En fait, l’homme descendrait du rat…

Ceux qui ont eu du mal à accepter que l’homme descende du singe vont encore passer un mauvais moment. Non seulement, cette origine n’est pas remise en question mais les chercheurs, en remontant beaucoup plus loin, ont abouti à un autre ancêtre: une sorte de rat… Publiée dans Science du 8 février 2013, l’article qui nous ôte tout espoir d’avoir été créé à l’image de Dieu. A moins de croire, comme les Indiens, à la réincarnation et de dédier certains temples aux… rats (voir la vidéo ci-dessous).

L’ancêtre commun des mammifères placentaires

L’équipe de 22 chercheurs américains, plus un Canadien, dirigée par Maureen O’Leary, du département de sciences anatomiques de l’école de médecine de l’université Stony Brook, a reconstruit l’arbre généalogique des mammifères placentaires. C’est-à-dire ceux qui se reproduisent à l’aide d’un véritable placenta qui alimente l’embryon et le fœtus. Dans ce groupe, on trouve les chats, les chiens, les chevaux, les musaraignes, les éléphants, les chauve-souris, les baleines  et… les hommes. Il s’agit du plus important groupe de mammifères avec plus de 5000 espèces dans une centaine de familles.

Juste après les dinosaures

En remontant aux origines de ce groupe, les chercheurs sont presque parvenus jusqu’aux dinosaures. Du moins jusqu’à leur extinction à la fin du Crétacé, il y a 65 millions d’années. Il semble que notre ancêtre rongeur soit apparu entre 200 000 et 400 00 ans après cette extinction. Deux à trois millions d’années plus tard, le groupe des mammifères placentaires modernes se mit à proliférer. Ces résultats bouleversent la chronologie admise auparavant puisque qu’elle fait reculer l’apparition du premier ancêtre commun aux mammifères placentaires de… 36 millions d’années.

Le plus remarquable, dans ce travail, est qu’il ne repose pas sur de nouveaux fossiles mais sur l’analyse des caractères anatomiques, morphologiques et moléculaires des animaux. Les chercheurs ont exploité les informations rassemblées dans la plus grande base de données mondiale sur les caractères morphologiques, la MorphoBank, soutenue par la National Science Foundation (NSF). Ils ont utilisé de nouveaux logiciels pour analyser les caractéristiques d’espèces de mammifères vivantes et éteintes. Pas moins 4541 phénotypes de 86 fossiles et espèces vivantes ont été associés à des séquences moléculaires. Au final, ce sont les traits morphologiques qui ont pris le dessus et conduit les chercheurs dans leur reconstruction de l’arbre de la vie des mammifères. Ce travail fait partie du projet Assembling the Tree of Life financé par la NFS. L’approche morphologique des chercheurs présente l’avantage d’aboutir à une image, certes reconstruite, de l’ancêtre commun. Elle ne pouvait que chatouiller les spécialistes de biologie moléculaire et de génétique.

Fossiles contre horloges

Ainsi, le jour même de la parution de l’article dans Science, une réponse a été publiée par Anne Yoder, biologiste spécialiste de l’évolution de l’université Duke ( Caroline du nord). Sous le titre : “Les fossiles contre les horloges”, Anne Yoder commence par rendre hommage au travail de ses collègues avant de lancer sa flèche. Selon elle, les chercheurs de l’équipe de Maureen O’Leary, en se focalisant sur les caractéristiques morphologiques s’est plus attachée à décrire la forme de l’arbre que la longueur des branches. D’où la non prise en compte des conséquences de cette longueur des branches déterminée par les horloges moléculaires de la génétique. On peut espérer que les deux approches s’associent et permettent affiner les résultats.

Michel Alberganti

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Le scarabée bousier marche droit grâce à la Voie Lactée

La vie d’un scarabée bousier évoque celle de Sisyphe. Éternellement, il fait rouler des boulettes d’excréments pour aller les enterrer dans son garde-manger souterrain. De façon surprenante, il parvient à se déplacer en ligne droite en pleine nuit. La performance est d’autant plus remarquable que l’insecte la réalise tout en poussant une boulette et en marche arrière, comme le montre la vidéo ci-dessous. Comment prend-il ses repères ? Quel GPS le guide ?

La lumière de la Lune

La question tourmente une équipe de chercheurs de l’université de Lund, en Suède, depuis des années. La biologiste Marie Dacke avait déjà publié un article dans la revue Nature le 3 juillet 2003 dans lequel elle révélait que les scarabées bousiers utilisent la lumière polarisée provenant de la Lune pour se déplacer ainsi en ligne droite. Ceci malgré la puissance extrêmement faible d’une telle lumière. Dans un nouvel article paru le 24 janvier 2013 dans la revue Current Biology, Marie Dacke, associée à Emily Baird, Marcus Byrne, Clarke Scholtz et Eric Warrant, expliquent leur nouvelle découverte : la lumière des étoiles, en particulier celles provenant de la Voie Lactée, sert aussi de GPS aux insectes coprophages.

