OGM : Le PDG de l’Inra s’exprime, les paysans indiens se suicident

18h24, le 3 octobre 2012. Tombe un mail venant de l’Inra et contenant un texte signé par François Houllier, son nouveau PDG, successeur de Marion Guillou depuis le 27 juillet 2012. Pas de traces, pour l’instant, sur le site de l’institut. Ce texte, adressé, semble-t-il, directement aux journalistes et à l’AFP, est intitulé: “OGM: quelle place pour la recherche publique ?”. François Houllier réagit à “l’étude secrète” de Gilles-Eric Seralini qui défraie la chronique depuis le 19 septembre.

Aussitôt, il souligne les “ambiguïtés de ces travaux” ainsi que “l’opération médiatique”. “Le poison de la peur et du doute est ainsi instillé”, en conclut François Houiller qui rappelle le sondage montrant que 8 Français sur 10 s’inquiètent de la présence d’OGM dans leur alimentation.

“Le doute, aussi, vis-à-vis de la recherche publique qui ne remplirait pas sa fonction”, poursuit-il en arrivant ainsi au fait. Ce texte dénonce, en effet, la suspicion “de conflits d’intérêts ou de collusion avec ces firmes et de surcroît coupables d’abandon de citoyens consommateurs en danger” dont est victime la recherche publique. Et d’en conclure: “Le mal est donc fait. Il est injuste, mais pas irréparable.”

Faucheurs de Colmar et maïs MON810

François Houiller cite, bien entendu, le cas “des porte-greffes de vignes génétiquement modifiés pour résister au virus transmis par de  minuscules vers du sol” et arrachés par des faucheurs volontaires à Colmar en août 2010. Il cite également le cas bien connu du maïs MON810 avec le moratoire sur la mise en culture en France, la dénonciation et l’annulation par le Conseil d’Etat après la Cour européenne de justice de ce moratoire, le rétablissement de l’interdiction de la culture, le 16 mars 2012 par NKM sous la pression des écologistes. L’Inra a été chargé par la Commission européenne d’une réévaluation des mesures de toxicité du MON810 (modifié pour résister à certains ravageurs). Résultats dans trois ans.

Plus d’argent pour l’Inra

En guise de synthèse de ces événements épars, François Houllier prend un risque en estimant que les travaux de M. Séralini “ne répondent probablement pas aux critères permettant d’en tirer des conclusions scientifiques solides”.

Voilà donc une expertise semble-t-il sans preuve de la part du dirigeant d’un organisme chargé, lui, de réaliser des études répondant à des critères scientifiques stricts. Comment exprimer un tel jugement avant la publication du rapport demandé par le gouvernement à l’Anses?

Le patron de l’Inra en arrive ensuite à la conclusion, convenue, de son texte. Si le public veut plus d’études sur les OGM, alors que l’institut en effectue déjà mais “à bas bruit médiatique”, il lui faut plus d’argent. Ainsi qu’une “confiance collective dans l’impartialité de ses résultats”. François Houllier estime que “notre société doit sortir de sa schizophrénie pour permettre à la recherche publique de poursuivre ses travaux selon des protocoles incontestables, sans être en permanence soupçonnée du pire et, dans certains cas, voir ses essais détruits”.

Quelques heures plus tard, Arte consacre un sujet de son journal à l’utilisation du coton OGM de Monsanto en Inde:

Monsanto oblitère l’image des OGM

En voulant, à toute force, démontrer que les OGM sont mauvais pour la santé humaine à partir d’un seul exemple, le NK603, Gilles-Eric Séralini a, une nouvelle fois, mis sur la table un débat mal ciblé. D’où le tollé des scientifiques concernés.

L’une des vraies questions n’est-elle pas posée par l’expérience indienne? Pas besoin de tests sur les rats pour constater que l’introduction du coton transgénique y réduit l’espérance de vie des cultivateurs. L’origine du problème des OGM n’est pas scientifique ou sanitaire. Elle est industrielle.

Une firme, Monsanto, a réussi à totalement oblitérer l’image des OGM en la confondant avec l’utilisation qu’elle en fait. Monsanto asservit les paysans et se moque de la santé humaine. Son seul but est de vendre des semences et d’en tirer le maximum de profit. En cela, elle joue son rôle de pure entreprise capitaliste.

Mais a-t-elle, pour autant, démontré tout le potentiel des OGM? Est-il impossible de faire mieux? Ces fameux OGM philanthropiques dont parle Jean-Pierre Berlan sans y croire sont-ils vraiment de doux rêves? La vigne française ne peut-elle profiter de la transgenèse sans y perdre son âme? La biodiversité est-elle forcément menacée par la culture des OGM? La diabolisation des plantes transgéniques se confond avec celle de l’entreprise dominante dans ce domaine. Mais pourquoi est-elle si dominante? Que fait l’Europe en recherche et en industrialisation d’OGM? L’Inra peut-il, seul, prendre en charge les travaux nécessaires? Peut-être, par ailleurs, n’avons-nous aucun besoin d’OGM pour nourrir une planète à 9 milliards d’habitants.

