«Plus tard, je veux être correspondant international»

  • «Je lis Le Monde, j’écoute France Inter et regarde Le Grand Journal»
  • «Je veux devenir journaliste parce que j’aime écrire»
  • «Je veux être correspondant international»
  • «Je ne sais pas comment s’appelle ce journaliste»
  • «Je me méfie de ce que racontent les médias»

Telles sont les cinq occurrences les plus entendues lors des oraux d’admission à l’Ecole de journalisme de Sciences Po pour le recrutement de la nouvelle promotion.

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Consommation

A la question «quels sont les médias que vous lisez/écoutez/regardez/consultez?», la plupart des candidats répondent, dans l’ordre, l’édito politique de Thomas Legrand sur France Inter, puis C’est dans l’air sur France 5, puis Le Grand Journal sur Canal+, puis «Le Monde en ligne».

Parmi les quelque 110 étudiants admissibles vus lors de ces jurys, une poignée seulement dit consulter lequipe.fr70.586.309 visites en avril 2011 selon l’OJD, un seul déclare lire La Voix du Nord, et trois personnes citent Closer – c’était le jour où le magazine assurait que Carla Bruni-Sarkozy était enceinte. A part ces quelques «extravagances», les candidats, sans doute soucieux de se conformer à l’idéal d’aspirant journaliste qu’ils se sont façonnés, témoignent de consommations de médias qui se ressemblent comme des gouttes d’eau.

Côté lecture, alors que, l’année dernière, Le Quai de Ouistreham (éd. L’Olivier), de Florence Aubenas, était sur toutes les lèvres des candidats, le livre le plus cité cette année est M. le président (éd. Flammarion), de Franz Olivier Giesbert. «Parce que la connivence entre journalistes et politiques me fascine», avancent les étudiants.

Motivation

Il y a un an, déjà, je m’étais étonnée de voir autant de candidats donner les mêmes références et utiliser les mêmes arguments. La phrase que j’ai le plus souvent entendue de la part des étudiants – et c’était déjà le cas l’année dernière – est «je veux être journaliste parce que j’aime écrire» ou bien sa variante «je veux être journaliste parce que je suis curieux». Pas très original dans le cadre d’un oral dont la dynamique est celle d’un concours, pas celle d’un examen.

Car ce que cherche un jury d’une école de journalisme comme celle de Sciences Po, ce sont des candidats ayant des profils variés, des goûts et des usages qui ne soient pas tous les mêmes ET qui soient capables de les justifier – dire «j’aime/je n’aime pas» ne suffit évidemment pas à ce niveau-là. Le but est de composer une promotion avec des étudiants ou scientifiques ou littéraires ou économistes ou ingénieurs, une promotion qui va vivre comme une rédaction pendant deux ans, et dont aucun élément ne doit ressembler à un autre.

Sortez du conformisme, s’il vous plaît, tonne le rapport de jury de l’ENA (Ecole Nationale d’Administration), remarqué par le blog «Il y a une vie après le bac». «Beaucoup de candidats ne semblent pas avoir compris que dans un concours il faut “faire la différence” et non essayer d’avoir la moyenne». Idem aux oraux d’admission de journalisme de Sciences Po, pour lesquels il y a beaucoup d’appelés, peu d’élus.

Certes, il y a des critères de sélection, écrits noir sur blanc sur le site de l’Ecole de journalisme. Pourtant, non, il n’y a pas de profil idéal. Etre un bon candidat pour une école de journalisme n’est pas une question de filière, sinon une question de conciliation de compétences: excellence académique quel que soit le parcours d’origine, très bonnes connaissances de l’actualité, candidats capables de se démarquer par leur personnalité et – ce n’est pas le moindre – démontrant une compréhension du métier de journaliste et de ses évolutions. Fondamental pour être en mesure de S’ADAPTER. A toutes les situations, toutes les urgences, tous les changements économiques.

