Facebook renforcerait l’estime de soi et MySpace le narcissisme


Le nombre d’utilisateurs actifs de Facebook est passé de 1 million fin 2004 à 900 millions en mars 2012. A la même date, dans le classement des sites les plus visités, Facebook se place en deuxième position derrière Google et devant Youtube. Twitter est huitième, Linkedin douzième. C’est dire l’importance prise par les réseaux sociaux sur Internet. D’où vient un tel succès ? Des chercheurs de l’université de Géorgie, à Athens aux Etats-Unis, se sont penchés sur cette question en essayant de comprendre ce que tant d’internautes “aiment” (like) dans ces réseaux sociaux. La réponse est simple: eux-mêmes…

“En dépit de la dénomination “réseaux sociaux”, la plus grande partie de l’activité des utilisateurs de ces sites est centrée sur eux-mêmes”, note Brittany Gentile, une doctorante qui s’est intéressée à l’impact des réseaux sociaux sur l’estime de soi et le narcissisme dans une étude publiée le 5 juin 2012 dans la revue Computers in Human Behavior. Ainsi, les 526 millions de personnes qui se connectent à Facebook tous les jours pourraient bien rechercher davantage à renforcer leur estime d’eux-mêmes qu’à se faire de nouveaux “amis”. Pour Keith Campbell, professeur de psychologie à l’université de Géorgie et co-auteur de l’article, “il semble que l’utilisation, même pendant un court moment, de ces réseaux sociaux aient un effet sur la façon dont les utilisateurs se voient eux-mêmes. Soit en s’éditant, soit en se construisant. Dans les deux cas, les utilisateurs se sentent mieux avec eux-mêmes mais le premier renvoie au narcissisme et le second à l’estime de soi”.

Pour aboutir à ces conclusions, les chercheurs ont réalisé des expériences avec des étudiants utilisateurs de MySpace (classé 62ème site) et de Facebook. Dans les deux cas, les participants ayant le plus niveau de narcissisme le plus élevé étaient ceux qui déclaraient le plus grand nombre d’amis. Un groupe de 151 étudiants âgés de 18 à 22 ans ont rempli le formulaire d’évaluation du narcissisme qui faisait partie de l’étude. “Le narcissisme est un trait de personnalité stable, indique Brittany Gentile. Pourtant, après 15 minutes passées sur l’édition d’une page de MySpace et sur l’écriture de ce qu’elle signifie, l’auto-évaluation du trait narcissique s’est révélé modifiée. Cela suggère que les sites de networking social peuvent avoir une influence significative sur le développement de la personnalité et de l’identité”.

Des différences entre les pages des deux sites

Plus étonnant encore, les chercheurs ont noté des différences d’impact qui semblent liées, au moins en partie, au format et au type des pages éditées sur les deux sites. Ainsi, MySpace augmenterait le narcissisme alors que Facebook renforcerait l’estime de soi. Brittany Gentile souligne ainsi des différences dans le fonctionnement des deux réseaux sociaux. “Sur MySpace, vous n’interagissez pas vraiment avec les autres et les pages du site ressemblent à des pages personnelles. Ces dernières ont permis à une grand nombre de personnes de devenir célèbres. En revanche, Facebook propose des pages standardisées et le message de l’entreprise est que “le partage rendra le monde meilleur””.

Depuis les années 1980

D’autres études ont constaté une croissance, au fil des dernières générations, à la fois de l’estime de soi et du narcissisme. Les travaux des chercheurs de l’université de Géorgie suggèrent que la popularité croissante des réseaux sociaux peut jouer un rôle dans ces tendances. Néanmoins, les auteurs soulignent que le phénomène est observé depuis les années 1980, bien avant la création de Facebook en 2004. Keith Campbell estime que les réseaux sociaux sont à la fois un produit d’une société de plus en plus absorbée par elle-même, et la cause d’un renforcement des traits de personnalité correspondants. “Dans l’idéal, l’estime de soi nait lorsque l’on a de fortes relations et que l’on atteint des objectifs raisonnables pour l’âge que l’on a. Dans l’idéal, l’estime de soi ne peut pas être atteinte par un raccourci. C’est la conséquence d’une vie réussie, pas quelque chose que l’on peut poursuivre”, note-t-il sagement.

