Ô Isis ! Ô Osiris ! C’est Mamie…

Un message vieux de près de 2000 ans orne une tablette d’offrande de 43 par 35 cm découverte dans l’une des 35 tombes en forme de pyramide de la nécropole de Sedeinga, dans le nord du Soudan. Les archéologues ont déchiffré le texte gravé, écrit dans le langage méroitique du royaume de Koush. Le terme Aba-la utilisé serait un nom familier donné à une grand-mère. D’où cette traduction possible :

 

Ô Isis !
Ô Osiris !
C’est Mamie.
Faites lui boire de l’eau en abondance.
Faites lui manger du pain en abondance.
Faites lui servir un bon repas.

Les Dieux qui se font face sur la tablette sont bien égyptiens, La déesse mère protectrice Isis et Anubis, dieu à tête de chacal accompagnant les morts dans l’autre monde. L’invocation est complétée par Osiris, le dieu roi mythique. Il est remarquable que les souhaits formulés pour l’au-delà concernent tous la nourriture, et rien d’autre. Une préoccupation sans doute essentielle de la vie dans cette contrée désertique, il y a quelque 2000 ans.

Fascinant spectacle que ces répliques des pyramides égyptiennes découvertes par un Français, Vincent Francigny, directeur des fouilles travaillant pour l’American Museum of Natural History, près du Nil dans le désert du nord du Soudan. On connaissait Meroë et ses pyramides tronquées émergeant du sable. Ici, à Sedeinga, les tombeaux sont plus petits et ils renferment une étonnante construction circulaire invisible de l’extérieur et qui ne contribue pas, semble-t-il, à la structure de l”édifice.

Ces pyramides se distinguent par leur nombre, 35 découvertes jusqu’à présent entre 2009 et 2012, leur densité et leur diversité. La base de la plus grande mesure 7 mètres et la plus petite, sans doute destinée à un enfant, pas plus de 75 cm. Leur densité est telle que les 13 premières pyramides découvertes tenaient sur une surface de 500 m2.

Michel Alberganti

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Les restes de Richard III authentifiés


Le 4 février 2013, l’université de Leicester a confirmé par un communiqué que les restes humains découverts en août 2012 sous un parking de la ville sont bien ceux du roi Richard III d’Angleterre (1452 – 1485). L’histoire est assez extraordinaire et prolonge celle d’un monarque plus célèbre au théâtre, grâce à la pièce de Shakespeare, que dans l’histoire. Frère du roi Edouard IV, duc de Gloucester, Richard III n’a régné que deux ans de 1483 à 1485, année de sa mort, le 22 août, sur le champ de la bataille de Bosworth, dans des conditions assez dramatiques.

Disparus pendant 4 siècles

La dépouille du roi fut alors inhumée dans l’église Greyfriars à Leicester, ville proche du champ de bataille. Après la disparition de cette église, au XVIe siècle, les restes de Richard III disparurent pendant 4 siècles. Jusqu’à ce qu’une équipe d’archéologues de l’université de Leicester ne parte à leur recherche. Des fouilles sous un parking de la ville révélèrent un squelette que les chercheurs ont analysé sous toutes les “coutures”. Leur verdict vient donc de tomber : il s’agit bien du squelette de Richard III. La datation au carbone 14, les analyses génétiques de l’ADN, radiologiques, morphologiques et archéologiques le confirment. Il s’agit bien des restes du dernier roi Plantagenêt, également dernier des souverains d’Angleterre à mourir sur un champ de bataille.


Que nous apprend l’analyse des archéologues sur celui qui aurait crier, avant de mourir “Trahison !”, ou bien, de façon plus théâtrale et shakespearienne : “Un cheval, un cheval ! Mon royaume pour un cheval !” ? Plus de 500 ans après sa mort, les scientifiques ont pu constater que l’ADN du squelette correspond à celui de deux de ses parents dans la lignée maternelle. Un généalogiste est en train de vérifier auprès de descendants vivants de la famille de Richard III. L’individu auquel appartenait le squelette est mort à cause d’une ou deux blessures à la tête, l’une provenant sans doute d’une épée, l’autre d’une hallebarde. Dix blessures ont été identifiées sur le squelette, dont l’une mortelle à l’arrière de la tête. Une partie du crane a été découpée.

