«J’ai toujours voulu être journaliste…»

Bonjour. Pouvez-vous nous dire pourquoi vous voulez devenir journaliste?

– Je veux être journaliste parce que j’aime écrire. L’écriture a toujours été quelque chose de très important dans ma vie.

(variante 1: je veux être journaliste parce que je suis curieux/

variante 2: je veux être journaliste pour voyager à l’étranger)

Vous lisez la presse?

– Oui, je «fiche» (sur du papier Bristol, ndlr) Le Monde, tous les jours.

Et la presse magazine?

Courrier International, pour le regard sur l’international. Et XXI, pour les grands reportages.

Ecoutez-vous la radio?

– Oui, j’écoute la matinale de France Inter, mon premier geste du matin. J’aime bien le ton et les interviews politiques.

Regardez-vous la télévision?

– Non, sauf le JT de France 2 parfois. Ou Le Grand Journal que je regarde après sa diffusion sur Canal+ en VOD.

Et des médias étrangers?

– Non.

Quels sont vos sites d’informations favoris?

Lemonde.fr. Je vais aussi sur Rue89 pour ses quiz qui permettent de réviser l’actualité.

Qui ou quel est votre idéal journalistique?

– Florence Aubenas.

Que connaissez-vous d’elle?

– Elle a publié un livre, Le Quai de Ouistreham.

L’avez-vous lu?

– Euh, non. Mais j’ai lu des extraits dans la presse.

Ce dialogue est fictif, mais à un ou deux mots près, il incarne sur le fond comme dans la forme ce qui a été souvent répété lors des oraux d’admission entre le jury et des candidats qui veulent intégrer l’école de journalisme de Sciences Po, à la rentrée prochaine. Après 115 entretiens individuels de 45 minutes chacun, la récurrence incessante de ces références donne une curieuse impression d’uniformité. C’est vrai, la plupart de modèles évoqués ci-dessus incarnent une certaine idée du Graal journalistique. Mais leur citation quasi systématique me laisse perplexe: est-ce qu’un étudiant oserait confier qu’il suit les matchs de foot en «live» sur lequipe.fr? Qu’il prend des gratuits dans les transports en commun? Qu’il lit Voici de temps à autre? Qu’il s’informe par les réseaux sociaux? Et au fond, qu’il butine des titres sur Google News ou Yahoo! news? Est-ce que les candidats ont vraiment la consommation de médias qu’ils prétendent avoir ou est-ce qu’ils se conforment à ce qu’ils croient qu’un jury estampillé Sciences Po veut entendre?

Crédit: DR

Crédit: DR

Image ou vérité?

C’est là tout le paradoxe, voire le malentendu, de ces oraux: la confrontation entre des étudiants qui craignent de sortir des sentiers battus et une école de journalisme à la recherche des profils singuliers qui devraient faire de futurs bons journalistes. On lit ici et là que les jeunes journalistes qui sortent d’école possèdent tous le même profil, et que ce serait l’une des causes de la crise que traverse la profession.

Je remarque surtout que l’on a parfois du mal à trouver des candidats qui se démarquent. Or le but du jeu, pour une école, c’est de constituer un groupe de personnalités éclectiques avec, certes, un intérêt sans faille pour l’actualité mais aussi des goûts journalistiques aussi variés que possible – du moment qu’ils sont argumentés. Inutile d’asséner «j’aime Libération» ou «je déteste TF1» sans dire pourquoi. Cela paraît évident à ce niveau de sélection (BAC+3), et pourtant…

Bien sûr que Florence Aubenas peut incarner un «idéal journalistique». Pourtant, une telle unanimité pose question: qu’un étudiant cite plusieurs des articles de Florence Aubenas (dans Libération ou dans Le Nouvel Obs) et parle dans les grandes largeurs de son dernier livre, Le Quai de Ouistreham (éd. de l’Olivier), pourquoi pas… Mais lorsque l’étudiant n’a pas lu l’ouvrage – sauf les bonnes feuilles parues dans la presse, permettez-moi de douter de sa réelle motivation, sinon de sa vocation.

