Curiosity peut-il ensemencer Mars ?

Dans quelques millions ou milliards d’années, des martiens dénicheront peut-être un étrange tas de ferraille au fond d’une crevasse. Auront-ils alors les moyens d’investigation leur permettant de comprendre qu’il s’agit là du vaisseau porteur de leurs plus lointains ancêtres ? Nous n’en sommes pas là… Pourtant, le rover Curiosity, car c’est lui dont on il s’agit, est bien soupçonné de constituer un potentiel géniteur de la vie sur Mars. Soit tout le contraire de sa mission qui vise à détecter des traces de vie passée sur la planète rouge.

Plus sérieusement, ce risque pourrait se traduire, d’ici quelques années, par la découverte, lors d’une future mission martienne, d’une vie martienne… issue de la Terre. Outre les considérations éthiques qui prônent d’éviter de polluer l’espace et ses planètes, une contamination de Mars compliquerait la tâche de son exploration. Il faudrait en effet déterminer si les découvertes sont bien d’origine purement martiennes.

L’affaire a été soulevée par un article paru dans le Los Angeles Times du 9 septembre. Le journaliste Louis Sahagun attaque fort en priant pour que Curiosity ne trouve pas d’eau sur Mars, ce qui a peu de chance de se produire dans cette région de la planète. Mais si c’était le cas… “Les outils de forage de Curiosity sont peut-être contaminés par des microbes terrestres. Si c’est le cas et si ces forets touchent de l’eau, les organismes pourraient survivre”, écrit-il. Le journaliste explique ensuite que ces forets, destinés à percer des trous dans la roche martienne afin d’en analyser la composition chimique, devaient être stérilisés et confinés dans une boite étanche ne devant pas être ouverte avant l’arrivée sur Mars. Cette procédure a été modifiée lorsque les ingénieurs de la Nasa ont émis une crainte : un atterrissage brutal pourrait endommager le système de perçage ce qui risquerait de rendre impossible le montage des forets dans leur mandrin. Que faire ?

Les opérations de perçage sont vitales pour la mission de Curiosity de recherche de traces de vie… Les ingénieurs ont donc décidé de monter, sur Terre, l’un des forets dans la perceuse et de l’y laisser. En cas de choc rendant impossible l’introduction d’un foret, il y en aurait au moins un en place et il pourrait réaliser quelques trous. Oui, mais… ce foret n’est donc pas stérile. Outre les débats internes à la Nasa entre les ingénieurs et les spécialistes de la protection des planètes, le risque pris pose une question simple: des organismes terriens pourraient-ils avoir survécu au voyage dans l’espace ?

Selon le Los Angeles Times qui cite des sources officielles, pas moins de 250 000 spores de bactéries pourraient se trouver sur Curiosity après l’atterrissage. Ils devraient tous être détruits par les conditions qui règnent sur le site du cratère Gale (pression, température, rayonnement UV, atmosphère de CO2 presque pur…). Néanmoins, les biologistes ont appris que des organismes vivant sur Terre pouvaient résister à des conditions extrêmes dans l’espace.  Cette année, mentionne le Los Angeles Times, Andrew Schuerger, spécialiste de la survie des micro-organismes terriens dans l’environnement martien, a découvert une espèce de bactérie, Bacillus subtilis, capable de survivre à certaines des conditions qui règnent sur la planète touge.

Pour éviter tout risque de contamination, la Nasa est donc condamnée à éviter à tout prix de trouver de l’eau avec Curiosity. Un comble après avoir si longtemps traqué la présence de cette eau sur Mars. Même si la zone d’exploration semble particulièrement sèche, le risque ne peut être totalement écarté. Pas plus que celui d’une bactérie qui aurait résisté à tout et serait toujours là, blottie au creux du foret avec lequel Curiosity s’apprête à pénétrer dans la roche de Mars…

Michel Alberganti

8 commentaires pour “Curiosity peut-il ensemencer Mars ?”