Les étoiles de la Voie Lactée

En effet, contrairement à ce qu’induisait la seule hypothèse de la Lune, le scarabée bousier se déplace également sans problème par une nuit sans Lune mais dont le ciel est constellé d’étoiles. Toutes les étoiles sont-elles utilisées ? Les chercheurs ont réalisé des tests dans lesquels ils ont masqué tout le ciel sauf la Voie Lactée. Pas de problème pour le rouleur de billes fécales. Mais lorsqu’ils ont masqué la Voie Lactée, plus de guidage, panne de GPS. Finie, la belle ligne droite. Pour les chercheurs, la plupart des étoiles ne sont pas assez lumineuses pour servir de point de repère aux scarabées. Mais la Voie Lactée, elle, brille suffisamment. La Lune aussi, lorsqu’elle est présente. Les pousseurs de boules odorantes disposent donc de plusieurs GPS célestes.

Toujours est-il que ce sont les premiers insectes capables d’une telle navigation. Jusque là, les spécialistes pensaient que seuls les hommes, les phoques et les oiseaux savaient utiliser les étoiles pour se diriger. Il faut donc ajouter le scarabée bousier à cette courte liste. On peut se demander pourquoi ces insectes ont développé un instrument de navigation aussi sophistiqué et si précis qu’il lui permet n,on seulement de se diriger mais aussi de se déplacer en ligne droite. La réponse réside peut-être dans une caractéristique sociale des bousiers. En effet, ils sont prompts à chiper la boule de leur voisin. Pour mettre à l’abri le plus vite possible son butin fécal, le scarabée a sans doute également compris une autre règle que les hommes connaissent bien: la plus courte distance entre deux points…

Michel Alberganti

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Dauphins volants, requins cabotants et calmars géants [Vidéos]

La mer est une ressource inépuisable dans de nombreux domaines, comme l’a souligné, à la surprise générale, Jean-Luc Mélanchon lors du débat qui l’a opposé à Jérôme Cahuzac dans l’émissionMots Croisés du lundi 7 janvier 2013 sur France 2. Un autre aspect, moins économique qu’esthétique et spectaculaire, est apporté par trois vidéos publiées ces jours-ci sur Internet. S’il fallait leur trouver un point commun, c’est sans doute notre ignorance. Malgré toutes les études déjà réalisées et les documentaires tournés, une large partie du comportement des espèces marines nous reste inconnue.

Pourquoi ces dauphins bondissent-ils ainsi à la surface de la mer, préférant les sauts fatigants à la nage sous l’eau ? Pourquoi un tel groupe de plusieurs centaines d’individus ? Où vont-ils ainsi ? On aimerait pouvoir les suivre et comprendre.

Justement, c’est ce qui s’est passé en Floride pour le suivi des grands requins blancs, calibre “Dents de la mer“.  Grâce à des balises implantées directement sur la peau, leur cabotage a été pisté. Pour s’apercevoir… qu’ils s’approchent à moins de 200 mètres des côtes. Comment se fait-il que l’on ne découvre qu’aujourd’hui le parcours des grands requins qui s’approchent aussi près des plages de Floride ?

Comment les grands fonds peuvent-ils engendrer des calmars de cette taille ? Quel hommage à Jules Verne et à la pieuvre géante de ses “20 000 lieux sous les mers” ! Une équipe de scientifiques japonais a réalisé les premières images de ces céphalopodes vivant dans leur milieu naturel à plus de 700 mètres de profondeur. Ces calmars géants n’atteignent néanmoins que 3 mètres de longs, bien loin des 10 mètres et 495 kg du plus imposant calmar colossal capturé à ce jour.
Le film réalisé par l’équipe de Tsunemi Kubodera a du résoudre certains problèmes délicats pour approcher ces prédateurs dotés, obscurité abyssales oblige, d’un oeil gigantesque que l’on aperçoit dans la vidéo ci-dessous. Pour cela, le cameraman, transformé en calmarman, a fait appel à de la lumière infra-rouge invisible pour les céphalopodes et les hommes, mais pas pour les capteurs électroniques des caméras, et il s’est posté en restant le plus immobile possible dans l’attente de la visite du monstre. Traque réussie. Le film sera diffusé sur Discovery Channel aux Etats-Unis le 27 janvier 2013, sous le titre: “Le monstre calmar : le géant est réel”, en traduction littérale. Espérons que les images seront rapidement accessibles en Europe, via Internet sans doute. D’ici là, un aperçu de la vedette :

Michel Alberganti

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2012 : les temps forts de la science

L’année 2012 ira à son terme. Plus vraiment de doute désormais. La fin du monde, promise par certains Cassandre, sera pour plus tard… Et les Mayas, involontaires fauteurs du trouble, sont entrés dans une nouvelle ère avant tout le monde, le 21 décembre dernier, après avoir sans doute bien ri de la panique engendrée par la fausse interprétation de leur antique calendrier. Du coté de la vraie science, la cuvée 2012 restera sans doute dans les annales comme particulièrement riche. Aussi bien en succès qu’en couacs. Pour faire bonne mesure, revenons sur trois grands moments dans ces deux catégories et sur leurs principaux acteurs.