Curieux, mais encore

Quant à expliquer ses velléités à devenir journaliste par l’envie d’écrire/de voyager/la curiosité, c’est non seulement bigrement convenu mais aussi un peu inquiétant. Car cela traduit parfois une méconnaissance totale de la réalité du métier auquel les candidats se destinent. Vous pourrez me rétorquer que nous demandons beaucoup à ces futurs étudiants: avoir un très bon niveau académique, connaître l’actualité, avoir fait des stages dans des rédactions si possible, connaître un peu l’économie et l’état du secteur, etc. Mais ces informations (coût d’un reportage à l’étranger, nombre de plans sociaux mis en œuvre dans la presse écrite française, ou du nombre de journaux américains ayant mis la clé sous la porte depuis le début de la crise financière), disponibles un peu partout désormais, sont censées faire partie du bagage du futur recruté et la base de sa curiosité supposée.

En racontant à deux professeurs de l’école de journalisme les réponses de certains candidats (pas tous, heureusement!) lors des entretiens d’admission, l’un s’est inquiété de l’uniformisation des esprits: «Pauvres futurs consommateurs de médias que nous sommes s’ils veulent tous faire du France Inter mixé à du Le Monde!». Et le second a pensé: «S’ils parlent de consommation de médias comme d’un geste du matin, et de la pause télé le soir, c’est peut-être parce qu’ils n’ont pas conscience qu’ils consomment des infos en dehors des moments “consacrés”, à tout moment de la journée sur le Net, en se connectant sur Facebook ou en cliquant sur un lien sur Google.» Encore plus inquiétant?

Alice Antheaume

Professionnels, étudiants, simple curieux, à votre tour de donner votre point de vue…

46 commentaires pour “«J’ai toujours voulu être journaliste…»”

  1. Ô, amère sensation d’avoir dit quasiment l’inverse de ce discours fictif et d’avoir été refusé (quand même).

  2. […] Ce billet était mentionné sur Twitter par Alice Antheaume, Elodie Drouard, JeanBaptiste Daoulas, Marie Simon, François Arias et des autres. François Arias a dit: RT @Jeremyjoly: RT @elodienelson Formatage made for Sc Po ? http://bit.ly/9ApTqg (via @alicanth) […]

  3. ce post m’intéresse et m’interroge sur nombre de points…

    Pour aller plus loin, pourrais-tu donner la/les trames de ce qui, à tes yeux, constituerait un profil intéressant? Ou peut-être encore mieux : donner un florilège des réponses qui t’ont franchement bluffée et qui pourraient permettre de commencer à dessiner la silhouette des journalistes de demain?

  4. Pour savoir si les candidats ont éventuellement raison de miser sur un profil-type recherché par les recruteurs de Sciences Po, il serait intéressant de soumettre aussi ces derniers à ce type de questionnaire.

  5. Ahaha, article qui rappelle bien des souvenirs. Au CFJ, à l’été 2006, c’était bien folklo, avec le directeur Fabrice Jouhaud, on avait parlé pendant 10 minutes du traitement médiatique accordée à ce monument qu’est Marco Materazzi, avant de revenir sur les éditos de l’Equipe en 1998 sur Aimé Jacquet, que lui défendait bec et ongles. Vaste débat. Tout dépend aussi des jurys de ton école, si tu te retrouves devant Raphaëlle Bacqué, je peux comprendre que tu sois moins tenté d’avouer ton amour immodéré du Sun ou du Post.fr

  6. Et si vous changiez vos questions ? Qu’aimez-vous faire le weekend, quel est votre endroit prefere a Paris, quelle est l’endroit du monde aue vous aimeriez decouvrir, quel avenir donnez-vous a l’Ipad, quel est votre blog prefere, quelles sont pour vous les limites de la page google news en tant qu’outil d’information, qui est Benoit Raphael, quelles sont a votre avis les moyens pour un pure player d’atteindre l equilibre financier, etc, etc…
    peut etre avez-vous des reponses convenues simplement parce que vous posez des questions tres convenues !