Projet professionnel

«Plus tard, je veux être correspondant international», constitue un autre des leitmotivs de ces oraux. «Où cela?», interroge le jury. «Je ne sais pas encore où, mais à l’étranger». Une réponse qui manque de précision et qui peut faire douter de la réelle appétence du candidat pour ce métier, tel qu’il se vit au 21e siècle, à l’ère des audiences de l’affaire DSK racontées en temps réel, du fact checking et des live-tweets. Faut-il le rappeler? Contrairement à ce que vit Tintin et ses «aventures», le journaliste ne fait pas de tourisme. L’important, c’est davantage l’événement et ses enjeux que le lieu.

Lorsque le jury demande, pour juger de ce goût pour la marche du monde et dépasser le lieu commun énoncé, «quel journaliste ou reportage vous a marqué ces derniers jours?», rares sont ceux qui esquissent une réponse. Le candidat ne lit-il pas assez la presse? Est-il blasé? Ou bien est-ce ringard de la part d’un jury de demander aux élèves de connaître les noms de «plumes» et autres acteurs du métier auxquels ils se destinent?

Défiance

En fait, poser la question inverse, «quel média vous énerve?», s’avère beaucoup plus productif. C’est dire si la défiance à l’égard des journalistes est toujours vivace. Selon le dernier baromètre de confiance dans les médias, les Français sont 63% à estimer que les journalistes ne sont pas indépendants des pressions des partis politiques et du pouvoir, et 58% d’un même avis en ce qui concerne les pressions financières.

Ce septicisme ne concerne pas que les titres français, mais aussi les médias internationaux, comme en témoigne, toujours lors des oraux d’admission, la réaction d’une poignée d’étudiants, en échange universitaire en Egypte au moment des révolutions arabes.

>> Le dialogue qui va suivre est une retranscription raccourcie mais réelle >>

«Vous vous trouviez au Caire en février 2011? Vous y étiez à un moment historique. Qu’avez-vous vu?
– Les médias ont été nuls. CNN n’arrêtait pas de dire que les manifestations étaient violentes, c’était n’importe quoi.
Vous êtes sûr? Il y a pourtant eu des morts. Avez-vous été dans les manifestations?
– Non.
Alors comment dire qu’il n’y a eu aucune violence? Cela n’a quand même pas été une révolution pacifique, si?
– Certes, mais pas violente à ce point…
Si vous n’avez pas apprécié la couverture par les médias, avez-vous écrit quelques lignes sur ces événements? Sur un blog? Sur Facebook peut-être?
– Non. Je ne me sens pas légitime pour ouvrir un blog.
Avez-vous pris une photo des événements?
– Non. Aucune.»

Est-ce une façon, pour ces étudiants, de marquer leur désapprobation face à la couverture médiatique d’un événément qui a fait le tour du monde? Ou bien cela marque-t-il un désintérêt plus profond pour ce métier? Une chose est sûre: vouloir devenir journaliste sans ressentir le besoin de témoigner de ce qui se déroule sous ses yeux, cela présage a priori d’une erreur d’aiguillage.

Expérimentation

Oui, c’est extrêmement difficile de faire face, seul, du haut de ses parfois 20 ou 21 ans, aux questions incessantes d’un jury composé de trois personnes, rompues à l’exercice, qui ont entre 10 et 40 ans d’expérience. C’est dur de surmonter son trac pour parler de son projet professionnel avec détermination. Dur de répondre en donnant des faits précis sans pouvoir les chercher sur Google et en en tirant une analyse personnelle de surcroît. Bref, dur d’aligner en 45 minutes les critères requis et de témoigner d’une touche d’originalité qui finit de convaincre.

Alors quand le jury voit la passion s’allumer dans les yeux d’un candidat quand celui-ci a ouvert un «blog pour s’entraîner», se présente comme «télévore», sait ce qu’est un «live» ou un «flash», tweete pour «voir ce que cela donne», cite un reportage récent qui l’a bouleversé, prend les «gratuits dans le métro parce que cela (lui) donne un aperçu de l’actualité pour pas cher», connaît le chemin du fer du Point ou du Nouvel Observateur comme sa poche, ainsi que l’écosystème médiatique, des pure-players aux chaînes d’information en continu en passant par les matinales des radios, oui, le jury a envie d’y croire. De croire au potentiel de ce candidat et à sa capacité à – au moins – survivre dans le monde, à la fois en crise et en pleine refonte, du journalisme.