Trois succès :

1°/ Peter Higgs, le père du boson

4 juillet 2012. Un jour peut-être, lorsque les manuels de physique auront intégré un minimum d’histoire des sciences (espérons que cela arrive avant la prochaine nouvelle ère du calendrier Maya), la photo de Peter Higgs ornera cette date du 4 juillet. Dans l’amphithéâtre du CERN, Peter Higgs pleurait. Il racontera ensuite que l’ambiance y était celle d’un stade de foot après la victoire de l’équipe locale. Ce jour là, les résultats des deux expériences menées avec le LHC ont montré qu’ils convergeaient vers la valeur de 125 GeV. Soit la masse du boson dont l’existence avait été prédite par Peter Higgs et ses collègues, parmi lesquels  François Englert et Tom Kibble sont toujours vivants, en… 1964. Fantastique succès, donc, pour ces théoriciens qui voient, 48 ans plus tard, leurs calculs vérifiés par l’expérience. Il faudra néanmoins attendre le mois de mars 2013 pour une confirmation définitive des résultats. Et septembre pour un possible (probable ?) prix Nobel de physique pour Peter Higgs. En 2013, notons donc sur nos tablettes:  “Le boson”, saison 2.

2°/ Curiosity, le rover sur Mars

6 août 2012. 7h32 heure française. Le rover Curiosity se pose en douceur sur Mars après un voyage de 567 millions de km qui a duré 8 mois et demi. Comme au CERN un mois plus tôt, c’est l’explosion de joie dans la salle de contrôle du Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la Nasa à Pasadena (Californie). C’est la première fois qu’un robot de ce calibre (3 x 2,7 m sur 2,2 m de haut, 899 kg) est expédié sur une planète du système solaire. Près de 7000 personnes ont travaillé sur le projet qui a coûté la bagatelle de 2,5 milliards de dollars. On comprend le soulagement apporté par l’atterrissage réussi. Pour autant, la véritable mission de Curiosity a commencé après cet exploit. Et force est de constater qu’elle n’a pas, pour l’instant, été à la hauteur des espoirs mis en elle. Le comble étant que c’est plutôt son petit prédécesseur, Opportunity, qui fait l’actualité avec ses découvertes géologiques. Curiosity, de son coté, doit découvrir des traces de vie passée sur Mars. Pour lui aussi, la saison 2 pourrait être décisive.

3°/ Serge Haroche, prix Nobel de physique

9 octobre 2012. A Stockolm, la nouvelle prend presque tout le monde par surprise. Alors que l’on attendait le Britannique Peter Higgs, c’est le Français Serge Haroche qui décroche le prix Nobel de physique avec l’Américain et David J. Wineland. Après des années où ce prix allait plutôt à des chercheurs en physique appliquée, c’est le grand retour du fondamental.  Avec Serge Haroche, la mécanique quantique et le chat de Schrödinger sont à l’honneur. Le Français, issu du même laboratoire de l’Ecole Nationale Supérieure (ENS) de la rue d’Ulm, à Paris, que deux précédents Nobel, a réussi à maintenir des particules dans cet état improbable où la matière hésite et se trouve, un bref instant, dans deux situations contradictoires. Comme un chat qui serait à la fois mort et vivant… Seuls les physiciens quantiques peuvent imaginer un tel paradoxe. Serge Haroche a été plus loin et a réussi à maintenir réellement des particules dans cet état assez longtemps pour faire des mesures. La médiatisation de son prix Nobel a révélé l’impact de cette distinction dont la science française avait besoin. Depuis Claude Cohen-Tannoudji en 1997, elle n’avait été primée qu’une fois avec Albert Fert en 2007.

Trois échecs :

1° / Les neutrinos trop rapides

16 mars 2012 : Eh oui ! Einstein a dû en rire dans sa tombe. Les scientifiques du CERN, eux, ont dû rire jaune en devant admettre, en mars 2012, que les neutrinos ne vont pas plus vite que la lumière. Pas moins de 6 mois ont été nécessaires pour débusquer l’erreur de manip. Une vulgaire fibre optique mal branchée. Au CERN de Genève ! Le temple de la physique doté du plus gros instrument, le LHC ! Avec des milliers de scientifiques venus du monde entier… Bien entendu, l’erreur est humaine. Ce qui l’est aussi, sans être aussi défendable, c’est le désir irrépressible de communiquer le résultat d’une expérience avant d’être absolument certain du résultat. Risqué, surtout lorsque ce résultat viole l’une des lois fondamentales de la physique : l’impossibilité de dépasser la vitesse de la lumière établie par Albert Einstein lui-même. Nul doute que la mésaventure laissera des traces et favorisera, à l’avenir, une plus grande prudence.

2°/ Les OGM trop médiatiques

19 septembre 2012. Gilles-Eric Séralini, biologiste de l’université de Caen, avait préparé son coup de longue date. Plus de deux ans pour mener à terme une étude d’impact des OGM et de l’herbicide Roundup sur une vie entière de rats. Et puis, le 19 septembre, coup de tonnerre médiatique. Le Nouvel Obs titre: “Oui, les OGM sont des poisons”. Si les physiciens du CERN ont manqué de prudence, nos confrères de l’hebdomadaire n’ont pas eu la moindre retenue lorsqu’ils ont conçu cette Une. Les ventes ont sans doute suivi. Le ridicule, aussi, lorsqu’il est apparu que l’étude était très contestable. En déduire que les OGM sont des poisons, en laissant entendre “pour les hommes”, est pour le moins regrettable. En revanche, le coup de Gilles-Eric Séralini a mis en lumière les carences des procédures de test des OGM. Sil en reste là, ce sera une terrible défaite, aussi bien pour la science que pour les médias.