  7. Le journalisme fait rêver car c’est un métier utile socialement dans lequel on peut jouir d’une relative liberté. Malheureusement, dans la réalité, ce n’est pas toujours le cas.

  8. D’un autre côté, ce n’est pas pour défendre mes petits camarades qui sont passés après moi à cet oral, mais, à questions généralistes, réponses généralistes… Je suis bien content d’avoir échappé à la plupart des questions de cette liste car je ne sais pas ce que j’aurais répondu.

  9. Personne n’a osé tenter “WIP est numéro un dans mon google reader” ?

  10. En même temps, faut pas s’étonner. Le moule de l’écrit conditionne l’oral.
    Personnellement, je n’aurai jamais répondu comme ca mais je n’ai pas réussi à passer l’écrit (malgré une note honorable en critique de l’actu).

    Si les écoles de journalisme se décidaient à faciliter l’écrit pour se concentrer sur l’oral, on verrait peut être un peu de diversité …

  11. Moi je me souviens de mon entretien pour entrer en école de journalisme (un IUT reconnu pas une grosse école famous). J’avais eu un échange sur le cinéma, Truffaut, Doisnel, la création des cahiers du cinéma, les magazines et les critiques ciné. Etre soi-même, parler de ce qu’on aime, de ce qu’on vit…

  12. Ayant passé plusieurs concours d’entrée, je peux vous dire que les épreuves écrites et entretiens proposés par les écoles sont eux aussi très caricaturaux. On nous répète sans cesse que l’on cherche des têtes bien faites et non bien pleines mais se préparer aux concours ressemble beaucoup aux opérations de gavage d’oies.
    Quant à la formation dispensée, elle ne prépare que très partiellement à l’exercice du métier. 1 an et demie de formation et on ne m’a jamais parlé de la manière dont fonctionne la pige…bizarre

  13. Si les réponses sont toutes les mêmes y’a peut-être aussi un problème au niveau des questions non ?
    +1 pour Mathgreg parce que oui Jouhaud lâchait pas le bout de gras et ne posait pas de questions convenues. Et si la réponse correspondait à une sorte d’idéal journalistique, il vous poussait à bout pour voir si vous étiez solide.

  14. Un entretien est un exercice particulier en ce sens que la plupart du temps, pour la première fois dans une scolarité, on demande à un élève qui il est et on le considère comme une personne, pas comme une série de notes. C’est un choc.

    Pour avoir passé de nombreux concours et être désormais jury, je crois que la proposition d’Anne est la meilleure. Parce que pour savoir ce que les candidats ont dans le ventre il existe des moyens détournés, mais aussi parce qu’un long tunnel d’oraux est un calvaire pour le jury et qu’il faut changer un peu.

  15. Un peu facile d’enfoncer et de pointer du doigt le candidat et ses réponses uniformes. Le candidat s’adapte et rendre dans un moule. Un moule qu’il n’a pas lui même créé.
    Et si plutôt, on inversait le raisonnement. Le jury sera-t-il prêt à entendre (donc à ne pas éliminer, et même à valoriser) l’honnêteté d’un candidat qui admet :
    “qu’il suit les matchs de foot en «live» sur lequipe.fr? Qu’il prend des gratuits dans les transports en commun? Qu’il lit Voici de temps à autre? Qu’il s’informe par les réseaux sociaux? Et au fond, qu’il butine des titres sur Google News ou Yahoo! news? “.
    Je n’ai pas la réponse, mais j’en doute…

  16. Je suis d’accord avec le fait que les écrits ne gardent que les têtes bien pleines et écrèment les plus originales en vue de l’oral. Donc merci pour les réponses formatées et le manque de naturel. D’autant que la fac, et même les IEP, ne préparent pas du tout aux entretiens de motivation.