Un conseil, enfin, pour les étudiants qui rêvent d’entrer à l’Ecole de journalisme de Sciences Po: ce qui est écrit ci-dessus n’est pas un manuel. En rencontrant votre jury, n’oubliez pas d’être, avant tout, vous-même.

Alice Antheaume

30 commentaires pour “«Plus tard, je veux être correspondant international»”

  1. “Soyez-vous même”. Est-ce si évident quand on a derrière soi une quinzaine d’années passées au sein d’un système scolaire dont le fonctionnement est, bien au contraire, de “moyenner”, de “formater”, de faire rentrer dans des cases?
    J’ai moi-même passé il y a une dizaine d’années les concours des écoles de journalisme, j’ai aussi donné ce type de réponse. Je voulais depuis des années être journaliste. J’

  2. (oups). J’ai demandé : “que faut-il faire?- Une école de journalisme. Mais attention c’est difficile, alors avant, le mieux c’est de faire Sciences Po. ” Ok, je vais faire sciences-po alors. “Oui mais pour bien s’y préparer, avant, le mieux c’est de faire une prépa littéraire”. Ok, je vais faire une prépa littéraire, alors.
    Et nous voilà, après plus de cinq ans à s’appliquer à suivre “la voie royale”, devant des jurys qui souhaiteraient “de l’atypique”?.
    J’ai été admise dans une de ces écoles, je n’ai donc aucune aigreur. Mais je souhaite, à chaque fois que j’entends critiquer le “formatage” des aspirants journalistes, souligner que celui-ci n’est que le pur produit du fonctionnement du système éducatif français. Les voies de traverse ou l’originalité n’y sont nullement encouragées. Tu es bon? Fais de l’allemand/ du grec/ un bac S/ une grande école, disent les profs. Et c’est parti pour “la voie royale”, comme on dit.
    Courage à tous ceux qui sont en train de passer les concours, et d’où que vous veniez, ne lisez plus rien, n’écoutez plus rien, foncez.

  3. Et avez-vous pensé aux candidats qui lisent réellement Le Monde, écoute France Inter et regarde Le Grand Journal? A ceux qui veulent être journaliste parce que écrivain c’est pas un métier et que c’est donc un bon compromis ? Et à ceux qui oui, aiment rencontrer les gens ? A ceux qui n’ont pas de parcours singulier et qui ont fait Science po ou une licence de droit parce que c’est ce qu’il fallait faire ?
    C’est sur que le journalisme c’est pas que ça… Et que les médias ne se résument pas au Monde et à France Inter…
    Mais ces candidats là, ont-ils alors le droit d’être eux-même comme vous le rappelez en fin d’article ?

  4. […] suis tombé sur cet article d’Alice Antheaume sur le blog de Slate qui vous donne quelques conseils pour vous démarquer quand vous passez devant un jury de concours. […]

  5. Je veux bien que votre conclusion, après ces oraux, soit de dire aux étudiants d’être eux mêmes. Mais il me semble qu’il manque quelque chose dans vos critères: la question du terrain, du contact avec les témoins des différents événements, petits ou grands, qui font l’actualité. Le coeur de notre métier que beaucoup de sites d’info, pour de multiples raisons, laissent de côté. Car la défiance envers les médias, qui menace notre métier, ce sont les acteurs rencontrés sur le terrain qui nous la signifient au quotidien et nous obligent à nous remettre en question.

  6. Aaah, la surenchère à l’originalité ! Pour ce qui est du manque de lecture (variée) des journaux et de l’absence de sincérité sur la conso de télé ou des gratuits des aspirants journalistes c’est vrai que c’est moche.
    Mais quand on sent que le jury cherche à recruter des “parcours atypiques” à tout prix, plutôt que des personnes passionnées d’info et qui pensent à ce métier depuis le collège, ça fait peur. Et ça n’est pas nouveau, quelques années même que ça dure : je suis sortie il y a presque dix ans d’une école de journalisme parfaitement reconnue – mais non parisienne, sic – et j’ai eu le temps pendant la durée des études d’halluciner sur certains recrutements.
    J’ai donc un conseil pour vos oraux de concours, jeunes apprentis Padawans : inventez vous des hobbies bidons et ringards dont les membres du jury en face du vous n’ont aucune connaissance (parlons-en, de l’originalité des membres du jury…), jouez les rebelles et lookez-vous genre j’en ai rien à faire du concours, ne faites surtout pas sentir que vous étiez de bons élèves (ben oui, les langues étrangères faut pas les travailler c’est bien connu), oubliez de vous souvenir que vous avez été bien aiguillés par vos profs de province (prépa littéraire/science po/passer les écoles). Le journalisme spectacle vous permettra de vous imposer à l’oral. Après, vous ferez ce que vous voudrez, c’est comme ça les concours…