3°/ Voir Doha et bouillir…

8 décembre 2012. Si c ‘était encore possible, la 18e conférence internationale sur le réchauffement climatique qui s’est tenue à Doha, capitale du Qatar, du 26 novembre au 6 décembre 2012 avec prolongation jusqu’au 8 décembre, aura battu tous les records de ridicule. On retiendra deux images : la grossièreté du vice-Premier ministre Abdallah al-Attiya et l’émotion de Naderev Saño, négociateur en chef de la délégation des Philippines, parlant du typhon Bopha qui a fait plus de 500 morts dans son pays. Quelle distance entre ces deux personnages. Aucun dialogue n’a pu s’établir dans ce pays qui est le plus pur symbole de la contribution éhontée au réchauffement climatique (numéro un mondial en émission de CO2 par habitant). La conférence s’est soldée par un échec cuisant. Un de plus. Au point de conduire à s’interroger sur l’utilité de tels rassemblements. Forts coûteux en énergie.

Michel Alberganti

Photo: Vue d’artiste. REUTERS/NASA/JPL-Caltech

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Les changements climatiques ont stimulé l’évolution du genre Homo

Et si les changements climatiques du passé avaient joué un rôle important dans l’évolution de nos ancêtres au cours des deux derniers millions d”années ? Telle est la thèse soutenue par trois chercheurs, Katerine Freeman, professeur de géoscience et Clayton Magill, docteur en géosciences, à l’université de Pennsylvanie et Gail Ashley, professeur de sciences de la Terre à l’université Rutgers. Dans un article publié le 24 décembre 2012 dans la revue PNAS, ils suggèrent qu’une succession de rapides changements environnementaux auraient dirigé l’évolution humaine à cette époque.

Dans les sédiments d’un ancien lac

Les chercheurs ont étudié la matière organique préservée par les sédiments d’un ancien lac dans les gorges d’Olduvai, sur le versant ouest de la vallée du Rift, au nord de la Tanzanie. Ce lieu qui fait l’objet de recherches depuis 1931, est parfois considéré comme le berceau de l’humanité, en raison des nombreux témoignages de la présence de groupes humains préhistoriques dans cette région.

5 ou 6 changements d’environnement en 200 000 ans

“Le paysage dans lesquels les premiers hommes vivaient ont basculé rapidement de la forêt fermée à la prairie ouverte de 5 à 6 fois au cours d’une période de 200 000 ans”, indique Clayton Magill.  “Ces changements se sont produits de façon très brusque avec des transitions ne durant que quelques centaines ou quelques milliers d’années”, précise-t-il. Pour Katherine Freeman, la principale hypothèse suggère que les changements provoqués chez l’homme par l’évolution pendant ces périodes sont liés à cette modification constante de leur environnement et a un important changement climatique. “Alors que certains pensent que l’Afrique a subi un ”grand assèchement” progressif et lent pendant 3 millions d”années, les données que nous avons recueillies montrent une absence de progression vers la sécheresse et, au contraire, un environnement extrêmement variable”, déclare-t-elle. Des périodes humides longues auraient alterné avec des périodes plus sèches.

La vie est plus difficile dans les périodes de changement que dans celles de stabilité. Clayton Magill note que de nombreux anthropologues considèrent que ces modifications de l’environnement pourraient avoir déclenché des développements cognitifs. Le bon sens conduit à la même conclusion. Soumis à des situations nouvelles, toutes les espèces vivantes doivent relever le défi : s’adapter ou disparaître. L’homme étant toujours là, il n’est pas incongru de penser… qu’il s’est adapté.

Plusieurs passages de la forêt à la prairie

“Les premiers humains ont dû passer d’une situation où ils ne disposaient que d’arbres à une autre où ils n’avaient plus que de l’herbe en seulement 10 à 100 générations et ils ont donc été conduit à modifier leur régime en conséquence”, indique Clayton Magill. Changement de nourriture disponible, changement de type de nourriture à manger, changement de façon d’obtenir la nourriture, autant de puissants déclencheurs de l’évolution. Seuls les plus malins, comme d’habitude, ont survécu. Sans doute grâce à un cerveau plus gros et, donc, à des capacités cognitives supérieures, ainsi que des modes de locomotion nouveaux et des organisations sociales différentes. “Nos données sont cohérentes avec ces hypothèses. Nous montrons que les variations rapides de l’environnement coïncident avec une période importante de l’évolution humaine lorsque le genre Homo est apparu pour la première fois avec les premières preuves de l’usage d’outils”, explique le chercheur.

Pour parvenir à ces conclusions, l’équipe de scientifiques a analysé la matière organique, les microbes et les autres organismes piégés dans les sédiments depuis 2 millions d’années dans les gorges d’Olduvai. En particulier, ils se sont intéressés à certains biomarqueurs, des molécules fossiles provenant du revêtement en cire des feuilles qui survit particulièrement bien dans les sédiments. Ensuite, la chromatographie gazeuse et la spectrométrie de masse leur ont permis de mesurer l’abondance relative des types de cires liés à différents isotopes du carbone. Ils ont ainsi pu détecter les transitions entre les environnement riches en arbres et ceux où seule l’herbe subsistait.

