Le devenir des blogs et des micro-blogs

Crédit: Flickr/CC/maxpower

L’immobilier, les régimes, la franc-maçonnerie font partie des marronniers les plus connus de la presse magazine. En ligne, un autre serpent de mer revient de façon cyclique: les blogs, et plus exactement, l’annonce de leur mort. Ces espaces d’expression personnels, popularisés dès 1999 avec Blogger, seraient condamnés aux oubliettes par la grande faucheuse du Net. Pourtant, on dénombre, en France, plus de 15 millions de blogs, et, aux Etats-Unis, près de 329 millions de personnes qui en consultent un au moins une fois par mois. Sans compter toutes les formes dérivées du blog, dont Twitter et Tumblr, qui font florès… Alors que Yahoo! s’appête à racheter Tumblr, une plate-forme à mi-chemin entre le blog et le réseau social, leur disparition n’est pas à l’ordre du jour. Mais, dans un futur proche, quel sort leur est-il réservé? Quel format et quels contenus va-t-on y voir? Quelle utilité les médias qui les hébergent y trouvent-ils encore?

Que lira-t-on sur les blogs et micro-blogs?

Des expériences narratives inédites comme le live-writing, des formats longs, de l’instantané sitôt dit sitôt écrit.

Il y aura à l’avenir deux catégories de lecteurs de blogs, présume Mars Dorian, un consultant américain. D’une part, les lecteurs d’extraits, qui aiment les contenus minimalistes, écrits aussi vite qu’on en parle, pour une consommation de type fast-food dont la richesse nutritionnelle n’est pas avérée, et d’autre part, les lecteurs de dissertations, friands de contenus à haute valeur ajoutée et atemporels, de quasi e-books, qui pourraient devenir des contenus payants, proposés entre 99 centimes et 2 dollars la pièce.

Et pour explorer des nouveaux territoires, le blog devrait être le laboratoire de nouvelles expériences d’écriture, comme celle-ci. Le comédien et écrivain Baratunde Thurston, également collaborateur du site parodique The Onion, a écrit des chapitres de son livre «How to be black» en se prêtant à ce qu’il appelle du «live-writing». En ligne, il a partagé son écran (via l’outil join.me) avec ses lecteurs et a écrit sous leurs yeux, ratures comprises. Un rendez-vous inédit qui a le mérite de repousser les limites du «live» – mais qui nécessite une bonne dose de confiance en soi de la part de l’auteur. Baratunde Thurston a précisé qu’il ne cherchait pas à interagir avec l’audience sur ce qu’il devait écrire ou non, mais plutôt à créer une nouvelle expérience qui le forcerait à terminer son ouvrage.

Les blogs hébergés par les médias vont-ils continuer à vivre une existence à part?

Cela dépend des cas.

Le blog «Media Decoder», alimenté par des journalistes du New York Times, a officiellement fermé ses portes le 26 avril 2013. Les contenus qu’on pouvait y lire sont désormais disponibles dans la section médias du nytimes.com.

Pourquoi ce rapatriement? 1. Une raison technique d’abord: le New York Times a un nouveau CMS, baptisé «scoop», dont la promesse est d’être aussi souple et simple que l’interface d’un blog 2. Une raison éditoriale ensuite: parfois, la même information a été traitée à la fois sur le blog et sur le site du média hébergeur, ce qui provoque des doublons et nuit au référencement des contenus en ligne. Selon Bruce Headlam, l’éditeur de la rubrique médias du New York Times, le problème est la «découvrabilité» des contenus sur le nytimes.com, un site immense sur lequel «trouver du matériel peut être ardu», surtout lorsqu’il y a «parfois deux versions de la même histoire, ce qui est source de confusion pour nos lecteurs (et pour les moteurs de recherche)».

Intégrer un blog au coeur du site qui l’héberge est possible lorsque le blogueur est un journaliste de la maison – car on ne donne pas accès au système de publication à des collaborateurs extérieurs -, lorsque le système de publication en question est refait de fond en comble pour proposer les mêmes fonctionnalités qu’un blog ou un micro-blog, et lorsque le blog couvre des sujets liés à l’actualité.

Les médias ont-ils toujours intérêt à héberger des blogs?

Pour l’instant, oui.

Sur lemonde.fr, les blogs les plus suivis sont Big Browser, un lieu de veille du Web géré de façon tournante par les membres de la rédaction, le blog du dessinateur Martin Vidberg, celui de l’éditorialiste Françoise Fressoz, et Passeur de sciences, écrit par un journaliste scientifique, Pierre Barthélémy. Volontiers en dehors de l’actualité, Passeur de sciences traite ici de la capture d’un astéroïde, là de la médecine regénératrice. Ce dernier permet au Monde.fr d’élargir son offre éditoriale à une thématique s’inscrivant dans une temporalité plus longue.

Même constat du côté de France TV Info: «avoir des blogs invités sert à donner la parole à des experts et à traiter des sujets au “long cours”», détaille Thibaud Vuitton, rédacteur en chef adjoint. «C’est particulièrement efficace quand le blog fédère une communauté et ce n’est pas un hasard si les cartons d’audiences sont les blogs de L’instit ou Mauvaise mère, des espaces identifiés, où de vraies communautés ont été fidélisées».

Enfin, l’utilité cachée des blogs dans une rédaction, c’est de faire prendre le virage du numérique aux journalistes traditionnels. «Quand ils tiennent un blog, ils font ainsi l’apprentissage du Web et de ses réflexes de manière très concrète. Ils voient leurs statistiques, comprennent qui clique sur quoi et quand, et observent les commentaires qu’ils récoltent», m’explique Nabil Wakim, rédacteur en chef du Monde.fr. Cette interaction, vécue in vivo, est plus efficace qu’un long discours.

A quoi bloguer sert-il à l’ère des réseaux sociaux?

Réseaux sociaux et blogs ne sont pas antinomiques, les premiers ne tuent pas les seconds, ils les complètent.

Twitter permet de faire du micro-blogging, Tumblr de mettre en scène images et GIFS animés, WordPress des plus longs formats. Chaque plate-forme peut donc servir une ligne éditoriale. Bloguer sur WordPress sert à développer une idée en plus de 140 signes, estime Matt Mullenweg, de WordPress, où un post compte en moyenne 280 mots.

Avant, sur un blog hébergé par un média, on écrivait un billet, on le publiait, on envoyait le lien pour relecture à la rédaction, et on attendait que celle-ci le «remonte» sur sa page d’accueil pour obtenir des commentaires de l’audience. Désormais, la remontée d’un blog sur la page d’accueil du média hébergeur n’est plus une condition pour que l’audience y accède. Ce qui compte, c’est le référencement du blog dans les moteurs de recherche et sa recommandation sur les réseaux sociaux. «L’essentiel du trafic de mon blog provient de Facebook», m’informe Emmanuelle Defaud, journaliste et auteure de Mauvaise mère. Quant à ce blog, WIP, il obtient plus de 20% de son trafic via les réseaux sociaux et 50% via le référencement dans Google.

Pour Simone Smith, directrice du marketing de HubPages, c’est la preuve de la faiblesse du format blog, ringard parce que supplanté par les réseaux sociaux, plus puissants, plus actuels, et mieux référencés. Lors d’un discours de quinze minutes au festival South by South West 2013, cette dernière a tenté de prouver que le blog n’est rien sans béquille. «Qui blogue dans cette salle?», a-t-elle demandé. Les trois quarts des personnes présentes ont levé le doigt. «Qui ne publie que sur son blog et pas sur des réseaux sociaux?». Aucun doigt ne s’est levé.

Les journalistes écrivent-ils autrement sur un blog?

Oui. C’était déjà vrai avant, cela l’est toujours.

Loin des carcans de leur média, les journalistes trouvent sur les blogs une liberté éditoriale plus grande. Leur écriture y est souvent emplie de verve, d’humeur, voire d’humour; le ton est plus éditorialisant sinon partial; les formats utilisés plus variés, et les angles aussi. «Il y a un plaisir à raconter des histoires, à communiquer avec des personnes qui ont les mêmes centres d’intérêt, à donner son avis quand personne ne me le demande et à exister, au-delà de ma famille et de mon travail», me confie Emmanuelle Defaud, du blog Mauvaise Mère. Bloguer ou micro-bloguer permet un «regard personnel», note encore Thibaud Vuitton, de France TV Info, et «une écriture différente de l’écriture journalistique»…

Etes-vous consommateur de blogs? Aimeriez-vous y voir des expériences de live-writing?

Alice Antheaume

lire le billet

Les attentats de Boston, une nouvelle étape dans l’histoire de l’info en ligne

Crédit: Flickr/CC/thebudman623

Des centaines de milliers de photos et vidéos mis en ligne, une enquête géante menée par les internautes en même temps que celle de la police, qui par ailleurs tweete en temps réel, des erreurs et des rectificatifs, des tueurs dont l’empreinte numérique sert de premier élément pour écrire leurs portraits… Les explosions de Boston, survenues à l’arrivée du marathon le lundi 15 avril 2013, ont constitué un moment historique dans l’histoire dans l’information en ligne. L’audience s’est trouvée baignée, comme les journalistes, dans la grande marmite des informations contradictoires et a peiné à savoir ce qui était vrai ou faux. Il est temps désormais d’oeuvrer à la traçabilité des erreurs.

>> Si vous êtes partis au pôle Nord depuis huit jours, commencez par les numéros 1 et 2 >>

>> Si vous êtes restés toute la semaine dernière scotchés devant l’écran, passez directement aux numéros 3, 4 et 5 >>

1. Des yeux et des oreilles en série

Tout a commencé le jour-même des explosions, lorsque le FBI et la police de Boston ont demandé à quiconque avait photographié ou filmé le marathon de lui envoyer ses fichiers, qu’ils aient été stockés sur un téléphone, ou posté sur Instagram, Facebook, Vine, YouTube. Il y aurait eu, selon NPR, plus d’un million d’images ainsi récoltées, ainsi que plus de 1.000 heures de rushs en vidéo.

