A l’école, mieux vaut être inquiet et consciencieux qu’ouvert et curieux

La personnalité des élèves de 16 ans a-t-elle une influence sur leurs résultats scolaires à 19 ans ? Telle est l’une des questions auxquelles Pia Rosander a répondu, le 25 janvier 2013, lors de la soutenance de sa thèse à l’université de Lund, en Suède. Une question simple mais dont les implications sont multiples en matière de système éducatif. Elles sous-entend en effet que les traits de caractère ne sont pas indifférents en matière de capacité d’adaptation au cadre scolaire. Une porte ouverte ? En apparence… Car comment prendre véritablement en compte ces différences à une époque où l’on parle de plus en plus d’individualisation de l’enseignement ?

200 élèves suédois de 16 ans

Pia Rosender est partie des cinq grands traits (Big Five) définissant les caractéristiques essentielles de la personnalité : ouvert, consciencieux, extraverti, agréable et inquiet. Ces traits, s’ils sont assez grossiers, ont l’avantage de rester stables dans le temps. Pia Rosander a ainsi analysé 200 élèves âgés de 16 ans dans le sud de la Suède. Trois ans plus tard, elle a enregistré leurs résultats scolaires de sortie de l’enseignement secondaire. Elle a alors cherché des corrélations entre la réussite scolaire et certains traits de caractère. Et elle a en trouvé.

Le trait de personnalité le plus clairement associé au succès à l’école n’est guère surprenant. Les élèves consciencieux, qui arrivent à l’heure et font bien leurs devoirs, obtiennent les meilleurs résultats. Plus étonnant, le second trait de caractère qui conduit au diplôme est… l’inquiétude. Contrairement à ce qu’attendait la chercheuse, l’ouverture d’esprit et la curiosité intellectuelle, à l’inverse, ne sont pas des traits de caractère qui favorisent le succès scolaire. Au contraire, semble-t-il…

“Le système scolaire suédois favorise les élèves consciencieux et motivés par la peur”, conclue Pia Rosender. “Ce n’est pas bon pour le bien-être à long terme lorsque la peur agit comme force motrice. Cela bloque également l’approfondissement des apprentissages qui se produit plutôt chez les élèves dont la personnalité est plus ouverte et pour lesquels la curiosité est une forte motivation”, précise-t-elle.

Différences entre filles et garçons

Pia Rosender a également analysé les différences existant entre les garçons et les filles. Son étude montre que le système éducatif suédois favorise les filles qui ont envie de plaire. Les garçons, eux, ont plus tendance à être motivés par l’intérêt et la curiosité, ce qui ne favorise pas leur réussite scolaire. La chercheuse a établi un lien entre un QI élevé chez les filles et un caractère consciencieux. Autre surprise, chez les garçons, la relation est inverse. Un caractère consciencieux est souvent associé à un QI plus faible que celui de ceux qui le sont moins. Pia Rosender en déduit que “le fait d’être plus consciencieux pourrait être un moyen pour les garçons de compenser un QI plus faible”.

Introverti ou extraverti ?

Nouvelle surprise au sujet du caractère introverti ou extraverti. En effet, c’est le premier qui favorise la réussite scolaire. Pia Rosender commente cette découverte en estimant que les élèves extravertis s’intéressent à tant de choses différentes qu’ils ont du mal à consacrer le temps nécessaire au travail scolaire.

Globalement, la chercheuse considère que son étude plaide en faveur d’une plus grande individualisation de l’enseignement dans le secondaire. “Comment pourrions-nous, autrement, aider les élèves talentueux doté de la “mauvaise” personnalité, ceux qui sont en échec scolaire, ceux qui ont des capacités mais sont, par exemple, incapables d’organiser leur travail scolaire ?” Pour Pia Rosender, les enseignants doivent considérer que la personnalité ne peut être modifiée ni par eux-mêmes, ni par les parents, ni par les élèves. Gronder les élèves négligents ou leur demander de se reprendre en main ne les aide pas.  En revanche, il faut sans doute apporter à ces élèves des structures et des techniques différentes de travail.

La richesse de la diversité

Que le système scolaire, qu’il soit suédois ou français, peine à prendre en compte la diversité de personnalités des élèves n’est guère surprenant. L’école d’aujourd’hui est l’héritière de la fameuse période de massification de l’enseignement au 20e siècle. Nul doute que, pour progresser, elle va devoir introduire une forme d’individualisation à l’intérieur de cette massification. Le numérique, les TICE, sont là pour  faciliter cette mutation. Le travail de Pia Rosender apporte de précieuses clés pour passer d’un système de pure sélection à l’aide d’un petit nombre de critères à une école permettant à des personnalités différentes de s’épanouir au lieu d’être exclues mais également d’enrichir la communauté d’une classe.