Sur une période de deux millions d’années, de nombreux facteurs interviennent. Comme l’évolution de l’orbite de la Terre qui influence les régimes de mousson en Afrique ou les durées d’ensoleillement qui agissent sur la circulation atmosphérique et l’apport en eau. Autant que paramètres dont les chercheurs ont dû tenir compte dans leurs modèles mathématiques.

Cela nous rappelle quelque chose…

Un tel travail nous ramène forcément à la situation que nous sommes en train de vivre aujourd’hui même. Nous aussi sommes confrontés à un changement climatique rapide. De nombreuses espèces vivantes en font et en feront les frais, faute de capacités d’adaptation suffisantes. Et l’homme ? Le réchauffement climatique actuel est le premier dont l’humanité a conscience pendant qu’il se produit. Pour la première fois, l’homme a même la sensation de pouvoir agir sur ce phénomène auquel son activité sur Terre contribue. Mais cela changera-t-il quelque chose ? Pourrons-nous prolonger la période climatique stable qui a prévalu sur la planète pendant la révolution industrielle ? Ou bien faut-il nous préparer à évoluer pour nous adapter ?

Michel Alberganti

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Fin du monde : dernier coup d’oeil aux merveilles de la vie sur Terre

Bon, c’est pour demain… Pour ceux qui croient à la fin du monde et qui risquent de céder à la panique, voici une forme d’antidote. Comment imaginer que de telles merveilles disparaissent demain ? Combien de temps a-t-il fallu pour atteindre un tel mariage de la beauté et de l’efficacité ?

Les merveilles de notre univers sont révélées depuis des décennies grâce aux progrès de l’imagerie scientifique. La biologie, comme l’espace, est une source inépuisable d’émerveillement visuel. Depuis 10 ans, la filiale américaine du fabricant d’appareils photo et de microscopes japonais Olympus organise un concours annuel international  intitulé BioScapes. Les lauréats de l’édition 2012 viennent d’être révélés et ils donnent largement raison au président d’Olympus America lorsqu’il déclare: “Les images au microscope forgent un lien extraordinaire entre la science et l’art”. Contrairement aux images des télescopes qui bénéficient de l’impulsion de puissantes agences comme la Nasa, celles qui proviennent de la biologie sont beaucoup moins popularisées. Même si elle n’est pas dénuée d’objectifs commerciaux, on ne peut donc que saluer l’initiative d’Olympus America.

Vous pouvez découvrir les 10 images et vidéos gagnantes ainsi que les 62 mentions honorables décernées cette année. Vous y retrouvez l’image ci-dessus ainsi que celles ci-dessous. Je ne résiste pas au plaisir de vous montrer mes préférées. Avec une mention spéciale pour la vidéo sur les Rotifères, classée première. On note que plusieurs Français se trouvent parmi les lauréats et les mentions.

Michel Alberganti

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Dans le Tarn, des poissons-chats pratiquent la chasse aux pigeons

Qui les connaît, surtout s’il est pêcheur, n’a guère de sympathie pour les poissons-chats. Outre leur aspect peu esthétique de prime abord, les Ameiurus melas et autres Silurus glanis, avec leur 6 barbillons et leurs trois épines aux piqûres douloureuses, ont la désagréable habitude de dépeupler les eaux de leurs autres habitants. Ils se nourrissent en effet essentiellement de poissons. Et ils grossissent très rapidement. Le Silure glane peut atteindre 1 à 2 mètres de long, voire 2,5 mètres, et peser jusqu’à 100 kg. Espèce invasive, les étangs et autres cours d’eau qu’ils investissent ne laissent rapidement aux pêcheurs d’autres possibilités que d’abandonner les gardons et les brèmes pour se résoudre à pêcher… des poissons-chats.

La voracité de ces envahisseurs est telle que cette pêche peut se révéler sportive. Une voracité que l’étude publiée dans la revue PLOS One du 5 décembre 2012 par Julien Cucherousset, biologiste du CNRS à l’université de Toulouse, confirme au delà de ce que l’imaginait jusqu’à présent. Avec son équipe, il a étudié les pratiques de chasse au pigeon de ces prédateurs d’eau douce.

Les scientifiques rappellent d’abord plusieurs stratégies de captures des carnassiers dont la fameuse technique des crocodiles pour sauter à la gorge des gazelles ou des gnous en Afrique. Difficile de ne pas y penser lorsque l’on observe la technique des poissons-chats vis à vis des pigeons.

L’équipe de Julien Cucherousset a analysé 24 scènes de chasse dans le Tarn, rivière dans laquelle les poissons-chats ont été introduits en 1983. De 1 à 9 poissons-chats de 90 cm à 1,5 mètre de long chassaient tandis que, sur la berge, un groupe de pigeons était venu boire et faire toilette. Les chercheurs ont ainsi analysé et filmé 54 attaques de silures sur les pigeons. Dans 28% des cas, le poisson a capturé l’oiseau sur la terre, est retourné dans l’eau et l’a avalé. Une seule fois, le poisson est entièrement sorti de l’eau, mais sans succès. Dans environ 40% des attaques, plus de la moitié de la longueur du corps du poisson-chat est sorti de l’eau. Dans tous les cas, l’assaut a été rapide puisqu’il a duré de 1 à 4 secondes. Les chercheurs ont remarqué que seuls les pigeons en mouvement étaient attaqués, même lorsque l’un d’entre eux était plus proche mais restait immobile. La vue du poisson-chat n’est pas son point fort. Il semble ainsi que ce soit plutôt leurs barbillons détectant les vibrations de l’eau qui les guident.