    Mais, quand vous regardez les écoles, elles s’enorgueillissent généralement d’avoir formé tel ancien élève qui bosse au Monde ou tel autre qui a gagné d’un prix prestigieux, pas celui qui travaille pour un média populaire, ou encore qui a fondé un nouveau site ou une revue innovante. Ca semble alors un peu kamikaze de les donner comme exemple…

    Bref, les écrits restent indispensables face à la marée d’aspirants journalistes. Mais pourquoi ne pas miser plus sur une lettre de motivation plus originale et ambitieuse, un parcours plus décalé avant un vrai entretien, qui ne dure pas un maigre quart d’heure face à un jury installé à 5 m du candidat?

  17. @maudN L’oral d’admission dure 45 minutes par candidat ici 😉

  18. Je pense également que le problème vient de ces questions, si convenues et si attendues. Chaque candidat admissible s’y prépare. Les réponses manquent donc évidemment de naturel. En réalité, l’admission doit se jouer sur d’autres questions, d’ouverture, concernant le projet professionnel de l’étudiant. C’est là qu’on trouve le temps de développer, de se démarquer, même si on aime Libé et France Inter. Doit-on s’abstenir d’évoquer le reportage alors qu’on a toujours rêvé d’en faire ? Dire qu’on veut devenir journaliste parce qu’on est fan de live-twitting ? Bêtement, beaucoup de très bons éléments des promos voulaient juste écrire, étaient juste curieux. Sur des questions si générales, les réponses communes sont souvent sincères… Je suis plutôt d’accord avec Quentin. Et un peu content d’avoir eu un jury qui m’a laissé passé très vite au-delà de ces questions quasi-obligatoires.

  19. @Anthony : il y a des lieux qui donnent une prime aux profils atypiques. Parce que les gens différents apportent quelque chose en plus. “Si tu diffères de moi, loin de me léser, tu m’enrichis” (Saint-Exupéry)
    Mais il est vrai que certains appareils peuvent favoriser la reproduction d’un entre-soi convenu.

    @Alice : 45 minutes ? C’est pas mal ! De quoi creuser un peu sous la surface :-)

  20. je suis d’accord avec mes camarades, à question banale, réponse convenue… Surtout que nous répondons déjà à la question “Pourquoi voulez-vous devenir journaliste?” dans nos dossiers de motivation…

    D’ailleurs, j’ai répondu que je voulais devenir journaliste pour écrire et voyager (!!), et j’ai été admise. Pour intégrer l’école, on pense un peu tous qu’il faut rentrer dans un moule, lire Le Monde, écouter Inter, et cracher sur la presse people, à défaut sûrement.
    Est-ce que mon jury ne m’aurait pas regardé de travers si j’avais avoué mes liaisons clandestines avec Closer et Glamour??

    Donc, à questions plus originales, réponses moins convenues??

  21. Pourquoi les candidats ne proposent pas des avis qu’ils ont envoyés pour des quotidiens ou des magazines ? Pourquoi d’ailleurs la presse ne propose pas des concours à des journalistes en herbe ? ou en partenariat avec des écoles /profs d’histoires géo sur la création de blogs thématiques évoquant l’actualité ?

  22. […] ne suis pas son blog, c’est un collègue qui m’a envoyé le lien de son article du jour sur ce que les candidats à ladite école répètent en entretien, et qui lui semble trahir une vision à la fois idéalisée et uniformisée du journalisme, article […]

  23. Il est vrai qu’il semble que les membres des jury s’attendent a avoir des candidats qui connaissent bien l’actualité présenté dans les journaux phares(le monde-la tribune-le courrier international…).Le problème n’est pas dans le contenu de ces médias qui sont très sérieux mais il semble que l’on ne cherche pas a connaître l’esprit critique du candidat. On ne doit pas chercher a impressionner le jury de toutes les connaissances que l’on a amasser tel un étudiant studieux et ultra préparer pour réussir l’exam et c’est tout!. Normalement le futur journaliste a besoin de rentrer dans l’école pour apprendre les techniques divers du métier et l’ouverture vers le monde des médias en générale ! Parce qu’il porte déjà en lui cet esprit de curiosité, d’analyse, de réflexion . En générale on peux voir cela à travers les réponses lors de l’entretient orale.