Schizophrénie française

Sortons, alors, de cette schizophrénie qui fait interdire en France la culture des OGM et, de facto, la recherche dans ce domaine, alors que nous importons massivement les mêmes OGM pour nourrir notre bétail et les intégrer à notre alimentation.

En France, on protège les cultures bio de la dissémination des OGM mais on laisse ces mêmes OGM en vente libre dans les supermarchés. Ces supermarchés qui financent une étude pour démontrer que les OGM, présents directement ou indirectement sur leurs rayons, engendrent des tumeurs… Tout cela pour mieux vendre leurs produits bio et soigner leur image verte.

Un “débat raisonné” ne doit pas avoir raison du débat

Il apparaît clairement aujourd’hui qu’à force de prendre des décisions sous la pression de différents lobbies (industriels et écologistes), la situation des OGM en France est devenue un sac de noeuds et d’absurdités qui insulte la cohérence et hypothèque l’avenir.

Ce «débat raisonné» ne doit pas avoir raison du débat. Un vrai débat ne consiste pas à ramener à la raison des ignorants égarés. Il ne s’agit pas d’évangéliser des foules ignares comme on fertilise des terres incultes. Cela signifie que, dans un débat démocratique digne de ce nom, les décisions ne sont pas prises à l’avance.

Un vrai débat met sur la table tous les éléments connus d’un dossier afin que chacun puisse forger sa propre opinion. Il peut aboutir à la nécessité de compléter ce dossier. Pour les OGM, à faire de nouvelles études sur la toxicité, mais également sur la dépendance des agriculteurs. Il peut aboutir à une réglementation, à des interdictions, à des autorisations. Pourquoi pas à des moratoires.

Mais toutes ces décisions ne doivent être prises qu’après le débat. Cela permet aux citoyens de comprendre les motivations de ces décisions. Même s’ils n’en approuvent pas certaines. Dans ce cas de la science, le peuple ne peut pas prendre la décision lui-même mais tout doit être fait pour qu’il la comprenne. Pour cela, il faut la justifier publiquement. Sans autoritarisme d’experts, ni mépris pour la contestation. En matière d’OGM en France, tout comme en ce qui concerne le nucléaire, le gaz de schiste ou les nanotechnologies, nous sommes à des années lumière de la possibilité d’un tel débat. Dommage.

Michel Alberganti

41 commentaires pour “OGM : Le PDG de l’Inra s’exprime, les paysans indiens se suicident”

  1. @Michel Alberganti
    Je doit dire que suis plus que dubitatif sur la notion de lobby écologiste (“Sans OGM = moins de 5% des rayons alimentaires des grandes surfaces – “Bio” = 1,7% du marché, dont 60% hors grande surfaces) – et quand bien même il fait vendre du papier et génère du clic, il ne produit pas pour autant du bulletin de vote (suffit voir les scores des Verts et affiliés).
    Ceci dit, je suis assez d’accord avec ce que vous dite. Pour l’instant l’hystérie et la mauvaise foi règnent chez chez les anti et les pro.

  2. @swergen – c’est le lobby écologiste qui a obtenu l’interdiction de la culture des OGM en France, dont le MON810 et qui a rendu quasiment impossible tout essai en champ de la recherche sur les OGM. Coté politique, malgré leur score aux présidentielles, ils ont, grâce à leur accord électoral avec le PS, un groupe à l’Assemblée nationale et deux ministres au gouvernement.

  3. […] OGM : Le PDG de l’Inra s’exprime, les paysans Indiens se suicident From blog.slate.fr – Today, 11:00 AM 18h24, le 3 octobre 2012. Tombe un mail venant de l’INRA et contenant un texte signé par François Houllier, son nouveau PDG, successeur de Marion Guillou depuis le 27 juillet 2012. Pas de traces, pour l’instant, sur le site de l’institut. […]

  4. @michelalberganti

    Que la difficulté d’essais en champ soit excessive je suis d’accord. Bien que la question de la dissémination se pose.
    Qu’il y est un lobby écolo idéologique, voir politique (parce que les représentants politique écolo… ) ok.
    Mais un lobby financier ?? Quels sont les plus gros leviers de lobbying ?
    Gardons un peu de mesure quand même.
    Que des commerçants soient près à mettre en cause près de 95% de leurs produits en rayon j’ai du mal à l’envisager.

