A quoi pensent les poissons zèbres ?

Le poisson zèbre, c’est le rêve. Aussi bien pour les amateurs d’aquarium que pour les chercheurs. En effet, outre ses couleurs naturelles et ses capacités à régénérer ses blessures, de la colonne vertébrale par exemple, il possède la caractéristique remarquable d’avoir un corps transparent à l’état d’embryon et de larve. L’idéal pour observer à loisir le fonctionnement son organisme bien vivant. D’où l’idée de révéler à la planète ce qui se passe dans le cerveau d’une larve de poisson-zèbre… Nous rêvions tous de le découvrir sans oser le demander : à quoi pensent les poissons ? La réponse d’une équipe japonaise dirigée par Akira Muto, de l’Institut National de Génétique à Shizuoka, ne nous surprend qu’à moitié : à manger. Encore fallait-il le montrer. Et c’est ce que les chercheurs ont réussi à faire.

Une larve de poisson zèbre peut se nourrir  de paramécies dans la mesure où elle est capable d’attraper ce minuscule protozoaire unicellulaire qui se déplace dans l’eau grâce à ses cils. Que se passe-t-il dans le cerveau du poisson qui guette sa proie ? Pour la première fois, les chercheurs sont parvenus à montrer, avec une grande précision et en temps réel, quelles parties du cerveau de la larve s’activent en fonction de la position de la larve autour d’elle.


Pour y parvenir, les chercheurs ont reproduit l’organisation visuotopique du cortex visuel. Il s’agit de la façon dont l’image parvenant sur la rétine s’imprime dans le cerveau. Grâce à un type de marqueur particulier, le GCaMP qui permet de rendre fluorescent les ions calcium à l’oeuvre dans les neurones, les Japonais ont rendu visibles les zones du cerveau qui s’activent lorsque la larve de poisson zèbre suit sa proie des yeux. Sans surprise, c’est dans le lobe situé à l’opposé de l’oeil qui a capté l’image que les neurones s’allument.

L’étude de l’équipe d’Akira Muto a été publiée dans la revue Current Biology du 31 janvier 2013. L’un de ses collaborateurs, Koichi Kawakami, précise : “Notre travail est le premier à montrer l’activité du cerveau en temps réel chez un animal intact pendant son activité naturelle. Nous avons rendu visible l’invisible et c’est ce qui est le plus important”. La technique utilisée devrait rendre possible la visualisation des circuits neuronaux impliqués dans des comportements complexes, depuis la perception jusqu’à la prise de décision. Une possibilité d’autant plus intéressante que, dans sa conception générale et son fonctionnement, le cerveau d’un poisson zèbre ressemble assez à celui d’un être humain.

“A l’avenir, nous pourrons interpréter le comportement d’un animal, y compris l’apprentissage, la mémorisation, la peur, la joie ou la colère, à partir de l’activité de combinaisons particulières de neurones”, s’enflamme Koichi Kawakami. Autre objectif : analyser l’activité chimique du cerveau avec, à la clé, la possibilité d’accélérer le développement de nouveaux médicaments psychiatriques. Pas de quoi rassurer ceux qui craignent que les avancées de la recherche sur le cerveau ne conduisent à une intrusion dans nos pensées les plus intimes. Au risque de découvrir… qu’elles ne sont pas beaucoup plus sophistiquées que celles d’un poisson zèbre. Ce qui serait, convenons-en, une bien mauvaise nouvelle pour notre ego…

Michel Alberganti

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A l’école, mieux vaut être inquiet et consciencieux qu’ouvert et curieux

La personnalité des élèves de 16 ans a-t-elle une influence sur leurs résultats scolaires à 19 ans ? Telle est l’une des questions auxquelles Pia Rosander a répondu, le 25 janvier 2013, lors de la soutenance de sa thèse à l’université de Lund, en Suède. Une question simple mais dont les implications sont multiples en matière de système éducatif. Elles sous-entend en effet que les traits de caractère ne sont pas indifférents en matière de capacité d’adaptation au cadre scolaire. Une porte ouverte ? En apparence… Car comment prendre véritablement en compte ces différences à une époque où l’on parle de plus en plus d’individualisation de l’enseignement ?

200 élèves suédois de 16 ans

Pia Rosender est partie des cinq grands traits (Big Five) définissant les caractéristiques essentielles de la personnalité : ouvert, consciencieux, extraverti, agréable et inquiet. Ces traits, s’ils sont assez grossiers, ont l’avantage de rester stables dans le temps. Pia Rosander a ainsi analysé 200 élèves âgés de 16 ans dans le sud de la Suède. Trois ans plus tard, elle a enregistré leurs résultats scolaires de sortie de l’enseignement secondaire. Elle a alors cherché des corrélations entre la réussite scolaire et certains traits de caractère. Et elle a en trouvé.

Le trait de personnalité le plus clairement associé au succès à l’école n’est guère surprenant. Les élèves consciencieux, qui arrivent à l’heure et font bien leurs devoirs, obtiennent les meilleurs résultats. Plus étonnant, le second trait de caractère qui conduit au diplôme est… l’inquiétude. Contrairement à ce qu’attendait la chercheuse, l’ouverture d’esprit et la curiosité intellectuelle, à l’inverse, ne sont pas des traits de caractère qui favorisent le succès scolaire. Au contraire, semble-t-il…

“Le système scolaire suédois favorise les élèves consciencieux et motivés par la peur”, conclue Pia Rosender. “Ce n’est pas bon pour le bien-être à long terme lorsque la peur agit comme force motrice. Cela bloque également l’approfondissement des apprentissages qui se produit plutôt chez les élèves dont la personnalité est plus ouverte et pour lesquels la curiosité est une forte motivation”, précise-t-elle.