  24. “Donc, à questions plus originales, réponses moins convenues??”
    Les jurés — j’en suis parfois — posent des questions plus originales. Il ne s’agit pas de dire ici quelles sont les questions que nous posons aux étudiants, c’est un peu comme la recette secrète du coca-cola. Il y en a des plus compliquées qu’on garde en réserve et qu’on ne dévoile pas ici. Que ceux qui tombent sur ce billet dans l’espoir de découvrir les questions de l’an prochain restent sur leur garde, on a plein de trucs dans nos besaces.

    Je le répète, j’ai parfois l’impression que certains ici n’ont pas lu l’article (j’ai les noms): un entretien d’admission dure 45 minutes, et il y a des dizaines de questions posées. Et plus de questions posées que de réponses, parfois. Les quelques questions et les réponses pointées par Alice sont peut-être convenues, mais je ne vois pas pourquoi on ne les poserait pas. Surtout si elles donnent lieu à des réponses convenues. Je dois avouer que c’est un raisonnement étrange. On cherche à savoir qui sont les étudiants et quelle idée ils se font de leur peut-être futur métier; on ne cherche pas des petits robots sans personnalité. Cette question — pourquoi voulez-vous faire ce métier, que lisez-vous — a l’air de rien, mais elle est révélatrice: si j’ai en face de moi quelqu’un qui veut être journaliste pour écrire ou faire des voyages, oui, je crains qu’il n’aille au devant de cruelles désillusions.

    J’ajouterai, pour répondre à Antonin, qu’en général, oui, quand la réponse correspond à une sorte d’idéal journalistique, on pousse pour voir si le candidat est solide et sait argumenter son choix.

    Ça ne veut pas dire qu’on ne va pas prendre l’étudiant qui a «mal» répondu à ces questions. Je note d’ailleurs que ceux qui critiquent cette grille de questions — et je le répète, ce ne sont que trois questions sur des dizaines — ont été pris; ils ont donc dû séduire le jury.

    Si j’ai en face de moi un étudiant qui me dit qu’il lit Le Monde tous les matins, et le samedi, au petit déj, Voici, parce que c’est sacré, j’aurai tendance à le regarder d’un autre œil que celui qui lit le Monde depuis 10 ans mais n’est pas capable de me dire quel est le déroulé du journal ou de citer une signature. Je trouve super qu’on voit dans Florence Aubenas une journaliste extraordinaire, mais si l’étudiant n’a pas lu le livre ou n’a aucune idée des questions que Le Quai de Ouistreham peut poser, je me dis quoi selon vous? Que «sur des questions si générales, les réponses communes sont souvent sincères»? Sincères??? Je me dis que l’étudiant veut me faire entendre ce qu’il croit que j’aimerais entendre. Je n’appelle pas ça de la sincérité.

    @Anthony: oui, le jury aimerait entendre ça plus souvent.

    @Matgreg Oui, faut savoir s’adapter. C’est une des plus belles qualités pour un journaliste non?

  25. Il me semble qu’aux usa, les lycees permettent au étudiants de créer une gazette locale. Pourquoi en France ca n’existe pas ?

  26. C’est tout de même marrant de voir que les recruteurs d’écoles de journalisme s’étonner de l’uniformité de leurs candidats !! Les concours écrits+oraux font justement un écrémage parmi ces candidats… Et à la sortie des écoles, tout cela vous donne un ensemble homogène et interchangeable : qui peut dire untel a fait le CFJ, untel a fait Sc Po ? C’est impossible… Les écoles de journalisme formatent et font rentrer dans un moule. Les candidats ne sont pas bêtes : ils adoptent la meilleure stratégie pour montrer qu’ils rentreront dans le moule. D’ailleurs le profil sociologique des journalistes, comme des étudiants en journalisme prouve cette regrettable uniformité…
    Vous vous étonnez de ce manque d’originalité, c’est le serpent qui se mort la queue ! Comme si les écoles de commerce se demandaient pourquoi ce sont toujours les mêmes profils qui reviennent…

  27. Outre les remarques intéressantes précédentes, ce qui me pose problème, c’est le manque d’intérêt des étudiants pour la presse étrangère : absence de curiosité, mauvaise maîtrise des langues ? Il y a pourtant tant à apprendre de nos voisins, et pas qu’en matière de journalisme…

  28. @Martin

    Si on se fie à ce qu’on lit ici, vous avez eu de la chance.

