Neutrinos : Le chrono serait faux !

Un neutrino détecté grâce aux particules émises après une interaction - CERN

“Selon une source proche de l’expérience”, les neutrinos qui semblaient avoir battu la lumière en septembre 2011 auraient simplement bénéficié d’une mauvaise connexion entre un GPS et un ordinateur. Incroyable, impensable. Une erreur aussi grossière serait donc à l’origine de l’un des résultats les plus tonitruants de la recherche en physique depuis plusieurs décennies. Il y a 5 mois, donc, les scientifiques de l’expérience Opera nous ont joué le grand air de la remise en cause de l’un des piliers de la physique moderne, établi par Einstein il y a plus d’un siècle: le caractère indépassable de la vitesse de la lumière, théorie qu’aucune expérience n’avait, jusqu’alors, remise en question. Or, les neutrinos, particules mystérieuses qui, aux dernières nouvelles, ont une masse, auraient dépassé cette vitesse (300 000 km/s) sur les 731 km de leur trajet entre le CERN de Genève et le laboratoire de Gran Sasso en Italie. On savait que rien n’arrête les neutrinos. Mais de là à dépasser la vitesse de la lumière en se déplaçant, de surcroit, dans la croute terrestre… Nombre de physiciens ont alors failli avaler leur chapeau ou en perdre leur latin. Et des centaines d’entre eux se sont mis à cogiter pour trouver une explication. Cette prise de tête a donné lieu à une multitude de publications scientifiques. Et consommé une quantité considérable d’énergie et de temps.

Connexion défectueuse d’une fibre optique entre un GPS et un ordinateur

Un peu inquiets, les chercheurs du CERN ont refait l’expérience en novembre 2011: même résultat ! Les neutrinos battent la lumière de 60 nanosecondes. Connaissant le sérieux des physiciens travaillant dans ce temple de la recherche en physique, lieu où ils chassent, par ailleurs, le boson de Higgs à l’intérieur du LHC, l’affaire semblait entendue. Et voilà que le journal Science annonce, le 22 février 2012: “Les 60 nanosecondes de différence semblent provenir d’une mauvaise connexion entre un câble à fibre optique reliant un récepteur GPS utilisé pour corriger la durée du trajet des neutrinos et la carte électronique d’un ordinateur”. Après réparation, la mesure de la vitesse de transmission des données entre les deux appareils fait apparaître une différence de… 60 nanosecondes ! Diable ! Cela revient à ajouter 60 nanosecondes au chrono des neutrinos. Tout rentre alors dans l’ordre. La vitesse de la lumière n’est pas violée. Albert Einstein n’a plus a se retourner dans sa tombe…

Encore faudrait-il, tout de même, refaire l’expérience, avec une bonne connexion cette fois. Histoire d’être vraiment sûr que l’on peut consigner cette anecdote dans la liste des plus grosses bourdes expérimentales de l’histoire de la physique. Le CERN peut difficilement éviter de faire rejouer le match.

Les Américains savourent…

Prudence, donc… Chat échaudé… La nouvelle, comme par hasard, émane du journal américain Science. Outre-Atlantique, on ne serait sans doute pas trop mécontent de voir les collègues européens se couvrir de ridicule. La démarche de Science est en effet assez surprenante: voici l’un des deux journaux scientifiques les plus renommés de la planète (l’autre étant Nature) qui sort un scoop à partir d’une source non citée. Pratique peu courante dans l’univers de la recherche. On peut espérer que Science utilisera aussi les fuites provenant de la NASA ou d’autres centres de recherche américains pour en faire profiter la communauté scientifique avec la même célérité.

De son coté, Nature n’a pas tardé à réagir sur son blog en reprenant l’information révélée par Science et en ajoutant une autre rumeur concernant une deuxième source d’erreur possible : un défaut de calcul (interpolation) dans la synchronisation des horloges atomiques utilisées pour mesurer le temps entre les lieux de départ et d’arrivée de la course. Pas de communiqué sur le site du CERN mais une confirmation de l’information diffusée par Science à  l’agence Reuters par James Gilliers, son porte-parole “C’est une explication possible. Mais nous n’en saurons pas plus avant d’avoir effectué de nouveaux tests”.

Michel Alberganti

60 commentaires pour “Neutrinos : Le chrono serait faux !”

  1. Pardon, mais pour moi ce sont les médias, pas les scientifiques qui se sont emparés du sujet pour en faire des tonnes sur la vanité des certitudes et pour se payer au passage les scientifiques et leur arrogance qui depuis un siècle nous empêchaient de rêver pouvoir voyager plus vite que la lumière.