Une corpulence mince, presque féminine

La datation au carbone révèle que le roi avait un régime très riche en protéine, en partie provenant de poisson et fruits de mer, ce qui révèle son rang. Le squelette révèle une forte scoliose qui a pu se déclarer pendant la puberté. Richard III était connu pour être bossu. Malgré une taille de 1,72 m, le roi devait paraître sensiblement plus petit avec une épaule, celle de droite, plus haute que l’autre. Son cadavre a été victime de blessures humiliantes dont l’une provenant d’une épée ayant traversé la fesse droite. Plus étonnant pour un monarque, les chercheurs notent une corpulence mince, presque féminine, qui ne correspond guère aux canons des chevaliers de l’époque. Ils n’ont pas trouvé trace du bras atrophié dont parle Shakespeare.

Au final, le portrait post mortem de Richard III ne semble guère correspondre au personnage noir, brutal et meurtrier que Shakespeare met en scène quelque 110 ans après sa mort. Désormais, les acteurs qui interprètent le Richard III de Shakespeare auront une autre référence pour se glisser dans la peau du personnage. Certains y réfléchissent déjà.

Michel Alberganti

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Quand les dinosaures arpentaient le Grand Canyon…

Un dinosaure sur les bords du Grand Canyon… Une image forte qui semble désormais probable grâce à l’étude réalisée par des chercheurs de l’université de Colorado Boulder. L’analyse de minéraux au fond de sa partie ouest indique que le Grand Canyon était déjà largement creusé il y a… 70 millions d’années. Les dinosaures, qui seraient apparus sur Terre il y a quelque 230 millions d’années pour disparaître il y a 65 millions d’années, auraient donc pu se promener dans ces lieux sans doute déjà magiques à cette époque reculée.

10 fois plus âgé qu’on le croyait

Cette découverte bouscule les connaissances qui dataient la formation du Grand Canyon d’il y a seulement 5 à 6 millions d’années. Il s’agit d’un bond en arrière de plus de 60 millions d’années réalisé grâce à l’analyse de la désintégration d’atomes d’uranium et de thorium en atomes d’hélium à l’intérieur d’un phosphate appelé apatite. “Nos résultats impliquent que le Grand Canyon était déjà creusé jusqu’à quelques centaines de mètres de sa profondeur actuelle il y a 70 millions d’années”, indique Rebecca Flower, l’une des signataires de l’article publié le 29 novembre 2012 dans la revue Science Magazine.

Michel Alberganti

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Helmut, le mammouth de la Marne a-t-il été victime de l’homme ?

Belle prise, peut-être, pour l’homme de Néandertal… Helmut était un mammouth laineux de 2,9 à 3,4 m au garrot pour environ 5 tonnes. Pas mal de viande pour l’hivers qui devait être long, à l’époque, avec le climat sibérien qui régnait sur la région de cet ancien lit de la Marne où il a été trouvé. Cette carrière de Changis-sur-Marne (Seine et Marne) a ensuite vu passer les gaulois et les romains. C’est d’ailleurs la fouille d’un site gallo-romain par l’Institut de recherches archéologiques préventives (Inrap) qui a mis au jour cet habitant des lieux, il y a 200 000… ou 50 000 ans.

Éclats de silex

La fourchette reste large, avant les analyses de datation, pour ce troisième exemplaire de mammouth découvert en France. Du sol sableux, émergent deux défenses imposantes, un fémur, une partie du bassin, un humérus, une mandibule, quatre vertèbres encore connectées et passant sous les omoplates… Le tout, en assez bon état et assez dispersé pour poser question. D’autant que la présence d’éclats de silex près du crane de l’animal suggère une présence humaine.

Cold Case

Sur l’enquête scientifique, va dont se greffer une enquête policière qui aurait sans doute passionné les héros de la série Cold Case. Espérons que l’affaire soit élucidée de façon convaincante. L’archéologie en souvent conduite à bâtir des scénarios peu crédibles en raison du manque de preuve, c’est à dire de traces édifiantes. Trouveront-ils, cette fois, des marques laissées par le silex sur les os d’Helmut ? L’auteur sera-t-il identifié comme l’homme de Néandertal qui a vécu en Europe entre moins 250 000 et moins 28 000 ans ? Si c’est le cas, cela remettra-t-il en cause nos connaissance sur les capacités de cet “ancêtre” qui reste au coeur de nombreux débats, en particulier sur les possibles croisements avec l’Homo sapiens, apparu il y a quelque 400 000 ans ? Aux archéo-policiers de nous le dire.