Que motive les internautes à s’investir de la sorte? Simple volonté d’aider? Envie d’aller plus vite que la police? Désir de vengeance? Psychothérapie collective en ligne? Un peu de tout cela sans doute.

Parmi les fichiers récupérés par la police, cette photo panoramique prise par Lauren Crabbe avec son iPhone, à l’exact endroit où les bombes ont explosé, 90 minutes avant le drame. Lauren Crabbe n’est pas vraiment une amateure: elle est photographe freelance et écrit de temps à autre sur les nouvelles technologies. Elle était déjà à l’aéroport pour repartir de Boston quand l’attentat est survenu. Elle a hésité à publier en ligne son cliché, détestant l’idée que cela puisse être la dernière photo des victimes, mais l’a envoyé au FBI, rassurée qu’ils sachent, eux, l’interpréter. Jour et nuit, des centaines d’enquêteurs professionnels ont travaillé pour faire parler les images recueillies – ainsi que les vidéos de surveillance – avec l’aide de logiciels de reconnaissance, qui peuvent par exemple traquer en quelques secondes toutes les tâches noires d’un paquet de photos – ici pour chercher la trace d’un sac à dos – ou la couleur du visage, claire ou foncée, d’un suspect.

2. Une enquête participative à grande échelle

Très vite, en ligne, les internautes se sont improvisés détectives et ont passé au crible chaque image du marathon de Boston pour tenter de trouver les auteurs des explosions et des informations sur les explosifs utilisés. Pour ce faire, ils ont listé toutes les pistes et hypothèses possibles, en public, sur les réseaux sociaux, sur les forums 4chan et Reddit notamment, et sur ce Google doc accessible à tous. Le travail ici réalisé est stupéfiant. Le tableur comporte comporte plusieurs feuillets, classés par sujets (informations sur les bombes, photos des scènes, revue des suspects, suspect à casquette blanche, suspect à casquette noire). Chaque feuillet fait l’objet d’une liste d’une trentaine d’items, autant de théories et déductions alimentées par des documents trouvés en ligne et sourcés. Cela «semble être la plus grande enquête participative en ligne jamais réalisée pour trouver le ou les auteurs de l’attentat du marathon de Boston», écrit lemonde.fr.

Avant cela, en France, les internautes avaient aussi, mais à moindre échelle, uni leurs forces pour enquêter sur le drame Dupont de Ligonnès, l’histoire de cette mère, Agnès, et ses quatre enfants tués et ensevelis sous la terrasse de la maison familiale en avril 2011. Le père a, lui, pris la fuite et demeure, à ce jour, introuvable. Des utilisateurs anonymes avaient alors retrouvé la trace de messages postés par Agnès qui racontait, sous pseudonyme, son mal-être en couple sur des forums.

3. Des faux suspects et un marathon d’erreurs

Problème, dans le cas de Boston, ces détectives amateurs ont accusé à tort des individus d’être les auteurs des attentats après s’être emballé sur une silhouette jugée en haut d’un immeuble qui n’était… qu’un policier. «Il y a des limites au crowdsourcing», juge Wired, qui rappelle que seules les données utilisées pour l’enquête proviennent de la foule, pas les résultats de l’investigation. «Nous sommes très doués pour mettre en ligne des images et provoquer l’emballement des amateurs, mais nous ne sommes pas doués pour respecter les règles qui protègent des innocents», regrette cette professeur de l’Université de Virginie, interrogée par le Los Angeles Times.

Or les amateurs ne sont pas soumis aux règles qui incombent aux journalistes professionnels. Lesquels, même avec des règles ad hoc et l’expérience, se trompent aussi. CNN a annoncé mercredi qu’un suspect avait été arrêté. C’était faux. De même, le New York Post a mis en couverture la photo de deux adolescents innocents, en les faisant passer pour les responsables des explosions. Là encore, c’était faux.  Résultat, cela a été l’humiliation internationale, décuplée par la vitesse de diffusion sur les réseaux sociaux, «devenus les chiens de garde du quatrième pouvoir», peut-on lire sur Mediabistro. Après cette erreur, CNN a mis les deux pieds sur le frein, et le vendredi, quand le frère cadet a finalement été interpellé, c’est la chaîne NBC qui l’a annoncé la première, avant CNN, donc.

4. La traçabilité des corrections au centre du débat

Quand on se trompe, il faut le dire, et vite. C’est ce qu’ont fait quelques uns des investigateurs en herbe sur les événements de Boston. Après avoir accusé par erreur Sunil Tripathi, un étudiant américain de 22 ans, d’être à l’origine du drame, un utilisateur de Reddit prénommé Rather-Confused a ainsi présenté sans attendre ses excuses à la famille de ce faux suspect.

Toutefois les médias professionnels ont parfois du mal à faire amende honorable. Et ne mettent pas toujours au grand jour les corrections qu’ils font en ligne, quand ils les font. Pourtant, «à l’ère du reportage en temps réel et de l’information numérique, il est rare qu’il n’y ait qu’une seule et définitive version d’un article», rappellent Eric Price et son frère Greg, qui ont étudié la programmation au MIT, et ont créé Newsdiffs.org, un algorithme qui repère les changements faits, seconde après seconde, dans quelques articles de CNN.com, du New York Times, Politico et de la BBC. Tout est passé en revue: la correction d’une simple coquille comme la réécriture de pans entiers d’un article, de la même façon que ce l’on voit dans l’historique des articles de Wikipédia.

Je suis bien sûr allée voir comment CNN avait corrigé, en ligne, sa fausse information, publiée le mercredi 17 avril, selon laquelle un suspect aurait été arrêté, ce qui a été démenti ensuite. Newsdiffs.org indique que l’article qui fait le récapitulatif du 17 avril “what we know about the Boston Marathon bombing and its aftermath” (ce que l’on sait des explosions au marathon de Boston et ses conséquences”) a été repris à 14 reprises dans la même journée. Voici les changements les plus révélateurs – en rose, ce qui a été effacé, et en vert, ce qui est resté ou a été ajouté.

  • 14h13 (cliquez sur le texte pour l’agrandir)
  • 14h58 (cliquez sur le texte pour l’agrandir)
  •  

     

  • 15h (cliquez sur le texte pour l’agrandir)
  •  

En trois corrections, le cours de l’histoire a complètement changé.

Est-on entré dans l’âge de la rétractation? Pas si sûr, car les médias sont en général concentrés sur le fait de «tenir une info et de la développer, plutôt que de regarder dans le rétroviseur», a reconnu Margaret Sullivan, lors d’une conférence à South by South West 2013. Cette journaliste du New York Times n’a pas oublié que, lors de la tuerie à l’école primaire de Newtown, dans le Connecticut, le 15 décembre 2012, son journal a attribué la fusillade à la mauvaise personne, en l’occurrence un dénommé Ryan Lanza – qui a répondu sur les réseaux sociaux «ce n’est pas moi» – avant de rectifier: il s’agissait en fait d’Adam Lanza.

4. Le nouveau rôle des médias

Moralité, les utilisateurs de Reddit comme les journalistes de CNN ont échoué à comprendre leur mission à l’ère numérique. Les premiers ont cru qu’ils jouaient à faire une enquête entre eux sur un forum et que personne ne s’y intéresserait alors que c’était publié et lisible par n’importe qui, et les seconds ont oublié qu’ils devaient guider leur audience, exposée à un flot inouï de fausses informations sur le réseau. «Le nouveau rôle des médias est de fournir un grille de lecture et un contexte pour comprendre les spéculations auxquelles son audience est inévitablement exposée en ligne – pas de les ignorer», tranche Buzzfeed.

Car les internautes sont autant exposés aux informations venues des médias traditionnels que celles déversées sur les réseaux sociaux, et se déconnecter pendant deux jours, le temps que les erreurs soient commises et réparées, n’est pas une solution viable. «Si seulement je pouvais installer un filtre de vérité sur Twitter», rêve de son côté Lance Ulanoff, rédacteur en chef du site Mashable…

Alice Antheaume

lire le billet

L’opération «Offshore leaks» en questions


Les investissements de Jean-Jacques Augier, trésorier de la campagne présidentielle de François Hollande, dans les îles Caïmans, cela provient du projet «Offshore leaks». La révélation des noms du Crédit Agricole et de BNP Paribas, qui conseillent à leurs clients de faire de l’optimisation fiscale, idem. Ces avocats suisses qui ont aidé leurs clients à préserver leur patrimoine du fisc,
c’est signé «Offshore leaks» aussi. Qu’est-ce que ce projet? Comment les journalistes enquêtent-ils sur ces fichiers secrets? Qui a donné les tuyaux? Est-ce le futur du journalisme d’investigation? Réponses ci-dessous.

Qu’est-ce qu’«Offshore leaks»?

C’est le nom d’une opération orchestrée par l’ICIJ, le consortium international des journalistes d’investigation, basé à Washington, qui implique 86 journalistes de 46 pays, réunis autour d’un objectif: enquêter sur les détenteurs de comptes dans des paradis fiscaux du monde entier.

Pourquoi le projet s’appelle-t-il «Offshore leaks»?

«Leak» signifiant fuite, en français, le nom de l’opération rappelle bien sûr Wikileaks, l’organisation qui a publié, en 2010, des câbles diplomatiques secrets en partenariat avec des grands médias internationaux,. «Le point commun avec Wikileaks, c’est que la base du travail repose sur des fichiers secrets», m’explique Vincent Fagot, rédacteur en chef adjoint au Monde.fr. «La différence, c’est que ces fichiers ne sont pas accessibles à tous en libre accès, notamment parce qu’ils sont incompréhensibles pour 99.9% des gens».