  5. @swergen Je sais que c’est difficile à croire mais la fondation CERES qui a cofinancé l’étude de Gilles Eric Séralini rassemble des entreprises autour d’Auchan…

  6. @ swergen: l’agence BIO a édité en 2011 un rapport très intéressant sur les perspectives d’évolution du marché bio, notamment dans les grandes et moyennes surfaces: http://www.agencebio.org/upload/actu/fichier/DP_BIO_conf190511DEF.pdf
    Vous verrez après lecture que ce rapport corrobore parfaitement les dires de Mr Alberganti lorsqu’il présente indirectement les grandes enseignes (qui ont parfaitement flairé la bonne affaire) comme une sorte de lobby écolo, autrement dit anti-OGMs.
    Cordialement

  7. Mr Alberganti, je souhaite préciser quelques points, notamment rapport au “mythe” liant l’introduction du coton Bt et le suicide des agriculteurs en Inde. Vous trouverez sur ce lien un rapport assez clair et précis qui dénonce cette association malheureuse, utilisée comme argument choc par de trop nombreux écologistes: http://www.ifpri.org/sites/default/files/publications/ifpridp00808.pdf

  8. @michelalberganti
    Oui je sais, j’étais au courant.

    @Apyrase
    Il faut différencier les marchés. Le sans-ogm n’est pas forcément du bio (voir mon message plus haut).

    Je ne dit pas qu’il n’y a pas de marché bio et sans ogm.
    Je dit que je vois mal la marque AB ou Les 2 Vaches rivaliser en lobby avec Pepsi Co ou Nestlé.

  9. @michelalberganti
    Mon “oui je sais” c’était au sujet du financement de la fondation CERES.

    Et l’exemple du coton Bt est un bon exemple des excès que l’on trouve des 2 côté du débat.

  10. @ M. Alberganti

    Quelques remarques :

    “Ces supermarchés qui financent une étude pour démontrer que les OGM, présents directement ou indirectement sur leurs rayons, engendrent des tumeurs… Tout cela pour mieux vendre leurs produits bio et soigner leur image verte.”

    Ah, ça n’est pas ce que j’ai lu : les supermarchés cherchent avant tout à se mettre à l’abri d’un éventuel scandale sanitaire…

    J’ai l’impression que vous focalisez un peu trop sur la France, car c’est l’Europe tout entière qui est réfractaire aux OGM : http://www.lefigaro.fr/societes/2012/01/16/04015-20120116ARTFIG00668-europe-basf-met-fin-au-developpement-des-ogm.php

    Je remarque une chose, à chaque fois qu’est abordé le sujet des ogm, jamais il n’est question du long terme. Or, sur le long terme les ogm représentent un danger immense, à savoir l’évolution – déjà observée – des espèces végétales et animales contre lesquelles les ogm luttent. Une telle “lutte” est perdue d’avance, car elle revient à combattre la sélection naturelle… (Ca date de quand, déjà, Darwin ?)
    DONC, Interdire la culture tout en autorisant l’importation n’est pas schizophrénique : en interdisant la culture, on protège les sols européens d’une évolution forcée des espèces nuisibles…

    Les ogm, c’est un gain de production sur le court terme – par ailleurs très négligeable ! voir cette étude : http://www.liberation.fr/sciences/0101563068-les-gains-de-rendement-des-ogm-surestimes -, et des risques très importants sur le long terme… Question : à quoi servent donc les ogm ?

  11. @Vince – Merci pour vos remarques. Je les note. Je suis assez d’accord avec la stratégie vis a vis du scandale sanitaire, qui, pour moi, s’ajoute aux autres (vente bio et image verte qui, d’ailleurs, rejoint la prévention du scandale sanitaire). Pour l’Europe, vous avez raison, je vais me renseigner.
    Mais la vraie question est celle que vous posez en dernier: A quoi servent les OGM ? Elle se décline avec : “A qui servent les OGM ?” Mais aussi: Les OGM peuvent-ils, dans l’avenir, rendre de véritables services à l’humanité ? J’ai du mal à me convaincre qu’une technologie soit intrinsèquement mauvaise…

  12. @ swergen
    D’accord avec vous (“Je dit que je vois mal la marque AB ou Les 2 Vaches rivaliser en lobby avec Pepsi Co ou Nestlé”) aujourd’hui, mais demain, dans 10 ans, dans 20 ans, qu’en sera-t-il ? Je crois pour ma part que les grands enseigne de distribution pari sur cette évolution du bio, garantissant ainsi leurs marges à venir…

  13. @Vince
    Le même argument tient pour les vaccins et une myriade d’autres exemples. Je suis sûr que vous ne souhaitez pas vous engager sur cette pente. Oubliez-le. (Point final.)