Michel Alberganti

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Les T. rex avaient la dent très dure

Un squelette de Tyrannosaurus rex au Smithsonian museum - Photo: Quadell

Au moins depuis le Jurassic Park de Steven Spielberg (1993), on savait que le Tyrannosaurus rex avaient une mâchoire capable de malmener et d’endommager une voiture… Les chercheurs de l’université de Liverpool ont voulu aller plus loin en calculant la force exercée par ces mâchoires grâce un modèle informatique capable d’intégrer l’ensemble de connaissances actuelles sur l’anatomie et la physiologie des T-rex. Ils ont publié leurs résultats dans un article des Biology Letters de la Royal Society anglaise mis en ligne le 29 février 2012.

Modélisation informatique de la mâchoire d'un T. rex - Credit: Samantha Martin

Alors que les études précédentes avaient abouti à une estimation située entre 8000 et 13400 newtons, Karl Bates et son équipe sont parvenus à une valeur minimale de 20 000 newtons et un maximum de 57 000 newtons, soit la bagatelle de 5 700 kg ou encore 5,7 tonnes… Pour un animal qui pouvait peser lui-même quelque 6 tonnes, cela donne une idée de l’incroyable puissance destructrice de son coup de dent. Il faut dire qu’à son époque ses congénères faisaient aussi leur poids. A titre de comparaison, la force exercée par la mâchoire des T. rex est 10 fois supérieure à celle des alligators actuels qui comptent parmi les plus forts de la planète lorsqu’il s’agit se saisir une proie avec une dentition pour seule arme. “Nos résultats montrent que les T. rex disposaient d’une morsure  extrêmement puissante qui en faisaient l’un des plus dangereux prédateurs que la Terre ait porté. Son système musculosquelettique unique continuera à fasciner les scientifiques pendant les prochaines années”, déclare Karl Bates.

A chaque dent sa fonction

Sans attendre, on trouve une autre publication très récente qui analyse également la dentition des T. rex. Ainsi, la paléontologiste Miriam Reichel, de l’université de l’Alberta, au Canada, vient-elle de publier dans The Canadian Journal of Earth Science, un article qui rend compte de l’étude de la forme en dents de scie de toute la famille des tyrannosaures. Elle a ainsi découvert de fortes variations dans la forme et la disposition des dents. Avec, toutefois, des points communs concernant la spécialisation des différentes familles de dents.  “Celles de devant étaient utilisées pour attraper et pousser tandis que celles disposées sur les cotés de la mâchoire servaient à perforer et à déchirer la chair des proies avant que les dents situées à l’arrière ne se chargent, non seulement de trancher et de découper en dés, mais aussi de conduire la nourriture vers le fond de la gorge”, explique Miriam Reichel. Une superbe machine à broyer, en somme.

Bonne idée ?

Autant de considérations qui conduisent à douter: L’idée de redonner vie à de telles créatures, comme l’avait imaginé Michael Crichton dans son livre Jurassic Park, qui a inspiré le film de Spielberg, est-elle vraiment bonne ? A coté de cette perspective, les questions posées par la réintroduction de loups ou d’ours bruns peuvent paraître bien dérisoires. Difficile de ne pas avoir envie de rejeter un petit coup d’oeil sur ce que nous en montre le film..

Michel Alberganti

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Un oeil de mouche pour les aveugles

Une drosophile, la mouche qui aime la rosée

Comment font les mouches pour voler à une vitesse de plusieurs mètres par seconde en évitant les obstacles ? Depuis leur apparition sur Terre, il y a 400 millions d’années, ces insectes ont mis au point une technique visuelle aussi efficace qu’économe. Le fameux œil sphérique est doté, chez la mouche bleue, de 5000 facettes correspondant à autant de pixels sur une image numérique. Une bien pauvre résolution, en fait, si on la compare aux quelque 20 millions de pixels captés par l’œil humain. Alors comment voler à cette vitesse avec aussi peu d’informations ? C’est la question que s’est posée Nicolas Franceschini, directeur de recherche CNRS à l‘Institut des sciences du mouvement de l’université de la Méditerranée Aix Marseille. Cette équipe a découvert que le secret des mouches réside dans un système d’analyse des images compatible avec les capacités de l’oeil des mouches et avec celles de leur cerveau. Les insectes se concentrent sur une vision du mouvement des différents éléments du paysage pendant leur vol. “Les objets à très grande distance défilent à une vitesse angulaire faible, alors que les objets proches défilent avec une vitesse très élevée”, explique Nicolas Franceschini à l’AFP (25 février 2012).

