quoi peuvent s’ajouter d’éventuelles primes de week-end, de nuit, selon l’employeur.
Au Monde.fr, un jeune journaliste non titulaire de sa carte de presse gagne 2.300 euros bruts mensuels quand un journaliste titulaire d’une carte de presse obtient 2.900 euros bruts.
Enfin, au JDD, par exemple, les embauches sont rares, mais elles se font à 2.600 euros bruts par mois.
Une chose est sûre: pour un premier emploi, un journaliste n’est pas souvent en mesure de négocier son salaire, il reçoit ce qui est prévu dans la grille des salaires de son employeur.

Si cet article vous éclaire, merci de le partager sur Twitter ou Facebook. Si j’ai oublié des questions, merci de me les signaler, je publierais un autre papier si besoin.

Alice Antheaume

17 commentaires pour “Les questions que se posent les jeunes journalistes”

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  2. Bonjour Alice,

    merci pour cet article, très éclairant et très utile! Auriez-vous un peu plus d’infos sur les tarifs des piges en télé ? (prix d’un sujet, d’une journée?)

  3. …des angles malins…/…
    ?
    Donc, avant c’était: “les faits, rien que les faits”, désormais c’est : “l’effet, rien que l’effet”… Ah bon.
    Ces braves jeunes, ont un avenir radieux. De “multiples” stages, 6 mois, un an… pour pisser du gris/texte au kilomètre (relu et remanié/corrigé par rédac’ chef ou secrétaire de rédaction)
    Apprentissage de la patience (silencieuse !) et de l’intégration en tribu.
    Hors ces quelques exemples annotés financièrement, mais bouchés, il y a les milliers de piges, (de temps à autres) 50 € (Brut, sans frais !) pour un “papier”…(relu et remanié/corrigé par rédac’ chef ou secrétaire de rédaction) commandé par connaissance et en toute …subordination. ( 8.000 titres de journaux, magazines plus ou moins “rédactionnels”, mais surtout en Communication )
    Bref; une lueur d’espoir: …des passionnés…
    Finalement, je dois avoir suivi ce parcours sans le voir !…?

  4. Super papier, éclairant et pas langue de bois… Est-ce qu’il y a un article similaire concernant les journalistes en audiovisuel? Thx!

  5. En tant que professionnelle, je trouve cet article intéressant. Ceci étant dit, il ne parle que d’un type de journalisme, celui des grands médias et de l’actu quotidienne.
    Il est aussi impossible, à mon sens, d’avoir toutes les qualités et compétences réunies, surtout en début de carrière. Mais ce n’est que mon avis…

  6. > “Ne pas savoir faire ou utiliser des images” n’est pas possible?

    C’est vrai, puiqu’il y a une image dans la marge, pourquoi ne pas aussi s’ériger en professionnel de l’image? C’est drôle, lors de mes études de photographie, on ne m’a jamais dit “Tu sais, ce serait bien que tu puisses aussi faire le boulot du journaliste, si t’as le temps, ça nous ferait économiser 100 balles”… Bon bien sùre, je connais la hiérarchie entre le noble texte et le tiers-image, mais enfin…

    Je n’ai aucun conseil à donner, mais je vais m’autoriser une remarque personnelle: un bon professionnel c’est quelqu’un qui se confronte réellement à son sujet, se façonne à lui, lui consacre du temps, l’entreprends sans cesse, s’interroge humblement, doute… On ne peut pas être bon partout, et ça ne se décide pas à la légère, au moment de remplir ces souhaits pour le pôle-emploi. Etre à la fois un “homme de texte” et un “homme d’image”, ou hybrider divers domaines de spécialité, ce n’est pas impossible, mais c’est difficile (pensez à la rigueur et aux souffrance du tri-athlète). Ca demande un surengagement, ce n’est surement pas une ligne dans un cv, comme le suggère cet article qui a du mal à dissimuler son utilitarisme.

    Celui qui tente tout à la fois de faire le commentateur, l’intervieveur, le photographe, le documentaliste, l’écrivain, l’expert, le sociologue, le sémiologue, l’économiste, le chercheur, le bloggueur, l’investigateur, le juriste, le développeur, le prophète, le manager de communauté et l’historien, à la fin est un peu tout et n’est pas grand chose. Seul avantage: apparemment il ne coûte pas très cher et fait faire des économies considérables à son employeur, qui dans plusieurs exemples cités, n’intéresse plus assez de lecteur pour survivre indépendamment -la rançon de cette économie peut-être?

