Qui es-tu, visiteur unique?

Crédit: Flickr/CC/Brennan Moore

Crédit: Flickr/CC/Brennan Moore

Le terme «visiteur unique» est un faux ami. Car le visiteur unique (VU) n’est pas vraiment unique. Cette unité de mesure de l’audience, graal des sites Web pour le marché publicitaire, désigne un «individu qui a cliqué sur le contenu d’un site au moins une fois pendant la période mesurée (généralement un mois, ndlr)», m’explique Berit Block, analyste européen pour l’institut Comscore, qui évalue le trafic des sites Web. Alors pourquoi s’appelle-t-il unique? «Parce plusieurs clics faits par une même personne n’augmente pas le nombre de visiteurs uniques».

Rien compris? Je reprends. Un visiteur unique sera compté une seule fois même s’il surfe deux fois sur le même site dans la journée, la semaine ou le mois. Mesurer le nombre de VU, c’est le travail que fournissent plusieurs instituts de mesure de l’audience en ligne, comme Médiamétrie/Nielsen Net Ratings, Comscore ou At Internet (anciennement Xiti), voire Google Analytics. Pour ce faire, soit ils projettent ce que fait leur panel d’internautes sur la population internaute globale (on parle alors de «user centric», de mesure centrée sur l’utilisateur) soit ils repèrent par des tags mis dans les pages des sites mesurés les mouvements de leur audience (on parle alors de «site centric», de mesure centrée sur le site, moins précise pour connaître l’utilisateur).

>> A ce stade de l’article, j’ai peut-être perdu du monde. Accrochez-vous, c’est maintenant que ça devient concret >>

Sur plus de 35 millions d’internautes en France que compte Médiamétrie, 22,7 millions d’internautes (2 sur 3) ont surfé, en mars 2010, sur un site d’info au moins — un site d’info peut être un agrégateur (Google actualités, Yahoo! actualités), le site d’un journal imprimé (lemonde.fr, liberation.fr, leparisien.fr, lefigaro.fr), un pure player (mediapart.fr, lepost.fr, slate.fr), ou la rubrique «actualités» d’un site de radio ou télé (europe1.fr, TF1 news, France 24).

Mais qui est le visiteur unique moyen des sites d’informations français? La question est simple, la réponse complexe, car selon les instituts de mesure d’audience, les chiffres ne sont pas les mêmes. A la fois sur le profil socio-démographique des internautes et sur leur comportement en ligne. La faute à des méthodologies et/OU des panels d’internautes différents (voir plus haut, pour les débats sur le sujet, voir ici). Mais avançons.

43 minutes par mois

«Le visiteur unique type d’un site d’informations, en France, a un peu plus de 55 ans, répond pourtant Berit Block, de Comscore. Aucun indicateur ne montre qu’il serait plutôt de sexe masculin ou de sexe féminin. La plupart des visiteurs uniques du Monde.fr ont entre 45 et 55 ans, voire plus de 55 ans. Mêmes catégories d’âge pour leparisien.fr et pour lefigaro.fr. Quant à Liberation.fr et Slate.fr, ils ont, eux, la majorité de leurs internautes dans la catégorie des 25-34 ans.»

Allons voir chez Médiamétrie maintenant. En moyenne, chaque visiteur ayant surfé sur un ou plusieurs site(s) d’actualité au mois de mars 2010 y a passé 43 minutes. Voilà pour l’ensemble. Si l’on rentre dans les catégories (pure players, sites de presse, etc.), cela donne le tableau ci-dessous.

Segments de la sous-catégorie Actualités

Audience (000)

Temps par personne

Sites de presse

17 210

00:31:41

Pure players / Web informations

6 814

00:08:59

Rubrique news des chaînes TV / Radio

8 450

00:09:58

Rubrique news des portails / Agrégateurs

15 984

00:18:05

TOTAL

22 720

00:43:07

Source: Médiamétrie mars 2010

Toujours selon Médiamétrie, les internautes de catégorie socioprofessionnelle supérieure «surconsomment» les pure players. «Les CSP+ représentent 37,1% de ces sites» alors qu’ils ne forment que 26,4% de la population internet globale. Mais sur l’information, cela ne veut pas dire grand chose: «Les jeunes de milieu défavorisé, personne ne sait où ils sont, dit un connaisseur. Ils semblent ne se connecter à aucun site d’info.

Boulimique et volatile

Autre enseignement: le VU français est gourmand — d’après Comscore, la population d’internautes a augmenté de 13% en France depuis un an, le nombre de VU sur les sites des titres de presse a augmenté plus vite, avec une moyenne de 30% d’augmentation — et, surtout, volage. Il y a un assez fort taux de duplication entre les VU des différents sites Web d’infos. Ils sont par exemple 2 millions par mois, selon les chiffres de Comscore, à aller à la fois sur lemonde.fr (6,9 millions de VU en mars) et sur lefigaro.fr (4,1 millions de VU). Côté Médiamétrie, on compte 5,9 millions d’internautes qui se sont rendus non seulement sur (au moins) un site de journal mais aussi sur (au moins) un pure player dans le même mois. «La plupart des VU consomme trois ou quatre sites d’informations par mois», reprend Julien Jacob, consultant.