Différences entre filles et garçons

Pia Rosender a également analysé les différences existant entre les garçons et les filles. Son étude montre que le système éducatif suédois favorise les filles qui ont envie de plaire. Les garçons, eux, ont plus tendance à être motivés par l’intérêt et la curiosité, ce qui ne favorise pas leur réussite scolaire. La chercheuse a établi un lien entre un QI élevé chez les filles et un caractère consciencieux. Autre surprise, chez les garçons, la relation est inverse. Un caractère consciencieux est souvent associé à un QI plus faible que celui de ceux qui le sont moins. Pia Rosender en déduit que “le fait d’être plus consciencieux pourrait être un moyen pour les garçons de compenser un QI plus faible”.

Introverti ou extraverti ?

Nouvelle surprise au sujet du caractère introverti ou extraverti. En effet, c’est le premier qui favorise la réussite scolaire. Pia Rosender commente cette découverte en estimant que les élèves extravertis s’intéressent à tant de choses différentes qu’ils ont du mal à consacrer le temps nécessaire au travail scolaire.

Globalement, la chercheuse considère que son étude plaide en faveur d’une plus grande individualisation de l’enseignement dans le secondaire. “Comment pourrions-nous, autrement, aider les élèves talentueux doté de la “mauvaise” personnalité, ceux qui sont en échec scolaire, ceux qui ont des capacités mais sont, par exemple, incapables d’organiser leur travail scolaire ?” Pour Pia Rosender, les enseignants doivent considérer que la personnalité ne peut être modifiée ni par eux-mêmes, ni par les parents, ni par les élèves. Gronder les élèves négligents ou leur demander de se reprendre en main ne les aide pas.  En revanche, il faut sans doute apporter à ces élèves des structures et des techniques différentes de travail.

La richesse de la diversité

Que le système scolaire, qu’il soit suédois ou français, peine à prendre en compte la diversité de personnalités des élèves n’est guère surprenant. L’école d’aujourd’hui est l’héritière de la fameuse période de massification de l’enseignement au 20e siècle. Nul doute que, pour progresser, elle va devoir introduire une forme d’individualisation à l’intérieur de cette massification. Le numérique, les TICE, sont là pour  faciliter cette mutation. Le travail de Pia Rosender apporte de précieuses clés pour passer d’un système de pure sélection à l’aide d’un petit nombre de critères à une école permettant à des personnalités différentes de s’épanouir au lieu d’être exclues mais également d’enrichir la communauté d’une classe.

Michel Alberganti

 

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Arrête avec ce jouet ! Tu nous casses les oreilles !

Ah ! les jouets pour les tout petits ! Les sapins de Noël en ont mis bas des flopées, comme chaque année. Tant qu’ils sont restés dans leur emballage cadeau multicolore, tout allait bien. Mais à peine déballés et les piles insérées, le vacarme a commencé. Soudain, la fête a changé de centre de gravité sonore. Les conversations se sont arrêtées. Les sifflements de sirène, la musique beuglante, les voix éraillées, les pianos métalliques désaccordés, les porte-clés hurleurs ont pris le relais. Et une prière particulière, en contradiction avec celle qui prévaut le reste de l’année, est née dans tous les esprits : pourvu que les piles ne durent pas trop longtemps…


Le bruit des jouets – Science Publique du 28… par franceculture

Si vous avez vécu cette scène, ou une variante, et si vous souffrez aussi, au cours de l’année, du bruit émis par les jouets de vos bambins, écoutez l’émission Science Publique que l’ai animée le 28 décembre 2012 sur France Culture. A partir d’un dossier réalisé par le magazine 60 millions de consommateurs, nous avons rassemblé des passionnés de l’éducation au son des jeunes oreilles. Ainsi qu’un représentant de l’industrie du jouet. Et nous avons écouté la musique de Tycho Brahé, compositeur qui, lui comme d’autres musiciens, intègre les sons émis par les jouets à ses morceaux. Car, et ce n’est pas le moindre des paradoxes, le bruit des jouets attire aussi certains adultes. Qu’ils soient compositeurs, collectionneurs ou bidouilleur du son, ils restent fascinés par ces sons qui, sans doute, éveillent des souvenirs enfouis de l’enfance. Et témoignent d’une époque.

Du nasillard, du saturé, du compressé…

A chaque génération, en effet, des sonorités particulières. Longtemps, les jouets ont produit des sons naturels. Depuis les années 1970, environ, le développement des circuits électroniques a bouleversé le marché. Les fabricants ont bien compris que l’attention des enfants est fortement attirée par le son. Et ils en abusent parfois. Ils négligent la qualité, faible coût oblige, au profit de l’intensité. Résultat : du nasillard, du saturé, du compressé. Le tout avec un volume dépassant souvent les 100 dB, voire les 115 dB. De quoi abimer les jeunes oreilles et, dans tous les cas, les priver d’une bonne éducation à la mélodie et à l’harmonie de la musique tout comme à la pureté de certains sons naturels.

D’autant que l’usage d’un jouet par un tout petit n’a rien à voir avec celui qu’en ferait un adulte. Un enfant peut coller une poupée ou une voiture  contre son oreille. Excellente préparation aux baladeurs hurlants… Pendant cette émission, nous avons débattu de ces thèmes et écouté à la fois les sons insupportables de certains jouets mais aussi ceux qu’un collectionneur conserve précieusement pour, parfois, les détourner et les triturer. Un psychiatre travaillant pour l’éditeur Fuzeau est également venu exécuter le bruitage avec des pots de yaourts de l’histoire racontée par un livre pour enfants.
Avis aux parents : eux “aussi” peuvent éduquer les oreilles de leurs bambins.