Hélicoptère de 100 grammes utilisant un capteur "œil de mouche"

“Flux optique”

Les mouches analysent ce que les chercheurs nomment le “flux optique”. En fait, elles ne distinguent que les différences de contraste entre les objets et analysent leur distance grâce à leur vitesse de défilement. Cela suffit pour éviter les obstacles, poursuivre des congénères, faire du vol stationnaire et maîtriser des atterrissages précis. Autant de performances qui ne peuvent que séduire les roboticiens. Ces derniers sont en effet confrontés à un grave problème dès lors qu’ils conçoivent des engins volants de très faible poids, comme les fameux insectes espions dont nous avons parlé récemment : comment embarquer des grosses puissances de calcul dans des volumes microscopiques, des masses très réduites et sans consommer trop d’énergie.

Un prototype de la "bande de vision" de l'EPFL

Moins de calculs

La mouche avec son œil simplifié et son analyse sommaire des images apporte une solution intéressante. Il lui suffit de quelques dizaines de neurones de détection des mouvements et de 18 paires de muscles à chaque aile pour obtenir une autonomie remarquable. Ce dispositif exige “moins de capacités calculatoires que tous les autres systèmes proposés dans la robotique jusqu’ici”, note Nicolas Franceschini. Son laboratoire à l’Institut des sciences du mouvement a déjà conçu un robot hélicoptère d’une centaine de grammes qui exploite la vision par analyse du flux optique. Parallèlement, le projet européen Curvace (Curved Artificial Compound Eyes) piloté par l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne et auquel participe l’université de la Méditérannée Aix-Marseille a pour objectif de fabriquer un oeil artificiel pesant 1,7 gramme et disposant de 700 facettes, équivalent à l’oeil de la drosophile ou mouche du vinaigre.

Dessin d'artiste montrant l'utilisation du système Curvace pour l'assistance des personnes aveugles

Détection d’obstacles par vibrations

Le capteur panoramique pourra se présenter sous une forme sphérique ou cylindrique ou bien en bandes flexibles de 1 mm d’épaisseur. Une telle “caméra” miniaturisée dotée d’une analyse de mouvement inspirée par celle du cerveau des mouches pourrait bouleverser l’assistance aux personnes aveugles. C’est l’un des objectifs du programme Curvace. Il reste à réaliser l’interface entre les signaux captés et les handicapés visuels.  Les chercheurs évoquent une transformation en vibrations permettant, par exemple, d’alerter sur l’approche d’un obstacle. On pense aux radars installés sur les automobiles pour faciliter les manœuvres de parking. Dans ce cas, l’appareil émet des sons de plus en plus rapprochés lorsque la distance diminue. Le conducteur se trouve dans une situation proche de celle d’un aveugle puisqu’il ne voit pas les obstacles de faible hauteur qui se trouvent à l’arrière de la voiture. On peut donc espérer que la caméra de Curvace permette de mettre au point des systèmes d’assistance moins invasifs que les rétines artificielles ou les implants dans le cerveau.

Biorobotique

Voici donc une preuve supplémentaire des précieuses ressources pour l’homme que les scientifiques peuvent exploiter à partir des mécanismes mis au point par la nature au cours de millions d’années d’évolution. Le biomimétisme appliqué à la robotique a ainsi fait l’objet d’un atelier international à l’Ecole des Mines de Nantes du 6 au 8 avril 2011.