Parmi les 17,2 millions de visiteurs de sites de journaux (une catégorie des sites d’infos) comptabilisés par Médiamétrie, seuls 20,6% d’entre eux ont uniquement visité ces sites de journaux, et ne sont allés ni sur les portails et agrégateurs (Google, Yahoo!…), ni sur les pure players, ni sur les rubriques «news» des chaînes TV/Radio, relève Estelle Duval, directrice du développement de Médiamétrie/Netratings.

Peu de visiteurs exclusifs

«La duplication des visiteurs sur les différents sites d’actualité est terrifiante et c’est aussi une formidable opportunité pour les sites Web d’infos de se refaire un style, une marque, un ton». Car ces statistiques ne servent pas qu’à appâter les annonceurs pour qu’ils achètent de la pub en fonction de la cible qu’ils visent. «En plus d’être une mesure pour le marché publicitaire, le VU est une mesure éditoriale, souligne Estelle Duval. Cela permet de mieux penser les rubriques d’un site, de savoir d’où vient le trafic, en accès direct sur la page d’accueil ou par moteur de recherche, par exemple, et qui sont les lecteurs».

Sans dire qu’il faille concevoir des contenus en fonction de ces chiffres, ceux-ci peuvent s’avérer très utiles pour piloter les sites d’infos. En regardant de près ces statistiques, «on découvre souvent le contraire de ce que l’on croyait savoir de son audience, s’amuse Julien Jacob. Il y a un vrai décalage entre le positionnement éditorial d’un média et sa perception par le public.» C’est bien ce qu’avaient expérimenté les fondateurs du Post.fr, au lancement du site en septembre 2007. Tout avait été alors conçu pour s’adresser à un public très jeune, celui que sa filiale lemonde.fr ne parvenait pas à toucher. Olivier Lendresse, responsable du développement d’alors, s’en souvient encore: «Quatre mois après, sont arrivées les premières études sur l’audience, on s’est rendu compte qu’on n’avait pas du tout affaire au public que l’on croyait. L’audience n’était ni jeune ni homogène. Non, on avait une multitude d’audiences de niche». Un constat qui calme ceux qui croient avoir construit une signature éditoriale unique sur leur site Web. La cause de ce taux de duplication? Probablement l’uniformisation des contenus sur les divers sites d’infos.

Cherche visiteur engagé

Désormais, avoir un grand nombre de visiteurs uniques infidèles, impersonnels et zappeurs — souvent venus via une requête dans un moteur de recherche, n’est plus une fin en soi pour les sites d’information. Il s’agit désormais de transformer ce VU en visiteur régulier et impliqué, qui se connecte souvent et le plus longtemps possible: après le «bigger is better», valse à trois temps entre éditeurs, mesureurs et annonceurs, voici venu le temps du «small is beautiful».

Alice Antheaume

Quel type de visiteur unique de site d’infos êtes-vous? A vous de raconter vos pratiques dans les commentaires…

11 commentaires pour “Qui es-tu, visiteur unique?”

  1. Je suis un tres grand consommateur de site d’info, que ce soit les sites des grands journaux nationaux, les locaux ou les pures players.
    Je selectionne les infos qui m’interesse via les flux RSS mais aussi via twitter (c’est grace à ce dernier que je suis tombé sur cette article)
    voir un grand nombre d’article sur un même thème permet surtout de confronter les idées selon la ligne éditorial du journaliste mais surtout de lire des articles que d’autres journaux n’ont pas jugés bon de traiter.
    La seule limite qui va arriver va être la politique du site payant, c’est facile de naviguer quand tout est gratuit mais si tout est payant, je vais devoir choisir et donc me fidéliser….

  2. […] Ce billet était mentionné sur Twitter par Alice Antheaume, françois guillot, Cyroul, Emgenius, Virginie Clève et des autres. Virginie Clève a dit: Visiteur unique des sites d'infos, qui es-tu ? http://bit.ly/bVEul1 #NetRatings #ComScore #presse #VU /from @alicanth […]