Michel Alberganti

 

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Economie de la publication scientifique et libre accès: un débat relancé par la mort d’Aaron Swartz

Aaron Swartz le 18 janvier 2012 / Daniel J. Sieradski via Wikimedia Commons

Pourquoi Aaron Swartz, 26 ans, s’est-il pendu? Retrouvé mort le vendredi 11 janvier 2013 dans son appartement de Brooklyn, le jeune homme était connu pour sa fragilité. Il luttait depuis longtemps contre la dépression. Un paradoxe pour ce surdoué qui aurait pu vivre confortablement de l’argent gagné lorsqu’il n’avait que 20 ans, (fusion de la société qu’il avait créée, Infogami, avec Reddit en 2006) et de sa notoriété dans la communauté des gourous de l’informatique et d’Internet.

Aaron Swartz avait des idées mais aussi des idéaux. L’un d’entre eux était le libre accès aux publications scientifiques. C’est ce qui aprobablement contribué à le perdre.

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La nuit, la lumière dessine une carte inédite de l’humanité sur Terre

Image frappante prise par le satellite Suomi NPP de la NASA et de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration). On y distingue l’incroyable différence d’illumination entre la Corée du Sud et la Corée du Nord. Une série de photos et une vidéo ont été publiées le 5 décembre au cours du colloque annuel de l’American Geophysical Union. Leur beauté et les informations qu’elles nous apportent sur la place de l’homme sur Terre, tout comme sur les différences de “développement” entre les pays et les régions, n’ont guère besoin de commentaires.

Michel Alberganti

 

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L’égalité des sexes modifie les critères de choix d’un partenaire

Cela n’a rien de vraiment étonnant, mais cela valait la peine de le vérifier. Ne serait-ce que pour être certain que le choix d’un partenaire sexuel ne relève pas uniquement d’un conditionnement généré par l’évolution de l’espèce humaine. L’étude de Marcel Zentner et Klaudia Mitura de l’université de York en Grande-Bretagne, publiée dans Psychological Science, part de l’hypothèse que les influences du comportement forgé au cours de milliers d’années peuvent s’estomper proportionnellement au développement de l’égalité des sexes dans la société.

Hommes riches et femmes jeunes

Traditionnellement, les hommes et les femmes n’utilisent pas les mêmes critères en matière de choix d’un partenaire sexuel. Ces différences sont expliquées par des évolutions distinctes des cerveaux chez les deux sexes. Ainsi, la recherche d’une réussite sur le plan de l’évolution de l’espèce conduit les femmes à satisfaire leur besoin de ressources pour élever leur progéniture. Elles vont donc préférer des hommes capables d’investir dans leurs enfants, c’est-à-dire qui ont les moyens financiers de le faire. Autrement dit, les femmes seraient attirées par les partenaires financièrement aisés. La même recherche conduit les hommes à rechercher avant tout la fertilité de leur partenaire, ce qui les inclineraient à privilégier des partenaires jeunes. Modèle ultra classique donc: les femmes choisissent des hommes riches et les hommes des femmes jeunes.

L’impact de l’égalité homme-femme

Au fil du temps, ces tendances ont été inscrites profondément dans les cerveaux des deux sexes et elles agissent donc inconsciemment quand il ne s’agit pas d’une démarche délibérée. Ce qui arrive parfois… En dehors de toute morale et de tout romantisme, il ne s’agit là que de conditions favorables à la survie de l’espèce. Mais ces réflexes perdurent-ils lorsque la société évolue dans le sens d’une égalité de plus en plus grande entre les hommes et les femmes?

Pour le savoir, les deux chercheurs ont interrogé 3.177 personnes provenant de 10 pays différents à l’aide de questionnaires en ligne. Le choix des pays représentés a tenu compte de l’Index mondial de l’égalité des sexes (Global Gender Gap Index) établi par le Forum économique mondial (La France arrive en 48e position dans ce classement…). L’échantillon va de pays à faible discrimination (Finlande) à des pays à forte discrimination (Turquie). Les participants ont répondu à des questions permettant d’évaluer l’importance qu’ils accordent à certains critères dans le choix de leurs partenaires: avoir de bons revenus, être une bonne cuisinière…

Résultat: Marcel Zentner note que «la différence entre les critères des deux sexes conformes à ceux des modèles psychologiques liés à l’évolution est la plus forte dans les sociétés les plus inégalitaires  et la plus faible dans les sociétés les plus égalitaires». Ce résultat a été confirmé par une seconde étude portant que 8.953 volontaires de 31 pays. La réduction des différences de stratégie de choix des partenaires due à une évolution sociale démontrerait que les critères ancestraux ne sont gravés aussi profondément dans nos cerveaux que les chercheurs le pensaient a priori.

Et si l’évolution privilégiait la capacité d’adaptation?

Rien ne semblerait donc biologiquement programmé de façon définitive en la matière. Pas sûr. «En fait, la capacité à changer nos comportement assez rapidement en fonction d’un changement sociétal pourrait également répondre à un programme d’évolution qui privilégie la flexibilité sur la rigidité», note Marcel Zentner.

