Des trous, des p’tits trous… sur Mars

Enfin ! On commençait à désespérer… Le rover Curiosity est arrivé sur Mars début août 2012. Et il a fallu attendre six mois pour qu’il entame enfin son véritable travail : l’analyse de la roche martienne. Avec, en arrière pensée, l’espoir de découvrir des traces de vie ancienne sur la planète rouge.

Le premier forage sur Mars

La Nasa l’a annoncé fièrement le 9 février 2013 : pour la première fois, un robot perce des trous dans le sol de Mars pour récolter des échantillons. Et il faut reconnaître que cela donne un petit frisson. Cela se passe à quelque centaines de millions de km de la Terre. Là-bas, un robot qui pèse autant qu’une petite voiture (900 kg) se promène à la recherche de sédiments sans doute vieux de plusieurs milliards d’années et qui ont été déposés par les immenses rivières qui sillonnaient Mars à cette époque. Que contenait cette eau ? Avait-elle, comme sur Terre, contribué à la création d’une forme de vie ? Curiosity va-t-il en trouver des traces indubitables ? Ce sont les questions qui hantent les chercheurs de la Nasa. Et Mars nous donne une formidable chance d’y répondre avec une très grande précision. En effet, pour les milliards d’exoplanètes qui existent dans la Voix Lactée et les galaxies environnantes, les mesures seront forcément faites à distance. A très grande distance. L’homme n’est pas prêt d’y poser le pied. Avec Mars, tout est différent.

Peu à peu, au fil des missions, comme celle qui a précédé Curiosity avec les robots Spirit et Opportunity arrivés en 2004, la planète rouge devient de plus en plus familière. Ses paysages, qui ressemblent tant à ceux de nos déserts terriens, ont fini par faire partie de notre album photo mental. Certes, comme les images d’une contrée inaccessible pour la grande majorité des hommes. Mais des images dans lesquelles nous savons que nous verrons, un jour, un homme dans sa combinaison blanche. Un homme qui foulera ce sol jaunâtre…

1,6 cm de diamètre sur 6,4 cm de profondeur

Premier acte de ce futur viol d’une terre vierge, un trou percé à l’aide d’un foret. Tout un symbole… Bon, la saillie reste modeste: un diamètre de 1,6 cm sur 6,4 cm de profondeur. Pas de quoi bouleverser une planète. Mais, déjà, quelques surprises. D’abord en raison d’un phénomène optique qui donne l’impression que les trous… sont en relief. Et puis, la couleur. Sous la pellicule de poussière ocre, le sol se révèle gris comme du ciment. Sur Mars, la roche mère est donc aussi blanche que du calcaire sur Terre.

La poudre de roche martienne créée par la mèche de la perceuse est acheminée par des cannelures jusqu’au système de collecte des échantillons du rover, le Chimra. “Nous allons secouer la poudre recueillie pour nettoyer les surfaces internes du mandrin”, explique Scott McCloskey, l’ingénieur responsable du système de forage. “Ensuite, le bras transférera la poudre de la perceuse jusqu’à la pelle où nous pourrons voir enfin l’échantillon”, précise-t-il.

Les opérations ainsi réalisées pour une bonne partie à l’aveugle ont demandé une conception minutieuse. “Construire un outil pour interagir violemment avec des roches inconnues sur Mars impose un programme de développement et de test ambitieux”, confirme Louise Jandura, ingénieur en chef du système d’échantillon qui indique que la mise au point du système de forage a conduit à tester 8 perceuses qui ont réalisé 1200 trous sur 20 types de roche différents sur Terre.

Une fois parvenue au système d’analyse des échantillons, la poudre martienne sera vibrée et tamisée pour retirer les grains supérieurs à 150 microns de diamètre. La petite partie de l’échantillon restante tombera dans les systèmes d’analyse, le CheMin et le SAM, qui pourront alors commencer la mise à nu de la minéralogie et de la chimie martienne.

Michel Alberganti

- Mise à jour le 10 février 2013 avec la vidéo -

10 commentaires pour “Des trous, des p’tits trous… sur Mars”

  1. Votre métaphore du viole est un peu malheureuse car elle laisse entendre que violer est un symbole fort positif. Ou qu’en pensez-vous? Rappelez vous, c’est n’est pas la taille qui compte!

  2. On ne trouvera probablement rien sur Mars pour la simple raison que cette planète a vécu un véritable enfer magmatique.