Pour tenter d’évaluer la part prise par les pigeons dans l’alimentation des poissons-chats, les chercheurs ont analysé la chair de 14 d’entre eux mesurant entre 90 cm et 2 mètres. Ils ont ainsi découvert une grande dispersion dans la part des volatiles dans le menu des poissons. Il semble donc qu’il s’agisse d’une pratique de certains individus seulement. En revanche, le pigeon se substitue au poisson dans le régime. Cette chasse, coûteuse en énergie, est-elle causée par un manque de nourriture aquatique ou bien par l’attrait du goût du volatile ? L’étude ne répond pas à cette question. Néanmoins, la taille semble jouer un rôle. Celle des chasseurs de pigeons varie entre 90 cm et 1,5 mètre lorsque celle de l’échantillon total observé va de 90 cm à 2 mètres. Cela pourrait indiquer que les plus gros poissons sont moins habiles chasseurs sur terre.


La découverte de l’équipe de Julien Cucherousset apparaît comme totalement inédite. Elle induit d’autres questions concernant l’impact de la part de nourriture terrestre sur la capacité invasive de l’espèce. Sur le plan écologique, la chasse aux pigeons des poissons-chats interroge sur leur équilibre avec les ressources de leur milieu. Sont-ils trop nombreux par rapport aux poissons ? Leurs proies aquatiques sont-elles devenues moins nombreuses, peut-être à cause, justement, de l’augmentation de la population de poissons-chats ?

Ce dont les chercheurs sont sûrs, à ce stade, c’est qu’ils ont observé un cas assez extraordinaire d’adaptation d’une espèce à son milieu. Une pratique entièrement nouvelle a été développée par les poissons-chats, malgré la difficulté. Cela montre une espèce en pleine évolution. Mais la chasse au pigeon est sujette à l’absence d’évolution… des pigeons eux-mêmes. Combien de temps leur faudra-t-il pour apprendre à se méfier de l’eau qui ne dort qu’en apparence ?

Une autre vidéo, glanée sur Flickr, montre, ci-dessous, que la prochaine victime des poissons-chats pourrait bien être le canard. Un futur sujet d’étude, peut-être, pour les chercheurs toulousains.

La revanche de l’oiseau :

Michel Alberganti

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Climat : tout Doha dans le mur

Moment d’émotion à Doha, au Qatar, lorsque Naderev Saño, négociateur en chef de la délégation des Philippines, a fait le lien entre les négociations de la 18ème conférence internationale sur le changement climatique et le nouveau drame qui a frappé les Philippines cette semaine avec le passage du typhon Bopha qui a fait plus de 500 morts et des centaines de milliers de sans abri. Mais les sanglots dans la voix de Naderev Saño n’y feront rien. Doha va se terminer sur un échec cuisant. Un de plus. Avec une fracture grandissante entre les pays pauvres et les pays riches sur la gestion du réchauffement climatique.

En effet, le temps des objectifs de réductions des émissions de CO2 semble désormais révolu. Les discussions se concentrent sur la gestion  des conséquences d’un réchauffement planétaires qui pourrait atteindre 3 à 5°C en 2100 au lieu des 2°C visés pour limiter les risques d’emballement du système climatique.

La conférence de Doha, qui a rassemblé les représentants de 190 pays du 26 novembre au 6 décembre 2012 au Qatar, le pays dont les habitants sont les plus gros pollueurs de la planète, est en passe de s’achever en farce. D’autant que le pays hôte n’a pas jugé utile de saisir cette occasion pour faire le moindre effort en matière de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre (GES).

Le vice-Premier ministre Abdallah al-Attiya qui dirige les débats en séance plénière a même fait preuve de cynisme, voire de mépris, pour les participants. Vendredi 7 décembre, il a ouvert une séance en diffusant le clip d’une “chanson de la société civile” appelant à “se réveiller” sur l’air de Bella Ciao. Face au risque de prolongation des débats dans la nuit, il a déclaré avec élégance: “Je ne suis pas pressé. Ma maison est seulement à 10 minutes en voiture”. Visiblement, le Qatar n’avait pas d’objectif écologique en organisant cette conférence.  On découvre qu’il ne s’agissait pas, non plus, de donner une bonne image du monde arabe. Tout cela tourne donc de plus en plus à la mascarade et justifie de se poser la question de la nécessité de continuer à rassembler, tous les ans à grand frais, des milliers de personnes autour de la question du climat.

Un fiasco de plus

Doha s’inscrira donc dans la longue liste des fiascos. Pas d’accord sur des objectifs contraignant de réduction des émissions de gaz à effets de serre. Pas d’accord sur le programme de soutien financier aux pays victimes des conséquences du réchauffement climatique. “L’UE ne peut pas accepter un texte qui contiendrait un engagement à 60 mds d’argent public en 2015 compte tenu des contraintes budgétaires dans lesquelles nous sommes”, a déclaré le ministre français du Développement, Pascal Canfin, indiquant que les négociateurs tentaient de trouver une “formule” qui “dessinerait un chemin pour arriver aux 100 milliards”, rapporte l’AFP. Comme on le sentait déjà lors des précédents sommets, comme celui de Durban, la crise économique a achevé les timides velléités d’engagement financier des pays riches. Les pays pauvres vont devoir s’y faire. Les riches n’ont plus d’argent à leur donner.