De quoi rassurer les tenants d’un déterminisme évolutif supérieur à toute réelle liberté de choix individuelle. Néanmoins, outre les fortes incertitudes qui semblent persister dans ce domaine, il est très rassurant de constater que notre comportement n’est pas uniquement dicté par des instincts ancestraux et qu’il peut être modifié par le contexte sociétal. Cela donne l’espoir de certaines améliorations. Même si ces dernières sont, elles aussi, conformes à des mécanismes programmés par l’évolution.

Michel Alberganti

Mise à jour le 7 septembre : Le choix d’un partenaire sexuel peut-il également obéir à des critères ethniques, religieux ou politiques ? La question est posée par la cinéaste française Yolande Zauberman. Avec son compagnon, l’écrivain libanais Sélim Nassib, elle a réalisé le documentaire “Would You Have Sex with an Arab ?” qui sort en salle mercredi 12 septembre 2012. En voici la bande annonce :

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Quand on boit de la bière, attention à la forme du verre…

“Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ?” assurait Alfred de Musset. En matière de bière, il avait tort. Dans ce domaine, tout dépend… de la forme du verre. C’est, en tous cas, ce qui ressort de la très sérieuse étude réalisée par une équipe de chercheurs de l’école de psychologie expérimentale de l’université de Bristol dirigée par Angela Attwood. Motivés par la pratique du binge drinking, ou biture express, qui consiste à boire le plus possible d’alcool le plus vite possible et qui est devenue un problème de santé publique en Grande-Bretagne, les scientifiques ont réalisé deux expériences avec le concours de 160 personnes ne buvant qu’en société (social drinkers), âgées de 18 à 40 ans et sans passé alcoolique.

Verre droit ou flûte ?

Dans le premier test, les participants devaient boire de la bière ou une boisson non alcoolisée soit dans un verre de forme droite, soit dans un verre à bord incurvé, de type flûte. Le résultat est, pour le moins, surprenant. En effet, les participants ont bu leur bière près de deux fois plus vite dans le verre flûte que dans le verre droit. Plus étrange encore, ce phénomène ne se produit pas avec une boisson sans alcool…

Ensuite, les participants ont été soumis à un test sur ordinateur. Sur l’écran, leur étaient présentées plusieurs images des deux formes de verre contenant des quantités variées de liquide. Ils devaient alors dire si chacun des verres était rempli à plus ou moins de la moitié de leur contenance. Les chercheurs ont ainsi pu constater que le verre flûte induisait plus d’erreurs que le verre droit. Plus fort encore, le taux d’erreur semble corrélé à la vitesse de boisson. Ceux qui se sont le plus trompés sur l’évaluation du niveau médian de remplissage des verres étaient ceux qui avaient bu leur bière le plus vite…

Excès de vitesse de boisson

Il semble que la vitesse d’absorption d’une boisson alcoolisée influence le degré d’intoxication ressenti. C’est d’ailleurs le principe même du binge drinking. De plus, la vitesse favorise la boisson d’un plus grand nombre de verres pendant une soirée. D’où l’espoir des chercheurs: réduire la vitesse de boisson pourrait avoir un impact positif sur les individus et sur l’ensemble de la population. Il sera néanmoins difficile de trouver un équivalent des radars routiers à installer sur le comptoir des bars pour mesurer les excès de vitesse de boisson…

Carlsberg avait-il deviné ?

Cela n’empêche pas Angela Attwood de garder l’espoir d’avoir fait oeuvre utile en alertant les buveurs sur un danger qu’ils ignoraient: la forme du verre. Son étude, publiée dans la revue PLoS ONE le 31 août 2012, pourrait facilement être prolongée. En effet, il existe autant de verres que de producteurs de bière. Et à chacun sa forme… Celle que les chercheurs de Bristol stigmatisent, la forme en flûte avec coté incurvé, est l’une des plus rares. Elle est néanmoins utilisée par une grande marque, Carlsberg. Même si le verre de la 1664 s’en rapproche. De même que les verres Kwak… En revanche, les fameuses abbayes belges, Leffe et Affligem en tête, sont loin de favoriser les excès de vitesse. Certains brasseurs auraient-il découvert le secret du binge drinking avant Angela Attwood ? Désormais, tout le monde est prévenu. Un verre droit, ça va. Un verre flûte, gare à la chute…

Michel Alberganti

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Parfois, une bonne colère vaut mieux que le pardon et l’oubli

L’expression de la colère peut s’avérer nécessaire pour résoudre certains problèmes relationnels. Dans ce cas, il s’agit de faire le sacrifice d’un moment désagréable au profit d’un bénéfice à long terme pour la santé de la relation. Ainsi, pardonner et oublier ne serait pas la panacée pour faire durer un mariage. Telle est la conclusion d’une partie des travaux menés récemment sur la compréhension des raisons pour lesquelles certaines relations durent alors que d’autres échouent. Ces études tentent également d’évaluer l’impact de la qualité des relations intimes sur la santé.