  14. @ vince
    Juste une précision, en phytopathologie, il y a une co-évolution entre le pathogène et l’hôte, l’un cherchant à infecter, l’autre à se protéger. Cette co-évolution n’est absolument pas spécifique aux OGMs puisqu’elle existe depuis des milliers d’années (renseignez vous sur les gène d’avirulence et de virulence). L’homme participe à cette pression depuis que l’agriculture existe, avec la domestication du blé par exemple. Pour ce qui est du grain de production, c’est vrai dans certains cas (coton Bt en Chine), ce n’est pas flagrant, cependant l’impact pour l’environnement doit être souligné, avec par exemple la réduction de façon substantielle de l’utilisation de pesticides et l’augmentation du revenu des cultivateurs (voir par exemple les rapport de l’ACSA).

  15. Un article intéressant datant de l’an dernier: Farmers sore over low supply of Bt cotton seeds.
    http://www.business-standard.com/india/news/farmers-sore-over-low-supplybt-cotton-seeds/434231/

  16. Petite attaque en régle du Nouvel Obs: http://www.tak.fr/les-rats-rates-du-nouvel-obs/

  17. @ Vince
    Voici un article scientifique dans une très bonne revue (PNAS) sur les bénéfices du Coton Bt en Inde, histoire d’enterrer le “mythe”: http://www.ncbi.nlm.nih.gov.gate1.inist.fr/pmc/articles/PMC3406847/

  18. @ Vince
    En complément de l’article, les statistiques du gouvernement Indien:
    http://www.cotcorp.gov.in/statistics.aspx

  19. @Apyrase – Intéressante statistique qui montre que le rendement baisse depuis 2008… Impact du coton OGM ?

  20. @ michelalberganti
    Pourquoi cette question: “Impact du coton OGM ?”, je ne comprends pas où vous voulez en venir !!! Pourquoi ça ne serait pas tout simplement dû à la baisse de la demande résultant du ralentissement de l’industrie textile mondiale, ou encore les pluies trop abondantes en Inde en 2009 ? Ce que j’avance est facilement vérifiable (voir CTB, encyclo-ecolo etc…), mais votre question, sur quelle information est elle fondée ???

  21. @Apyrase – C’était une vraie question. Je n’ai pas d’information. Il est simplement remarquable que le rendement baisse depuis 4 ans, sauf une année. Le rendement, bien entendu, n’a rien à voir avec la demande mondiale…

  22. PRECISION : LES 2 VACHES APPARTIENNENT AU GROUPE DANONE QUI FONT TOUT POUR LE DISSIMULER. DANONE: MULTINATIONALE DU LAIT

  23. Prendre pour argent comptant une reportage de Arte, chaine militante antinucléaire et antiOGM? Grande déception, je m’attendais à miens en passant ici.
    Merci Apyrase pour relayer ici des vrai informations sur le coton en Inde.

    @Vince: BPA, vache folle, listéria, les GMS s’en cognent des scandales sanitaires, elles ont un oligopole sur la distribution, quoiqu’il se passe elles vendent. Le financement de l’étude se justifie dans le cadre du marketing sur les produits AB et label sans OGM.

    Autre question: pourquoi autant de non paysan aurait le droit de décider des technologies auquel ces derniers ont accès? Ils ne vous imposent pas de renoncer au métro ou au téléphone portable.

  24. http://imposteurs.over-blog.com/article-coton-bt-en-inde-pour-en-finir-avec-les-rumeurs-106144487.html

    Pour compléter

  25. @ Caspase

    “L’homme participe à cette pression depuis que l’agriculture existe, avec la domestication du blé par exemple.” C’est bien aimable à vous de nous reservir l’éternel “argument” des pro-ogm ! Soyons sérieux : ce qui est réalisé par la biolistique n’a rien à voir avec le croisement de variétés qui ne sont possibles que si les variétés ont des génomes peu différents. Les chiens ne font pas des chats…
    L’intérêt de la biolistique est d’augmenter fortement un caractère déjà existant, ou d’en “insérer” un nouveau. L’effet pervers associé, c’est un forçage évolutif fort des espèces combattues.

    http://www.lefigaro.fr/environnement/2012/05/25/01029-20120525ARTFIG00710-les-ogm-ont-perdu-la-guerre-contre-les-mauvaises-herbes.php

    Quant à la hausse des revenus des agriculteurs, à mon humble avis elle est due à la hausse des prix et celle de la production, car les ogm n’interviennent que très peu dans la hausse de la production…

  26. http://www.efsa.europa.eu/en/efsajournal/doc/2910.pdf
    Accablant.

  27. @Vince: c’est fascinant cette découverte de problème agronomique connu depuis au moins 30 ans en culture conventionnelle. Tout les agriculteurs sont confrontés à des problèmes de mutation qui réduisent l’efficacité des traitements, ça n’a rien à voir avec les OGM.

