Abcisse et ordonnée, les repères du journalisme de données

Crédit: DR

Crédit: DR

«L’information vous saute aux yeux». C’est la phrase mise en exergue d’Actuvisu.fr, un nouveau site de «visualisation de l’actualité» qui a été lancé il y a quelques jours, «fruit d’un projet de fin d’études mené par trois étudiantes de Sciences Po Rennes et sept étudiants de l’HETIC (l’école des Hautes Etudes des Technologies de l’Information et de la Communication)», décrit le communiqué.

En ligne, sur ce site, un graphique bien pensé sur la «puissance» des cyclistes du Tour de France, puissance rapportée au poids de l’athlète et au temps de montée, le tout examiné sur 135 cyclistes, 88 cols et six ans de Tour de France. On y apprend que le Tour de France 2005 a connu des records de puissance sur la durée, avec celle de Lance Armstrong, établie à 5.95 W/kg sur une montée à Courchevel de 50 minutes, à égalité avec Mancebo Francisco, sur la même montée.

Filtre d’informations

Dans le jargon, on appelle cela le «journalisme de données» («data journalism» en VO). Un journalisme qui serait capable de mettre en scène des chiffres pour qu’ils racontent une histoire. Parmi les exemples notables, listons les notes de frais des parlementaires britanniques agrégées en ligne par le Daily Telegraph, les films les plus loués dans des ciné-clubs américains en 2009, et les mandats cumulés (ou pas) par les 576 députés français, classés par lepost.fr et lemonde.fr.

«Face au déluge d’informations (c’était le titre d’une couverture de The Economist, cet hiver, ndlr), nous avons besoin de filtres et d’outils», plaide Caroline Goulard, l’une des étudiantes qui a fondé Actuvisu.fr. Et d’argumenter que le journalisme de données, en mettant sous forme d’images et de graphiques des chiffres, se révèle beaucoup plus efficace pour faire comprendre le message à son lecteur: «Une image, un graphique, vaut 1.000 mots; les médias doivent arrêter de ne faire que du storytelling», argue-t-elle, citant le journaliste et développeur américain Adrian Holovaty, fondateur du site d’information locale EveryBlock («newspapers need to stop the story-centric worldview», ndlr)

Elle n’est pas la seule à le dire. «Dans un monde d’hyper commentaires, mais aussi de grande puissance de compilation et calcul, la véritable médiation avec la réalité se fait par la donnée, écrivait le consultant et blogueur Nicolas Vanbremeersch il y a un an, dans un plaidoyer pour le journalisme de données. Au lieu de tribunes de chroniqueurs, si brillants soient-ils, au lieu de blogs ou Twitter, on ne peut qu’espérer que les médiateurs de l’information s’en emparent.»

Equipe

Mais il ne suffit pas de le vouloir…

1. Il faut d’abord trouver des données à exploiter, rappelle Eric Scherer, directeur de la stratégie de l’AFP – en France, la ville de Rennes est en train de mettre en ligne ses données, notamment sur son réseau de transport en commun

2. Un journaliste ne peut, seul, produire ce genre d’informations. «Il faut réunir une équipe avec un développeur, un statisticien, un graphiste», reconnaît Caroline Goulard. Conséquence – logique: le journalisme de données est de ce fait plus cher à produire qu’un simple article. Mais se périme moins vite, reprennent les évangélistes du journalisme de données. «Les contenus restent valables tout le temps, il suffit de rentrer les derniers chiffres disponibles et cela prolonge le travail».

Pour donner une idée du circuit de production de ce type de contenus, Caroline Goulard et son comparse Benoît Vidal, architecte de l’information, ont balisé le processus sous la forme suivante:

ANGLE JOURNALISTIQUE >> COLLECTE DES DONNEES >> NETTOYAGE ET TRAITEMENT DES DONNEES >> ANALYSE DES DONNEES >> NARRATION >> VISUALISATION (>> Story board >> Design >> Développement >>)

NB: Un «atelier de production numérique de données» est prévu à la rentrée scolaire prochaine pour les étudiants de l’Ecole de journalisme de Sciences Po.

Avez-vous vu des exemples réussis de journalisme de données? Donnez-les dans les commentaires ci-dessous…

AA

2 commentaires pour “Abcisse et ordonnée, les repères du journalisme de données”

  1. [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par marion lecointre, joelmatriche. joelmatriche a dit: "abscisse et ordonnée, les repères du #journalisme de données" (#slate.fr)http://fwd4.me/WOw #datajournalism [...]

  2. [...] • Work In Progress : « Abcisse et ordonnée, les repères du journalisme de données &… [...]

« »
  



A propos de…

Journaliste, responsable de la prospective et du développement international à l'école de journalisme de Sciences Po, Alice Antheaume a été rédactrice en chef adjointe à 20minutes.fr après être passée par lemonde.fr puis Télérama.
En savoir plus

Categories