La psychologie positive contestée

Le travail réalisé par James McNulty, psychologue de l’université de Floride, a été présenté au dernier congrès annuel de l’association américaine de Psychologie (APA) à Orlando. Il prend à contre pied une tendance dans la recherche qui, au cours des dernières années, a favorisé une approche positive de la psychologie assurant que le pardon, l’optimisme et la gentillesse pouvaient améliorer les relations après une sérieuse transgression. En analysant cette tendance, James McNulty est parvenu à des observations contradictoires. “J’ai constaté que les pensées et les comportements censés être associés avec le bien-être produisaient chez certaines personnes un effet inverse, en particulier chez celles qui ont le plus besoin d’aide pour parvenir au bien-être”, témoigne-t-il. D’où sa tentative d’évaluation du coût potentiel de la psychologie positive.

L’efficacité du pardon

Dans plusieurs études récentes, James McNulty a découvert que le pardon dans le mariage pouvait avoir des effets négatifs imprévus. “Nous avons tous fait l’expérience d’un partenaire qui transgresse les règles d’une relation à notre désavantage. Cela peut arriver si ce partenaire dépense trop d’argent, est infidèle ou n’est pas assez présent. Dans de telles situations, nous devons décider si nous sommes en colère et ne pas céder sur cette colère ou bien s’il est préférable de pardonner”. L’étude de James McNulty montre qu’une série de facteurs influence l’efficacité du pardon, y compris le degré de correction du partenaire fautif ainsi que la gravité et la fréquence de la transgression.

“Penser qu’un partenaire pardonnera conduit les personnes correctes à avoir moins tendance à offenser ce partenaire et les personnes incorrectes à l’offenser plus”, estime-t-il. Par ailleurs, la colère peut jouer un rôle important pour faire comprendre au partenaire indélicat que son attitude n’est pas acceptable. “Si ce partenaire peut faire quelque chose pour résoudre le problème qui, sinon, va continuer à affecter négativement la relation, des bénéfices à long terme peuvent résulter d’une suspension temporaire du pardon et de l’expression de la colère”.

En fait, comme bien souvent dans les recherches en psychologie, la conclusion de l’étude de James McNulty est frappée au coin du bon sens. “Ce travail suggère que les gens doivent être plus souples dans leur façon de traiter les problèmes qu’ils rencontrent fatalement aux cours d’une relation. Il n’existe pas de solution miracle, pas d’attitude ou de comportement unique dans une relation. Les conséquences de chaque décision que nous prenons dans nos relations dépendent des circonstances de chaque décision”.

La frontière de la colère…

Le bon sens a souvent du bon, même lorsqu’il semble enfoncer des portes ouvertes. En contestant certains postulats de la psychologie positive, James McNulty fait sans doute oeuvre utile. La réhabilitation d’une bonne colère, lorsque les circonstances la justifient, est probablement une bonne nouvelle pour ceux qui pouvaient trop se l’interdire. Mais la prudence du chercheur nous renvoie à la source du problème. Quand décider que la frontière de la colère est dépassée ?…

Michel Alberganti

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Remonter à la source d’une rumeur, d’une épidémie ou d’un crime

Avec Internet, les réseaux se sont complexifiés, par rapport aux relations hiérarchiques de la mafia par exemple, mais ils ont également la particularité de laisser des traces qu’il est possible de suivre pour peu que l’on dispose d’un outil mathématique capable de démêler l’écheveau des liaisons entre les protagonistes. Et cela peut s’appliquer, alors, aussi bien au crime, à une épidémie ou à une simple rumeur. Tel est l’objectif  de Pedro Pinto, chercheur à l’école polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) au sein du laboratoire de communication audiovisuelle. Le programme qu’il a mis au point fait l’objet d’une publication dans le journal Physical Review Letters du 10 août 2012.

Ecouter un nombre limité de membres

Prenons l’exemple d’une rumeur qui se propage sur Internet via Facebook. “Notre méthode permet de trouver la source de toutes sortes de choses qui circulent sur le réseau juste en “écoutant” un nombre limité de membres de ce réseau”, explique Pedro Pinto. Supposons qu’une rumeur à votre sujet touche 500 personnes sur Facebook. Qui est à l’origine de cette rumeur ? Pour l’identifier, il suffit d’observer les messages reçus par 15 de vos amis et de prendre en compte le facteur temps.“Notre algorithme peut retracer le chemin suivi par la rumeur et remonter à sa source”, affirme le chercheur. Cet instrument peut, de la même façon, détecter l’origine d’un spam ou d’un virus à l’aide d’un nombre limité de capteurs sur le réseau.

Egalement dans le monde réel

L’intérêt du système est renforcé par le fait qu’il fonctionne également dans le monde réel. Là, il peut traquer la source d’une épidémie comme le choléra, par exemple. “Nous avons testé notre algorithme sur les données d’une épidémie en Afrique du Sud”, indique Pedro Pinto. “En modélisant les réseaux d’eau, de rivières et de transports des hommes, nous avons localisé le lieu de la première infection en n’analysant qu’un faible nombre de village”. La technique aurait pu être très utile lors de l’attentat au sarin à Tokyo en 1995, lorsque le gaz mortel a été relâché dans les couloirs du métro de la ville, faisant 13 morts et un millier de blessés. “Il n’aurait pas été nécessaire d’équiper chaque station d’un détecteur car un simple échantillon aurait suffi pour identifier la source de l’attaque terroriste”.