A quoi ressemblent ces fichiers secrets?

A une somme titanesque de données: près de 2,5 millions, dont des emails, des passeports scannés, des facturations, des certificats de toutes sortes, des lettres d’avocats, des tableurs. Les télégrammes de Wikileaks, «c’était du narratif, plutôt bien écrit par des personnes travaillant dans des ambassades», reprend Serge Michel, directeur adjoint des rédactions du Monde, «tandis que là, ce sont des données fragmentées et parcellaires qui n’ont pas de sens pour un lecteur».

Comment Le Monde a-t-il pu travailler sur ces fichiers?

Cela s’est passé en plusieurs temps. En novembre 2012, le ICIJ prend contact avec Le Monde, qui avait déjà publié deux de leurs enquêtes, pour leur proposer d’être partenaires d’une «opération sur les paradis fiscaux». Le Monde signe. Fin décembre, le ICIJ transmet au Monde un tableur Excel qui réunit, pour la France, 130 noms – le Guardian, également partenaire de l’opération, reçoit, lui, un autre tableur lié à l’Angleterre. Sur cette liste apparaît entre autres le baron Elie de Rothschild, pour lequel il est fait mention de 500 documents associés, mais qui ne sont pas consultables à ce stade, quand, pour d’autres noms, ne figurent que trois pièces. Les données sont en fait tenues secrètes dans une base verrouillée, qui n’est consultable que depuis Washington, le siège du consortium, ou Madrid. En janvier, Anne Michel, la journaliste du Monde qui enquête depuis plusieurs semaines sur le listing, se rend donc à Madrid pour consulter la base de données sous la supervision de l’ICIJ. Ce n’est qu’ensuite que cette base a pu être interrogée à distance, grâce à un moteur sécurisé mis en place en deux semaines par un développeur britannique mandaté par l’ICIJ.

Jérôme Cahuzac se trouve-t-il dans le fichier des 130 noms?

Non, assure l’équipe du Monde, qui a bien sûr essayé de chercher le nom de l’ex-ministre du Budget, ainsi que celui d’autres personnalités politiques, comme Nicolas Sarkozy, mais n’a trouvé trace ni de l’un ni de l’autre. Celà dit, cela ne veut pas dire grand chose, ajoute Serge Michel, car «vous avez vu la complexité du montage des opérations bancaires de Jérôme Cahuzac», qui passerait par un intermédiaire financier, Reyl & Cie, pour ouvrir un compte dit «omnibus» à l’UBS, lequel intègre les fonds de différents clients, dont les noms ne sont pas revélés.

Comment 86 journalistes travaillent-ils sur ce projet?

Ils peuvent se connecter sur un forum sécurisé, également mis en place par l’ICIJ, où ils peuvent échanger sur leurs enquêtes respectives. «Une fois qu’on a réuni tous ces reporters, on avait besoin de leur donner des outils pour fonctionner comme dans une équipe», détaille Marina Walker Guevara, directrice adjointe du consortium. «Nous avons beaucoup interagi avec les journalistes grecs, suisses et allemands», assure encore Serge Michel.

D’où proviennent ces fichiers?

C’est là que cela se complique car on ne connaît pas l’identité de la ou des personnes qui ont «volé» ces données, sans doute des ex-employés des sociétés CTL, basé aux îles vierges britanniques, et de Portcullis TrustNet, basé à Singapour. C’est Gerard Ryle, actuel directeur de l’ICIJ, qui a eu le tuyau lorsqu’il travaillait encore en Australie. En l’occurrence, un disque dur sur lequel étaient stockés ces 260 gigabytes de données. «Il est arrivé pour demander un job à l’ICIJ avec son disque dur sous le bras», raconte Marina Walker Guevara au Nieman Lab. L’idée de Gerard Ryle: profiter du réseau international de journalistes d’investigation de l’ICIJ pour passer au crible toutes ces données, un travail impossible à faire seul.

Est-ce conforme à la déontologie journalistique d’enquêter sur des fichiers volés?

Formellement, la déclaration des droits et des devoirs de Munich, de 1971, stipule que l’on ne saurait «user de méthodes déloyales pour obtenir des informations, des photographies et des documents». Or ce ne sont pas les journalistes qui ont dérobé les documents, ceux-ci les ont récupérés, comme souvent, par des sources motivées par le désir de vengeance, de règlement de compte, de dénonciation ou autre. C’est ce qu’il s’est passé, déjà, avec les enregistrements clandestins réalisés au domicile de Liliane Bettencourt par son majordome, et diffusés par Médiapart. Aux journalistes de faire en sorte que les révélations éclairent des faits plutôt que de servir les motivations de leurs sources, parfois obscures. Dans le cas d’Offshore leaks, l’enjeu est clair pour Le Monde. «Pouvoir raconter le fonctionnement des sociétés offshore nous paraît plus important que de faire la fine bouche sur l’illégalité de la source», justifie Serge Michel.

Pourquoi la révélation sur Jean-Jacques Augier est-elle sortie la semaine où ont eu lieu les aveux de Jérôme Cahuzac?

«Hasard du calendrier», répond Anne Michel, journaliste au Monde, qui explique que la date du 4 avril, jour où a été publiée l’histoire de Jean-Jacques Augier, a été fixée par l’ICIJ un mois auparavant. «Nous nous sommes rigoureusement tenus à cet embargo», reprend-t-elle, «nous travaillons sur cette affaire depuis des mois, il nous était impossible de savoir que M. Cahuzac allait passer aux aveux 48 heures avant notre première publication».

Quelle portée peuvent avoir les révélations d’«Offshore leaks»?

Le Monde a beau promettre de publier une dizaine de noms significatifs, il est trop tôt pour savoir quelle déflagration peuvent avoir ces publications. Des médias parlent de «pétard mouillé», d’autres rappellent que certains documents étaient déjà sortis il y a un an. Pour Vincent Fagot, du Monde.fr, les révélations ont une résonance particulière dans un contexte où, à cause de l’affaire Cahuzac, l’évasion fiscale se trouve au coeur de l’actualité et exige un repositionnement du gouvernement sur la question. En France, «c’est moins paillettes qu’en Russie, où des proches de Vladimir Poutine sont apparus dans le listing comme détenant des comptes secrets», dit-il encore. Mais «ce que l’on voit surtout, c’est qu’il y a un certain nombre de patrons de PME qui pratiquent l’évasion fiscale» et que l’on comprend mieux, à la lumière de ces données, comment ces détenteurs de comptes procèdent.

Les fondations sont-elles le futur du journalisme d’investigation?

L’organisation ICIJ est financée par des mécènes privés et des dotations individuelles, comme ProPublica, aux Etats-Unis, qui a gagné un prix Pultizer en 2010, ou comme Ciper (Centro de investigation periodística), au Chili. Tous sont des organisations qui financent des productions journalistiques sans en tirer profit. Aucune dépendance, donc, aux revenus publicitaires. Pas d’abonnements non plus. Un modèle qui se développe, encouragé aux Etats-Unis par des sponsors comme les fondations Bill Gates ou Knight, résolument tourné vers l’investigation à plusieurs mains et qui se veut… sans frontière. Une supra rédaction internationale?

Si cet article vous a été utile, merci de le partager sur les réseaux sociaux, sur Facebook et Twitter notamment.

Alice Antheaume

lire le billet

Grand beau sur les informations météo

Crédit: Flickr/CC/carbonnyc

Il a beau faire froid dehors, la météo réchauffe les audiences médiatiques. Filet à internautes, attrape-téléspectateurs, elle ne connaît pas la crise que traverse la presse. Une manne pour les éditeurs qui négligent trop souvent l’apport éditorial des contenus liés au temps. Leur réserve peut se comprendre. Ils craignent sans doute de verser dans de l’information servicielle et de multiplier des contenus ras-les-pâquerettes, comme des micros-trottoirs sur le temps qu’il fait en avril.

Politique météorologique

Pourtant, la météo peut donner lieu à des traitements éditoriaux originaux. Passons sur l’art de cuisiner la neige, une recette publiée par le Guardian, ou sur cette animation interactive qui propose aux internautes de fabriquer un bonhomme de neige derrière un écran, là encore sur le Guardian. Il y a de quoi faire du sérieux, chiffres à l’appui.

Jean Abbiateci, journaliste de données indépendant, s’est amusé à compiler la pluviométrie et les températures en fonction des gouvernances des chefs de l’Etat français. Résultat, “François Hollande fait pleuvoir (+ 22%), Nicolas Sarkozy a provoqué la sécheresse (-15 %) (…) Jacques Caliente Chirac a fait monter la température (+ 11 %) tandis que François Mitterrand a bien refroidi l’ambiance (- 7%).”

Crédit: Jean Abbiateci

Comparer la météo et la politique, c’est “totalement absurde”, juge le journaliste, même si la démarche est inspirée par la lecture d’un article du Guardian, “Is the weather worse under the Coalition?”, qui montre que “l’arrivée au pouvoir de Margaret Tatcher a entraîné une hausse de la pluie dans le Royaume tandis que, sous Gordon Brown et David Cameron, les températures ont chuté, en comparaison avec les années du bouillant Tony Blair…”

Jean Abbiateci a publié son travail le 1er avril, comme un poisson d’avril donc, pour “s’éviter la peine de recevoir des mails au premier degré comme “Mais vous croyez vraiment que les politiques sont responsables de la météo? Mais vous êtes idiot mon pauvre ami…”, m’explique-t-il. Pas si idiot, car les données de départ sont justes, elles proviennent des archives météorologiques du site Infoclimat sur la ville de Paris. Banco, donc, car ce contenu est davantage consulté que la moyenne des autres contenus diffusés sur son blog, Papier Brouillon, m’indique encore Jean Abbiateci.