    Sciences Po c’est le monde d’avant, ça crève les yeux.

  29. J’oubliais les 5W, ici signifie “Slate”.

  30. Ils ont vraiment répondu ça ? C’est gros quand même. Même si j’aime écrire, j’adore voyager, ça paraît assez évident qu’il ne faut pas sortir ce genre de banalités le jour J. Le problème est peut-être celui de la mutation du journalisme. Les candidats pensent être jugés par des journalistes de la “vieille école”, adeptes du sacro-saint Monde et des médias reconnus. Forcément, ils répondent en conséquence. Eux aussi ils se font une image caricaturale de l’examinateur qui est en fait un être mutant accro à Twitter et enchaîné à l’Iphone :-) Problème de représentation et de communication. Ce n’est pas facile de jouer la sincérité quand on ne sait pas à qui on a à faire.

  31. […] : «J’ai toujours voulu être journaliste…» blog W.I.P Work in […]

  32. […] suis geek avant d’être apprenti-journaliste, donc les récits des jeunes ahuris à l’entrée d’écoles rêvant d’Aubenas et de grande presse me laissent moqueur. Ils veulent devenir journalistes, […]

  33. Ca fait peur si ça reflète la réalité. J’espère qu’il y en a quand même qui répondent “pour informer” ou “pour découvrir” … Du coup je ne m’étonne plus du manque de fond et de synthèse des médias actuels. Tout s’explique…

  34. Pour revenir sur la durée de l’entretien, je n’ai pas passé celui de sciences po (n’existait pas encore) mais j’en ai passé plusieurs autres et il ne durait pas 45 minutes loin de là. Maximum 30 minutes. Là où j’ai été prise, je suis restée 10 minutes à tout casser…

  35. chers journalistes, mettez vous un peu à la place du candidat. Il est déjà content d’avoir passé la première étape de l’écrit, après un an de préparation et de stress. Des années qu’il se dit que oui, définitivement, il veut faire ce métier même si tout le monde lui dit qu’il court vers la précarité. Il a bieu eu le temps de se demander pourquoi il voulait faire ce fichu métier. Pourquoi vous, vous avez vous faire ce métier hein? Pour informer, éclairer, vérifier sur le terrain. C’est banal, mais c’est tellement vrai. Le jour de l’oral, vous allez pas risquer de dire que oui, vous lisez glamour et 20 minutes, que vous twittez, facebookez, et piquez le femme actuelle de votre grand mère et que vous adorez ça. Ca fait pas tres sérieux. Vous avez juste peur !! Ils prennent un candidat sur 5! Le candidat répond ce qu’il croit que le jury veut entendre. Il croit qu’il cadre avec l’etat d’esprit de l’école et des journalistes en général. et c’est ca qui est triste. Quelle image donne les journalistes de leur métier? Ils renvoient cette image d’élite qui ecoute inter, lit le monde et libé et regarde le grand journal. Faites passer le message que le journalisme c’est aussi dailymotion, facebook, le blog de ma voisine et envy. Dites le qu’il y a encore des médias à inventer, que toutes les bonnes idées sont bonnes à prendre. Et faites le!!

  36. J’ose esperer être d’ici quelques semaines face à un jury.. oserais-je leur dire que googlenews est mon premier reflexe “info” du matin ? que je lis libé tous les jours – en commençant parfois par les annonces “entre nous” – mais aussi public de temps en temps et Elle toutes les semaines ? Que, dans la presse étrangère, the economist m’impressionne mais que oui, parfois, je lis la bild en ligne, (après un article du spiegel, pour me donner bonne conscience), que je ne suis pas particulièrement fan de florence aubenas… le risque me parait un peu trop élevé, non ?