  28. @ M. Alberganti

    “J’ai du mal à me convaincre qu’une technologie soit intrinsèquement mauvaise…”

    Hum, pas d’accord… Pour la science fondamentale, oui ! Ainsi le génie génétique n’est pas intrinsèquement mauvais (cf la thérapie génique par exemple). Mais les technologies issues d’une science doivent être examinées au cas par cas, c’est pareil pour toutes les sciences (la chimie par exemple !). Enfin c’est mon avis…

  29. @Vince – En fait, vous dites la même chose : une technologie n’est pas intrinsèquement mauvaise. Il faut étudier chaque cas d’utilisation, interdire ce qui est mauvais pour la société et autoriser ce qui est bon.

  30. Un bon papier, qui, comme le fait Inf’OGM ( http://www.infogm.org/spip.php?article5233 ), rappelle que le débat OGM ne porte pas que sur la santé des consommateurs, mais aussi sur le type d’agriculture souhaité.

    Néanmoins, malgré les lacunes de l’étude de Séralini (cf. notamment commentaires de M. Lavielle, qui n’est pas tendre non plus pour les études pro-OGM : http://www.math.u-psud.fr/~lavielle/NK603A_lavielle.html ), cela n’empêche pas de questionner la fiabilité des études à la base des autorisations d’importation ET de culture octroyées par l’EFSA. Ce que font tant Séralini que Lavielle, et d’autres. La santé reste importante, même si elle n’est pas seule en jeu !

    De +, la fameuse “schizophrénie française” est douteuse: le moratoire sur la culture en France se fait précisément au nom du modèle d’agriculture et d’environnement que nous voulons en France : pas au nom de la santé des consommateurs ! Invoquer cet argument est donc contradictoire avec ce que vous exposez justement avant.

    Par ailleurs, oui, les OGM sont en vente libre. C’est le principe de la coexistence & donc de l’étiquetage, c’est-à-dire la possibilité qu’on tente de préserver, pour le consommateur comme pour le producteur, d’utiliser, ou non, les OGM. C’est dans la loi !

    Vous pouvez dire que cette loi est hypocrite. Mais dans ce cas-là, il faudrait choisir entre le tout OGM et le 0% OGM. Ce que personne n’est prêt à faire – et imposez les OGM à la planète ne paraît pas la solution la plus démocratique !

    Vous avez tt à fait raison sur le débat. Et, d’ailleurs, au sujet de l’Inde, on peut déjà s’attendre à ce que des pro-OGM affirment, à tort ou à raison (probablement un peu des deux), que s’ils utilisent davantage de pesticides, c’est à cause de “mauvaises pratiques agricoles” (bien que le même cas se présente aux USA, où les agriculteurs sont autrement formés).

    . Mais les experts n’ont trop souvent que faire de la réalité du terrain, et s’attendent à ce que tout le monde respecte des “bonnes pratiques” et entretiennent des “bons rapports de voisinage” – ce qui, en France même, est loin d’être toujours le cas.

  31. […] OGM : Le PDG de l’Inra s’exprime, les paysans indiens se suicident From blog.slate.fr – Today, 7:14 PM […]

  32. @ M. Alberganti

    Je ne dis pas tout à fait la même chose. C’est la recherche fondamentale en biologie qui a permis de mettre en évidence l’ADN, les gènes, la production des protéines… Alors que la biolistique, qui est une technologie, utilise ces fondements.
    Un autre exemple : c’est la recherche fondamentale en physique qui a mis en évidence la quantification des niveaux d’énergie d’un atome, ce qui a permis l’émergence de la technologie des transistors (en tout cas ceux utilisés aujourd’hui ! :)
    Bon, je vous concède que la différence science/technologie n’est pas toujours évidente…

    Dans le cas du génie génétique, il faut tout de même comprendre qu’on touche là aux “briques élémentaires” de la vie (je mets des guillemets car à une époque pas si lointaine, on pensait que les protons étaient des particules élémentaires de la matière…) Dans le cas des cancers, c’est une modification de l’ADN des cellules touchées qui entraîne la maladie. Alors évidemment cet exemple est assez radical, mais je ne serais pas étonné d’apprendre un jour (et sans aucune contestation possible) la toxicité de nombreux ogm. Mais encore une fois là n’est pas le risque le plus grand concernant les ogm…

    Le génie génétique est une science très récente, trop récente pour que ces résultats soient aujourd’hui probants (ogm peu efficients, thérapie génique très limitée…). Il serait donc sage de ne pas faire n’importe quoi, surtout quand il s’agit de nourrir la planète…

  33. Faudrait d’abords que l’INRA balaye une fois pour toute les conflits d’intérêts, cela fera avancé la transparence et l’intégrité de la recherche fondamentale indépendante (financement uniquement public) des partenariats privé – public permettant la présence des lobbys et politiciens véreux pour des intérêt privés mercantiles !!!