Michel Alberganti

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Le plus mystérieux manuscrit du monde

A1-VoynichC’est le manuscrit le plus mystérieux du monde. On l’appelle le manuscrit Voynich, du nom du marchand de livres anciens qui, en 1912, l’acheta dans un collège de jésuites près de Rome. Il se trouve actuellement à la Beinecke Rare Book and Manuscript Library de l’université Yale, aux Etats-Unis, sous la cote MS 408. Pourquoi le plus mystérieux ? Tout simplement parce qu’on ignore qui l’a écrit, où il a été écrit et surtout ce qu’il raconte. Illustrée de plantes abracadabrantes dans sa plus grande partie, ce manuscrit contient aussi une partie “astrologico-astronomique”, avec notamment un zodiaque, une partie dite “anatomique” où, dans des bassins remplis d’un liquide vert et alimentés par une tuyauterie bizarroïde, se baignent des nymphes en costume d’Eve (voir ci-dessous), et une partie “pharmaceutique” dans laquelle les plantes semblent être classées auprès de récipients d’apothicaires.

A-VoynichQu’est-ce donc que ce manuscrit ? Le texte ne nous donne aucune réponse pour une simple et bonne raison : il est rédigé dans un alphabet et une langue totalement inconnus. Ecrit de la gauche vers la droite et de haut en bas, il habille les dessins. Certains signes ressemblent à des lettres de l’alphabet latin ou à des chiffres arabes, le reste tient de la rune ou de l’idéogramme. Wilfrid Voynich eut d’emblée la conviction qu’il s’agissait d’un code ou, pour reprendre son expression exacte, d’“un chiffre”. Jusqu’à sa mort en 1930, il pensa que l’auteur de ce manuscrit si mystérieux n’était autre que Roger Bacon, un franciscain anglais du XIIIe siècle, esprit libre, un des pères de l’expérimentation scientifique, détracteur de la scolastique à la mode à son époque et, pour toutes ces raisons, persécuté par l’Eglise et assigné à résidence pendant une bonne partie de sa vie. Bacon avait de bonnes raisons de vouloir “masquer” ses écrits… ainsi que la capacité de le faire. Et Voynich avait de bonnes raisons de soutenir cette thèse car un manuscrit de Bacon lui assurait la fortune.

En réalité, comme je l’ai écrit en 2005 dans Le Code Voynich, ouvrage qui, pour la première fois, présentait un fac-similé du manuscrit (Jean-Claude Gawsewitch Editeur), la thèse Bacon ne tient pas la route. De nombreux indices laissaient penser que l’ouvrage est largement postérieur à la mort, en 1294, du Doctor mirabilis, comme on surnommait Bacon : ainsi, la calligraphie se rapproche de l’écriture humanistique, assez ronde, qui remplace les caractères gothiques au début du XVe siècle. Autre indice : le style des illustrations, dont les experts s’accordent à dire qu’il correspond à celui que l’on trouve en Italie à la même époque. Et il y a la preuve scientifique par le carbone 14, longtemps attendue, qui vient d’être officiellement annoncée il y a quelques jours par l’université de l’Arizona : le parchemin du manuscrit est inscrit dans une fourchette temporelle allant de 1404 à 1438. Pour réaliser cette datation, Greg Hodgins a eu l’autorisation de prélever quatre fragments du MS 408, sur quatre feuillets différents. Quatre minuscules rectangles de 1 millimètre sur 6, qui ont suffi à la datation. En réalité, celle-ci était officieusement connue depuis 2009, date à laquelle un documentaire autrichien l’avait révélée.

Ceci dit, pour intéressante qu’elle soit, la datation au carbone 14 apporte peu d’informations. Elle invalide définitivement la piste Bacon qui avait déjà beaucoup de plomb dans l’aile, détruit l’idée que certains végétaux représentés ressemblaient à des plantes rapportées d’Amérique par Christophe Colomb et annihile l’hypothèse selon laquelle le manuscrit était un canular d’époque rédigé au tournant du XVIe et du XVIIe siècle pour être vendu à prix d’or à un courtisan de l’empereur Rodolphe II de Habsbourg, féru d’ésotérisme et d’alchimie, voire à l’empereur lui-même. Autre thèse qui en prend un coup avec cette datation, celle du Britannique Gordon Rugg qui, en 2004, expliqua qu’on pouvait générer un faux texte ressemblant à celui du manuscrit Voynich à l’aide d’une grille de Cardan. Le hic, c’est que le mathématicien italien Girolamo Cardano vécut cent ans après la réalisation du manuscrit. Enfin, l’idée un peu saugrenue que Voynich lui-même ait pu créer ce livre, avancée par Rob Churchill et Gerry Kennedy dans leur par ailleurs excellent ouvrage, The Voynich Manuscript, semble morte et enterrée.