  7. Un article qui donne bien à voir ( involontairement…) dans quelle mauvaise direction s’enfonce la profession.

    Etre réactif, inventif, polyvalent, oui, c’est un métier d’action. Mais il ne faut pas confondre l’action de combat, celui pour la transmission des réalités du monde, de l’action-gesticulation qui se bat pour l’accumulation d’infos, et de “scoop”.
    Les journalistes qui ont fait le pied de grue et ont été sur le qui vive pendant plusieurs jours/semaines durant l’affaire DSK ou celle de la primaire UMP ont sûrement eu la sensation d’être des “vrais”, des “bons”. Ceux qui ne comptent pas leurs nuits pour servir le scoop, portable dans une main, micros dans l’autre, option coloc avec le caméraman. Mais la classe médiatique s’est elle rendu compte de la futilité de tels sujets au regard de l’énorme plage d’audience qui leur a été accordé?

    “Connaitre l’actualité sur le bout des doigts”
    Encore et toujours cette volonté de la quantité sur la qualité. Quelle intérêt à ce que tous les journalistes connaissent par coeurs les mêmes infos, pauvres de facto ( et oui si on connait tout on ne connait rien de bien ), choisies et filtrées au préalable par l’appareil médiatique de surcroit ??? Ca donne des journalistes chez qui les infos et le fil d’actualité “à la mode” sont maîtrisés en surface mais dont l’absence de connaissances un tant soit peu précises se révèle frappante. Même chez des anciens de la profession, même lorsque l’on participe à une emission sur un sujet précs, même lorsque notre job est d’interviewer quelqu’un…
    Exemple concret tout frait pêché du jour, le question d’actu sur LCP de ce matin, avec GAino comme invité. Consternant de superficialité même quand certaines accroches se prêtaient formidablement bien à un vrai éclairage ( le point sur la PMA notamment ). Et pourtant on a 4 interviewer officiant tous dans 4 rédaction de grande envergure !!

    Mais quand le déficit en connaissances empêche de creuser un sujet, on opte pour un superficiel enfilage de perles journalistique.

    On présente le journalisme comme le 4e pouvoir. Les journalistes ont oublié que ce rôle était en fait celui d’un contre pouvoir. Ce rôle n’est pas négociable ou marchandable. Comme la santé ou l’éducation, l’information des individus est une composante essentielle sans laquelle une démocratie ne peut tout simplement pas fonctionner.

    Que les journalistes soient pris dans des logiques économiques qui les dépasse peut se comprendre. Mais ce que montre cet article c’est leur absence totale de recul, d’auto-critique et leur propension à perpétuer le cercle vicieux dans lequel ils s’enferment et qui fait crever la presse à petit feu.

    Quand comprendront-ils enfin qu’une masse monstrueuse d’infos tue l’info ???

  8. “A quel salaire puis-je aspirer en intégrant une rédaction en sortant d’école de journalisme?” .
    Il aurait été honnête de décrire la réalité en préambule: avant l’embauche, il y aura des mois et des mois de piges et de contrats précaires.
    L’embauche à Radio France? Elle se fera en CDI au bout de quatre, cinq? ans à tourner, en pige ou en CDD, dans toutes les locales France Bleu. Au monde.fr? Même avant un CDD, on vous propose quinze jours de pige “en guise de période d’essai”. (Ah bon, la période d’essai n’est pas prévue dans le CDD?)
    Etc, etc. Tout un système qui profite de l’enthousiasme de jeunes diplômés qui rêvent d’un “métier passion” pour les payer des cacahuètes et leur faire bien sentir que s’ils ne sont pas contents, y en a des milliers derrière pour faire le job.
    Quid du statut complètement ubuesque de “pigiste permanent” dans certaines rédactions?
    Bref, largement de quoi faire un articles “les réponses aux questions que ne se posent (malheureusement) pas les jeunes journalistes”.

  9. Disons les choses clairement. 97 euros brut la journée, c’est tout juste le smic horaire si on travaille 10 h la journée. Mais souvent on travaille plus, donc pour gagner moins que le smic.
    http://www.service-public.fr/actualites/00812.html

    Quant aux autres sites mentionnés, 150 euros brut le sujet (à condition de fournir la photo) : sachant qu’un sujet c’est souvent trois feuillets + la photo (comptons la photo comme un feuillet de +), cela fait moins de 40 euros brut le feuillet. Scandaleux.

    Bcp des pure-players cités dans cet article font énormément de mal aux pigistes. Il faut le dire.

  10. Salut

    Merci pour l’article c’est plutôt pas mal mais par contre dans ta partie sur les salaires tu oublies complétement la pige qui est souvent le lot des jeunes journaliste et qui par exemple à Radio France est très basse !