    La NASA a émis l’hypothèse unique d’anciens fleuves géants (!!!) à propos des sillons observés (cf votre précédent article à propos de Mars), sauf que ces sillons sont très probablement le résultat de coulées de lave géantes. L’Hespérien correspond d’ailleurs à une période d’intense volcanisme :)

    La NASA justifie ses dépenses comme elle peut… Ces images sont bien évidemment passionnantes car cela se passe sur autre planète (c’est le cas de la dire !) mais il faudrait arrêter de prendre les gens pour des imbéciles :)

  3. @Prouheze – Violer un territoire n’est pas positif du point de vue du territoire ou de son propriétaire. Quand il existe. Pas de métaphore en fait…

  4. ces grains de poussières valent probablement plus que leurs pesants d’or mais l’enjeu en vaut la chandelle.

  5. Petit correctif : en fait c’est l’ESA qui a rapporté l’hypothèse plutôt rigolote des fleuves géants, pas la NASA. Autant pour moi… Il faudrait peut-être leur rappeler qu’il y a des volcans de 20km de hauteur sur Mars, laquelle est deux fois plus petite que la Terre :)

  6. Bonjour,

    je me permets de relever également l’expression “viol d’une terre vierge”. Je la trouve tout à fait déplacée pour ne pas dire grossière. De plus, elle me paraît inadaptée puisque rien ne nous permet encore d’affirmer que Mars est une planète “vierge” d’ailleurs vierge de quoi? De vie? De pas humains? Ce n’est pas non plus comme si on pouvait y voir un jeu de mot aux références mythologiques puisque Arès, violent par essence, ne me semble pas dieu à être qualifié de vierge loin de là. Expression à mon goût donc infondée. Dommage j’ai pourtant apprécié le reste de l’article avec notamment la jolie formule: ” Ses paysages, qui ressemblent tant à ceux de nos déserts terriens, ont fini par faire partie de notre album photo mental.” En conclusion merci pour vos articles et je vous assure que vous n’avez pas besoin de faire appel à ce genre d’écarts de langage pour être lu à votre juste valeur. :-) Bien cordialement, une lectrice de 27 ans.

  7. Curiosity va très probablement decevoir beaucoup de monde.

    Le cratère de Gale a toute les caractéristiques d’un cratère volcanique. C’est pour cela que les premières analyses ont révélé du basalte et du verre volcanique :)
    Le noyau de Mars s’est probablement vidé d’une bonne partie de son magma, ce qui explique l’absence de champ magnétique ! :)

  8. Si ça vous intéresse, je viens d’écrire un article là dessus, Mr Alberganti. Bonne lecture :) Et bonne continuation à votre blog qui m’a bien aidé, à savoir les infos sur les mesures in situ de Gale. :)

  9. L’article pose quelques questions interressantes:
    “Là-bas [sur Mars], un robot qui pèse autant qu’une petite voiture (900 kg) se promène à la recherche de sédiments sans doute vieux de plusieurs milliards d’années et qui ont été déposés par les immenses rivières qui sillonnaient Mars à cette époque. Que contenait cette eau ? Avait-elle, comme sur Terre, contribué à la création d’une forme de vie ? Curiosity va-t-il en trouver des traces indubitables ? Ce sont les questions qui hantent les chercheurs de la Nasa.”

    Malheureusement l’auteur de l’article commente:
    “Et Mars nous donne une formidable chance d’y répondre avec une très grande précision”
    En etant sarcastique je pourrais dire que c’est evident que Mars va permettre de repondre a la question “que contenait l’eau qui etait sur Mars?” Ce devrais etre Curiosity qui soit mentionne.

    Il y a plusieurs questions qui ont ete melangees il me semble:
    Y a-t-il eu de la vie sur Mars?, et l’espoir est que Curiosity vas apporter des elements de reponse, “avec une tres grande precision” si possible.

    Y a-t-il de la vie dans l’Univers, ailleurs que sur Terre? et la decouverte de vie sur Mars apporterait une reponse a cette question.

    L’article meriterait d’etre corrige.

  10. @Ludivic – Merci pour votre contribution à la clarté du propos.

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Globule et téléscope est le blog Science et Environnement de Slate.fr.
Il est tenu par Michel Alberganti, journaliste scientifique, ancien journaliste au Monde où il a dirigé le service Science et technologie, et aujourd'hui également producteur de l'émission Science Publique sur France Culture.
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