En revanche, la datation ne nous donne aucun indice sur ce que cache ce manuscrit. En rédigeant la longue préface du Code Voynich, j’ai été fasciné par le fait que tous ceux qui se sont attaqués au décryptage du livre et en ont proposé une solution se sont fourvoyés, victimes de ce que j’ai appelé la malédiction du manuscrit : tous y ont vu ce qu’ils ont eu envie d’y voir et se sont cramponnés à leur théorie contre toute logique. Le MS 408 se comporte, écrivais-je alors, “comme un démoniaque test de Rorschach, comme un miroir tendu vers le désir des déchiffreurs”. A l’heure qu’il est, seule la date de sa conception ne fait plus mystère. Pour le reste, on ignore toujours qui l’a écrit, pourquoi et comment on a codé son contenu (si jamais contenu réel il y a…) et ce qu’il raconte. On ne sait même pas si les illustrations et le texte ont un lien quelconque entre eux. Malgré l’évolution de la cryptographie, malgré la cohorte de passionnés, professionnels ou amateurs, qui s’y sont attaqués, malgré la puissance sans cesse croissante de l’informatique, l’objet résiste. Le manuscrit le plus mystérieux du monde le demeure.

Pierre Barthélémy

Post-scriptum : je présenterai le mystère du manuscrit Voynich, vendredi 4 mars à 14h05, dans l’émission de Mathieu Vidard, “La Tête au carré”, sur France Inter.

 

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La sélection du Globule #33

Bebe- Une des principales informations de la semaine, si l’on met de côté ce qui s’est passé en Egypte, c’est la naissance du premier bébé-médicament en France. Dans un autre genre mais toujours dans la rubrique des naissances, comment un dame de 61 ans a donné la vie à… son petit-fils, en servant de mère porteuse à sa fille et à son gendre.

- On pensait que Lucy, la célèbre australopithèque, tout en se tenant debout sur ses deux jambes, avait conservé un mode de vie arboricole. La découverte d’un os de pied d’australopithèque, semblable au nôtre, montre, selon Le Figaro, que ces hominidés marchaient aussi bien que nous et passaient le plus clair de leur temps au sol plutôt que dans les arbres.

- Aujourd’hui, faire de l’astronomie de pointe signifie souvent trouver d’importants financements pour des instruments coûteux. La revue Nature recense néanmoins un certains nombres de techniques utilisables afin de détecter, pour pas trop cher, des planètes extrasolaires.

- Pour les fans d’archéologie et d’histoire, je signale qu’a ouvert au Pergamon Museum de Berlin, une exposition sur la collection de sculptures antiques de Max Freiherr von Oppenheim (1860-1946). Celui-ci avait fouillé en Syrie un palais datant du début du premier millénaire avant notre ère. Ses trouvailles avaient ensuite été rapportées en Allemagne et von Oppenheim les avait installées dans une ancienne usine qu’il avait transformée en musée privé. Mais celui-ci fut bombardé pendant la Seconde Guerre mondiale. On récupéra des bennes de débris qui furent emmagasinés jusqu’au début des années 1990. C’est à ce moment-là que les quelque 27 000 morceaux commencèrent à être triés, catalogués, jusqu’à ce qu’une grande opération de restauration soit entreprise il y a presque dix ans. Ce sont les résultats de ce puzzle géant qui sont exposés à Berlin.

- Je vous conseille la lecture, sur Wired, de cet article de Jonah Lehrer consacré à Mohan Srivastava, un statisticien vivant à Toronto qui, il y a quelques années, a “craqué” les codes de plusieurs jeux de grattage au Canada et aux Etats-Unis, montrant ainsi que, dans certains jeux censés y être inféodés, le hasard était sous contrôle.

- Les plastiques sans pétrole, fabriqués à partir de maïs mais aussi de lait, ont le vent en poupe, nous dit Le Temps.

- Pour finir : comment la déferlante pornographique en ligne sur Internet affecte la libido des mâles américains

Pierre Barthélémy

 

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La sélection du Globule #31

haiti-rue_0- 2010 a été une année de catastrophes naturelles particulièrement meurtrières, avec près de 300 000 morts. Plus des deux tiers de ces décès sont dus au séisme du 12 janvier 2010 à Haïti (photo Reuters ci-dessus).