Alors, Doha accouchera sans doute de décisions strictement symboliques. Le protocole de Kyoto, version 2, qui doit débuter le 1er janvier 2013 reste sur la sellette. Il est déjà vidé de sa substance avec le désistement du Japon, de la Russie et du Canada. Les décisions ne concerneront que l’UE et l’Australie qui émettent 15% des GES globaux. Autant dire que leurs efforts n’auront aucun effet significatif sur le réchauffement. Et puis, il sera temps de se donner rendez-vous… pour la prochaine réunion, à Paris en 2015 avec l’espoir de moins en moins ferme d’un accord mondial sur des réductions d’émissions à partir de 2020.

On aurait donc probablement pu se passer de Doha et des railleries de son vice-premier ministre. Les choses en sont arrivées au point de presque donner raison au climato-sceptique Lord Monckton qui a réussi à prendre la parole en se faisant passer pour un représentant de la Birmanie (Myanmar) pour exposer ses vues contestant la réalité du réchauffement et l’absurdité de lutter contre les émissions de GES. Qu’il ait pu, ainsi, s’infiltrer dans la conférence est tout un symbole…

Michel Alberganti

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Taux de CO2 dans l’atmosphère: la lutte contre le réchauffement climatique a échoué

L’organisation météorologique mondiale (WMO) a publié, le 20 novembre 2012, son bilan annuel sur l’évolution de la concentration des gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère. En 2011, un nouveau niveau record a été atteint, ce qui signifie que toutes les conférences internationales sur le réchauffement climatique ont échoué. Elles ne sont pas parvenues à infléchir la courbe de croissance de ces gaz. Le CO2 a atteint les 390,9 parties par million (ppm) en 2011, soit 40% de plus que les 280 ppm de l’ère pré-industrielle.

Ainsi, entre 1990 et 2011, le forçage radiatif a augmenté de 30% à cause du CO2 et des autres GES comme le méthane. Depuis le début de l’ère industrielle, au XIXe siècle, 375 milliards de tonnes de carbone ont été relâchées dans l’atmosphère, prioritairement par la combustion de combustibles fossiles. Environ la moitié de ce carbone reste dans l’atmosphère tandis que l’autre moitié a été absorbée par les océans et la biosphère terrestre.

“Ces milliards de tonnes de CO2 ajoutées dans l’atmosphère terrestre vont y rester pendant des siècles, contribuant au réchauffement de la planète avec des impacts sur tous les aspects de la vie sur Terre. Les émissions futures ne feront qu’aggraver la situation”, a commenté Michel Jarraud, secrétaire général de la WMO. Avant l’ère industrielle, la quantité de CO2 émise dans l’atmosphère était entièrement récupérée par les écosystèmes marin et terrestre. Aujourd’hui, cette captation n’atteint plus que 50% des émissions et rien ne permet de prédire que cette proportion va rester stable.

On peut se satisfaire d’une croissance qui n’accélère pas malgré l’augmentation de la population sur Terre et le développement de pays comme la Chine et l’Inde. Néanmoins, ce résultat est loin de permettre d’atteindre l’objectif d’une augmentation limitée à 2°C en 2100. Désormais, les projections, comme celle de l’étude commandée par la Banque mondiale, tablent plutôt sur 4°C. Sans certitude.

Ainsi, la température sur Terre, qui était de 13,9°C en moyenne au XXe siècle, a affiché en 2011, un écart de + 0,51°C, soit:

14,41 °C

Michel Alberganti

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La Banque mondiale envisage un réchauffement de 4°C en 2100

La prise de conscience du réchauffement climatique pourrait franchir une étape importante avec le rapport publié le 18 novembre 2012 par… la Banque mondiale. Si l’économie s’empare du problème, cela démontre peut-être qu’il a changé d’orbite dans le cerveau mondial. Déjà, les sociétés d’assurance avaient tiré la sonnette d’alarme en raison de l’envolée des coûts engendrés par la multiplication des catastrophes météorologiques comme la tempête Sandy qui a touché les Etats-Unis fin octobre.

Turn down the heat

Intitulé sobrement “Turn down the heat” (Baissons la chaleur), ce rapport scientifique a été réalisé par le Potsdam Institute for Climate Impact Research (PIK) et par Climate Analytics pour la Banque mondiale. Il répond à la question: “Que serait le monde s’il était plus chaud de 4°C ?” Ces instituts prennent ainsi le relais du GIEC qui, jusqu’à son dernier rapport de 2007, s’attachait à un objectif de réchauffement de 2°C en 2100.  Plus personne, aujourd’hui, ne parie sérieusement sur un tel résultat. Les réductions d’émissions de gaz à effet de serre (GES) nécessaires pour l’atteindre sont loin d’être réalisées. Les années passent et c’est toujours à une augmentation mondiale de ces émissions de GES que l’on assiste. Le manque de volontarisme des Etats-Unis et le développement de la Chine font partie des principales raisons de cet échec patent.