  2. Pouvez vous m’expliquez pourquoi il faut rajouter 60 millisecondes. Sachant qu’après réparation on trouve une différence de 60 nanosecondes? Il y a un point dans le raisonnement que je n’ai pas suivi

  3. Fermez les yeux !
    Ouvrez les yeux !
    Vous avez mis une seconde pour ce battement de paupières…
    Vous êtes suisse ?
    Non, alors vous n’aurez aucun mal à le réaliser :
    Parce qu’on vient juste de découvrir que le rêve
    A beaucoup plus de consistance que la réalité…
    Quel drôle d’univers !
    Il n’a fallu qu’une seconde à la particule NEUTRINO pour parcourir 300 006 km, là où la lumière n’a pu faire que 299 792 km !
    C’est un tremblement de repères… un pied de nez à la face de la terre !
    Il s’agit d’une particule, qui n’a pas de charge électrique et dont la masse est théoriquement nulle. Le neutrino échappe ainsi aux interactions habituelles avec la matière et peut traverser la Terre et les hommes, sans se faire repérer.
    Cela revient à dire qu’il voyage plus vite que la lumière.
    C’est le jour le plus triste pour le pauvre Albert et sa fumeuse théorie de la relativité… lui qui estimait jusqu’à l’ultime seconde de sa vie que: E=MC2.
    La physique au tapis!
    A bout d’un siècle de belles et juteuses certitudes…
    Les retombées ?
    Pas encore réelles… mais immenses sur le plan virtuel…
    Toutes invraisemblables… mais vraies !

    J’ose à peine les énumérer :
    Primo : après les trois dimensions de l’espace et la quatrième dimension du temps, on a enfin le droit d’entrevoir une cinquième dimension!
    Secundo : on commence déjà à rêver d’un retour vers le passé… pour transformer notre poésie des commencements en commencement de la poésie… le big-bang en bang-bang !
    Tertio : on a enfin une petite, toute petite raison de substituer à la physique quantique le cantique des cantiques, ce chant merveilleux… qui nous laisse le temps de nous poser la question des questions :
    Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien?

    http://www.lejournaldepersonne.com/2011/09/a-la-masse/

  4. Si toutes ces particules vont très vite, nos petites cervelles, même les plus agiles et celles des journalistes les plus affûtés, ont besoin d’un temps de réflexion.
    Déconductivement.
    Si l’erreur d’unité qui envoie une sonde spatiale à la casse relève de la gaffe, combien d’avancées notables résultent de la levée d’anomalies, apparentes ou réelles ?
    Le temps de la science n’est pas celui des magazines, même des plus prestigieux, ni celui d’aucun profiteur trop pressé.

  5. Surprenant que Science annonce ça maintenant lors que le papier de van Elburg date d’octobre …

  6. @ Vincent : Désolé de vous contredire mais l’origine de l’affaire se trouve au CNRS et au CERN dont les sites ont largement diffusé l’information. Que les médias parle d’une telle remise en cause d’un pilier de la physique, c’est la moindre des choses.

  7. @Sam : C’est une coquille ! Merci de l’avoir détectée. Elle est corrigée: il s’agit bien de 60 nanosecondes dans les deux cas.

  8. La fin de cet article c’est du n’importe quoi. Quand les scientifiques ont publiés leurs résultats, ils appelaient à l’aide la communauté pour qu’on leur prouve que leurs résultats étaient faux.
    Ils ne se sont donc pas “couvert de ridicule” comme aime l’affirmer l’auteur, mais au contraire ont pris toutes les précautions d’usage dans leur milieu en publiant un résultat qui semblait aussi incroyable qu’improbable.

  9. @Xiombi : Les chercheurs du CERN ont annoncé par deux fois leurs résultats. Ils ont provoqué un déluge de publications. Mais ils n’avaient visiblement pas besoin de leurs collègues pour élucider le mystère. Il suffisait de vérifier les branchements. Aucun de leurs collègues n’auraient sans doute pu imaginer une telle erreur au CERN…

  10. ” Les scientifiques de l’expérience Opera nous ont joué le grand air de la remise en cause de l’un des piliers de la physique moderne, établi par Einstein il y a plus d’un siècle “.

    Cela est plutôt faux il me semble… Auriez vous une citation pour appuyer cette affirmation ?

    Au contraire, je trouve que les scientifiques impliqués dans l’expérience ont joué la transparence totale, en demandant aux autres équipes internationales d’essayer de répliquer leur expérience ou de les aider à débusquer le(s) possible(s) biais, et ont toujours joué la prudence sur ce coup. En particulier, ils n’ont jamais affirmé que ” Einstein avait tort “, comme on a pu le lire dans des médias généralistes de qualité… discutable.