La manne météo

La météo, pourvoyeuse officielle de données journalistiques? C’est ce que croit David Kenny, le président de The Weather Company, l’équivalent américain de Météo France, un producteur de contenus présent via une chaîne de télévision câblée, The Weather Channel, un site Web, weather.com, et des applications pour mobile et tablette. Il s’était exprimé à ce sujet lors du Monaco Media Forum de novembre 2012 et avait détaillé l’offre immense de son média: des prévisions météo, des analyses, mais aussi des données en temps réel, des vidéos – «toujours en live», sans replay, «car personne ne souhaite voir le temps qu’il faisait la semaine dernière», a stipulé David Kenny – sans oublier des breaking news et des tweets en continu.

Lorsque l’ouragan Sandy débarque sur la côte Est des Etats-Unis, les chiffres d’audience sont faramineux sur la seule journée du lundi 29 octobre 2012: plus de 2 millions de personnes ont regardé The Weather Channel, le site a enregistré 300 millions de pages vues, l’application mobile 110 millions de pages vues et il y a eu 9.6 millions de connections au «live».

Après coup, David Kenny s’est réjouit à mots voilés. «Sandy, c’est tragique, mais cela a été un grand moment pour nous». Et d’ajouter que le public a davantage regardé la chaîne The Weather Channel depuis tablette pendant Sandy plutôt que sur la télévision… jusqu’à ce que la batterie de la tablette soit à plat – les coupures d’électricité ont été nombreuses à ce moment-là.

Mobile toute

Les rapports l’attestent: la météo est faite pour les outils mobiles – bien plus que sur ordinateur – si ce n’est pas l’inverse. Selon l’étude Comscore intitulée “Mobile Future in Focus 2013“, 67.1 % des interrogés déclarent consulter la météo depuis leur smartphone quand 64.6% d’entre eux le font via leurs tablettes. Preuve de cet engouement, en février 2013, l’application de la chaîne Météo – appartenant au Figaro (merci Benjamin Ferran pour la correction) – figure en deuxième place pour les tablettes et en troisième place pour les téléphones du classement des applications de l’OJD.

Dernier point intéressant pour les éditeurs: la météo est l’un des sujet d’interaction préféré des internautes. Et pour cause, chacun a un avis sur la météo et est capable de prendre une photo d’un paysage sous la pluie ou au soleil. En témoigne le nombre inouï de photos déversées sur les réseaux sociaux au mois de mars, et notamment à Paris, lorsque la neige a recouvert voitures et rues. Les internautes vont même jusqu’à poser des webcams pour filmer, depuis un toit, les bourrasques ou autres événements du quotidien.

Etes-vous passionné par la météo? Considérez-vous que c’est de l’information?

Alice Antheaume

lire le billet

Numérique: 5 tendances à South by South West 2013

Crédit: AA

L’année dernière, à South by South West, on ne jurait que par l’«ambient social networking», c’est-à-dire, en mauvais français, du réseautage «ambiant», lequel permettait d’être averti dès que ses amis (ou amis d’amis) étaient dans les parages. Cette année, au Woodstock des nouvelles technologies à Austin, au Texas, quelles sont les tendances 2013?

1. Le numérique en version prêt-à-porter

Avec l’iWatch d’Apple, une montre intelligente dont Bloomberg assure qu’elle pourrait être commercialisée dès cette année, et les lunettes «Glass» qui vous indiquent où vous êtes, envoient un message à qui vous voulez quand vous parlez, et prennent des photos quand vous le leur demandez, la mode est aux accessoires «connectés» à porter sur soi. A South by South West 2013, Google a ainsi présenté des chaussures parlantes, des baskets qui disent qu’elles s’ennuient lorsque vous êtes assis trop longtemps et vous félicitent après une bonne séance de sport. Elles sont même capables de publier des commentaires sur votre activité directement sur votre flux Google Plus.

2. La revanche du réel

Crédit: AA

On vient de le voir: on peut commander à un ordinateur avec sa seule main, on peut demander à des lunettes qu’elles enregistrent aussitôt la scène que l’on est en train de voir. Geste de la main, des doigts, voix, mots du quotidien: les façons dont l’homme interagit avec la machine sont désormais basées sur des gestes du quotidien, que l’on effectue des milliers de fois par jour, et non sur des manipulations qui devraient être apprises via un mode d’emploi. On remet ainsi du réel, pour ne pas dire du quotidien, dans l’environnement numérique pour donner davantage de repères aux utilisateurs. C’est ce que fait aussi Apple lorsqu’il conçoit son kiosque, où les versions numériques des revues et magazines sont rangées sur une représentation d’une étagère en bois. L’art d’insérer “un élément de design ou une structure qui ne sert aucun but dans l’objet formé mais qui était essentiel dans l’objet fait à partir du matériau original” porte même un nom en anglais: le skeuomorphisme.

3. La fin des interfaces

Crédit: AA

Sous une tente, près de la rivière d’Austin, c’est l’effervescence. On peut y voir la technologie proposée LeapMotion, qui a fait sensation à South by South West. Sur l’écran des ordinateurs disposés ça et là, un tableau de bord d’un véhicule et une route pour faire la course comme dans un jeu vidéo. Devant l’écran, vous. Rien ne vous relie à l’écran: ni fil ni clavier ni manette ni souris. Pourtant, vous pouvez conduire la voiture, juste en tenant un volant imaginaire entre vos mains. “Ma main devient mon login et mon mot de passe”, détaille David Holz, le co-fondateur de LeapMotion, “je ne veux pas qu’on m’implante sous la peau du bras un clavier”. Autant dire que souris et clavier seront bientôt des animaux préhistoriques.

Cela va même plus loin, car “la meilleure interface, c’est pas d’interface du tout“, annonce Golden Krishna, designer chez Samsung. “On essaie de résoudre nos problèmes de la vie quotidienne avec des écrans, et résultat, nous sommes entourés d’écrans”, diagnostique-t-il, moquant notre amour des interfaces via des images de pierre tombale dotée d’une épitaphe écrite sur écran et de toilettes pour enfants pourvus d’une tablette. L’avenir serait donc à la disparition totale non seulement des souris et claviers mais aussi des écrans. “Pour ouvrir le coffre de la voiture quand vous avez les mains pleines, vous n’allez pas poser vos sacs pour ensuite pianoter un code sur un écran pour l’ouvrir”, reprend Golden Krishna, faisant l’éloge d’un système où l’on passerait son pied sous le pare-choc, signal pour dire “coffre, ouvre-toi”.

4. Impression en 3D à emporter

Bre Pettis, fondateur d’une start-up appelée Makerbot, quadra aux cheveux poivre et sel et lunettes foncées, est apparu comme le prophète de cette tendance, lors d’une keynote remplie à ras bord le vendredi 8 mars à Austin.”Photoshop a changé la façon de faire des images, Makerbot va changer la façon d’imprimer. La révolution sera l’impression en 3D”, s’exclame-t-il, enchanté à l’idée que, bientôt, n’importe qui pourrait dessiner une tasse ou une chaise à domicile et l’imprimer aussitôt. Et de rêver aux activités des enfants qui, dans le futur proche, joueront aux Lego autrement: “imaginez qu’ils aient une imprimante 3D au lieu d’avoir un Lego. Non seulement ils pourront fabriquer des logos mais aussi créer des objets de leur futur”. Car désormais, ce sont bien des choses qui peuvent être imprimées, alors que, jusqu’alors, seuls des fichiers pouvaient l’être. Problème: les armes peuvent elles aussi être imprimées en 3D.

5. Paiement sur mobile

On connaissait déjà Square, cet accessoire carré qui se branche sur la prise écouteurs de son smartphone ou sa tablette, et permet d’y glisser sa carte bancaire pour… payer. Aux Etats-Unis, nombreux sont les taxis qui sont équipés de la sorte pour permettre à leurs clients de régler leurs courses. A South by South West 2013, un autre système de paiement sur mobile a fait une percée remarquée: il s’agit de LevelUp, une application qui se télécharge sur son téléphone. Après avoir pris en photo sa carte bancaire, l’application fournit un “QR code” que l’on présente à la caisse, qui est scanné via un laser, et hop, c’est fini. Il en coûte 2% sur chaque transaction opérée par ce biais aux commerçants équipés de ce système.

Parmi les autres tendances observées à South by South West, figurent le “multi-éditionning” prôné pour l’information sur tablette, la suprématie des réseaux sociaux sur les blogs d’antan – j’y reviendra dans un prochain WIP -, les statistiques pour tout, tout le temps – on mesure ses pas, ses kilomètres parcourus, ses calories ingurgitées, le nombre de “likes” recueillis par ses photos postées en ligne, son nombre de retweets, etc. – et par un narcissisme grandissant en ligne.

Etiez-vous à South by South West 2013 ou avez-vous lu des articles sur le sujet? Avez-vous repéré d’autres tendances? Merci de les partager sur Twitter ou Facebook.

Alice Antheaume

lire le billet

Fast food et fact-checking, même recette…

Crédit: Flickr/CC/gabriel amadeus

Après le plantage de quelques médias américains, New York Times compris, au moment de donner le nom de l’auteur de la tuerie de Newtown – le nom de Ryan Lanza est d’abord apparu avant que la correction soit faite pour attribuer le meurtre à son frère Adam Lanza, les techniques de fact-checking ont été très débattues à South by South West 2013, le festival des nouvelles technologies qui se tient chaque année à Austin, aux Etats-Unis. Journalisme de niche, le fact-checking politique est devenu une vraie spécialité, estime Bill Adair, le fondateur de Politifact, un projet lancé en 2007, récompensé par un prix Pulitzer, qui veut disséquer les propos des responsables politiques du pays afin d’en distinguer le vrai du faux.