La méthode de Pedro Pinto s’applique également aux conversations téléphoniques qui auraient pu être analysées avant l’attentat du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Une simulation a permis de le vérifier. “En reconstruisant les échanges de messages au sein du réseau de terroristes à partir des informations diffusées au public, notre système a fourni 3 noms de suspects potentiels, dont l’un était le maître à penser du réseau”, explique Pedro Pinto.

Stratégies de diffusion virale

Bien sûr, il faut tenir compte du fait que ces validations ont été réalisées a posteriori. Mais Pedro Pinto assure que sa méthode fonctionne de manière préventive. “En sélectionnant avec soin les points du réseau à tester, nous pouvons rapidement détecter une propagation d’épidémie”, assure-t-il. En dehors du domaine de la sécurité, ce système pourrait permettre aux publicitaires de mettre au point des stratégies de diffusion virale de leur message sur Internet et les réseaux sociaux. L’algorithme pourrait identifier les blogs les plus influents vis à vis de la cible visée et suivre comment les billets de répandent au sein de la communauté en ligne.

Liberté ou sécurité ?

Une telle technique devrait, à coup sûr, intéresser les services secrets ainsi que la NSA aux Etats-Unis qui passe son temps à tenter de discerner l’apparition d’une menace au sein de milliards de messages espionnés. Comme toute technique de surveillance de masse, son utilisation pourrait considérablement réduire les libertés individuelles. Surtout dans les pays totalitaires. Comme toujours, sécurité et liberté se retrouvent alors en concurrence. La technique développée par Pedro Pinto devrait toutefois rassurer ceux qui pensent que les réseaux sociaux et Internet sont les lieux privilégiés de tous les complots. Grâce aux mathématiques, le monde virtuel pourrait devenir aussi “sécurisé” que les rues vidéo-surveillées.

Michel Alberganti

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Moins mentir rend-il moins malade ?

Certaines études, plus que d’autres, donnent le sentiment de trouver ce qu’elles cherchent plutôt que d’apporter une nouvelle connaissance objective. Celle d’Anita Kelly, professeur de psychologie à l’université de Notre-Dame (dans l’Indiana, non loin de Chicago) et son collègue Lijuan Wang, porte tous les stigmates induisant une telle suspicion. Avec le risque, bien entendu, du doute infondé. Enfin, tout de même… Jugez plutôt.

L’étude qui a été présentée lors de la 120ème convention annuelle de l’Association américaine de psychologie (APA), s’intitule “la science de l’honnêteté”. “Nous avons trouvé que les participants ont pu réduire volontairement et considérablement leurs mensonges quotidiens et que cela a été associé avec une amélioration significative de leur santé”, explique Anita Kelly. Pour parvenir à ce troublant résultat, elle a fait appel à 110 personnes dont 35% d’adultes et 65% d’étudiants. Les âges de l’échantillon allaient de 18 à 71 ans avec une moyenne de 31 ans.

11 mensonges par semaine

Environ la moitié des participants ont accepté d’arrêter de dire des mensonges, aussi bien majeurs que mineurs, pendant une période de 10 semaines. L’autre groupe, utilisé comme contrôle, n’a reçu aucune instruction particulière au sujet du mensonge. Les membres de chaque groupe se sont rendus au laboratoire d’Anita Kelly chaque semaine pendant l’expérience pour des tests concernant leur santé et la qualité de leurs relations humaines ainsi que l’épreuve du polygraphe pour évaluer le nombre de mensonges, aussi bien majeurs que pieux, proférés au cours de la semaine écoulée. Anita Kelly note que la moyenne des Américains se situerait autour de 11 mensonges par semaine.

Au cours des 10 semaines, le lien entre la réduction du nombre de mensonges et l’amélioration de la santé s’est révélée plus forte chez les participants du groupe des “non-menteurs”. Par exemple, quand ces derniers disaient 3 pieux mensonges hebdomadaires de moins qu’auparavant, ils ressentaient, en moyenne, 4 problèmes psychologiques de moins, comme la tension ou la mélancolie, et 3 problèmes physiques de moins, comme les maux de gorge ou les maux de tête.

En revanche, lorsque les membres du groupe de contrôle disaient 3 pieux mensonges de moins, ils ne ressentaient que 2 problèmes psychologiques de moins et environ 1 problème physique de moins. Mais les résultats se sont révélés identiques en ce qui concerne les mensonges non pieux.

Le sentiment d’être plus honnête

Anita Kelly note que, en comparaison avec les participants du groupe de contrôle, ceux du groupe faisant des efforts pour moins mentir ont effectivement réussi à dire moins de mensonges aux cours des 10 semaines d’expérience. Vers la cinquième semaine, ils ont commencé à se considérer comme plus honnêtes. Lorsque les participants des deux groupes mentaient moins au cours d’une semaine, ils ressentaient une amélioration significative de leurs problèmes psychologiques et physiques.