    Cette histoire révèle au contraire à mes yeux le processus vertueux de la science qui se corrige elle même, sans arrogance. L’erreur est humaine, y compris pour les scientifiques… et même souhaitable car on ne compte plus le nombre de découvertes qui se sont faites au hasard, au détour d’une erreur !

  11. @DonFerdie : C’est justement le problème. En faisant appel à la communauté scientifique, les chercheurs du CERN ont fait perdre beaucoup de temps et d’énergie à cette communauté au lieu de chercher ce qu’eux seuls pouvaient trouver: une erreur d’expérience.
    Par ailleurs, les découvertes sont plus souvent faites par hasard que par erreur (sérendipité). Dans le cas du CERN, il faudrait que la mauvaise qualité de la connexion engendre une découverte. Cela semble peu probable. L’histoire des sciences enregistre rarement les erreurs faites sans découverte. Avec quelques exceptions comme la mémoire de l’eau, également liée à un biais d’expérience.
    Pour mieux répondre à votre réaction, je pense que les chercheurs du CERN sont victimes de la course aux résultats que se livrent les laboratoires soumis à la pression de leurs bailleurs de fonds. En y cédant, ils prennent le risque de la grosse bourde comme, semble-t-il, avec les neutrinos. En y résistant, ils prennent le risque de prendre leurs crédits ou d’être devancés par la concurrence. Cruel dilemme.
    L’affaire du CERN semble illustrer ce syndrome. Ce qui me permet d’écrire que les scientifiques de l’expérience Opera nous ont joué le grand air… c’est qu’ils savaient très bien quel serait l’impact d’une remise en question de la limite de la vitesse de la lumière. La prudence de leurs propos ne visait qu’à les protéger en cas d’erreur. Mais cela ne fonctionne pas comme cela si on livre le sujet aux médias. Tout aurait été différent si le CERN et le CNRS avaient conservé cette affaire dans le cercle des scientifiques jusqu’à l’obtention d’un résultat fiable. Certes, l’information aurait fuité mais l’on aurait pas pu accuser ces organismes d’avoir eux-mêmes médiatisé le sujet pour en tirer profit au plus vite. Or, c’est ce qu’ils ont fait. D’où le fatal retour de bâton. Et un assourdissant silence du coté du CERN (pas encore de communiqué) ou du CNRS, le premier à avoir annoncé que les neutrinos avaient dépassé la vitesse de la lumière…

  12. Merci de prendre le temps de répondre aux commentaires et pour ces précisions, cela rend votre propos plus modéré et le débat agréable :)

    Il reste quelques points de désaccord cependant :

    1°) Votre façon de présenter les choses laisse penser que les scientifiques du CERN se sont empressés de médiatiser leur découverte à la première observation, sans aucune vérification. J’avoue ne pas disposer d’éléments irréfutables sur le sujet, mais il me semblait justement qu’après une première observation pour le moins inattendue, l’expérience avait été répétée plusieurs fois, que de nombreux paramètres avaient été vérifiés, que le biais ou l’erreur possible avaient été traqués pendant des mois, sans succès… Ce n’est qu’après un délai jugé raisonnable qu’ils ont décidé de rendre leur découverte publique. Après, je pense qu’il ne faut pas exclure la possibilité que les scientifiques se soient fait dépasser par l’avalanche médiatique, car ils ne sont pas trop habitués à communiquer leurs résultats à d’autres cercles que ceux de la physique des particules ;-)

    2°) Peut-on blâmer des scientifiques qui jouent le jeu de la transparence, de la communication avec le public, même lorsqu’ils se trompent ? Quand ils font l’inverse, on les critique à grand renforts de clichés sur les scientifiques fous, déconnectés de la société, qui restent entre eux dans leur tour d’ivoire…

    3°) Je suis d’accord pour dire que les labos sont soumis à une pression de résultats. En revanche, cela se traduit rarement par une médiatisation outrancière (qui ne compte pas dans l’évaluation des labos), mais plutôt par un rythme de publication scientifique qui doit être le plus élevé possible, quitte à publier des choses pas sûres à 100%.

    4°) Pour réellement juger de ” l’énormité ” de cette ” bourde “, je pense qu’il faudrait en savoir plus. Quelle connexion était mauvaise ? Ce n’est peut être pas aussi grossier qu’on peut l’imaginer au premier abord, type ” la prise de courant était mal branchée “. Pour peu que ce soit un minuscule boulon qui était légèrement dévissé et qui empêchait le courant de passer correctement dans une puce de GPS de quelques millimètres… Il ne faut pas oublier que 60 nanosecondes c’est très court et que le matériel en question est réellement un matériel de pointe, très complexe.