>> Lire aussi: à SXSW2013, leçon pour informer sur une tablette >>

Comment ça marche dans les cuisines de Politifact? Comme dans un fast-food, détaille Bill Adair lors d’une table ronde intitulée “Fast food and fact checking”, avec des procédures éditoriales pour garantir la “fraîcheur” du produit, des “mesures de sécurité”, et une “recette secrète” pour composer les contenus.

Crédit: AA


#Les questions à se poser avant de commencer le fact-checking

1. Le sujet de la déclaration qu’on s’apprête à vérifier peut-il intéresser quelqu’un?
Il faut une audience pour tout contenu.

2. La déclaration de tel ou tel homme politique est-elle vérifiable et mérite-t-elle de l’être?
Selon Bill Adair, “si on est sûr que c’est vrai, et que cela n’apporte rien que de procéder à un fact-checking, on laisse tomber”.

3. Est-elle vérifiable dans un temps “raisonnable”?
“On ne passe pas plusieurs semaines sur une phrase”, tranche Bill Adair.

4. La déclaration est-elle un jugement de valeur?
Si oui, passez votre chemin, car “les opinions ne se vérifient pas”, reprend le patron de Politifact.

#Les ingrédients de la recette du fact-checking

Chaque contenu sur Politifact est composé de plusieurs ingrédients, comme les couches qui forment un hamburger.

* Le pain –> le titre.



* La moutarde –> le descriptif de la situation au cours de laquelle le responsable politique a prétendu telle ou telle chose.


* La salade –> la déclaration qui va être passée au crible.

Celle-ci est citée in extenso et est complétée par le “plus de contexte possible”, souligne Bill Adair.

La tranche de tomate –> la transition.

Elle permet de passer de la déclaration aux paragraphes suivants, qui concernent les faits.

* Le steack –> l’exposé des faits et l’analyse qu’en tire le journaliste.

* Les grains de sésame sur le pain –> la conclusion.
Elle tient en deux lignes et indique au lecteur si la déclaration politique examinée est vraie ou fausse.

Pour Bill Adair, il importe aussi que chaque contenu soit correctement tagué: “il faut assigner à chaque fact-checking le nom d’un homme politique (celui qui a fait la déclaration), d’une campagne électorale (le contexte), d’un sujet (ce sur quoi porte la déclaration), d’un reporter (l’auteur du fact-checking) et un vote (son nombre de likes et de retweets)”, développe-t-il, pas peu fier d’avoir pensé à cette structure, car au moment de lancer l’application mobile de Politifact, le “rangement” était d’autant plus simple à mettre en place avec des catégories déjà installées.

Alice Antheaume

lire le billet

Informer sur une tablette, la leçon de South by South West 2013

Crédit: Flickr/CC/MokshaDolphin

«Cela ne sert à rien de dupliquer, sur une tablette, les contenus prévus pour un journal imprimé», lance Mario Garcia à South by South West, le festival des geeks organisé chaque année à Austin, aux Etats-Unis. Cela ne sert à rien, et pourtant, la majorité des éditeurs d’informations ont ce réflexe. Ils seraient plus avisés d’observer de près deux des activités préférées des propriétaires de tablettes: le fait de se pencher en avant, pour chercher dans l’instant une information, et le fait de se pencher en arrière, pour consulter au calme, et souvent le soir, des contenus. Comment les internautes lisent-ils des informations sur les tablettes? Et comment les éditeurs devraient, en conséquence, concevoir leurs applications? Mario Garcia, ex-journaliste, expert du design en fonction des supports, et Sarah Quinn, du Poynter Institute, ont donné un cours collectif intitulé “Storytelling in the age of the tabletle vendredi 8 mars à South by South West 2013.

>> Lire ou relire les tendances de South by South West 2012 >>

Comment les utilisateurs s’informent sur tablette 

  • Des lecteurs de l’intime aux lecteurs méthodiques

On distingue plusieurs catégories de lecteurs d’informations sur tablettes, d’après la dernière étude EyeTrack de Poynter qui, à l’aide d’une caméra sophistiquée, a pu analyser en simultané les mouvements oculaires que font les utilisateurs lorsqu’ils s’informent sur tablette et les points qu’ils fixent sur l’écran.
- 61% des sondés par Poynter sont qualifiés de «lecteurs intimes» («intimate readers»), c’est-à-dire qu’ils ne cessent de toucher l’écran pendant qu’ils lisent, quand les 39% restants sont des «lecteurs détachés» («detached readers»), qui, une fois qu’ils ont choisi le contenu qu’ils souhaitent lire, retirent leurs doigts de l’écran.
- il y a aussi les lecteurs méthodiques, qui décident ce qu’ils vont lire et s’en tiennent à leur décision, et les lecteurs qui fonctionnent comme des scanners et butinent ici et là des fragments de contenus. Les seconds, les butineurs, sont plus nombreux (52%) et plus implantés chez les 18-28 ans, quand les premiers, les méthodiques, appartiennent plutôt à la classe d’âge des 45-55 ans.

  • Le choix du premier contenu

Avant de choisir le premier contenu qu’ils vont lire sur tablette, les lecteurs fixent en moyenne 18 points sur la page d’accueil de leur application. Ceux qui ne finissent pas la lecture de leur article ont regardé seulement 9 points. Et sur le premier contenu qu’ils consultent, ils passent en moyenne 1 minute et demi, relève encore Sarah Quinn, reprenant les conclusions de l’étude Poynter.

  • Plus d’engagement?

Sur tablettes, les lecteurs seraient plus «engagés» que sur smartphones, prétend ce rapport réalisé par Adobe Digital Index en mars 2013. Même si la tablette est moins répandue dans le monde que le téléphone, elle génèrerait plus de trafic en ligne. En effet, un utilisateur de tablette surfe sur 70% de pages Web de plus que lorsqu’il utilise son smartphone.

Crédit: étude Adobe, mars 2013
  • A l’horizontal

70% des utilisateurs de tablettes préfèrent lire en version paysage plutôt qu’en version portrait, toujours selon l’étude EyeTrack de Poynter. Un argument supplémentaire pour implorer les éditeurs de ne pas reproduire, sur tablette, le format du journal imprimé. «Aucun lecteur ne sert d’une tablette comme d’un journal», martèle Mario Garcia.

  • Le triptyque de l’information

Les internautes attendent trois principes d’une application d’informations disponible sur tablette: 1. de la «curation», pour voir quels contenus les éditeurs ont sélectionnés pour eux 2. les dernières nouvelles disponibles, «breaking news» compris, et 3. des contenus issus du journal/magazine/programme de télé ou émission de radio si l’application est celle d’un média déjà installé dans le paysage. Conséquence: «vous pouvez mettre le PDF de votre journal, mais à condition que votre PDF soit mis à jour dans la journée», dit encore Mario Garcia, qui prévoit, dans les mois à venir, de plus en plus de «multi-editionning», comme le fait le New York Times, avec une édition du journal le matin, une édition le midi, et une édition le soir.

Comment les producteurs d’informations devraient concevoir leurs applications sur tablette

  • Trois types d’interfaces, une préférence

Crédit: Poynter

L’institut Poynter a testé les réactions des lecteurs sur trois applications différentes sur tablette. La première application s’inspire de l’interface de la BBC, à savoir une mosaïque d’images qui, lorsqu’on clique dessus, renvoient vers des contenus. La deuxième application, traditionnelle, ressemble à l’interface proposée le plus souvent par les journaux, avec une place majeure laissée au texte et aux titres, des rubriques en nombre, et une séparation par colonnes, qui donne une idée claire de la hiérarchie journalistique proposée par l’éditeur. La troisième et dernière interface ressemble à l’interface de Flipboard. Résultat du test: les utilisateurs interrogés par Poynter préfèrent à 50% la version numéro 1, qui leur donne l’impression d’avoir un buffet devant eux, à 35% le modèle hiérarchisé et à 15% l’équivalent de Flipboard.

  • Les yeux, le cerveau et les doigts

Sur tablette, une application d’informations a un seul impératif: parler à plusieurs sens. Elle doit s’adresser «à la fois aux yeux, au cerveau et aux doigts», avertit Mario Garcia. «Ne frustrez jamais les doigts de vos lecteurs! Il faut rendre les doigts heureux, leur proposer des points sur lesquels interagir de façon tactile».

  • Le nerf de la guerre est visuel

Les images sont devenues des principes de navigation au détriment des titres d’articles. C’est dur à encaisser pour les éditeurs, mais le titre d’un éditorial ne peut guère servir d’appel au clic. Sur tablette, l’application The Times of London a pris le parti de consacrer toute la surface de son application à une seule histoire qui est souvent une vidéo, et celle du Huffington Post propose une interface uniquement basée sur les images.

  • Boutons par défaut plutôt que nouveaux boutons

67% des sondés de l’étude Poynter utilisent les boutons de contrôle installés dans leur navigateur – comme les flèches pour revenir sur la page précédente – pour passer d’un contenu à l’autre, plutôt que des boutons créés par les développeurs dans une application. «Ils utilisent ce qu’ils connaissent», résume Sarah Quinn. Pas la peine, donc, pour les éditeurs de consacrer un temps déraisonnable à la création de telles fonctionnalités quand elles existent déjà par défaut sur le support.

Alice Antheaume

lire le billet

8 indices clés sur les voraces du mobile en 2013

Crédit: Flickr/CC/Opensourceway

A l’occasion du World Mobile Congress 2013, le grand raout mondial sur le mobile qui se tient chaque année à Barcelone, les instituts multiplient les états des lieux sur le mobile, ses usages, et ses utilisateurs. On a épluché deux rapports, celui de Comscore intitulé “Mobile Future in Focus 2013“, et celui de Nielsen, “The Mobile Consumer, a global snapshot”. Que faut-il en retenir?