  7. Bonjour, super article, très drôle et très juste à la fois, et, ce qui ne gâche rien, agréable à lire !

    Juste une petite précision : le site de micro-blogging “Twitter” s’écrit de cette manière, mais on publie un “tweet” et le verbe qui découle de cette action est “tweeter”.
    Pas facile de s’y retrouver, je vous l’accorde …

    Cordialement !

  8. Si vous en avez un ou deux qui lisent La Croix ou Golias, Saphirnews ou Youphil ; dont le livre – par exemple – qu’ils ont en tête dernièrement est “Christ, seigneur et fils de Dieu, libre réponse à l’ouvrage de Frédéric Lenoir” ; qui veulent devenir journaliste parce qu’ils sentent que l’information dans certains domaines comme la religion est formatée voire erronée ; qui surfent régulièrement sur les blogs chrétiens de toutes tendances et toutes Églises ; qui sont engagés ou aimeraient l’être dans une assoc caritative ou militante… Envoyez-les en stage chez nous, ils y auront toute leur place !

  9. “Quel que soit le parcours d’origine” s’écrit comme tel. Et des live-tweets n’ont pas de “s” à live car c’est un mot anglais.

  10. Si je peux comprendre que l’originalité pourrait amuser un jury qui s’ennuie à s’entendre répéter ce qu’on a passé des années à enseigner à des élèves, je reste par contre étourdie de l’injonction de fin d’article à “être soi-même”.
    Être soi-même, ce n’est qu’être soi, et franchement, je ne suis pas certaine qu’il faille se contenter d’exister pour réussir un concours, encore moins pour évoluer, ou avoir la capacité d’apprendre. L’être soi-même, c’est un peu de laxisme, beaucoup d’individualisme, et finalement de peu d’intérêt, (qu’on aime ou pas les gens) surtout dans un monde où la perméabilité à l’information est très grande, et où l’information elle-même change constamment nos repères.
    Et puis, tout mon soutien aux étudiants victimes de demandes aussi paradoxales. (soit toi-même, mais soit original, mais correspond aux pré-requis de la filière..yeeerk!)

  11. Le risque du profil atypique, c’est qu’il doit faire ses preuves bien plus que le profil standard. Arriver avec des compétences, des goûts et des passions différents peut aussi vouloir dire, d’un autre côté, des lacunes en culture générale, des repères différents – et donc différents de ceux de pas mal de profs. Et, en cours, je l’ai parfois payé.

  12. Cet article n’est pas un compte-rendu de jury. C’est une vision, forcément partiale – et assumée comme telle, d’une partie des candidatures. Je ne parle ici que des lieux communs énoncés par des candidats que nous n’avons pas forcément sélectionnés pour la prochaine promotion. Parmi tous ceux que nous avons vus, certains – dont je n’ai pas retranscrit ici l’entretien – nous ont emballés, par leur motivation sans faille, leur capacité à retranscrire chaque fait d’actualité avec minutie, leur passion pour un journal en particulier, leur détestation d’un autre, leur connaissance sans limite d’un domaine, etc. Il est vrai que, lorsque quelqu’un nous dit écouter France Inter, ou lire Le Monde tous les jours, nous nous attendons à ce qu’il montre, dans les détails, qu’en effet, il connaît (en partie) la grille de France Inter, et le dernier sujet sur lequel portait la page 3 du Monde.