  1. [...] Si c’est le cas et si ces forets touchent de l’eau, les organismes pourraient survivre” (source) Toujours d’après le Los Angeles Times,  qui cite des sources officielles (NASA), pas moins [...]

  2. A part du point de vue scientifique pour ne pas tromper les analyses, je ne vois pas du tout le problème d’ensemencer une nouvelle planète, cela devrait même être un objectif.

  3. @xavier-marc. Ce n’est pas le point de vue des défenseurs d’une éthique de l’exploration spatiale qui estiment que l’homme doit éviter de polluer l’espace et les autres planètes…

  4. @michelalberganti Bonjour, avez-vous des sources qui étayent la thèse de ces personnes?
    D’un point de vue scientifique injecter des bactéries sur Mars me semble intéressant: Le temps de propagation doit être très faible et donc ne pas perturber les futures analyses et si l’homme survit pendant encore quelques millions d’années l’étude de l’évolution de ces bactéries pourrait améliorer notre compréhension de l’évolution de la vie sur Terre.

    D’un point de vue de néophyte je ne vois pas de désagréments.

  5. @Olkenny – Les sources sont celles qui sont citées dans le billet. La Nasa ne nie pas le problème qui est essentiellement éthique. Quant à la propagation, il faut pas rêver… Il faudrait qu’un organisme terrestre survive, qu’il soit introduit dans un milieu (eau) qui lui permette de se développer et de se reproduire et qu’il colonise la planète. Même si la Nasa voulait le faire volontairement, ce serait délicat et improbable. Mais le but de la mission Curiosity est très différent: elle recherche des traces de vie martienne. Néanmoins, cette affaire relance la question d’une terraformation sur une autre planète que la Terre. Seule la science-fiction, pour l’instant, a obtenu des résultats.

  6. Petites précisions en tant que biologiste féru d’astronautique/astronomie:

    - Contrairement a ce que certains passages de l’article laissent supposer, la stérilisation des sondes est une des priorités de la Nasa. le problème réside dans le fait qu’il est difficile de plonger curiosity dans l’alcool ou de le placer dans un stérilisateur. On doit donc utiliser d’autres moyens mais le travail d’humain a proximité de la sonde ( même dans des conditions de propreté supérieures a celles d’un bloc de chirurgie ) occasionne une certaines contamination.

    - les bactéries ou spores restants sont soumis au froid, au vide et au rayonnement ionisant dans l’espace. Conditions mortelles pour l’immene majorité des bactéries.

    - Sur mars les conditions ne sont pas beaucoup meilleures ( température jusqu’a – 100°C, pression atm 100x inférieure, pas d’oxygene evidemment et raysonnement ionisant ). Voir une bacterienne terriene se developper dans ces conditions même en présence deau liquide ets extrement peu probable mais pas impossible.

    Le principal probleme reste si on decouvre une forme de vie de se demander si elle vient d ela planete ou de la sonde.

    Pour l’ensemencement avec les bacteriennes terrestres, si elles etaient potentiellement viables, se pose comme susdit un probleme étique ” de quel droit apportons nous une pollution sur un autre monde ?” en plus de ne pas savoir si la vie est indigène ou importée.

    Concernant la terraformation de Mars, c’est un autre sujet ;)

  7. Un autre problème non soulevé par la contamination : que les bactéries venant de terre tuent les derniers hommes verts (ou autres souris vertes).

  8. éviter de polluer l’espace et les autres planètes ??
    mais sont-ils propres à ce point ??

    et à l’abri des météorites et des comètes qui contiennent du carbone et de l’eau ?

    l’espace est déjà un bordel de pollution de toute sorte et très dangereux

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Globule et téléscope est le blog Science et Environnement de Slate.fr.
Il est tenu par Michel Alberganti, journaliste scientifique, ancien journaliste au Monde où il a dirigé le service Science et technologie, et aujourd'hui également producteur de l'émission Science Publique sur France Culture.
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