  37. Alors que France Inter et Le Monde donnent la parole tous les jours à des “experts” de Sciences Po, pourquoi s’étonner que les candidats à Sciences Po citent ces médias en références?

    Ils ne font que coller à l’image que donne Sciences Po.
    Le “moule” en question est donc à chercher du côté de Sciences Po, qui l’impose aux candidats.

    La cérémonie de cooptation qu’est l’oral d’admission est un exercice au cours duquel le jury vérifie l’adéquation du candidat avec les codes sociaux (politiques, médiatiques) qui sont les siens.
    Les candidats l’ont bien compris.

    Que se serait il passé si les candidats en questions avaient avoué des lectures critiques telles que celles du Plan B, CQFD, Le Monde Diplomatique, Acrimed, Fakir etc…?

    En réalité, personne n’oserait.

  38. Haha c’est bien drôle de prôner l’originalité, la différence quand au concours on a déjà écrémé un maximum de candidats potentiellement originaux.

    La nature même des épreuves, parlons de la synthèse, porte en elle un formalisme qui vaut autant que la forme.

    Dites-nous après cela que vous recherchez de l’originalité. hahaha.

    Bien souligné plus haut, l’omniprésence des “experts” et autres “savants” labellisés Sciences-Po Paris (attention, il faut préciser Paris, au risque de passer pour un gueux de province). N’y a-t-il pas d’intellectuels universitaires ? Peut-être ne savent-ils pas parler devant un micro, je ne sais pas.

    D’accord que l’aspirant journaliste qui veut faire ce métier pour voyager doit ouvrir les yeux un jour ou l’autre…

    Bref, que le jury de cette école méga fermée prône l’originalité c’est bien… On en reparlera le jour où ils le feront.

  39. md lol.

    Ok alors moi je veux être journaliste parce que j’aime faire le pain.
    Et je veux être boulanger parce que j’aime écouter la radio.

    Et je veux faire science po (en vrai moi, je veux pas) parce que là bas y a plein de punk à chiens qui délirent sévère.

    héhé.

    Ca me rappelle ma mère quand je lui demandais “où sont mes chaussures ?” et qu’elle me répondait : “dans le frigo”.

    Elle avait mille fois raison : à question con…

  40. Pour avoir passé un paquet de concours (7 exactement) et avoir été pris la 2e année lors de ma première tentative à Tours, il est clair que pour moi le gros problème de ces concours n’est pas l’oral: les jurés ont normalement assez de feeling pour sentir la personne qu’ils ont en face, du moins quand l’oral dure une trentaine de minutes. Que les questions et les réponses soient bateaux n’est dès lors guère gênant, ils ont le temps de se faire une opinion. (Après, quand je vois certains “journalistes” qui sortent d’école, je me pose des questions sur la “perception” des jurés mais le sujet n’est pas là…)

    Le souci, comme nombre d’entre vous l’ont souligné, se pose à l’écrit. On élimine 90% des candidats sur des critères pas très malins vu le contenu des concours. Au premier rang duquel: une épreuve d’actu ultra poussée qui ne sert absolument à rien. Je me souviens qu’au CFJ, l’une des questions était: “qui est Gedhun Choekyi Nyima?” J’avais lu une entrefilet (je n’exagère pas) dans le monde deux mois avant avec un nom ressemblant à ça et je m’étais dit: “tiens, y a bien un concours qui va le demander.” Bingo. (réponse: la réincarnation du Panchen Lama…..) Super, on ne récupère donc pour l’oral que les étudiants qui ont donc fait des fiches à la con pendant six mois, apprises par coeur et regurgitées telles quelles. Et on se demande ensuite pourquoi on a pas de gens originaux? Laissez-moi rire… (ça me rappelle d’ailleurs les études à la mode chinoise et coréenne, modèles d’imagination et de créativité s’il en est!)