    – 02/10/2012 – Après la publication “Séralini” sur les risques de consommer un maïs OGM : une controverse qui nécessite, à nouveau, de se poser les bonnes questions !

    La branche INRA du syndicat s’exprime, face à la nouvelle controverse concernant les OGM alimentaires, suite à la publication “Séranili”.

    Une controverse qui nécessite, à nouveau, de se poser les bonnes questions sur l’évaluation des risques sanitaires, sur l’homologation de ces produits et l’impartialité des experts, sur le positionnement de l’INRA face à cette question des OGM.

    A Lire et diffuser sans modération !

    Pour une lecture plus facile et pour diffusion, version pour impression en attaché.

    La publication récente de l’article de G.E. Séralini et de ses collègues dans une revue internationale de bon niveau (Food and Chemical Toxicology, classée comme étant de « notoriété excellente » par le système Noria de l’INRA) qui a déjà accueilli de nombreux articles de collègues de l’INRA, suscite un vif débat dans la société civile mais aussi dans la communauté scientifique française et internationale. Ce débat concerne aussi bien la stratégie médiatique de diffusion des résultats de cette étude auprès de nos concitoyens (exclusivité pour un grand hebdomadaire français avec un message extrêmement alarmiste sur la toxicité des OGM), que la méthodologie suivie pour l’étude dont les résultats, pour leurs auteurs, démontrent une toxicité à long terme de la consommation conjointe de maïs génétiquement modifié et de son herbicide associé.

    Notre syndicat SUD Recherche EPST a, par le passé, plusieurs fois exprimé sa défiance envers l’utilisation des OGM en agriculture en raison de leurs conséquences environnementales et sociales et du modèle économique qui leur est associé (privatisation des ressources génétiques), mais aussi parce que nous jugions que les risques sanitaires liés à leur consommation n’étaient pas évalués correctement. Au nom de ces convictions et de ces inquiétudes, nous nous sommes engagés plusieurs fois dans des actions qui ont parfois pu être mal comprises et qui nous ont même été reprochées, à l’exemple de notre témoignage en 2011 lors du procès des arracheurs de la vigne de Colmar. Pour mémoire, notre expression au lendemain de leur action :« Essai INRA plein champ sur la vigne transgénique : un échec qui nécessite de se poser les bonnes questions ? »

    Sans nous prononcer sur les résultats de la publication de G.E. Séralini qui fera l’objet, dans les prochaines semaines, d’une expertise approfondie par la communauté scientifique, nous constatons que les débats que soulève ce travail, confirment la pertinence de plusieurs des idées que nous défendons et des questions que nous posons, notamment en regard des orientations scientifiques de notre Institut.

    La première de ces questions concerne l’évaluation des risques sanitaires liés à la consommation d’organismes génétiquement modifiés et des herbicides qui les accompagnent.

    Dans une interview publiée le 20 septembre dans le journal Le Monde, G. Pascal, ancien toxicologue à l’INRA qui est désormais consultant pour des entreprises de l’agroalimentaire, a déclaré, en début d’interview, que l’étude de Séralini présente de « très sérieuses lacunes, qui invalident ses résultats ». Cependant, il conclut cette même interview par ces phrases : « Effectivement, il n’y a jamais eu d’étude de cancérogénèse liée aux OGM ni d’étude toxicologique à long terme (…) L’ampleur des travaux du professeur Séralini est donc sans précédent ». Le mercredi 26 septembre sur l’antenne de France Inter, L.M. Houdebine directeur de recherche honoraire à l’INRA, déclarait au sujet du travail de Séralini que « La première impression est que c’est impossible parce que on voit pas comment du maïs qu’on mange depuis 5000 ans puisse devenir cancérigène à ce point là en faisant une transformation génétique des plus simples ».

    Il est intéressant de considérer ces deux déclarations à la lumière d’une des recommandations en matière de santé proposée dans le rapport parlementaire sur les OGM produit par J.Y. Le Déaut en 1998 [1] , rapport qui s’était appuyé sur un Comité de Pilotage comprenant notamment G. Pascal. Cette recommandation disait : « S’il y a le moindre risque, même faible, de démontré concernant une plante transgénique, il ne doit y avoir en aucun cas, aucune importation, aucune mise en consommation, et aucune autorisation de mise en culture ».