- Puisqu’on est encore à l’heure des bilans de 2010, voici la liste des 10 plus belles découvertes archéologiques de l’année dernière selon Archaeology Magazine.

- Luc Chatel, le ministre de l’éducation, va présenter son “plan Sciences” pour tenter de redonner aux jeunes générations le goût des matières scientifiques, qui s’effiloche depuis des années en France.

- Quoi qu’en disent les climatosceptiques, le réchauffement climatique est la preuve spectaculaire de l’influence de l’homme sur l’environnement. Mais notre espèce n’a pas attendu la révolution industrielle pour avoir un impact significatif sur le climat, affirment deux chercheurs de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, qui expliquent que l’action de l’homme sur les forêts depuis des millénaires s’est traduite dans le taux de dioxyde de carbone atmosphérique.

- Une étude française publiée en 2010 avait montré qu’un chien spécialement dressé pouvait, avec un taux d’erreur minime, détecter un cancer de la prostate en reniflant les urines des patients. Comme l’explique The Guardian, la science des odeurs corporelles est en plein développement.

- Un dossier dans Le Temps sur l’optogénétique, cette méthode de recherche qui permet d’activer des neurones grâce à de la lumière. L’optogénétique a été élue méthode de l’année 2010 par la revue Nature Methods car elle pourrait bien (entre autres) révolutionner les neurosciences.

- On croyait l’homme moderne sorti d’Afrique il y a environ 60 000 ans mais une étude publiée dans Science remet en cause ce scénario et affirme que nos ancêtres auraient pu quitter le continent africain il y a 125 000 ans, en passant par la péninsule arabique comme semblent l’indiquer des outils retrouvés aux Emirats arabes unis.

- Même si on a pu avoir un doute à ce sujet étant enfant, on sait qu’un kilo de plumes est aussi lourd qu’un kilo de plomb. Mais un kilo d’aujourd’hui pèse-t-il autant qu’un kilo il y a un siècle ? Evidemment que oui, mais la question se pose parce que l’étalon conservé à Sèvres, au Bureau international des poids et mesures, a très légèrement maigri pour une obscure raison. Ce qui a entraîné la tenue d’une conférence à la Royal Society de Londres les 24 et 25 janvier pour trouver une autre définition du kilogramme, tout comme on a redéfini le mètre en 1960, puis en 1983.

- Pour terminer : Vladimir Nabokov, grand amateur d’échecs et de papillons, avait supputé que le groupe de lépidoptères sur lequel il travaillait aux Etats-Unis était originaire d’Asie. Une hypothèse audacieuse pour l’époque, que la génétique vient de valider, plus de trente ans après la disparition de l’écrivain entomologiste…

NabokovPierre Barthélémy

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La sélection du Globule #30

pterosaur-1

- C’est l’image “scientifique” de la semaine, qui raconte un drame arrivé il y a 160 millions d’années. Ce Darwinopterus femelle, un dinosaure volant, s’est fracturé l’aile et, soit en agonisant, soit en se décomposant, a pondu un œuf qui n’a, bien sûr, jamais éclos.

- Avez-vous déjà entendu parler des cybercondriaques, ces personnes qui se précipitent sur Google au moindre bobo ou pet de travers et se découvrent une multitude de cancers en trois minutes de promenade sur le Web (je caricature un peu) ? Le docteur Zachary Meisel, qui tient une chronique hebdomadaire sur Time.com, explique comment voir le bon côté de la chose.

- Les amibes aussi pratiquent l’agriculture, en “semant” des bactéries. Voir ici aussi.

- Pour de nombreuses espèces d’oiseaux, réchauffement climatique sera synonyme d’extinction, car elles ne pourront pas trouver d’environnement adapté ni s’adapter à leur nouvel environnement. Certains coraux cherchent la parade en se déplaçant vers de plus fraîches latitudes.

- Un portfolio dépaysant du New York Times, qui nous emmène sur la base scientifique américaine McMurdo, en Antarctique.

- Les classiques détecteurs de mensonge étant notoirement peu fiables, on cherche depuis plusieurs années une solution alternative dans l’imagerie du cerveau.

- Pour finir, ce qui pourrait être le chiffre de la semaine si ce blog en avait un : 88 km/h, c’est le record de vitesse qu’a établi une “voiture” ne fonctionnant qu’à l’énergie solaire. Voir ci-dessous.

Pierre Barthélémy

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