Le rôle des interactions sociales

L’étude révèle également un impact positif sur les relations et les interactions sociales qui se révèlent facilitées en l’absence de mensonges. Lijuan Wang, statisticien, note que “l’amélioration des relations a un impact significatif sur l’amélioration de la santé liée à la réduction du nombre de mensonges”.

A la question de savoir s’il est difficile d’arrêter de mentir au cours des interactions quotidiennes, les participants ont répondu avoir réalisé qu’ils étaient capables de simplement dire la vérité sur leurs réalisations plutôt que de les exagérer tandis que d’autres ont déclaré avoir arrêté de donner de fausses excuses à leurs retards ou à leurs échecs. Enfin, Anita Kelly note que certains ont appris à ne pas mentir en répondant à une question délicate par une autre question ayant pour but de distraire l’interlocuteur.

Amen…

Il faut noter que l’université de Notre Dame, classée en 12ème position dans le top 100 des universités américaines par Forbes, a été fondée en 1842 par un prêtre de la congrégation de la Sainte Croix et reste une université catholique. L’étude d’Anita Kelly a été financée par la fondation John Templeton qui distribue environ 60 millions de dollars par an en bourses et financements de programmes de recherche. Cette fondation est souvent critiquée pour son soutien de travaux mêlant science et religion et accusée, malgré ses multiples dénégations, de collaborer au développement de l’Intelligent Design.
L’utilisation du Polygraph comme méthode de détection des mensonges concernant les mensonges peut sembler contestable.

Voici un remarquable court-métrage au sujet de l’utilisation de détecteurs de mensonges lors d’un entretien d’embauche :

L’absence d’un détecteur de mensonges n’est pas une garantie en matière d’entretien d’embauche comme nous le démontrent les incontournables Monty Python (cette vidéo n’a pas grand chose à voir avec le sujet de ce billet mais, bon, ce sont les vacances et l’on peut se permettre quelques libertés, surtout quand elles sont particulièrement drôles et délirantes…).

Michel Alberganti

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Hommes et femmes ont des fantasmes sexuels très différents

Si l’on en croit l’étude réalisée par deux chercheurs espagnols de l’université de Grenade et qui doit être publiée dans la revue Anales de Psicología, l’égalité règne, presque, dans le domaine des fantasmes sexuels. Nieves Moyano Muñoz et Juan Carlos Sierra Freire ont recueilli les réponses de 2250 espagnols 18 à 73 ans (49,6% d’hommes et 50,4% de femmes) engagés dans une relation hétérosexuelle depuis plus de 6 mois, à un questionnaire de 98 questions sur les fantasmes sexuels qu’ils ont ressentis vis à vis de leur partenaire.

Près de 100% des hétérosexuels fantasment

Le résultat montre que des fantasmes sexuels agréables ont existé au cours de la vie de… près de 100% des hommes et femmes qui ont répondu. Ce taux “tombe” à 80% pour les fantasmes sexuels négatifs ou désagréables. Ce remarquable partage ne supprime toutefois pas des différences quantitatives et qualitatives entre les deux sexes. D’abord, ils ne fantasment pas avec la même fréquence. Ainsi, les femmes ont des fantasmes agréables et romantiques plus souvent que les hommes. Ces derniers, en revanche, ont des fantasmes plus fréquents concernant des activités sexuelles exploratoires comme les relations en groupe et la recherche de nouvelles sensations dans la multiplication des partenaires, l’échangisme, la participation à des orgies. La fréquence de tels fantasmes varie fortement suivant les hommes, d’une fois dans la vie à une fois par an.

Le plus désagréable: la soumission

Les fantasmes sexuels les plus désagréables apparaissent liés à la soumission. Les femmes se révèlent plus sujettes que les hommes à la pensée d’être forcées à une relation sexuelle, ce qui arrive au moins une fois dans leur vie. Pour les hommes, c’est l’homosexualité qui arrive en tête des fantasmes négatifs. Rappelons que les participants sont purement hétérosexuels.

A travers cette étude, les deux chercheurs tentent de déterminer si les fantasmes sexuels négatifs ou désagréables engendrent des dysfonctionnements et favorisent le développement de certains comportements sexuels. C’est pour cette raison qu’ils se sont adressés à des adultes de plus de 18 ans engagés dans une relation depuis au moins 6 mois. Les chercheurs notent que le fait d’avoir des fantasmes sexuels favorise certains aspects du désir sexuel et de l’excitation. Coté thérapie, ils estiment que ce n’est pas seulement la présence ou l’absence de fantasmes qui doit être pris en compte mais également l’attitude du patient vis à vis d’eux.

L’harmonie dans la différence ?