(Ré)écoutez l’émission Science Publique :

28.12.2012 – Science publique
Pourquoi le bruit des jouets nous casse-t-il souvent les oreilles ? 57 minutes Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobilevideo

Le super trotteur parlant, le Mickey chantant, l’ourson Culbuto, le singe Noé, la poupée mauve Willa, la Princesse royale Zhu Zhu Pet… Autant de jouets… sonores qui ont peut-être déjà, à l’occasion de Noël, envahit votre univers familial. Peut-être faites-vous ainsi partie des parents qui attendent avec impatience l’usure des piles des jouets de leurs enfants pour retrouver la quiétude du …

Michel Alberganti

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Le jour d’après : la vidéo du lendemain de la fin du monde

La Nasa vient de publier une vidéo datée… du lendemain de la fin du monde qui, comme tout le monde le sait désormais est programmée pour le 21 décembre 2012. Avec 10 jours d’avance, la NASA tente de désamorcer la panique. “La preuve que le monde ne s’est pas terminé hier”,selon l’agence spatiale américaine.

L’intérêt de cette vidéo réside dans ses motivations et dans la méthode narrative utilisée. Pour en comprendre l’objectif, il faut suivre les informations qui proviennent des Etats-Unis et d’autres pays au sujet des croyances de fin du monde liées aux interprétations apocalyptiques du calendrier maya. Les Américains, en particulier, craignent des réactions incontrôlables de leurs concitoyens, comme des suicides, des vagues de panique, la construction d’abris antiatomiques et autres actes désespérés. C’est pour tenter de désamorcer de tels mouvements que la Nasa a réalisé cette vidéo et mis en place un groupe de chercheurs chargé de répondre aux questions des Américains angoissés. L’exercice de la vidéo se révèle ainsi plein de leçons :

1°/ Le procédé du “jour d’après”

L’idée de proposer, dix jours avant, une vidéo censée se passer le lendemain de la fin du monde semble relever d’une manœuvre désespérée ou insultante. Désespérée parce que cela révèle que les responsables de la Nasa, à cours d’arguments rationnels, acceptent de jouer le jeu des croyances qu’ils dénoncent. Les voilà en train de faire un exercice d’anticipation pour contrecarrer une croyance… anticipatrice. Le mal par le mal, en somme. Légèrement insultante, ou méprisante, vis à vis du public aussi. Si l’on décrypte le message, cela donne : Vous croyez n’importe quoi. Eh bien pourquoi ne croiriez-vous pas aussi à ceci !”

La Nasa, très sérieuse agence spatiale, verse ainsi dans la technique de la projection futuriste à vocation pédagogique inaugurée explicitement par le film : “Le jour d’après”, réalisée par Roland Emmerich en 2004. Il s’agissait alors d’alerter la population mondiale sur les effets du dérèglement climatique. Un autre catastrophe. La pédagogie réside dans le fait de montrer ce qui va se produire grâce à la science fiction. La Nasa, elle, fait de la fiction grâce à la science.

2°/ La pédagogie de l’anticipation

Sur un ton extrêmement sérieux, la voix off souligne le titre du clip: “Le monde ne s’est pas terminé hier”, sur le mode du message à la postérité : “22 décembre 2012. Si vous regardez cette vidéo, cela signifie une chose : le monde ne s’est pas terminé hier”. Vient ensuite la mention de la croyance en la prédiction du calendrier Maya. Et, bien entendu, le démontage scientifique des fondements même de cette croyance. Entrée en scène d’un spécialiste, le docteur John Carlson, directeur du centre pour l’archéoastronomie, qui explique que le calendrier Maya ne prédit pas la fin du monde le 21 décembre 2012 mais seulement la fin d’un cycle. Ainsi, au lieu d’un lendemain de cataclysme, le 22 décembre sera le premier jour d’une nouvelle période de 5125 ans, soit 13 baktunob ou 1 872 000 jours, suivant celle que les mayas ont connu pendant plus de 2500 ans.

3°/ Le rationnel contre la croyance

Après avoir démonté la croyance en une fin du monde fondée sur le calendrier maya, la Nasa semble considérer que cela ne suffit pas. Revenant dans son domaine de prédilection, elle s’attaque à deux des principales causes de fin du monde réellement possibles : la collision avec un astéroïde et l’activité du soleil. Dans le premier cas, la Terre exploserait sous l’impact, dans le second elle se consumerait. Pour démontrer qu’aucune rencontre avec un objet céleste n’est programmée pour le 21 décembre, la Nasa déclare d’abord que les observations des scientifiques ne montrent aucun danger. Et puis, et c’est sans doute le meilleur moment du clip, la voix off, sans changer de ton, indique qu’il n’est d’ailleurs pas nécessaire d’appeler le gouvernement pour s’en convaincre. Il suffit de sortir de chez soi et de regarder le ciel. Si un astéroïde géant devait heurter la Terre le 21 décembre, il serait déjà l’objet le plus gros et brillant visible dans le ciel… Petit demi-tour temporel. Le spectateur auquel s’adresse alors la Nasa n’est plus celui du 22 décembre mais bien celui du 12 décembre…

Michel Alberganti

A retrouver sur Slate.fr: notre dossier «Fin du monde»

» C’est à quelle heure, la fin du monde?