  11. J’aime lire ce blog, mais il faudrait peut être sortir du microcosme parisien et se souvenir que 70% des journalistes en France travaillent en région, en presse quotidienne régionale, départementale ou dans les hebdos locaux. Selon les analystes de l’éco des médias les plus pointus (Ken Doctor), ce sont ces seuls médias qui embaucheront dans les années à venir. Pourquoi mentir à nos chères têtes blondes de Sciences Po : pour manger, se faire une vraie expérience, c’est direction la province, où les sujets peuvent être passionnants, utiles, pourvu que la rédaction en chef ne soit pas trop ringarde. Ce parisianisme : Bfm, ITélé, HuffPost et consorts offre très peu de débouchés et très peu d’opportunités de vraies expériences de journalisme à plein temps. C’est décevant pour les jeunes mais c’est ainsi.

  12. Cher @plouc 2.0 merci pour votre commentaire. Vous avez raison, pour la presse écrite surtout, seules la PQR et quelques agences locales embauchent de jeunes diplômés. Nous ne mentons certainement pas à nos étudiants, ils sont tout à fait informés et conscients des enjeux pour leur insertion professionnelle. Et cet article a vocation à les aider à mieux s’y préparer et à commencer à “piger” pour quelques titres. Je ferai peut être un autre WiP sur les premiers salaires en PQR. Bon dimanche!

  13. Enfin, ce qu’on demande surtout aux journalistes web c’est de savoir piquer des photos gratos sur Flickr ou autre et être assez malin pour que le poste photo ne coute pas un rond à la publication… La c’est le photojournaliste qui parlait…
    A part ça, c’est vrai que si vous rêvez de gloire et de servir les brèves sur un plateau pour un salaire de misère avec avoir fait 5 ans d’études juste pour pouvoir se la pèter en ville en disant qu’on travaille pour BFM ou Rue89, alors pas de probleme la presse nationale est la bonne voie. Sinon, faut pas trop compter sur la PQR qui va jusqu’à faire travailler des rétraités et dont les rédactions sont aussi fines qu’un casse croute de chômeur.
    Alors quoi, c’est foutu ? Eh non, il y a des centaines d’autres titres spécialisés magazines mensuels, hebdos, quotidien dans le monde de l’entreprise, des collectivités locales, des syndicats ou les agences de communication… etc en print ou en web.
    Ce qui laisse à un pigiste débrouillard la possibilité de gagner sa vie en travaillant pour plusieurs titres. Les piges y sont souvent mieux rémunérées autour des 80 euros net le feuillet. Les qualités requises sont les mêmes que décrites par Alice. Avoir plusieurs cordes à son arc est évidemment un plus dans un univers concurrentiel.
    Par contre c’est moins la gloire… mais faut savoir ce que l’on veut.

  14. Euh, des envies et des qualités journalistiques ? Non ?

  15. [...] Certains aujourd’hui font même part de leur déception. La journaliste Alice Antheaume tente de répondre aux questions les plus récurrentes. Et pas seulement [...]

  16. Alice Antheaume
    Bonjour, et “chapô” bas… pour laisser nos commentaires peu positifs, envers vos éloges du questionnement “jeune et journaliste”.
    A avoir partagé, quelques journées de rencontres Pro/Jeunes, je suis moins certain que vous, de leur conscience envers le vrai métier. Et heureusement ! La Passion, c’est tout ce qu’ils ont besoin. Bon, il est vrai que là, on parle d’étudiants Science Pô… Peut-être une tribu privilégiée ? (Perso jamais côtoyé)
    Je veux rajouter que pour 50€, (NETS !), (piges de temps à autres), les capacités souhaitées sont d’être multi-casquettes, ou homme/femme-orchestre. Mais plutôt, cinq métiers que deux, en UN.
    Et “anglés” selon …Direction Éditoriale.
    Bien entendu, je ne parle que de Journalistes, (carte de Presse), pas de présentateurs TV, ni humoristes de certaines radios.
    Lumières pour tous, il y a en Presse, énormément (trop?) de magazines spécialisés, qui vont avoir intérêt à rajouter un supplément web, à leurs parutions.
    Je dis bien “supplément”, aujourd’hui, ils n’ont rien compris et recopient leurs papiers sur le Net (pas si net !)

  17. Quid des médias spécialisés, print ou web? Le jeune diplômé pige, il ne le fait pas que dans la PQR ou PQN.

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A propos de…

Journaliste, responsable de la prospective et du développement international à l'école de journalisme de Sciences Po, Alice Antheaume a été rédactrice en chef adjointe à 20minutes.fr après être passée par lemonde.fr puis Télérama.
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