Réseaux égocentriques

Moralité : Les réseaux sociaux semblent avoir plus d’influence sur l’égo de leurs utilisateurs que sur leurs aptitudes relationnelles. Ils conduisent, au mieux, à fabriquer une estime de soi artificielle, plus fondée sur l’apparence que sur la réalité. Au pire, ils développent un fort égo-centrisme en contradiction avec la vocation “sociale” de ces réseaux. Notons, toutefois, que l’architecture du site, tout comme le slogan de l’entreprise qui l’a créé, peuvent influencer fortement ses impacts sur la personnalité des utilisateurs. A choisir, mieux vaut quand même une amélioration de l’estime de soi, même artificielle, qu’une plongée dans le narcissisme exacerbé, non ?

Michel Alberganti

8 commentaires pour “Facebook renforcerait l’estime de soi et MySpace le narcissisme”

  1. Euh! leur estime d’eau-mêmes….
    Sinon j’ai tout de même l’impression que l’utilisation à outrance des réseaux sociaux finit par donner vie aux avatars que les internautes font connaître en lieu et place d’eux-même.
    Ils ne sont que des <i<caricatures déformées, volontairement ou pas, construites comme l’image idéale de soi-même ce qui pourrait effectivement artificiellement renforcer l’image et donc l’estime de soi mais aussi bien sûr un narcissisme puisque le rapport à l’autre s’éloigne de l’altérité traditionnelle qui suppose un “contact” qui va au delà de l’échange de message (texte, image ou vidéo).
    Il est d’ailleurs surprenant de constater qu’alors que les moyen de communications rendent de moins en moins nécessaire la proximité physique, le modèle des gigapoles reste dominant comme lieu où la créativité et l’innovation s’expriment le mieux.
    http://bigthink.com/ideas/44987

  2. Merci pour la correction. Elle est faite.

  3. “Dans l’idéal, l’estime de soi nait lorsque l’on a de fortes relations et que l’on atteint des objectifs raisonnables pour l’âge que l’on a (…)C’est la conséquence d’une vie réussie.”

    Point de vue très discutable et en tout cas réducteur. La relation joue à plein dans l’autre sens aussi : l’estime de soi est un outil précieux pour se fixer des objectifs et progresser dans leur sens.

    D’après les psychologues, bonheur et atteinte de ses objectifs sont décorrélés. L’un est-il vraiment artificiel sans l’autre ? A-t-il moins de valeur ? Voir le TED : http://bit.ly/MFEMPo

  4. “Le narcissisme est un trait de personnalité stable, indique Brittany Gentile. Pourtant, après 15 minutes passées sur l’édition d’une page de MySpace et sur l’écriture de ce qu’elle signifie, l’auto-évaluation du trait narcissique s’est révélé modifiée.”

    Je ne comprends pas ce passage…
    Ca signifierait qu’on mesurerait le ,narcissisme d’un sujet à l’aide d’un questionnaire quelconque, qu’on le ferait ensuite remplir une page de Myspace durant un quart d’heure, pour ensuite refaire le formulaire afin de mesurer les variations?
    Si quelqu’un pouvait m’éclairer :)

  5. Non, il ne s’agit pas d’un questionnaire quelconque mais d’un questionnaire spécialement conçu pour mesurer le taux de narcissisme d’un individu. En effet, après 15 minutes passés à l’édition d’une page MySpace, le teste donne des résultats différents. Assez spectaclulaire, non?
    M.A.

  6. C’est intéressant le rapprochement qui est fait entre la société elle-même et facebook “un produit d’une société de plus en plus absorbée par elle-même, et la cause d’un renforcement des traits de personnalité correspondants.”

    Ça aurait mérité d’être creusé, car personnellement je considère la société comme précurseur de facebook qui n’a fait que s’adapter et éponger les vices de cette “nouvelle” génération, et non l’inverse.

    Il faut comprendre par là que le narcissisme n’est pas causé par facebook, le narcissisme EST facebook, dans la mesure oú ce dernier cherche à mapper et édulcorer les phénomènes sociaux, exagérant leur côté sucré (tout est instantané, tout tout de suite, liker liker, vite!) mais aussi les conséquences directe d’une surconsommation virtuelle: le vice, la superficialité.

    Voilà, après ça, je vais aller peaufiner mon profil moi tiens… 😉

  7. Je serai tout à fait convaincu si on avait fait passer également une deuxième fois le test 15 minutes après à des individus n’ayant pas édité une page Myspace pour isoler l’effet de passer une deuxième fois le test de l’effet éventuel d’éditer une page Myspace.
    Le principe du contrôle est vrai aussi pour des tests psychologiques dont la stabilité des réponses est souvent très aléatoire notamment après avoir passé un test .

  8. Merci pour l’éclaircissement; mais je dois rajouter maintenant que je suis plutôt d’accord avec patricedusud! La simple démarche de re-essayer le formulaire après le quart d’heure Myspace me paraît quelque peu suggestive.

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