» Ce qui se passera vraiment le 21 décembre selon le calendrier maya

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L’Ircam nous invite à découvrir une véritable Matrice sonore (Vidéo)

Aimer la musique, c’est, d’abord, être sensible au son. A tous les sons. Au bruit même. Mais dans la vie, l’essentiel du sonore est nuisance. On se protège plus du son qu’on ne l’écoute. Sauf lors d’un concert. Là, soudain, le silence d’abord, ce grand absent de la ville, s’installe. Rupture. Et puis, le son naît. D’une pureté douloureuse, presque, au début, tant il faut convaincre notre cerveau de l’accepter, de le laisser nous pénétrer.

L’expérience sonore peut transporter dans un autre monde plus surement que toute autre. Il suffit de fermer les yeux pour entrer dans l’univers parallèle créé par le compositeur. A quelques imperfections près. Ce monde parallèle n’en est est pas vraiment un. Les limites de la technologie brident le son et, de l’univers rêvé, ne nous parvient que des pans, des bribes, des traversées, parfois, au mieux.

Mais que se passerait-il si ces imperfections disparaissaient ? Si l’autre monde était aussi parfait que celui de la Matrice ? Avec tous ses volumes, ses angles, ses raclements, ses brisures, ses échos et ses étouffements, ses émergences et ses effondrements, ses voix d’un au-delà qui serait bien là ? A portée de la main, au sens propre. Un son qui peut naître au milieu des spectateurs avant de s’évanouir pour ressurgir là-bas, tout près ou au loin. Un son libre dans l’espace tout entier d’une salle. Le compositeur devient alors l’architecte de sa musique.  Il rejoint le sculpteur, autre maître de l’espace. Alors, sans doute, serions-nous vraiment transportés ailleurs, aussi surement qu’avec ce que promet la téléportation.

Bien sûr, il faudra laisser le temps à nos neurones ancestraux d’apprendre à voyager, les oreilles grandes ouvertes, dans ce nouvel espace. “A l’origine, l’audition spatiale servait essentiellement à nous prévenir d’un danger pouvant surgir derrière nous ou hors de notre vue”, rappelle Huges Vinet, directeur de la recherche et développement de l’Ircam. Depuis, les choses ont empiré. Si les risques de danger sont plus faibles, c’est du son lui-même, du bruit, que nous avons appris à nous protéger. Tout un nouveau parcours est donc nécessaire.

Eh bien, un tel voyage initiatique dans une Matrice sonore est désormais possible. Le 29 novembre 2012, le grand public pourra le découvrir dans les entrailles de l’Ircam, à Paris lors de l’inauguration du nouveau système de spatialisation, l’aboutissement d’une dizaine d’années de travail. L’installation est sans doute unique au monde en raison de l’association, dans le même espace, de deux systèmes : le Wave Field Synthesis et l’Ambisonique.

Pour Globule et Télescope, Hugues Vinet présente la nouvelle installation de l’Ircam. Le fondateur des lieux, Pierre Boulez, peut être fier de cette réalisation qui permet de nous projeter dans ce que sera l’univers sonore des salles de concert bientôt, des salles de cinéma demain et de nos voitures et salons, après-demain.

Pour assister à la soirée d’inauguration, le 29 novembre 2012, à 19 heures :
www.ircam.fr/eac.html
Accès gratuit sur réservation au : 01 44 78 12 40
Lieu : Ircam, 1 place Igor-Stravinsky, 75004 Paris – Métro Hôtel de ville, Rambuteau, Les Halles ou Châtelet

Michel Alberganti

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Cerveau d’Einstein : pas plus gros mais une organisation particulière

Depuis la mort d’Albert Einstein, le 18 avril 1955 à 76 ans, on sait grâce au journaliste Steven Levy que le cerveau du savant a été extrait par Thomas Harvey. Lors de cette découverte, en 1978, ce médecin déclara n’avoir rien trouvé de particulier dans la structure du cerveau pouvant expliquer les capacités exceptionnelles du savant, comme le note Wikipédia. Déception… Le génie n’affecterait donc pas l’organe de l’intelligence par excellence…

C’est ce que l’on croyait jusqu’à l’étude publiée le 16 novembre 2012 dans la revue Brain par trois chercheurs américains, Sean Falk, Federick Lepore et Adrianne Noe.  Ces derniers ont eu accès à 14 photographies du cerveau d’Einstein récemment découvertes, “la plupart prises sous des angles non conventionnels”, indiquent-ils. Deux des photographies révèlent la forme des sillons sur la surface médiane des hémisphères et une autre l’anatomie du lobe droit. Les chercheurs ont ainsi pu étudier la plupart des sillons présents sur le cerveau d’Einstein afin de les comparer à ceux de 85 cerveaux humains décrits dans la littérature. Ils ont ensuite tenté d’interpréter les différences à la lumière que l’on sait sur l’évolution des processus cognitifs humains.

Un cortex préfrontal exceptionnel

Résultats, le cerveau d’Einstein présente un “extraordinaire cortex préfrontal qui pourrait avoir contribué à ses aptitudes cognitives hors du commun. De même, les cortex somato-sensoriels et moteurs près des régions qui représentent le visage et la langue sont très développées dans l’hémisphère gauche. Les lobes pariétaux d’Einstein sont également inhabituels et pourraient expliquer ses capacités de vison dans l’espace et ses dons en mathématique. Si son cerveau présente les asymétries frontale et occipitale typiques, il montre une extrême asymétrie des lobes pariétaux inférieurs et supérieurs. Enfin, les chercheurs ont constaté que, contrairement à ce que disait la littérature, le cerveau d’Einstein n’est pas sphérique, ne présente pas une absence d’opercule pariétale et dispose de sillons latéral (scissure de Sylvius) et postcentral qui ne se croisent pas.