    @marie amélie Tout n’est pas si manichéen, heureusement. Il n’y a pas, d’un côté, les profils atypiques et sans culture générale, et de l’autre, les profils cultivés mais formatés. Dans tous les cas, je crois qu’il y a un malentendu sur le mot “atypique”, que je n’ai jamais prononcé. Nous cherchons des étudiants à la fois cultivés, avec des repères historiques, dotés de connaissances solides, et qui témoignent de surcroît d’une vraie passion pour l’information, qui se vit via la consultation de médias à titre personnel, et qui s’expérimente via des premières expériences professionnelles, même très courtes.

    @bidibule Avancer des “hobbies bidons”, comme vous le suggérez, n’est vraiment pas un conseil à donner à des étudiants. Et c’est peut-être encore plus vrai quand ils se destinent à un métier qui nécessite de dire la vérité à des lecteurs.

    @syl_Pol Vous avez sans doute raison, mais je veux vous rassurer : nombreux sont les étudiants qui racontent une expérience, un événement qu’ils ont vécu de près, en tant que témoin. Certains d’entre eux le racontent de façon si vivante qu’à les écouter, on voit la scène. C’est déjà un bon signe de premier contact avec le “terrain”.

  13. sorraine
    cette confusion entre être soi-même et individualisme signe un manque réel de conscience (je ne parle pas de connaissance). Mais cela doit n’avoir rien d’étonnant puisqu’être soi-même voudrait plutôt dire être vrai…
    sorraine a du réussir son concours

  14. J’apprécierai une réponse de Madame Antheaume à tous ces commentaires…

  15. @mercredimatin C’est fait

  16. Normal, un certain nombre de journalistes voient le métier à travers Hollywood, ne comprennent pas ce qui les attend après. En général, ce sont des formatés de l’école, premiers de la classe: ils veulent continuer leurs dissertations qui ne vont pas plus loin que le bout de leur nez. Forcément, connaître un peu le truc (en faisant des stages), et savoir que le but du journaliste n’est pas d’être la copie conforme de son voisin, ça aide.

    Et qu’on ne dise pas à outrance que c’est les pistons qui permettent les stages, avec un peu de cran on en a un facile. L’autre jour je dépose un texte chez france soir, croise un journaliste: c’est bon, sur la base de la qualité du texte. Mais aujourd’hui mes camarades croient que tout doit leur arriver sur un plateau, et que ce qui réussissent ont forcément de l’aide.

  17. Alice, Alice,
    Avez-vous conscience qu’au prochain concours TOUS les candidats vont connaitre par coeur le chemin de fer du Point et du Nouvel Obs…et les petits malins celui de l’Express ?

  18. Bonjour à tous !

    Journaliste depuis + de 10ans, formation techno + thèse Histoire-Eco, non formatée, je ne suis pas issue d’école, j’ai été formée sur le tas car j’ai débuté comme spécialiste reconnue d’une technologie informatique après la publication d’un ouvrage …

    Seul point le job est en pleine reconstruction … si pas bosseur il est préférable d’éviter le métier qui n’est pas le Club Med !

  19. Confirmation. Pour être journaliste, il faut être un spécialiste des médias. Aucun recul sur ce présupposé. C’est intéressant. Les rédactions manquent pourtant cruellement de spécialistes thématiques. L’info twitter c’est marrant vite fait mais n’oublions pas que la méthode Angeli fonctionne plutôt bien : encre, papier, téléphone.

    Autre point : est-ce que Sciences Po prend la peine de vérifier les connaissances mathématiques (logique, probabilité et statistique) des candidats ? Un trop grand nombre d’articles présentant des chiffres sont tout simplement faux… souvent à cause d’erreurs type Darcos/Chatel.

  20. La remarque de Marie-Amélie n’est pas si caricaturale.
    Quand on dit qu’à la télévision on regarde surtout les pubs, en “ethnologue”, parce que c’est le reflet de certaines choses (évolution des mentalités ou pas, langage, musique, références) et qu’on lit Fluide Glacial pour les Chroniques du Dérisoire et Le Parisien pour les faits divers, c’est vrai que ça surprend le jury et on se démarque.