>> A lire aussi: Petit mobile deviendra grand >>

  • Les propriétaires de smartphones et les autres

125 millions d’Américains (sur 310 millions) et les deux tiers de la population chinoise sont maintenant équipés de smartphones, c’est-à-dire de téléphones reliés à Internet. En France, le smartphone atteint 55% de pénétration en France. A noter, plus de la moitié des Russes (51%) possèdent deux mobiles ou plus, remarque Nielsen. A ce stade, six ans après le lancement du premier iPhone en 2007, le marché du smartphone a connu une courbe de progression extraordinaire. Reste en dehors de ce marché un groupe que ComScore nomme “la majorité tardive”, encore non convertie au smartphone, généralement peu portée sur les nouvelles technologies et plus soucieuse des tarifs que la moyenne.

Crédit: Comscore

  • Des tablettes qui téléphonent, et des téléphones dont l’écran s’agrandit

Alors que les téléphones d’aujourd’hui ont des écrans de plus en plus grands (32 cm en diagonale comme le Galaxie Note 8.0), les tablettes, comme l’iPad mini, rapetissent. Un néologisme anglo-saxon a même vu le jour: “phablet”, contraction entre phone (téléphone) et tablet (tablette), le “joujou des indécis”, titre Libération. “Les définitions de ce qui constitue un smartphone, une tablette ou d’autres outils mobiles vont continuer à s’effacer”, analyse le rapport de Comscore, “chaque nouvel appareil aura ses propres spécifications techniques et des dimensions qui lui sont propres”.

  • Poussée mobile

1/3 du temps passé en ligne ne se fait plus depuis l’ordinateur, autant dire que la connexion depuis les supports mobiles n’est plus un “accident de parcours”. Les médias, eux aussi, se préparent à voir leurs lecteurs se connecter davantage depuis un mobile que de leur ordinateur. Le téléphone s’utilise surtout dans deux configurations: en mouvement, entre deux rendez-vous, dans les transports, et aussi dans des moments plus calmes, de repos ou de détente. La tablette, elle, est privilégiée le soir, dans le canapé familial, et au moment du coucher.

Crédit: Comscore

  • Avis de “showrooming”

Nouvelle tendance 2013, le “showrooming”. Ce mot désigne l’action de se rendre dans un magasin repérer un produit, voire l’essayer quand il s’agit par exemple d’un habit, avant de procéder à son achat via son smartphone, en ligne donc, à un tarif plus avantageux que celui observé dans le magasin. A noter, les Sud Coréens, habitants de la patrie de la marque Samsung, sont les plus actifs pour faire du shopping en ligne et utiliser des services bancaires depuis leur téléphone, détaille Nielsen.

  • Nouvelles positions au bureau

Au travail, pour tenir ces appareils mobiles, le corps humain se plie dans tous les sens. Et au final, il y a neuf nouvelles positions au travail, listées dans une étude commandée par l’entreprise de mobilier de bureau Steelcase.

Crédit: Steelcase

 

  • SMS mon amour

L’échange de SMS reste l’activité préférée des utilisateurs de smartphones, et ce, quelque soit le pays observé. Selon Nielsen, aux Etats-Unis, chaque mois, les utilisateurs envoient et reçoivent 764.2 SMS, passent et reçoivent en moyenne 164,5 appels et parlent dans le combiné pendant 644.1 minutes (plus de 10 heures). Après les SMS, la prise de photos est la deuxième activité la plus répandue, suivie de la consultation de ses emails et de la météo. Voilà pour les smartphones. Côté tablettes, c’est la recherche d’informations sur le Web qui constitue le premier réflexe, avant la consultation des emails, des réseaux sociaux et la pratique de jeux.

Crédit: Comscore

  • Le royaume des applications

Au royaume des applications mobiles, l’application Facebook est reine avec, sur 1 milliard d’inscrits, 600 millions qui s’y connectent depuis mobile. Elle est présente sur 3 smartphones sur 4, rappelle l’étude de Comscore. En général, les utilisateurs préfèrent utiliser les applications, optimisées pour petit écran, sur lesquelles ils passent les 4/5 de leur temps de connexion, plutôt que de surfer directement sur l’Internet depuis un navigateur avec leur téléphone. Sur mobile, les applications de jeux et de réseaux sociaux sont parmi les plus populaires dans la moitié des pays du monde observés par Nielsen.

  • Vidéo vs TV

Regarder des vidéos depuis un mobile pourrait avoir de l’influence sur le temps passé devant la télévision, analyse Nielsen, du moins en Chine. Les Chinois sont les plus friands de consommation de vidéos depuis mobile puisque 17% d’entre eux en regardent au moins trois par jour par ce biais. Conséquence inédite ou simple coïncidence, les propriétaires de smartphones chinois déclarent regarder davantage la télévision traditionnelle grâce à leur mobile. Un effet de la “Social TV”?

Crédit: Nielsen

 

Alice Antheaume

lire le billet

Le direct de l’Assemblée nationale est une drogue médiatique dure

Crédit: AA

Depuis le 29 janvier 2013, date d’ouverture des discussions sur le projet de loi concernant le mariage pour tous, le direct diffusé en vidéo sur le site de l’Assemblée nationale fait carton plein, week-end compris. Dimanche 3 février, il y a eu 29.021 connexions de plus de 30 secondes, pour une durée moyenne de 34 minutes, selon les chiffres de l’Assemblée nationale. C’est beaucoup, comparé à un jour de débat ordinaire, comme le jeudi 17 janvier, où le direct n’a alors recueilli que 1.417 connexions – ce jour-là était abrogée la loi sur la lutte contre l’absentéisme scolaire.

L’audience est là, mais le service est archaïque en ligne – un simple flux sans habillage ni intégration sur les réseaux sociaux. En outre, les saturations du streaming se multiplient, comme l’a relevé en séance le député UMP Patrick Hetzel, provoquant les soupirs de Claude Bartolone, le président socialiste de l’Assemblée nationale: “Monsieur Hetzel, sans vouloir être désagréable avec la majorité précédente, je fais avec le site que j’ai trouvé! Mais je vous rassure: j’ai demandé à l’administration et aux questeurs de me faire des propositions pour moderniser le site et le rendre plus accessible.” Depuis, un flux de secours a été mis en place pour suppléer le premier.


Comment expliquer cet engouement pour un service mis en place dès 2007 – le direct était disponible en 2008 au moment d’Hadopi et avait facilité la vie des journalistes qui couvraient le sujet alors qu’il n’y avait à l’époque ni prise électrique ni Wifi dans l’hémicycle? Il y a bien sûr l’intérêt suscité par le sujet, le mariage pour tous, mais s’ajoute à cela un faisceau d’autres raisons. Les voici.

  • comme au théâtre, il y a des personnages principaux, des seconds rôles et des citations qui restent

Parmi les protagonistes figurent Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, chargé de distribuer la parole entre les camps, lequel ne rate pas une occasion de faire un bon mot et de s’amuser des facéties des députés ; Christiane Taubira, ministre de la Justice, la “gardienne” de l’esprit de la loi, sacrée “icône” par France TV Info, qui oscille entre crises de fou rire et élans poétiques ; et Christian Jacob, président du groupe UMP à l’Assemblée, avide de petites phrases bien plantées (il a qualifié le discours de Christiane Taubira de “Badinter aux petits pieds”). Dans les seconds rôles, on trouve des députés moins connus mais qui prennent soudain la lumière. Par exemple Hervé Mariton et Philippe Gosselin, députés UMP, qui relèvent sans relâche le “manque de préparation” du texte et exigent l’avis du Conseil d’Etat et dont on finit par savoir que le premier est daltonien et le second s’intéresse au numérique (il est membre de la CNIL, la Commission nationale de l’Informatique et des Libertés). Côté PS, le second rôle du moment est incarné par Thomas Thévenoud, pris en photo en train de jouer au Scrabble avec son confrère Jérôme Guedj, par tablettes interposées.

Crédit: AA

  • comme dans les dîners de famille, il y a ceux qui monologuent et ceux qui se font chahuter

Avant de commencer les agapes, Christiane Taubira, érigée en mère des futurs mariés, a fait un discours inaugural de 40 minutes sans note. Christian Jacob se plaît à lui répondre depuis son banc, sans que l’on sache toujours sur le direct ce qu’il dit – il n’a pas de micro à ce moment-là, ce qui lui donne l’air de l’oncle bourru coincé au bout de la table. Hervé Mariton se fait, lui, chambrer sur la couleur de ses pulls, comme un enfant qui aurait mal assorti ses chaussettes. Et, puisqu’aux dîners de famille, mieux vaut éviter de parler de politique, Marc Le Fur, député UMP, fait un pas de côté pour s’émouvoir de la suppression du rôle de la belle-mère tandis que Jean-Pierre Door, UMP aussi, s’inquiète du sexe du Père Noël en clamant que “dire que l’institution du mariage peut concerner deux personnes du même sexe, c’est comme dire soudain que le Père Noël est une femme”.

  • comme une radio, on peut se brancher au direct toute la journée sans l’image

L’action n’étant pas vraiment haletante sur le streaming, tout se joue sur le son et l’intensité des dialogues, l’idéal pour le spectateur étant d’avoir passé assez d’heures à écouter pour reconnaître le député qui parle à sa seule voix. C’est parfait pour “consommer” lorsque l’on est au bureau, à travailler sur un ordinateur. Une fenêtre de son navigateur ouverte sur le direct de l’Assemblée nationale et une autre sur le travail en cours, on peut rédiger une note – ou écrire cet article – sans regarder l’image. Un format adapté aux nuits d’insomnie – les députés se sont quitté dans la nuit de mercredi à jeudi peu avant 4h du matin.