L’association populaire entre l’intelligence et les “grosses têtes” semble infirmée par le cerveau d’Einstein qui ne présente pas une taille exceptionnelle. En revanche, certaines de ses particularités pourraient donc être associées à ses capacités cognitives exceptionnelles. Ce qui semblerait démontrer que l’évolution de cet organe tend à privilégier certaines parties comme le cortex préfrontal. Reste à déterminer si les caractéristiques de ce cerveau permettent de discerner une évolution qui touchera progressivement tous les cerveaux humains ou bien q’il s’agit là d’une exception due au hasard. Il semblerait que, depuis la mort d’Albert Einstein, l’augmentation du nombre de génies sur Terre ne suive pas celle de la démographie…

Michel Alberganti

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Les billets neufs se dépensent moins

Le consommateur est, décidément, un être bien plus sensible qu’il n’y paraît. Voilà que deux chercheurs des universités canadiennes de Winnipeg et de Guelph nous révèlent qu’il ne se comporte pas de la même façon suivant que ses billets de banque sont neufs ou usagés. D’après l’article que Fabrizio Di Muro et Theodore Noseworthy (sic) vont publier dans le Journal of Consumer Research de mars 2013, “l’apparence physique de l’argent peut altérer le comportement en matière de dépense”. D’après les chercheurs, les billets usagés donnent au consommateur le sentiment qu’ils sont sales et contaminés. A l’inverse, les billets neufs leur donnent une sensation de fierté…

Pas si interchangeable

Une idée reçue s’écroule. Alors que l’argent est censé n’avoir pas d’odeur et de fournir, par définition, des objets interchangeables, voilà que nous sommes sensibles à son apparence physique. Si nous donnons un billet de 20 $ à quelqu’un, le fait qu’il nous rembourse avec un billet de 20 $ ou un autre ne devrait pas avoir d’importance. C’est la raison pour laquelle les diamants, les maisons ou les tableaux ne peuvent prétendre à servir de monnaie d’échange. Leur valeur est, en effet, rarement identique. En réalité, les chercheurs estiment que l’argent lui-même n’est pas aussi interchangeable qu’il n’y paraît.

Dans plusieurs études, on a donné à des consommateurs des billets neufs ou usagés avant de leur demander d’effectuer différentes tâches en liaison avec le shopping. Résultat, ceux qui ont des billets usagers ont tendance à dépenser plus que ceux qui ont des billets neufs. Ils ont également une préférence pour “casser” un gros billet usagé plutôt que de payer la somme exacte avec des billet neufs de moindre valeur.

L’argent serait un produit en soi

Les chercheurs ont également voulu vérifier la croyance qui veut que l’on dépense plus facilement une somme donnée lorsqu’elle est en petite coupure. Par exemple, 4 billets de 5 dollars comparé à un billet de 20 dollars. Eh bien, là encore, l’apparence physique des billets peut renforcer, réduire ou même inverser cette règle. Fabrizio Di Muro et Theodore Noseworthy en concluent que l’argent est un objet aussi bien social qu’économique. “Nous avons tendance à voir la monnaie comme un moyen de consommation et non comme un produit en elle-même. Mais elle est en fait sujette aux mêmes inférences et influences que les produits qu’elle peut acheter”, affirment-ils.

Moralité, pour faire des économies, rien de tel que de s’approvisionner en billets neufs dans un distributeur. Et de bien faire attention avant de “casser” un gros billet. L’argent sale que nous recevrons en échange ne durera pas longtemps.

Michel Alberganti

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Le cerveau peut se soigner tout seul

Lors de l’émission Science Publique du 12 octobre 2012, que j’ai animée sur France Culture, il est arrivé ce qui se produit parfois lors d’une émission de radio. L’un des invités, Denis Le Bihan, directeur de Neurospin, a relaté des expériences qui ont été menées par différents laboratoires et dont les résultats ont été publiés dans des revues scientifiques. Et sa description s’est révélée tout bonnement sidérante. Elle est arrivée à un moment de l’émission où étaient évoquées les limites des thérapies actuelles. Qu’elles soient chimiques, avec les médicaments, ou électriques, avec les électrodes implantées à l’intérieur du cerveau, pour soigner, par exemple, la maladie de Parkinson.

La douleur disparaît

“Mais le cerveau peut aussi se soigner lui-même”, a alors lancé Denis Le Bihan. Pas de quoi être ébouriffé. Nous avions tenté de réaliser une émission sur ce thème. Sans grand succès d’ailleurs… La surprise est venue de l’expérience particulière qu’il nous a racontée. Le patient souffrant de douleurs chroniques est installé dans un appareil d’IRM fonctionnelle (IRMf). Les neurologues règlent l’instrument pour mesurer l’activité du cerveau dans le centre de la douleur. Ils établissent ensuite une liaison entre cette mesure et l’image d’une flamme de bougie qui est projetée sur un écran devant le patient. Les expérimentateurs demandent ensuite à ce dernier de tenter de faire baisser la hauteur de la flamme jusqu’à l’éteindre. Le patient n’a aucune clé, aucune méthode, aucune technique pour y parvenir. En se concentrant, il parvient toutefois à obtenir ce résultat. La hauteur de la flamme baisse. Et la douleur aussi ! Lorsqu’ils sortent de l’IRM, les patients restent capables de contrôler leur niveau de douleur. Mieux, ils expliquent que “leur douleur (a) baissé d’intensité sans qu’ils aient besoin d’y faire expressément attention”, note Denis le Bihan dans l’ouvrage intitulé Le cerveau de cristal qu’il vient de publier chez Odile Jacob.