  3. Je dois bien avouer qu’à l’origine fut le Verbe. Par là, comprenez le(s) JT(s) télévisés du 20h, avec leurs immuables présentateurs-stars-vedettes. Forcément, ayant été biberonné aux soirées infos télé post dinatoires …
    Et un jour, je me suis retrouvé à éteindre le poste de TV lorsqu’une pensée absolument inédite s’imposa à mon esprit. Cela devait donner quelque chose comme ça : “Mais au fait, qu’est ce que j’en ai à faire qu’à Pougne-Hérisson -véridique, ca existe- ils fabriquent toujours les paniers en osier à la façon de leurs grand-mères … (et non ceci n’est pas une référence ultime à Jean-Pierre P. – est-ce crédible ?)
    Puisqu’à cet âge là (une vingtaine d’années), il faut bien avouer, le journal papier ça fait ringard, et qu’on se doit d’être à la pointe de la technologie, j’ai commencé à prendre l’habitude de lire les actualités proposées par le fournisseur d’adresse mail chez qui j’avais, ô gloire ultime, crée un compte. A savoir Yahoo !
    Puis il y a un certain temps de ça, je me suis rendu compte que de plus en plus les articles qui m’intéressaient renvoyaient tous peu ou prou sur Slate.fr. De fil en aiguille j’en suis arrivé à privilégier ce site, pour finalement en faire aujourd’hui mon site favori.

  4. J’aime les infos et les suivre, de plus en invalidité j’ai le temps et me consacre de multiples moments pour consulter les infos.

    Je suis un User Agrégateur d’actualités mais je clique régulièrement sur les liens qui m’amènent sur les sites journaux et PLAYER pour compléter les infos.

    Je ne savais point qu’une telle bataille marketing existait sur ce sujet.

    Mais en relisant l’article, j’y ai lu le mot UNIVERSEL que les infos lus sur l’ensemble des sites se ressemblent et cela rassure sur la véracité de l’info.

    Les sites Agrégateur comme Yahoo Actualité donnent un lien vers les sites d’infos Journaux et PLAYER comme le Monde, Slate, ….

    Cela rassure et confirme que les sites AGREGATEUR sont comme une banque d’infos provenant de multiples sites classiques,

    alors la question est ?
    Quel user suis je ?

    PS: Je ne parle pas des sites radios et télés, je ne les consulte jamais sur le net.

  5. […] les axiomes mis en place par le web 1.0 : le visi­teur unique. Cette mesure obs­cure – pas toujours cohé­rente d’un outil de mesure à l’autre – indique le nombre […]

  6. J’ai mis Slate.fr en page d’accueil de mon navigateur, suis abonnée au Monde électronique et écoute France Inter le matin. Les alertes courriel du Monde me permettent de trier parmi les articles sans aller sur le site, et il m’arrive souvent de ne rien trouver d’intéressant de la journée, voire de la semaine. Sur Slate, je lis au moins un article par jour, et suis une fidèle de la rubrique technologies ainsi que du portfolio Magnum. Mais ma véritable source d’informations générales, c’est France Inter, que j’écoute avant d’ouvrir mon navigateur et ma boîte de courriel. D’où la désagréable impression, en consultant le Monde, de ne rien trouver de nouveau…
    Je lis, par obligation professionnelle et par goût, beaucoup de médias spécialisés et de blogues, où je trouve des informations précieuses et des analyses qui n’ont aucune chance d’apparaître dans un média généraliste français.
    Je dis “français” car je lis régulièrement des articles anglo-saxons repérés grâce à des systèmes de veille mutualisée et je suis frappée de trouver des articles longs et pointus sur des sujets de niche, dans le NY Times ou le Guardian, par exemple.
    Bref, le web m’a permis de sortir du discours unique du journal auquel on est abonné, qui devient vite rasoir… Je me sens beaucoup mieux informée aujourd’hui qu’à l’époque du JT, que je ne regarde plus jamais.

  7. […] 4 / Les relances personnelles Sur certains sites, les rédacteurs jouent la carte de la totale transparence en intégrant à leur article une relance personnelle directe qui, sous l’effet de surprise, pousse l’internaute à reprendre sa lecture. Vous ne voyez pas ce que je veux dire ? Regarder plutôt l’exemple en lien… http://blog.slate.fr/labo-journalisme-sciences-po/2010/05/01/qui-es-tu-visiteur-unique/ […]

  8. Au risque de ne pas plaire au sondeur, moi j’aimerai ne pas être “visible”, qu’on ne sache pas mon age, mes préférences en termes de site visités, le noms de mes principaux contacts, bref un peu tt ce qui me défini, et pas seulement en tant qu’internaute… Notamment pour ne pas être ciblé par de la pub, et ne pas avoir l’impression d’être le Petit Poucet. Est-ce encore possible aujourd’hui, comment?

  9. […] tra gli assiomi prodotti per il web 1.0 c’ è il visitatore unico. Questa misura os­cura* indica il numero di internauti finiti su un sito almeno una volta in un periodo determinato […]

  10. […] des sites Web est très prisé par les annonceurs, bien plus que le nombre de pages vues» ou de visiteurs uniques, souligne le site Social […]

  11. […] http://blog.slate.fr/labo-journalisme-sciences-po/2010/05/01/qui-es-tu-visiteur-unique/ […]

« »