  • comme à l’école, il y a des règles et des petits malins qui jouent avec

Le rappel au règlement est un droit des députés et a priorité sur la discussion en cours. “La parole est accordée à tout député qui la demande à cet effet soit sur-le-champ, soit, si un orateur a la parole, à la fin de son intervention”, stipule le règlement de l’Assemblée nationale. Et ce, pour une durée maximum de 2 minutes. Un rappel au règlement peut concerner des horaires jugés tardifs, des insultes proférées à l’encontre de l’un ou l’autre député, ou le besoin de discuter par groupe parlementaire. Souvent, et c’est devenu la spécialité d’Hervé Mariton, le rappel au règlement n’en est pas un, il consiste à couper la discussion pour faire une remarque hors sujet. Dans ce cas, le président de séance peut reprendre la parole. Surtout quand, comme lundi 4 février, on dénombre pas moins de 32 rappels au règlement pendant la discussion. Au final, c’est comme à l’école, il y a toujours des rigolos qui contournent les règles, et il est assez divertissant de découvrir quel curieux motif invoque parfois l’opposition en guise de rappel au règlement, où il peut être question de “champignons vénéneux” ou de “fréquentation prolongée du très subtil Georges Frêche“.

  • comme sur Internet, affluent les points Godwin

Sur Internet, la règle est simple: plus la discussion dure, plus la probabilité est grande qu’un internaute finisse par faire une comparaison impliquant le nazisme ou Hitler. C’est ce que l’on appelle le point Godwin, issu de la loi Godwin, énoncée en 1990 par l’avocat américain Mike Godwin. A l’Assemblée nationale, alors que les heures de débat parlementaire s’alignent au compteur, les points Godwin pleuvent aussi, avec des mentions de “triangle noir” ou de “triangle rose” pour parler des homosexuels, références aux symboles utilisés par les nazis dans les camps de concentration. Mercredi 6 février, Hervé Mariton a aussi évoqué la date du 6 février 1934, manifestation des ligues fascistes, “qui étaient un danger pour notre assemblée, pour la démocratie, pour la République”. Un appel, a-t-il dit, à “chercher, lorsque cela se peut, dans la vie de la démocratie des formes de rassemblement et de consensus”.

  • comme à la télévision, l’expérience du second écran apporte un supplément d’âme

322 députés sur 577 ont un compte Twitter, d’après Le Lab d’Europe 1. Plus d’un député sur deux est donc en mesure de publier sur le réseau des commentaires sur le débat auquel il participe dans l’hémicycle, racontant de l’intérieur ce que le public ne voit guère, provoquant les protestations de leurs collègues et même un rappel au règlement à cause du tweet suivant, écrit par le député socialiste Jérôme Guedj.


Marc Le Fur, député UMP, a même procédé à un photomontage d’une scène en coulisses avant de l’envoyer sur Twitter en se trompant de nom (il s’agissait de Thomas Thévenoud et non de Guillaume Bachelay, contrairement à ce qui mentionné par erreur sur la légende).

Bref, l’Assemblée nationale fait de la télévision sociale (Social TV en VO), cet usage qui consiste à voir un programme sur un premier écran et à utiliser un deuxième écran (ordinateur, tablette, mobile) pour réagir à ce même programme en allant le commenter sur les réseaux sociaux ou en cherchant, sur le Web, des informations complémentaires. Malgré la demande de Philippe Gosselin de stopper les messages sur le réseau qui “polluent” le débat, tous les tweets restent permis, facilités par l’installation du Wifi à l’Assemblée nationale à l’été 2012.

“Vous savez que vous êtes désormais très observés, par des photographes et sur les réseaux sociaux”, a averti Claude Bartelone mercredi 6 février. En effet, le hashtag #directAN a déjà été mentionné plus de 34.000 fois depuis le début des débats. Quant aux spectateurs non parlementaires, ils ne sont pas en reste. Ils ont créé deux Tumblr qui valent le détour et tournent en dérision les stratégies et mimiques des parlementaires, comme “Ciel mon égalité” et “Quand un député UMP“… MISE A JOUR 14h32: Ce nouveau Tumblr, lancé par le dénommé Monsieur Kaplan, agrège des GIFS animés sur les principaux personnages des discussions.

Crédit: quandundeputeump.tumblr.com


Alice Antheaume

lire le billet

Les questions que se posent les jeunes journalistes

Crédit: Flickr/CC/Pedroreyna

Faut-il que je me spécialise sur un seul support? Dois-je savoir coder? Quel salaire puis-je espérer pour mon premier poste de journaliste? Voici quelques unes des questions que les étudiants en journalisme et les jeunes diplômés se posent le plus souvent. Tentatives de réponses avec l’aide de leurs futurs employeurs.

#compétences


Quelles compétences les employeurs recherchent-ils chez un jeune journaliste?

La liste est longue. Il y a d’abord un socle de compétences incontournables: avoir de la culture générale, connaître sur le bout des doigts l’actualité, être rigoureux, et bien sûr fiable sur les informations que l’on donne. Mais cela va au-delà de la capacité à passer des coups de fils pour vérifier des infos. Les rédactions espèrent des vrais passionnés. ”Les journalistes qui sont vraiment au taquet sur l’actu sont trop rares! Un journaliste qui débarque chez nous en stage et sait rebondir sur l’actu en proposant des angles malins a tout gagné”, s’exclame Thibaud Vuitton, rédacteur en chef adjoint de France TV Info. A Rue89 aussi, on privilégie ceux qui ont “le sens de l’angle”.

Quant à la maîtrise de l’anglais, ce n’est plus une option. A l’AFP, non seulement l’anglais est obligatoire mais une autre langue “opérationnelle” est requise. Sont donc très appréciés les candidats qui, en plus, parlent une langue rare (chinois, arabe et russe) et bénéficient d’une expérience de terrain, notamment à l’étranger.

S’ajoute à cela une couche d’agilité sur les outils numériques, presque considérée comme faisant partie des fondamentaux journalistiques. Ils doivent “maîtriser les usages et codes du Web”, reprend Thibaud Vuitton, “connaître le Web et ses outils, savoir utiliser Twitter, savoir embedder une vidéo et une Google Map” sur une page Web, voire organiser un live, ajoute Clémence Lemaistre. Autre compétence indispensable: savoir animer une conversation sur les réseaux sociaux et interagir avec une communauté en ligne, y compris lorsque l’on veut travailler à la télévision et la radio. “Oui, un reporter a besoin de répondre aux commentaires. Il doit aussi savoir qui le lit et pourquoi”, écrit le journaliste Lewis Dvorkin, sur le site de Forbes.

Le candidat idéal doit donc avoir plus d’une corde à son arc. Les rédacteurs en chef veulent des profils réactifs et débrouillards, bref, opérationnels. Pour Fabrice Pierrot, rédacteur en chef de C à vous, sur France 5, il leur faut “montrer, via leur formation, qu’ils sont capables de maîtriser les premières tâches qui vont leur être demandées: écritures de la biographie d’un invité, éditing d’une émission, réalisation d’interviews”. En outre, Paul Ackermann, rédacteur en chef du Huffington Post, attend d’eux “autonomie et d’esprit d’initiative”, car, dans les rédactions, le temps de la formation est terminé, il faut apprendre à faire les choses par soi-même.

Au rayon humain, cela va sans dire, enthousiasme bienvenu. Et pas d’allergie aux changements. “L’état esprit du candidat est très important”, pense Alexis Delcambre, rédacteur en chef du Monde.fr. “Notre environnement se trouve dans un mouvement permanent. Pour s’y sentir à l’aise, il ne faut pas avoir de réticence et être ouvert aux nouvelles formes de narration journalistique”. Enfin, “s’il a un petit plus, une passion qui peut servir au bureau, c’est encore mieux”, complète Clémence Lemaistre, rédactrice en chef du site de BFM TV. Celle-ci vient d’embaucher une journaliste qui publie sur son blog, à ses heures perdues, des dessins d’actualité, notamment des dessins de procès judiciaires.

Ne pas savoir faire ou utiliser des images, est-ce encore possible en 2013?

Non. Même à l’AFP, où la culture de l’écrit est fondamentale, les profils les plus recherchés sont ceux qui justifient d’une double compétence, par exemple quelqu’un qui a “un vrai profil bimédia texte/TV” et sait donc produire des articles écrits comme des vidéos, confie Patrice Collen, qui travaille au recrutement des journalistes pour l’agence. Idem au Monde.fr. “Nous avons beaucoup de compétences en interne sur l’écrit, donc nous cherchons plutôt en externe des profils compétents en image, fixe ou animée. Tout ce qui peut nous enrichir en nouvelles formes d’expression est le bienvenu”. Une tendance que l’on retrouve aussi dans la “paroisse” numérique de Lagardère (Le Lab, Parismatch.fr, Europe1.fr, etc.) où l’“appétit pour le traitement de l’image (fixe et animée)” est apprécié.

Dois-je savoir coder pour devenir journaliste?

Non. C’est vrai qu’un journaliste sachant coder a toutes les chances d’être embauché sur un site Web d’informations avant même d’être diplômé, car cette double compétence est très rare. Pour la majorité des jeunes journalistes se destinant à des supports numériques, il ne s’agit pas d’apprendre à taper des lignes de code comme le ferait un ingénieur informatique. Mais comprendre les grands principes du code et savoir parler aux développeurs dans une rédaction peut faire la différence – et c’est pile l’objectif du nouveau cours sur les langages et développement numériques de l’Ecole de journalisme de Sciences Po. Une fois que le candidat a convaincu qu’il avait des fondamentaux journalistiques solides, “ensuite, on peut tout imaginer en termes de compétences techniques et mêmes des candidatures aux confins du journalisme et du développement, pour réaliser des contenus aux interfaces complexes”, lance Alexis Delcambre, du Monde.fr.