    Pour autant, face à la masse des wannabe qui se ressemblent, choisir une pépite parce qu’elle est différente, c’est aussi immerger un extra-terrestre au milieu des clones et prendre le risque de lui faire passer des moments difficiles malgré sa motivation. Autant dire que pour les travaux de groupes et la vie associative, c’est parfois plus difficile pour le candidat en question. Je n’ai par exemple noué aucune amitié réelle et solide en école, car trop “différent” : mes envies n’étaient pas les leurs, mes références non plus, mes délires non plus. Quand on est le seul dont la grand-mère ne savait pas lire dans une promo, on le porte aussi comme un poids.

    De plus, on voit bien que les portes d’entrées formatent avant le concours (reproduction sociale & co, la “voie royale” et tout le toutim), mais je trouve ça dommage de donner une “prime à l’originalité”. Celui qui a eu une vie assez banale, pas trop accès à l’originalité, à l’étranger, qui a des loisirs un peu planplan… est-il moins bon ? S’il est sincère, non. C’est une forme de préjugé qu’il faut combattre aussi.

    En revanche, ne pas savoir présenter un projet et ne pas avoir envie d’expérimenter, là, oui, c’est vraiment éliminatoire.

  21. Moi, je propose aux étudiants qui souhaitent se préparer de s’engager pendant l’année qui précède dans une association (resto du coeur) ou une radio locale car là ils seront confrontés à l’actualité, à une diversité qui les fera réfléchir car un sujet n’est pas votre opinion sur le thème.
    La presse anglo-saxone est aussi très intéressante avec son côté humoristique.
    Etre dans une association sportive ce n’est pas suffisant.
    Ce que l’on apprécie, même pour enter à harvard, c’est la richesse des personnalité. Ce n’est pas être original mais c’est de se confronter à la vie pour affiner son jugement et son écriture. Partir un an à l’étranger c’est bien sauf si vous restez dans l’université.
    Personnellement, je trouve les bac + 4 immatures (on dirait des gamins de 5 ans au niveau de la capacité de réflexion, avec des connaissances, certes, mais un grand vide derrière).
    Ce n’est pas la faute au système scolaire mais au mode de vie de la jeunesse : pas assez ouverte, pas assez conviviale…
    C’était quand la dernière fois que vous avez parlé à quelqu’un dans la rue juste pour s’intéresser aux gens (et je ne parle pas pour trouver un petit copain) ???
    Allez un peu à la soupe populaire, participer, car le métier de journaliste vous impose de vous bouger (et pas simplement le jeudi soir).
    Alors, peut-être, vous aurez une richesse intérieure qui fera la différence et vous serez des gens meilleurs.

  22. Pour les prochains oraux que je passerai, je serai une joueuse professionnelle de cornemuse, passionnée par les guerres intestines au Soudan, une lectrice acharnée de Closer et d’Auto Plus, mes parents seront des trotskystes invétérés, et mon grand-père, agriculteur, m’aura transmis la passion des moissons. En un mot: je serai originale.

  23. J’ai personnellement hâte de participer à des oraux de concours pour donner leurs chances aux étudiants qui veulent faire du journalisme pour écrire bien, s’intéresser à l’étranger et surtout mettre à profit leur curiosité d’esprit. Voilà au moins trois qualités qui semblent essentielles et manquent cruellement aux rédac actuelles. Ils auront bien le temps de découvrir plus tard « le journalisme tel qu’il se vit au 21e siècle », surtout quand il consiste à animer des « lives » sur des événements auxquels ils ne participeront pas ou à « couvrir » l’affaire DSK en compilant des articles ni écrits ni même vérifiés par eux-mêmes.

    J’assume la (légère) caricature. Mais à vouloir traquer à tout prix le profil « atypique », ne remplace-t-on pas un conformisme par un autre ? C’est justement comme ça que l’on pousse les étudiants à s’inventer des passions bidons dans un pathétique effort pour anticiper les attentes des jurés. D’autant qu’on ne peut pas demander à des étudiants de 20 ans de connaître toutes les facettes du métier, de savoir quel type de journalisme ils veulent exercer, sauf à favoriser uniquement ceux qui auront déjà réussi le tour des rédactions de France (pas toujours possible, que ce soit en raison des cursus ou du manque de contacts, le piston aidant encore, quoi qu’on en dise, vu le nombre de candidatures qui affluent dans les rédactions). L’école est justement là pour leur donner ces opportunités et leur permettre deux ans plus tard de choisir ce qui leur plait et ce pourquoi ils ne sont pas faits.