Désormais, donc, l’heure n’est plus aux imprécations. Nous entrons dans la période de préparation. Et cette perspective de 4°C en 2100, adoptée par le rapport de la Banque mondiale, paraît raisonnable, voire optimiste. Même si le président du groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, fait mine de persister dans le rêve antérieur :

« Nous pouvons et nous devons éviter une hausse de 4 degrés. Il faut limiter le réchauffement à 2 degrés. Si nous n’agissons pas suffisamment contre le changement climatique, nous risquons de léguer à nos enfants un monde radicalement différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. Le changement climatique est l’un des  principaux obstacles auquel se heurtent les efforts de développement, et nous avons la responsabilité morale d’agir pour le bien des générations futures, et en particulier les plus pauvres. »

Déjà 0,8°C

A l’appui de cette thèse, le rapport tente d’imaginer ce que serait une Terre où régnerait une température supérieure de 4°C par rapport à l’ère préindustrielle, c’est à dire vers le milieu du 19e siècle. En raison de la forte accélération du réchauffement à partir des années 1960, nous en sommes aujourd’hui à +O,8 °C en moyenne sur la planète. Le rapport rappelle que la température des océans a augmenté de 0,09°C depuis les années 1950 ce qui a entraîné une acidification des eaux, que le niveau des mers a augmenté de 20 cm par rapport à l’ère préindustrielle et que cette tendance se poursuit au rythme de 3,2 cm par an. Sans parler de la multiplication des canicules, des sécheresses et ouragans et autres tempêtes dévastatrices. Tout indique donc que nous préparons une température moyenne supérieure d’au moins 4°C à celle de l’ère préindustrielle pour 2100.

Impacts sur le développement

Quelles en seront les implications, en particulier sur le développement, facteur important pour la Banque mondiale ? Le rapport détaille plusieurs conséquences graves :

- inondation des villes côtières
- risques accrus pesant sur la production vivrière
- hausse des taux de sous-alimentation et de malnutrition
- aggravation de la sécheresse dans les zones arides et du niveau d’humidité dans les zones humides
- vagues de chaleur sans précédent dans beaucoup de régions, et particulièrement sous les tropiques
-aggravation sensible des pénuries d’eau dans beaucoup de régions
- intensification des cyclones tropicaux
- perte irréversible de la biodiversité, y compris dans les systèmes de récifs coralliens

John Schellnhuber, directeur du PIK, souligne que “les réactions du système terrestre au changement climatique ne sont pas linéaires”. Un point très important car il peut expliquer pourquoi le dépassement des 2°C peut se révéler délicat. Au delà, en effet, une sorte de point de non retour peut être franchi. Il s’agit donc bien d’une cause qui devrait être mondiale. La seule solution passe par “la croissance verte et solidaire”, des mots qui peuvent prêter à sourire à une époque où la course aux profits immédiats semble l’emporter sur toute autres considérations sur l’avenir. Cet avenir que nous nous préparons en accordant 1000 milliards de dollars de subvention à l’exploitation de combustibles fossiles, comme le note le rapport qui précise certaines conséquences climatiques:

  • Les vagues de chaleur extrême qui, dans un monde sans réchauffement climatique, ne devraient survenir qu’une fois toutes les quelques centaines d’années, séviront presque tous les étés dans beaucoup de régions. Leurs incidences ne seront pas réparties uniformément. Les hausses de température les plus importantes devraient survenir en zones terrestres et varier de 4 à 10 °C. On devrait s’attendre à des hausses de 6 °C ou plus des températures mensuelles estivales moyennes dans la région méditerranéenne, en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et dans certaines parties des États-Unis.
  • On observera vraisemblablement une élévation de 0,5 à 1 mètre du niveau moyen des mers d’ici à 2100, et des niveaux plus élevés sont également possibles. Certaines des villes les plus vulnérables à ce phénomène sont situées au Mozambique, à Madagascar, au Mexique, au Venezuela, en Inde, au Bangladesh, en Indonésie, aux Philippines et au Viet Nam.
  • Les régions les plus vulnérables se trouvent en zones tropicales, subtropicales et polaires, où de multiples impacts risquent de s’additionner.
  • L’agriculture, les ressources en eau, la santé humaine, la biodiversité et les services écosystémiques seront vraisemblablement gravement touchés. Ces répercussions pourraient engendrer de vastes déplacements de populations, réduire la sécurité et perturber les systèmes économiques et le commerce.
  • Beaucoup de petits États insulaires risquent de se trouver incapables d’assurer la survie de leurs populations.

Un changement d’ère climatique ?

La nouvelle perspective d’un réchauffement de 4°C nous projette dans un scénario proche de celui d’une changement d’ère climatique. En effet, la dernière période glaciaire se caractérise par une baisse de température de 4,5 à 7°C. On peut donc craindre qu’une augmentation de 4°C de la température moyenne sur Terre n’engendre pas une simple amplification des phénomènes climatiques que nous connaissons aujourd’hui. Nous risquons une véritable rupture avec des dérèglements dont l’ampleur semble difficile à prévoir avec précision. Nul doute qu’ils seront forts désagréables pour une grande partie des habitants de la planète d’ici 2100.

Michel Alberganti

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