    Je n’ai ainsi fait une école que parce que, à l’époque car visiblement la direction a ensuite suivi la mode des autres écoles, Tours avait misé pour son année spéciale sur une épreuve d’actu tranquille (pour éliminer ceux qui suivaient vraiment que dalle), une épreuve de synthèse et de sélection d’infos (qu’on ne trouve pas souvent dans les autres concours alors que cela me semble capital comme capacité pour un journaliste, et le monde du tout actu d’aujourdhui le confirme encore) puis un oral de 30mns. Bien plus efficace pour débusquer des gens décalés. On s’était, de fait, retrouvé avec des gens très différents, une ou deux bêtes à concours sur 25, basta. Du coup, l’année avait été dure pour les profs, avec un paquet de caractères solides et bien à cran.

    Pourtant, treize ans plus tard, ceux avec lesquels je suis resté en contact (la moitié) sont tous journalistes. Et au regard de leur parcours (qui n’a pas suivi la ligne tant fantasmée du Monde et de Libé, en partie sans doute parce qu’aucun prof de ces grands médias n’étaient parmi nos profs) et les discussions que j’ai avec eux, je perçois une non uniformité de pensée qui me font dire que l’école avait eu raison… Un exemple qu’il ne serait pas mal de suivre si vous voulez autre chose que des robots de l’infos.

  41. Moi, je veux être journaliste car… http://recitsblog.wordpress.com/2010/06/01/lettre-de-motivation-pour-la-candidature-a-lecole-de-journalisme/

  42. @Flex : Contrairement à ce que tu penses Flex, une partie très importante de la promo lit Plan B, CQFD, Le Monde Diplomatique, Acrimed, Fakir etc. Et certains n’ont pas hésité à mentionner ces sites à l’oral. Ce n’est pas du tout mal vu. Loin de là…

  43. […] J’ai toujours voulu être journaliste, par Alice […]

  44. Alors qu’en vrai, on veut faire ce métier parce qu’on sait que dans toutes les rédacs de France il y a un pot le vendredi soir.

  45. Cela fait deux ans que je suis journaliste, donc quatre ans que j’ai passé les concours, j’en ai fait passer moi-même et franchement aujourd’hui encore je vois mal quelle réponse originale je pourrais apporter à “pourquoi voulez-vous être journaliste?” La réponse la plus honnête que je pourrais apporter (et là je n’ai plus rien à gagner à le dire ;)) serait : parce que je suis curieuse et que j’aime écrire… Ben, pour l’instant du moins, et bien que ne travaillant ni au Monde ni à France Inter, je n’ai pas souffert de “cruelles désillusions” concernant l’idée que je me faisais de ce métier… Après tout c’est bien ça notre métier, non ? Enquêter (donc il vaut mieux être curieux) et transmettre (par exemple en écrivant).
    Après bien sûr rien n’empêche de rebondir et on voit très vite si ce que dit le candidat est sincère ou s’il dit ça pour faire comme tout le monde.
    Pour l’anecdote, au concours du CFJ, ayant lu que ces réponses pourtant exactes étaient malvenues mais n’ayant pas pour autant plus d’inspiration, j’ai répondu un truc du genre: “pour informer, aller chercher l’information et la transmettre au lecteur, blablabla”… lapalissade s’il en est, mais qui a paru, sinon enthousiasmer, du moins satisfaire le jury.

  46. Très drôle cette analyse d’une jeune journaliste déjà bien dans le moule… Moi aussi je me suis risqué à être naturel durant les entretiens dans ces écoles (il y a 10-15 ans déjà), c’est-à-dire à 90% éloigné de toutes les réponses mentionnées dans cet entretien (je déteste Libé, Le Nouvel Obs, la matinale d’Inter, etc.) et je n’ai pas été retenu… On me dira que j’étais moins bon que les autres… Mais, in fine, de toute façon, les écoles de journalisme recrutent des prototypes, c’est-à-dire le profil de l’étudiant mentionné (étant depuis quelques années prof en écoles de journalisme reconnues, je le constate chaque année…)… La profession se plaint de pratiques qu’elle reproduit!

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