Biofeedback

Cela s’appelle le biofeedback par IRM. Le résultat est encore plus spectaculaire sur des patients déprimés chroniques. Dans ce cas, la région du cerveau qui est choisie est celle du plaisir. Et les patients doivent, à l’inverse, tenter d’augmenter la hauteur de la flamme sur l’image qui leur est présentée. Il s’agit ainsi de stimuler l’activité de ce centre du plaisir. Et ils y parviennent. “Là encore, le résultat fut remarquable, certains patients sortant complètement de leur dépression après l’examen IRMf, et ne prenant plus aucune médication”, écrit Denis Le Bihan dans son ouvrage. Ainsi, un “simple” appareil de mesure devient un instrument thérapeutique !

Dépression, Parkinson…

Résultats également positifs sur la maladie de Parkinson. Les malades apprennent, de la même façon, à contrôler leur cerveau et ils améliorent leurs performances motrices. Denis Le Bihan ne met guère en valeur ces expériences dans son livre. Lors de l’émission, il n’a pas parlé des résultats obtenus sur la dépression. Cette discrétion n’est pas due au hasard. Le chercheur veut à la fois dévoiler ses avancées et ne pas faire naître des espoirs démesurés ou prématurés. “Il reste encore beaucoup à faire pour mieux cerner cette méthode de biofeedback, (mesurer) son efficacité à long terme, et préciser quels patients peuvent en bénéficier (certainement pas tous)”, écrit-il. “Cette approche n’est pas encore totalement validée, mais on potentiel est énorme”, poursuit-il.

Un divan en forme de miroir

 

Et d’envisager, encore avec prudence, ce que peut être l”avenir de l’IRM: “Il est encore trop tôt cependant pour dire si le lit de l’imageur IRM remplacera un jour le divan des cabinets de psychiatrie”. L’IRMf servirait alors de connecteur direct, sans l’intermédiaire d’un médiateur humain, entre l’individu et son cerveau. Les psychanalystes, déjà passablement mals en point, pourraient alors se faire du souci. Et peut-être se remettre en cause. Ce qui ne fait jamais de mal à personne. Pour les patients que nous sommes, les perspectives sont vertigineuses. Nous nous retrouverions devant une image réelle de l’activité d’une certaine région de notre cerveau. Avec le pouvoir d’agir sur son fonctionnement.

La fatalité des bugs

Comment comprendre qu’une douleur chronique, une dépression ou un tremblement puissent être maîtrisés aussi facilement que Denis Le Bihan le décrit ? On connaît aujourd’hui, et les invités de Science Publique se sont attachés à l’expliquer, la complexité mais également la plasticité des cellules nerveuses du cerveau. Sans cesse, elles se reconfigurent pour “faire le travail”, c’est à dire répondre aux besoins de l’organisme qu’elle contrôlent. 100 milliards de neurones ! Comment imaginer cette population grouillante, ces dizaines de milliards de synapses acheminant des messages électriques et chimiques en permanence ? Que, comme dans un ordinateur, cette complexité engendre des bugs est plus facile à concevoir. Que ces bugs se traduisent pas des états anormaux, comme une douleur chronique ou une dépression persistante, semble également plus que probable. Toute la question est de trouver un moyen de rétablir un fonctionnement normal. Pas question de rebooter… Pas de bouton de reset… Que faire ?

Comme un pli anormal

L’expérience de biofeedback de Neurospin démontre que l’action est possible. Même si le modus operandi reste mystérieux. Tout se passe comme si le bug avait engendré un pli anormal dans le tissu cérébral. Sans fer à repasser, le pli perdure. Et il engendre une douleur, un malaise, un tremblement bien après que la cause première ait disparu. Le plus étrange, c’est que la volonté seule ne puisse pas effacer ce pli. Comme s’il restait inaccessible au fer à repasser. Or, avec l’expérience de la flamme de la bougie, il apparaît que ce fer à repasser existe bien et qu’il est possible de l’appliquer sur le pli. Notre attention a simplement besoin d’être guidée. Sans repère, elles n’est pas capable de se fixer sur le point névralgique. La bougie l’éclaire et, soudain, elle devient capable d’effacer le pli et de restaurer l’état antérieur.

Un potentiel inexploré

Bien sûr, si cette technique permettait de résoudre les problèmes de douleur, de dépression et de maladie de Parkinson, le bénéfice serait déjà considérable. Mais on ne peut s’empêcher d’imaginer ce qui deviendrait possible grâce à ce type d’action directe sur le cerveau. Resterions-nous limités au repassage des plis, c’est à dire à la correction d’anomalies ? Ou bien pourrions-nous accélérer à volonté l’activité de certaines zones du cerveau ? C’est à dire agir volontairement sur des processus qui se produisent inconsciemment. Pourrions-nous, ainsi, décupler notre concentration ? Augmenter à volonté la capacité de notre mémoire à court terme ? Amplifier certains sens ? Serons-nous un jour capables de reconfigurer notre cerveau beaucoup plus rapidement qu’il ne le fait tout seul ? Cette plasticité extraordinaire que nous avons découvert deviendra-t-elle malléable à souhait par notre volonté ? Deviendrions-nous, ainsi, véritablement maîtres des neurones de notre cerveau ? Un tel pouvoir fait rêver ! Mais il conduit aussitôt à une question : que ferions-nous d’un tel pouvoir ?