Peu de grandes révélations, en somme. Si ce n’est que le fantasme sexuel est bien partagé par les deux sexes. Mais les importantes différences d’objets de ces fantasmes que montre l’étude confirme que les hommes et les femmes ne fantasment pas vraiment des même situations. Pas de quoi faciliter l’harmonie. A moins que ces différences ne soient la garantie d’une plus grande richesse de la vie sexuelle des couples. Mais l’étude, semble-t-il, ne va pas jusque là… Elle n’explique pas, non plus, pourquoi nous avons des fantasmes négatifs ou désagréables. S’agit-il d’une jouissance masochiste ? Dans ce domaine, les sujets d’études futures ne manquent pas.

Michel Alberganti

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Boire du café, bon pour le coeur et la peau, mauvais pour la FIV


Ah! Le café… Sans céder au cliché du petit noir sur le zinc d’un bistrot, il faut bien reconnaître que ce breuvage est un compagnon incontournable, pour beaucoup d’entre nous, des journées de travail tout comme des moments de détente. Wikipédia nous apprend que cette boisson psychoactive, fruit du caféier, ne date pas d’hier. Son introduction en Europe date de 1600 et il séduit tant que le pape Clément VIII le baptise… Aujourd’hui, il est souvent considéré comme un excitant dont on ignore les impacts sur la santé. Depuis des années, les études s’accumulent pour tenter de cerner les multiples effets du café sur l’organisme humain. Au cours des derniers jours, pas moins de trois ont ainsi été publiées dans les revues scientifiques. Ces travaux révèlent deux point positifs et un négatif.

1 – Les risques cardiaques : deux tasses, ça va…

Consommé quotidiennement avec modération, le café pourrait protéger significativement contre les défaillances cardiaques selon l’article publié le 26 juin 2012 dans le journal de l’association américaine du coeur, Circulation Heart Failure. En revanche, une consommation excessive aurait les effets exactement inverses. Attention, l’acception américaine de la modération risque de décevoir vos espoirs… Pour Murray Mittleman, directeur de l’unité de recherche en Épidémiologie cardiovasculaire du centre médical Beth Israel Deaconess de Boston, elle se limite à l’équivalent de deux cafés américains classiques par jour. Dans ce cas, la réduction du risque cardiovasculaire atteindrait les 11%. La frontière de l’excès arrive très vite. “Cinq ou six tasses de café américain par jour n’apportent pas de bénéfices et peuvent même être dangereuses”, indique Murray Mittleman qui souligne la vertu, dans ce cas comme dans tant d’autres, de la mo-dé-ra-tion…

Pour atteindre ce résultat, les chercheurs ont analysé les résultats de 5 études pourtant que 6522 cas de défaillances cardiaques parmi 140 220 personnes (hommes et femmes). Quatre de ces études ont été réalisées en Suède et une en Finlande. L’origine des études complique leur interprétation tant les modes de consommation du café varient en fonction des pays. La consommation modérée dans le Nord de l’Europe correspond à 4 cafés par jour, soit environ 220 g de liquide qui sont l’équivalent de 2 cafés américains servis dans les coffee shops. La consommation excessive commence à 10 cafés au Nord de l’Europe, soit 4 ou 5 cafés américains. Ces doses varient sensiblement d’un établissement à l’autre puisqu’elles peuvent atteindre plus de 500 grammes, soit un demi-litre, par café en Amérique du Nord.

Il n’a pas échappé aux chercheurs que la force du café, au delà de son volume, varie également fortement suivant les pays. En moyenne, elle est plus faible aux Etats-Unis qu’en Europe. Ils n’ont guère pu tenir compte du caractère caféiné ou décaféiné des boissons car les Suédois et les Finlandais semblent adeptes de la caféine. Malgré ces biais multiples, la conclusion de l’étude prend à contre-pied les prescriptions habituelles qui déconseillent la consommation de café aux personnes susceptibles d’avoir des problèmes cardiaques. Ces dernières vont donc pouvoir passer de l’interdiction à la modération. Un indéniable avantage pour celles qui aiment le café. La Fédération américaine du coeur préconise, pour les personnes sensibles, la boisson d’un à deux cafés américains ou autres boissons caféinées par jour.

2 – Le cancer de la peau : le plus serait le mieux…

Pour la peau, le régime est différent. Selon l’étude publiée le 2 juillet 2012 dans le journal américain Cancer Research, plus nous buvons de tasses de café caféiné, plus nous sommes protégés contre les risques de développer un cancer de la peau, un carcinome basocellulaire. Jiali Han, professeur à l’hôpital Brigham and Women à l’école de médecine de Harvard à Boston, reste toutefois aussi prudent qu’ambigu: “Je ne recommanderai pas que vous augmentiez votre consommation de café à partir des seules données de cette étude. Néanmoins, nos résultats  incluent le carcinome basocellulaire à la liste des maladies pour lesquelles le risque décroit avec l’augmentation de la consommation de café. Dans cette liste, on trouve des pathologies telles que le diabète de type 2 et la maladie de Parkinson”.

Le carcinome basocellulaire est le plus fréquent des cancers de la peau au Etats-Unis. Malgré son évolution lente, il provoque une morbidité considérable et met à mal les systèmes de santé. “Etant donné le grand nombre de nouveaux cas, tout changement dans le régime alimentaire quotidien ayant un effet protecteur peut avoir un impact sur la santé publique”, précise Jiali Han.

