Robot land

En France, pour se plonger dans un quotidien rempli de robots assistant les humains dans leurs diverses tâches, il suffit de se louer le dvd de I,Robot ou Wall-E. En Corée, il suffit de se rendre au cinéma de quartier, où en plus des guichets et bornes automatiques traditionnels, un robot est à votre disposition pour effectuer réservations et achats.

Bien sûr, l’esthétique et les capacités de ce robot-guichetier ne souffrent pas la comparaison avec ses confrères hollywoodiens. Toujours est-il qu’en Corée, la généralisation des robots n’est pas qu’un thème de science-fiction ou une projection sur un avenir lointain: c’est déjà une réalité.

Car la robotique est une solution à de nombreux défis auxquels est confrontée la Corée, au premier rang desquels le vieillissement de sa population. Avec un indice de fécondité le plus bas au monde (excepté quelques villes-Etats), le pays n’a pas trente-six solutions pour maintenir une population active capable d’assurer sa croissance économique, en assurant un niveau de vie décent à ses seniors, le tout sans plomber ses finances publiques.

On pourrait bien sûr penser que l’accueil et l’intégration massive d’immigrants est la solution la plus évidente. Mais ici, le refus d’une immigration massive est plus qu’un thème de campagne ou qu’un fonds de commerce de parti politique, c’est une évidence ancrée dans un peuple dont l’histoire s’est faite sur le repli sur soi pour défendre son territoire et préserver son identité face aux puissants voisins. Les choses changent doucement mais ça n’est pas pour rien que la Corée jusqu’au début du 20ème siècle et la Corée du Nord d’aujourd’hui sont appelés le Royaume Ermite.

On pense également recourir à des politiques d’incitation à la natalité, par un effort sur l’accès et le maintien à l’emploi des femmes actives enceintes. Par des procédés plus farfelus aussi, ainsi le Ministère de la Santé qui impose à ses fonctionnaires de finir plus tôt un jour par mois pour s’occuper de bobonne… On le devine, ces solutions n’auront qu’un effet limité sur la démographie coréenne.

Reste donc la solution du remplacement de l’homme par la machine. Et ça tombe bien parce que les Coréens, avec leur goût pour les nouvelles technologies, leur obsession de trouver des nouveaux eldorados de croissance et leur capacité d’engouement collectif et de mobilisation générale autour d’un projet d’enjeu national créent le terrain de jeu idéal des chercheurs et entreprises innovantes. Et pour qu’au final, naisse ici le premier laboratoire grandeur nature d’une société où l’homme et le robot co-existeraient.

Pour l’heure on ne peut pas parler d’une réelle avance de la robotique coréenne au niveau international, mais comme toujours ici, les retards d’aujourd’hui bâtissent les succès de demain, surtout si ce retard à combler est face au voisin japonais: le gouvernement s’est donc fixé comme objectif de devenir l’une des trois puissances au monde dans la robotique d’ici 2013. A coup d’aides financières massives à la R&D il prévoit un robot par foyer d’ici 2020. Et dans son entreprise, il dispose d’un avantage de taille: son infrastructure IT, l’un des plus performants au monde qui permettra aux robots d’évoluer dans un environnement où il sera connecté partout et tout le temps et qui diminuera d’autant la quantité de technologie embarquée.

Et les entreprises suivent: hier l’opérateur télécom KT annonçait le lancement de Kibot, un robot destiné aux plus petits aux allure de singe de 20cm doté d’un écran sur son ventre. Pour 300EUR et un abonnement KT, Kibot saura lire, chanter, et interagir sommairement avec les enfants.

Dans les salles de classe, ce sont déjà 30 robots qui apprennent l’anglais aux écoliers dans le cadre d’un projet pilote destiné à étudier l’efficacité du R-Learning. Et les résultats seraient encourageants, les robots étant capables de créer un lien émotionnel pour captiver l’attention des enfants, à la différence d’un simple écran d’ordinateur.

Tous les secteurs d’activités où un potentiel est deviné sont explorés : dans l’assistance médicale, l’assistance aux personnes âgées, de nombreux projets fleurissent menés par des instituts de recherche, start ups ou grands groupes d’électroniques, soutenu par des fonds publics. Le gouvernement voit une Nation où les robots seraient généralisés comme une telle certitude qu’il travaille depuis 2007 sur un code d’éthique pour préserver une relation saine entre les hommes et les robots, largement inspiré du travail de l’auteur de science-fiction Isaac Asimov.

Et comme au début des années 2000, où les entreprises du monde entier venaient en mission d’étude en Corée pour étudier les usages mobiles et Internet, ils pourraient revenir y faire un tour pour observer la première génération d’hommes vivant dans une société où cohabitent l’homme et le robot.

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A Propos

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