#insertionprofessionnelle


Comment faire pour que ma candidature spontanée soit repérée dans la messagerie des rédacteurs en chef surbookés?

1. Ne pas envoyer sa candidature pendant les vacances, ni pendant les week-end, ni à minuit en semaine. Pour Clémence Lemaistre, “le mieux est de l’envoyer en journée, avec en objet quelque chose de simple comme «candidature spontanée pour le site bfmtv.com»”.

2. Mettre en pièce jointe le CV, simple et concis. Pas de photo sur le CV sauf si vous postulez pour un poste de présentateur à la télévision.

3. Ne pas attacher de lettre de motivation en pièce jointe mais écrire un mot court directement dans le corps du mail. “On lit davantage des introductions bien tournée, qui nous accrochent sans être nunuche que des lettres de motivation généralement convenues”, dit Pascal Riché, rédacteur en chef de Rue89. “Faites plus court que le court”, conseille Joël Ronez, directeur des nouveaux médias à Radio France, et “résumer dès la première phrase les aspects saillants de la candidature, et surtout les intentions, centres d’intérêts et points forts («je souhaite trouver un (stage/emploi) de (durée) à partir de (date) au sein d’une rédaction (choisir laquelle) et avec la spécialité (choisir laquelle) pour faire (choisir les bonnes mentions) du reportage, de la photo, des interviews, etc.»”.

4. Parler de la spécificité du média pour lequel on postule. “Deux ou trois phrases dans le corps du mail prouvant que le ou la candidate s’est donné la peine d’aller au moins une fois sur mes sites!”, résume Laurent Guimier, directeur de l’information numérique chez Lagardère. Même chose pour Fabrice Pierrot: le candidat doit “connaître l’émission de télé à laquelle il postule” et pouvoir “en faire une description critique” sans recopier ce qu’il y a écrit dans la page “à propos” du média concerné.

5. Montrer sa motivation pour le média pour lequel on postule, en invoquant une raison autre que “je dois manger” ou “vous embauchez”. Bref, dire “qui je suis / d’où je viens / ce que j’ai envie de faire, avec un CV en PJ et une proposition de se rencontrer pour en discuter. Pas la peine de cirer les pompes sur la qualité du site ou autres. Plus c’est court/efficace mieux ca marche”, reprend Thibaud Vuitton, de France TV Info. Selon Fabrice Pierrot, de C à vous, l’idéal est de proposer des idées dans le cadre de l’existant. “Le meilleur recrutement que j’ai fait ne s’est pas réalisé via un CV. C’est un étudiant dégourdi qui avait monté un petit sujet en vidéo avec ses propres moyens, en reprenant les codes graphiques de l’émission, en ayant choisi un angle compatible avec notre ligne éditoriale. Il me l’a envoyé en me disant je sais que vous recevez untel, si vous m’aviez confié le sujet, j’aurais sans doute fait ça. C’était perfectible mais très pertinent, je l’ai embauché dans le mois qui a suivi.”

6. Insérer les coordonnées téléphoniques dans le corps du mail - pas que dans le CV en pièce jointe donc – pour que le rédacteur en chef puisse appeler le candidat rapidement.

7. Eviter les poncifs et les fautes d’orthographe. “L’orthographe doit être impeccable”, vraiment, insiste Laurent Guimier. Humilité appréciée, nul besoin de faire la leçon à l’interlocuteur sur des couacs passés.

8. Mettre des liens vers ses publications mais en les accompagnant d’un titre. Selon Joël Ronez, il importe de “commenter d’une phrase les liens vers des travaux personnels en ligne (blogs, articles fait dans le cadre d’un stage, page pinterest, compte twitter, etc.). Sans références, c’est compliqué.”

9. Ne pas déprimer si on ne reçoit pas de réponse dans l’immédiat. Mieux vaut téléphoner quelques jours après l’envoi de la candidature pour savoir si le rédacteur en chef l’a “bien reçue”. Et garder en tête que les recrutements ne se font pas à jets continus. “On met de côté toutes les candidatures que l’on reçoit en vue de période où l’on aura besoin de recruter”, explique Thibaud Vuitton. “Donc il ne faut pas désespérer s’il on ne reçoit pas de réponse tout de suite, cela ne veut pas dire qu’on ne sera pas rappelé plus tard – et ça vaut donc le coup d’envoyer des CV!”.

#reseauxsociaux


Dois-je avoir deux comptes sur Twitter, l’un personnel, et l’autre pour la vie professionnelle?

Non, à moins de vouloir devenir schizophrène. Un seul compte Twitter est nécessaire, sur lequel on respecte la règle suivante: même jeune, même débutant, un journaliste est journaliste 7 jours sur 7, quel que soit l’endroit d’où il parle. Ses devoirs journalistiques (pas de diffamation, pas d’atteinte à la vie privée, etc.) prévalent sur les publications traditionnelles (sites Web, journaux, émissions de radio ou de télévision) mais aussi les publications annexes, et donc sur son compte Twitter. Or l’empreinte numérique, c’est l’une des premières choses qu’un employeur regarde. Il faut donc “penser à travailler les aspects trahissant une personnalité sur son fil Twitter”, conseille Joël Ronez, de Radio France. Systématiser “le RT des articles du Monde sur le Mali est inutile, un commentaire personnel même sur un sujet anecdotique permettra d’appréhender qui vous êtes.”

Que publier sur les réseaux sociaux?

Faire de la veille sur l’actualité et la publier tous les jours sur ses comptes Facebook ou Twitter est une solution pour commencer. La veille, cela désigne ce rôle de sentinelle du journaliste, à savoir publier des bons liens, vers des sources d’informations originales (et pas après tout le monde) et se créer une spécialité (le sport, l’économie, la photo, la cuisine, etc.). De quoi se fabriquer une “bonne empreinte sociale”. Mais attention à ne pas commenter à tire-larigot. Pour Clémence Lemaistre, les rédactions n’ont pas besoin de quelqu’un “qui passe toute sa journée à tweeter” tout et n’importe quoi. Et bien sûr, quand on se trouve à un endroit où il y a de l’actualité (dans les gradins d’un match de foot, sur les bancs d’un procès judiciaire, dans un magasin le jour des soldes, etc.), on poste en ligne des images avec des légendes précisant qui est sur la photo, le lieu, et ce qu’il se passe. Pour s’exercer, le “cahier de vacances” pour jeunes journalistes est toujours d’actualité.

#remunération


Pour ma première pige, quelle peut être ma rétribution en tant que jeune journaliste?

Il y a plusieurs formes de piges. Une journée de travail peut être payée sous la forme d’une pige, et un sujet également. A Radio France, une journée de pige est payée entre 80 et 110 euros bruts selon la station et les missions confiées. Au Monde.fr et au Huffington Post, un jour de pige équivaut à 97 euros bruts.
En ce qui concerne un sujet pigé, c’est entre 90 et 100 euros bruts au pôle numérique de Lagardère (Europe1.fr, Le Lab, ParisMatch.fr, etc.). Chez Rue89, c’est 150 euros bruts le sujet complet, à condition de fournir aussi la photo. Si c’est une enquête qui demande du temps et de l’énergie, le tarif est négociable. Au Huffington Post, un sujet se rétribue 50 euros bruts le feuillet quand la traduction d’un papier se monnaie 35 euros bruts le feuillet. Quant à un sujet complet, il se rétribue entre 100 (texte et photo) et 500 euros (vidéo) sur lemonde.fr, selon sa longueur et sa complexité. Au JDD, la pige se paie 100 euros le feuillet.

A quel salaire puis-je aspirer en intégrant une rédaction en sortant d’école de journalisme?

A l’AFP, le CDD est “la” voie d’entrée, renseigne Patrice Collen. Paiement: environ 2.500 euros bruts par mois. C’est plus que la plupart des autres rédactions dans lesquelles la rémunération, en CDD ou en CDI, tourne autour de 1.800 euros bruts mensuels.
A BFM TV, les jeunes journalistes débutent à 2.000 euros bruts par mois.
A Radio France, le premier salaire perçu varie en fonction de la formation. Un étudiant d’une école de journalisme reconnue, comme l’Ecole de journalisme de Sciences Po, peut obtenir 2.160 euros bruts par mois, quand un étudiant d’une formation non reconnue par la profession des journalistes reçoit, lors de sa première année, 1.757 euros bruts. Dans les autres rédactions, cela tourne autour de 2.000 euros bruts par mois, ce à quoi peuvent s’ajouter d’éventuelles primes de week-end, de nuit, selon l’employeur.
Au Monde.fr, un jeune journaliste non titulaire de sa carte de presse gagne 2.300 euros bruts mensuels quand un journaliste titulaire d’une carte de presse obtient 2.900 euros bruts.
Enfin, au JDD, par exemple, les embauches sont rares, mais elles se font à 2.600 euros bruts par mois.
Une chose est sûre: pour un premier emploi, un journaliste n’est pas souvent en mesure de négocier son salaire, il reçoit ce qui est prévu dans la grille des salaires de son employeur.

Si cet article vous éclaire, merci de le partager sur Twitter ou Facebook. Si j’ai oublié des questions, merci de me les signaler, je publierais un autre papier si besoin.

Alice Antheaume

lire le billet
  



A propos de…

Journaliste, responsable de la prospective et du développement international à l'école de journalisme de Sciences Po, Alice Antheaume a été rédactrice en chef adjointe à 20minutes.fr après être passée par lemonde.fr puis Télérama.
En savoir plus

Categories