    Enfin vous parlez des « candidats sans doute soucieux de se conformer à l’idéal d’aspirant journaliste qu’ils se sont façonnés, qui témoignent de consommations de médias qui se ressemblent comme des gouttes d’eau ». Mais un simple coup d’œil au site de l’école de journalisme de Sciences-Po permet de se rendre compte que les enseignants mis en avant aux tableaux de chasse des écoles sont parfaitement représentatifs de ces mêmes médias (Inter, Le Monde, France Télé, etc). Pourquoi les étudiants revendiqueraient-ils d’autres types de journalisme quand ce sont encore ces médias là qu’on leur présente comme la quintessence de la réussite dans le métier -sans le moindre soupçon de remise en question…- à l’école et après la sortie ?

  24. […] admissions process at the school.  For further reading check out Alice Antheaume’s recent slate.fr article that gives an insider’s view of the admissions process to graduate programs in […]

  25. La rue il n’y a que ça de vrai, même pour les concours de journaliste

  26. @stephane demoulins : je ne suis pas certain que d’aller juger l’ensemble d’une population – celle des étudiants bac + 4 – sur votre simple expérience fusse non plus la marque d’une quelconque maturité ou ouverture d’esprit de votre part. “C’était quand la dernière fois que vous avez parlé à quelqu’un dans la rue juste pour s’intéresser aux gens ?” : hier, pour ma part, et c’était pas la première fois, et tous mes potos de bac +4 s’en privent pas non plus, vous en faites pas. Vous devriez songer à sortir plus souvent, mon brave petit monsieur, et à poser un regard plus tendre sur nous autres jeunots d’étudiants – ainsi, peut-être vous ferions-nous part de cette “convivialité et vivacité d’esprit” qui semble, hélas, vous avoir échappée jusque là.

  27. Soyez anti-conformistes ! donc déracinés … (pour déboussoler les lecteurs?)

  28. Attention! Il faut être anti-conformiste mais pas trop… Je suis devenu journaliste mais sans le passage école après avoir été recalé aux oraux, ce qui m’a amené des difficultés supplémentaires, sans faire de moi un aigri cependant.

    Pourtant, quelques années avant les blogs, tenir la gestion d’un fanzine (certes de mauvais goût) sur quinze numéros à une centaine d’exemplaires, tout gérer – rédaction, mise en page, impression, distribution – ce n’était quand même pas rien… :)

    Mais je suis mauvaise langue: je n’ai pas passé les oraux dans les bonnes écoles. Une amie m’avait gentiment demandé si elle pouvait mentir à son jury en déclarant sa participation au dudit fanzine (nous étions trois asociaux à la tête de cet empire de presse). Il se trouve qu’un des examinateur était fan… Et il a milité pour son entrée!

    C’était la morale du jour. Tout se recycle! Bon courage aux futurs candidats qui lisent cet article…

  29. Ces incitations au « non-conformisme » sont trompeuses : les prétendus non-conformistes que le jury semble appeler de ses voeux, sont des rebelles de bac à sable, qui, loin de se démarquer de la pensée unique, affirment le plus bruyamment son attachement à celle-ci et à ses fausses évidences.

  30. Le formatage commence effectivement avant le passage final devant le jury : si vous n’avez pas fait une prépa littéraire puis Sciences po, aucun espoir de passer les différentes épreuves écrites.
    Et pourtant, on peut être un bon journaliste sans connaître l’actu sur le bout des doigts (par exemple si on se destine au journalisme culturel, technique…). Ne pas pouvoir ressortir le nom du sportif qui a remporté telle coupe tel mois de telle année ne me semble pas être une lacune de culture générale.
    Certes, il faut bien sélectionner d’une façon ou d’une autre, mais cela implique de laisser sur le côté ceux qui n’ont pas le goût du “par coeur” et qui ont choisi d’autres voies que les classiques écoles.
    Comment s’étonner après que les étudiants aient un profil si semblable ?

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