Avec son équipe, Jiali Han a analysé les données provenant de la surveillance médicale de femmes et d’hommes. Sur les 112 897 personnes suivies, 22 786 ont été victimes d’un carcinome basocellulaire au cours des 20 années de suivi médical. Une corrélation inverse est apparue entre la consommation de café et le risque de développer cette maladie. La même corrélation inverse existe avec la consommation de toutes les boissons caféinées (café, tea, cola et chocolat). En revanche, cette corrélation n’est pas apparue avec la consommation de boissons décaféinées. C’est donc bien la caféine qui apparaît comme le facteur protecteur contre ce type de cancer de la peau. Ce résultat confirme celui d’études réalisées sur des souris qui montrent que la caféine peut bloquer la formation de tumeur de la peau.

Il est notable que l’impact de la caféine sur le carcinome basocellulaire ne se retrouve pas sur les deux autres formes de cancer de la peau: le carcinome spinocellulaire et le mélanome malin, le plus mortel. Sur les 112 897 personnes suivies, ces deux maladies ont affecté, respectivement 1953 et 741 individus. “Il est possible que ces chiffres soient trop faibles pour détecter l’impact de la caféine”, note Jiali Han qui estime qu’il faudra encore 10 années de suivi de la cohorte pour avoir une meilleure appréciation sur ce point.

3 – La fécondation in vitro (FIV) : fort risque au dessus de 5 tasses

La situation se complique encore pour les candidates à la fécondation in vitro. Pour ces femmes, la consommation de 5 tasses ou plus de café par jour pourrait réduire de 50% les chances de succès de leur FIV. L’étude présentée le 3 juillet 2012 par Ulrik Schiøler Kesmodel, de la clinique de la fertilité de l’hôpital universitaire d’Aarhus, au Danemark, à la réunion annuelle de la société européenne pour la reproduction humaine et l’embryologie (ESHRE) qui se tient à Istanbul du 1 au 4 juillet, indique ne pas avoir été surpris que la consommation de café affecte les taux de réussite des FIVs. En revanche, l’importance de cet impact n’était pas attendue. Le lien entre caféine et fertilité avait déjà été étudié mais avec des résultats contradictoires. Certaines indiquaient une augmentation des taux d’avortements spontanés liée à la consommation de café, mais d’autres non.

La dernière étude danoise a porté sur 3959 femmes engagées dans une procédure de fécondation in vitro. Les informations sur la consommation de café ont été recueillies au début du traitement. Les effets statistiques d’autres facteurs comme l’âge, le consommation de tabac ou d’alcool, la cause de l’infertilité, la masse corporelle, la stimulation ovarienne ou le nombre d’embryons fécondés ont été contrôlés. Résultat: une frontière apparaît à 5 tasses de café par jour. Mais, contrairement à l’analyse sur les risques cardiaques, la définition de la tasse ne semble pas précisée dans le résumé de l’étude… Outre un taux de succès réduit de 50%, les chercheurs ont noté une baisse de 40% des chances de naissance d’un bébé viable, bien que la valeur statistique de ce chiffre semble contestable, selon les chercheurs eux-mêmes. Ces derniers estiment que le café a un effet négatif similaire à celui du tabac en matière de FIV.

“Il existe peu de preuves concluantes concernant le café dans la littérature”, note Ulrik Kesmodel. “Aussi, nous ne voulons pas inquiéter outre mesure les parents engagés dans une FIV. Mais il semble raisonnable, d’après nos résultats, que les femmes ne boivent pas plus de 5 tasses de café par jour pendant une FIV.”

Et les expressos ?…

Ces trois études semblent significatives de l’approche actuelle d’une partie de la recherche médicale qui se fonde sur des études statistiques pour tenter de dégager des corrélations entre des causes et des effets. Elles rappellent les suivis de grandes cohortes de patients destinés à détecter les causes du cancer. Cette approche semblent révéler l’incapacité de la médecine actuelle à comprendre les mécanismes à l’oeuvre. Aucune cause biologique n’est évoquée pour expliquer pourquoi le café peut protéger contre les risques cardiaques ou les favoriser, réduire les risques de cancer de la peau ou diviser par deux les chances de succès de la FIV. Pas plus d’informations sur les doses maximales découvertes. Tous ces résultats sont issus de pures observations statistiques. Sans nier leur valeur, qui peut exister, il faut bien admettre, et les chercheurs eux-mêmes le soulignent souvent, qu’elles peuvent être sujettes à caution, tant les facteurs perturbateurs semblent nombreux.

Il est également notable que jamais, dans ces trois études, il n’est fait mention du cas des expressos… Dommage quand on considère la quantité de ce type de café consommée dans le Sud de l’Europe, en particulier. Mais il semble que l’affaire intéresse surtout les pays du Nord et les Etats-Unis, amateurs de cafés américains…

Michel Alberganti

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