    Ainsi, alors qu’il était recommandé dès 1998 de ne prendre aucun risque sanitaire avec les OGM, on comprend des déclarations citées ci-dessus de deux de leurs défenseurs les plus connus, que la puissance publique ne s’est jamais vraiment donnée les moyens d’évaluer ces risques à long terme.

    Le second type de questions soulevé par le débat actuel se rapporte à l’évaluation des nouvelles substances et des OGM, et il concerne à la fois les procédures d’homologation de ces nouveaux produits et l’impartialité des experts qui a souvent été mise à mal ces dernières années, le dernier exemple étant le Médiator.

    Sachant que presque tous les pesticides mis sur le marché après avoir obtenu une autorisation, sur présentation d’un dossier d’AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) produit par le fabricant lui-même, finissent un jour par être interdits (atrazine, paraquat, chlordecone, Cruizer…) en raison des ravages qu’ils causent à l’environnement ou/et à la santé humaine, on se demande combien de temps il faudra attendre pour que toutes ces procédures d’homologation soient modifiées et quand sera confiée l’évaluation de ces molécules, ainsi que des OGM cultivés en plein champ, à une Agence d’Etat pouvant travailler en toute indépendance des pressions et des lobbys. Par ailleurs, la baisse des crédits récurrents attribués aux équipes de recherche qui les incite à courir après les contrats, et l’incitation croissante faite aux chercheurs des organismes publics à développer des programmes collaboratifs avec le privé, a considérablement réduit leur indépendance, pourtant indispensable pour exercer des fonctions d’expertise.

    Le troisième niveau de questions soulevé par la publication de G.E. Séralini et collègues se rapporte au positionnement de notre Institut par rapport à cette question des OGM.

    On peut tout d’abord regretter que l’INRA soit apparu, une nouvelle fois, comme un des premiers défenseurs de ces technologies à travers les interventions de G. Pascal et L.M. Houdebine. L’image de notre Institut ne s’en trouvera pas améliorée d’autant que les consommateurs français ont renouvelé à chaque enquête d’opinion et depuis de nombreuses années, leur souhait largement majoritaire de ne pas avoir d’OGM dans leur assiette. Entendre dire, par un directeur de recherche honoraire de l’INRA, qu’il ne devrait pas y avoir d’évaluation sur les plantes génétiquement modifiées parce que ce sont les mêmes que les plantes non modifiées, et que le glyphosate n’a jamais causé de cancers chez l’Homme, n’est pas à l’honneur de notre Institut !

    Plusieurs chercheurs de l’INRA ont par ailleurs signé dans le Monde un appel à un « débat raisonné » sur les OGM, qui finit pourtant par un plaidoyer sur l’espoir suscité par les OGM pour résoudre tous les problèmes de la planète, en grand décalage avec l’expertise actuelle mondiale sur les causes des déséquilibres pour l’accès à l’eau, à l’alimentation et à la santé à travers le globe, et sur les solutions qui peuvent y être apportées dans un contexte de démographie croissante et de changement climatique.

    Enfin, dans un communiqué datant du 27 septembre, le nouveau PDG de l’INRA, F. Houllier, précise la position de l’institut vis à vis de l’article de Séralini, en nous disant notamment que « l’INRA a publié en 2012 une méta-analyse sur les risques toxicologiques liés à l’ingestion des OGM » sachant que cet article qui a fait l’objet de nombreuses critiques (voir par exemple l’article de Gilles Van Kote dans le Monde du 15 décembre 2011), est co-signé par des personnalités (dont toujours G. Pascal) très bien connues pour leur soutien actif aux OGM. On aurait aimé que, dans les circonstances présentes, F. Houllier fasse preuve d’un peu plus d’ouverture.

    Il est donc plus que jamais urgent que soit initiée une profonde réflexion sur les orientations scientifiques futures de notre Institut, et sur la place centrale que l’on veut continuer de donner, ou non, aux biotechnologies.

    SUD Recherche EPST avait critiqué l’entêtement de notre ancienne PDG, M. Guillou, sur cette question lors de l’analyse de son livre (« 9 milliards d’êtres humains à nourrir, un défi pour demain … un défi mal posé ! »). Nous déplorons par ailleurs, qu’au lieu d’initier un réel débat de fond, notamment sur ces enjeux de recherche publique, les « Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche » menées par la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche dérivent en une piteuse opération de communication.

    C’est pourquoi nous demandons à la Direction de l’INRA et au gouvernement d’engager cette vaste réflexion en incluant notamment la participation d’acteurs qui ne sont encore pas ou peu écoutés actuellement (confédération paysanne, associations de protection de l’environnement…). Le renouvellement de notre modèle agricole à bout de souffle, que ce soit au niveau environnemental ou social, et les attentes des citoyens de France et d’ailleurs, vont demander que soit opérée une double, triple ou quadruple révolution verte, dans laquelle l’INRA devra tenir un rôle majeur.