Michel Alberganti

(Ré)écoutez l’émission Science Publique du 12 octobre 2012 sur France Culture :

Comment fonctionnent nos neurones ? 57 minutes

Avec Jean-Gaël Barbara, Neurobiologiste et historien des sciences au CNRS, Jean-Pierre Changeux , neurobiologiste, membre de l’Académie des sciences, professeur honoraire au Collège de France, Denis Le Bihan, directeur de NeuroSpin, médecin et physicien, et François Lassagne, rédacteur en chef adjoint de Science & Vie.

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Les femmes sont plus stressées par la lecture des mauvaises nouvelles

Étonnant résultat de l’étude réalisée par une doctorante canadienne, Marie-France Marin du Centre d’études sur le stress humain de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine (CESH) de l’université de Montréal, et publiée dans la revue PLOS One, le 10 octobre 2012.  Lorsque l’on donne à lire de mauvaises nouvelles publiées dans la presse, la sensibilité au stress des femmes augmente alors que ce n’est pas le cas chez les hommes. Cette découverte est d’autant plus intéressante qu’elle ne révèle pas une différence de réaction immédiate des participants à cette lecture mais postérieure. Après avoir lu de mauvaises nouvelles, les femmes et elles-seules, seraient plus vulnérables à des situations stressantes. La leçon, Mesdames, est claire : évitez les rubriques “catastrophes” ou faits divers, qui sont en général des faits criminels, des journaux. L’étude ne dit pas si ce type de nouvelles diffusées à la télévision ont le même effet. Mais, à la lire, on peut penser que c’est le cas.

60 participants des deux sexes

Marie-France Marin et son équipe sont partis du constat que nous sommes de plus en plus bombardés par les mauvaises nouvelles transmises par les médias de masse. Mais mesurer l’impact sur le cerveau de ce matraquage négatif n’est pas simple, comme le démontre le protocole assez complexe de l’étude.

Les chercheurs ont rassemblé 60 participants divisés en 4 groupes qui ont tous lu des résumés de nouvelles récentes publiées dans la presse. Un groupe de femmes et un groupe d’hommes ont lu des informations neutres (ouverture d’un nouveau jardin public, première d’un film…). Un autre groupe d’hommes et un autre groupe de femmes ont lu des nouvelles négatives (accidents, meurtres…). A chaque étape de l’expérience, les chercheurs ont prélevé des échantillons de salive sur les participants. “Quand notre cerveau est confronté à une situation qui provoque de la peur, notre corps produit des hormones du stress qui pénètrent dans le cerveau et peuvent agir sur la mémorisation des événements effrayants ou stressant”, explique Sonia Lupien, directrice du CESH et professeur au département de psychiatrie de l’université de Montréal. “Cela nous a conduit à penser que la lecture de nouvelles négatives peut stimuler une réaction de stress”. C’est le taux de l’une des hormones du stress, le cortisol, qui est mesuré sur les prélèvements de salive des participants.

Une plus grande sensibilité au stress

Après la lecture, l’exercice mental. Les participants ont dû effectuer différents tests mettant en jeu la mémoire et le calcul afin de mesurer et de comparer leurs réactions à des situations stressantes (les exercices sont réalisés devant une glace sans tain et commandés par la voix d’examinateurs invisibles). Nouveaux prélèvements de salive. Le lendemain de cette expérience, les participants ont tous été rappelés par téléphone afin qu’ils parlent des nouvelles négatives dont ils avaient gardé le souvenir. En dépouillant les résultats, les chercheurs ont eu une surprise. “Alors que la lecture des nouvelles négatives seule n’avait pas eu d’impact sur le niveau de stress, elle avait rendu les femmes plus réactives en affectant leurs réponses psychologiques à des situations stressantes ultérieures”, note Marie-France Marin.

Pas d’effet sur les hommes

En effet, le niveau de cortisol n’a pas augmenté après la lecture mais il s’est retrouvé nettement plus élevé chez les femmes ayant lu les mauvaises nouvelles après la partie stressante (exercices mentaux) du test. En revanche, cet effet n’était pas présent chez les femmes ayant lu des nouvelles neutres. “De plus, les femmes ont mémorisé plus de détails sur les mauvaises nouvelles”, indique Marie-France Marin. “Il est intéressant de noter que nous n’avons pas observé ce phénomène chez les hommes”. Intéressant, en effet, et intriguant. Les chercheurs n’ont pu percer le mystère. D’autres études seront nécessaires pour l’élucider. Néanmoins, ils ont émis certaines hypothèses.

Un héritage de l’évolution ?

L’une des plus intéressantes concerne l’évolution. Les femmes sont, depuis toujours, particulièrement attentives à la protection de leurs enfants. Le souci de leur survie aurait ainsi affecté l’évolution du système gérant le stress dans leur cerveau. Elles seraient ainsi devenues plus empathiques. La lecture de mauvaises nouvelles déclencherait alors une mise en éveil de la réaction de stress. Comme si le danger, révélé par le journal, pouvait les affecter directement, elles et leur progéniture. Ainsi, dans une situation stressante réelle postérieure à la lecture, leur réaction est plus forte en raison d’une sensibilité exacerbée par l’impact des mauvaises nouvelles.

Il reste à affiner cette analyse en incluant des variantes dans l’échantillon des participants. “D’autres études permettront de comprendre comment le sexe, les différences de génération et d’autres facteurs socio-culturels peuvent affecter la perception, par les participants, de l’information négative dans laquelle nous baignons en permanence”, conclue Marie-France Marin.

Michel Alberganti

 

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L’excitation sexuelle atténue nos sensations de dégoût

Le sexe a longtemps été considéré comme “sale”. Et nombre de pratiques sont encore, parfois, qualifiées de repoussantes, dégradantes ou dégoutantes. Pourtant, il semble que ces jugements, émis en général à froid, ne correspondent pas forcément aux sensations à chaud, c’est à dire sous l’emprise d’une excitation sexuelle. L’étude publiée le 12 septembre 2012 dans la revue PLoS One par Charmaine Borg et Peter J. de Jong, du département de psychologie clinique et de psychothérapie expérimentale de l’université de Groningen, aux Pays-Bas, s’attache à montrer que les sensations de dégoût s’atténuent sous l’effet de l’excitation sexuelle chez les femmes, comme chez les hommes.

Stimulants du dégoût ou dégoût des stimulants

“La salive, la sueur, le sperme et les odeurs corporelles comptent parmi les plus forts stimulants du dégoût”, notent-ils. Et de se demander, dans ces conditions, comment les gens parviennent à ressentir le moindre plaisir dans la relation sexuelle. Pour répondre à cette interrogation fondamentale, puisqu’elle est à la base même de l’acte permettant à l’être humain de se reproduire et dont le moteur est fondé sur la recherche du plaisir, les chercheurs sont partis d’une hypothèse : “l’engagement sexuel pourrait réduire temporairement les sensations de dégoût engendrées par certaines stimulations”. Par ailleurs, ils se sont demandé si la relation sexuelle n’atténue pas l’hésitation à réellement agir face à ces stimulations.

90 femmes, trois groupes

Pour répondre à ces questions, Charmaine Borg et Peter J. de Jong ont réalisé une expérience à l’aide d’un groupe de 90 femmes en bonne santé affectées au hasard à trois groupes : celui des femmes excitées sexuellement, celui des femmes excitées non sexuellement et celui du groupe de contrôle neutre, des femmes non excitées du tout. Des films ont été utilisés pour induire ces trois états (érotique pour le premier groupe, sportif pour le second et touristique pour le troisième). L’ensemble des participantes ont ensuite effectué des tâches comportementales sexuelles, comme la lubrification d’un vibromasseur avec les mains, ou non sexuelles comme la boisson dans un verre de jus de fruit contenant un gros insecte. Le tout pour mesurer l’impact de l’excitation sexuelle sur les réactions de dégoût et les comportements d’évitement des tâches demandées. Ces dernières ne manquaient pas de piment…

Fort Boyard…

Autres exemples : retirer un papier toilette souillé d’un bocal et l’y remettre, manger un morceau d’un biscuit posé à coté d’un ver vivant, tenir un pansement utilisé sur une blessure pendant 5 secondes, frotter une brosse à dent usagée sur sa joue pendant 5 secondes, enfoncer une aiguille dans un œil de vache …  Plus sexe mais tout aussi dégoutant : enfoncer son doigt dans un bol de préservatifs usagés et toucher chacun d’eux, sortir d’un sac et serrer dans ses bras une chemise portée par un pédophile pendant un viol, lire et dire à haute voix: “j’étais si excitée de l’avoir (le chien) en moi”…

Des chercheurs pudiques

Il faut donc reconnaître que les chercheurs n’y sont donc pas allés de main morte. A leur décharge, les tests étaient truqués lorsque nécessaire et possible. Ainsi, la chemise du supposé pédophile était neuve et propre, tout comme la brosse à dents ou les préservatifs. En revanche, le ver était bien vivant et l’œil de vache bien réel, mais les participantes n’avaient, en fait, qu’à le toucher avec le bout de l’aiguille. Néanmoins, les chercheurs ont préféré exclure le détail des épreuves du corps de leur publication et le renvoyer en annexe. Les 16 tâches devaient être effectuées par ensembles de 2, chacun suivi par un clip de 2 minutes destiné à entretenir l’état d’excitation de chacun des trois groupes de femmes.

Résultats

Les chercheurs ont été récompensés de leur peine. Il ont trouvé exactement ce qu’ils imaginaient. D’abord, les femmes du groupe sexuellement excité ont jugé les stimulations à caractère sexuel comme significativement moins dégoutantes que les femmes non excitées et celles du groupe des femmes excitées non sexuellement. En revanche, les jugements de degré de dégoût ont été similaires pour les trois groupes vis à vis des stimulations non sexuelles. Ensuite, pour l’ensemble des tâches sexuelles et non sexuelles, c’est le groupe sexuellement excité qui a effectué le plus grand nombre d’entre elles. Ces résultats corroborent ceux obtenus lors d’une étude précédente avec des hommes, malgré quelques différences dans la procédure de l’expérience.

Vive les préliminaires

Les chercheurs peuvent ainsi confirmer que l’excitation sexuelle, agissant sur la perception subjective du dégoût ainsi que sur les réactions d’évitement des situations induisant ce dégoût, “facilite l’engagement dans une relation sexuelle satisfaisante. En revanche, si l’un des deux partenaires ne parvient pas à cet état d’excitation, cela peut poser problème”. Sur le plan thérapeutique, cette étude peut conduire à aller chercher du coté d’un manque d’excitation sexuelle les problèmes rencontrés par certains couples. Une façon de justifier pleinement le rôle des préliminaires qui ont justement pour objet d’induire cet état d’excitation sexuelle permettant d”éviter les réactions de dégoût ultérieures. Moralité: une fois de plus, on constate que la nature est bien faite et qu’elle a pensé à tout…

Michel Alberganti

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