    [1] On peut penser que cette recommandation reposait sur le fait qu’il était estimé que l’ensemble des bénéfices supposés être apportés par les OGM étaient insuffisants pour que l’on tolère le moindre risque sanitaire.

    Source ! SUD recherche INRA

  34. Merci de publier un article objectif sur les OGM et la psychose que des extrémistes ont généré en faisant croire que toute la recherche est forcément vouée aux destinées les plus machiavéliques.

    Pour un Monsanto qui introduit un gène de mort et d’auto production de pesticide, il existe des chercheurs qui ne sont pas nécessairement des savants fous et ont une attitude responsable en ne cherchant pas le profit à tout prix.

    Cela ne doit pas occulter le fait que dans le cadre d’uniformisation de la production de masse on a empêché l’utilisation de nombreuse variété de plantes.
    Rien qu’en Europe nous ne produisons qu’une petite dizaine de variété de pomme de terre ou de tomates alors qu’il en existe plusieurs centaines dans leurs pays d’origine à savoir le Pérou.

    L’obscurantisme de certains ne doit s’opposer aux pires marchands de morts, il devrait être possible dans le pays qui a vu naitre les Lumières que ne nous soyons pas capable de trouver un juste milieux.

  35. Quel titre !
    OGM : le PDG de l’INRA s’exprime, les paysans indiens se suicident !

    Quelle manipulation incroyable ! quel magnifique amalgame, pourquoi lier les deux éléments, pourquoi continuer à entretenir ce hoax des paysans indiens qui se suicident (sous entendu à cause de PGM !).

    Le nombre de gens en France à qui on a “piqué leur cerveau” devient inquiétant.

    Monsieur Alberganti, vous écrivez vous même dans ce billet :
    “la situation des OGM en France est devenue un sac de noeuds et d’absurdités qui insulte la cohérence et hypothèque l’avenir”, c’est effectivement le cas,
    mais avec un titre pareil, la faiblesse récurrente de nos concitoyens (innutri du discours des escroloverdâtres) d’être capable de raisonner sainement, vous ne faites qu’entretenir cette incohérence.

  36. D’accord avec Gattaca, en fouillant un peu, il apparaît évident que l’histoire du suicide des paysans indiens est une légende monté de toute pièce. Merci au passage à apyrase pour le rapport de l’ifpri, très informatif. Alors au fond, quel est le but de cette manipulation ? Pourquoi ne pas une bonne fois pour toute admettre que c’est une manipulation ? Comment répondre à des arguments infondés ? Pourquoi la reprendre sans vérification dans le titre de votre article ? J’avoue aller de déceptions en déceptions…

  37. @JP Nous ne fouillons pas de la même façon. Monsanto lui-même a reconnu l’échec du coton Bt en 2010.

  38. Je parle de la légende des suicides collectifs et du lien pour le rapport un peu plus haut. Pour ce qui est de l’échec, je suis surpris vu les conclusions de l’article publié dans PNAS ! Pouvez vous me communiquer le lien indicant que Monsanto reconnait l’échec de son coton Bt que je puisse me faire une opinion ? Merci beaucoup d’avance !

  39. @JP Il n’a jamais été question de suicides collectifs mais d’une croissance du nombre de suicides chez les paysans indiens pour de nombreuses raisons dont l’utilisation des semences et des insecticides Monsanto fait partie. Le lien pour l’échec du coton Bt est dans mon message précédent sur le mot “échec”.

  40. D’accord avec vous mais d’apres le rapport de l’ifpri (voir commentaire d’apyrase) il n’y a pas de croissance du nombre de suicide suite à l’apparition du coton Bt, alors que croire ? Pour votre lien, c’est un article de presse (sans dénigrer, je l’avoue très méfiant depuis l’article choc du nouvel obs…), mon anglais n’est pas parfait certe, mais je ne lis nulle part que Monsanto reconnait un échec pour son coton Bt, de plus l’article publié dans PNAS conclue même à un succés, d’après ce que j’ai compris des résistance serait apparue (normal adaptation a une pression de sélection, non ?) à partir de 2009-2010, nécessitant une nouvelle évolution du coton Bt, est ce exacte ?

  41. Je crois, amis perdus dans un monde d’hybrides socio-techniques, qu’il est grand temps de refaire des sciences humaines. Et M. Alberganti, c’est également une piste pour vous.

    Lisons Bruno Latour, apprenons comment naviguer dans une controverse, exigeons de savoir comment les certitudes sont construites.

    En cadeau, histoire et méthode de la cartographie des controverses scientifiques:

    http://www.tommasoventurini.it/web/uploads/tommaso_venturini/Cartographie_Controverses_Carto2.0.pdf

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