  13. Cette affaire est symptomatique de la recherche permanente de sensationnalisme à laquelle se prêtent parfois les médias.

    Les faits sont pourtant simples : une équipe de chercheurs obtient un résultat expérimental incroyable (donc n’y croit pas.). Mais ne pouvant débusquer l’erreur, ils décident d’attirer l’attention de la communauté scientifique pour bénéficier d’un regard neuf sur leur problème (les personnes ayant fait un minimum de science savent à quel point un tel regard peut être éclairant). L’erreur est rapidement trouvée (http://arxiv.org/pdf/1110.2685v1.pdf). Fin d’une histoire somme toute banale dans le monde scientifique.

    Version des médias :
    “Einstein s’est trompé !”

    Puis, quand l’erreur est découverte :
    “les scientifiques de l’expérience Opera nous ont joué le grand air, etc”
    ” La prudence de leurs propos ne visait qu’à les protéger en cas d’erreur.”

    Ces phrases ne peuvent être que celles de journalistes avides de sensationnel, bien peu au courant de ce qui constitue la démarche scientifique. Il est tout simplement horripilant de lire une telle suffisance de la part de personnes visiblement étrangères au monde de la science. Comment peut-on avoir une interprétation aussi biaisée de cette affaire ?

    Quant à inventer des raisons extravagantes qui auraient poussé ces chercheurs à publier (guerres de laboratoires, pression des bailleurs de fonds…), c’est de la pure spéculation.

    Si cette histoire était trop banale, il valait mieux ne pas la médiatiser plutôt que d’en rapporter une version romanesque approximative.

  14. Personnellement je trouve parfaitement normal que l’institut ait communiqué sur ses résultats ; il n’allait pas rester éternellement arc-bouté sur lui-même à chercher une supposée source de biais. Peu importe que plus tard ses résultats soient contredits par d’autres (voire par lui-même, et quelque part c’est encore plus sain). Ils ne faut pas se méprendre sur les journaux scientifiques. Ceux-ci n’ont pas vocation à publier la vérité mais des travaux et des interprétations honnêtes et raisonnables. En fait, une erreur de ce type était vraisemblablement attendue par la majorité des scientifiques. La certitude ne peut apparaître qu’avec des années de recul.

    Vous écrivez en commentaire :
    «cela ne fonctionne pas comme cela si on livre le sujet aux médias»
    On ne peut pas, comme vous dites, conserver un résultat dans le cercle scientifique. Tous les médias ont une connexion plus ou moins directe aux news de Science et Nature. Non, le problème de fond de notre histoire, c’est que les journalistes de la presse généraliste simplifient à outrance les sujets, notamment scientifiques, dont ils se saisissent.

    Aussi M. Alberganti, qui êtes un des premiers journalistes scientifiques de France, vous ne devriez pas accuser les scientifiques, car vous êtes plus responsables qu’eux des développements médiatiques de l’affaire.

    Tout cela me rappelle une phrase que j’avais relevé dans Le Monde, il y a quelques semaines :
    «L’envie d’y croire et l’opportunité de l’exploiter ont fait le succès de l’annonce: annoncer puis démentir, ce n’est plus faire œuvre d’information, mais c’est toujours vendre des journaux.»

    Post-scriptum. Je suis retourné chercher le communiqué du “pôle presse” du CNRS et la news de Science, tous deux du 22 septembre 2011.
    —Au CNRS : (http://www2.cnrs.fr/presse/communique/2289.htm)
    «”(…) nous accordons une grande confiance à nos résultats.”»
    —À Science : (http://news.sciencemag.org/sciencenow/2011/09/neutrinos-travel-faster-than-lig.html)
    «Ereditato says it’s way too early to declare relativity wrong. “I would never say that,” he says. Rather, OPERA researchers are simply presenting a curious result that they cannot explain and asking the community to scrutinize it. “We are forced to say something,” he says. “We could not sweep it under the carpet because that would be dishonest.”»

    Incidemment, le journaliste scientifique (scientifique journaliste) de Science a un doctorat en physique des particules. Dur à trouver, mais la valeur ajoutée en termes d’information est immense.

  15. quand ça marche pas, il faut :
    -appuyer sur le bouton
    -vérifier la prise.
    ça résout 76% des pannes, selon “Boule et Bille Globe Trotter”…

  16. @Tim : Je ne peux malheureusement pas être d’accord avec vous sur cette affaire. Convenez d’abord qu’il est un peu facile et systématique d’accuser les médias. L’affaire en question ne met pas simplement en cause les chercheurs et les journaux scientifiques. Notez que, par ailleurs, ces travaux ont d’abord fait l’objet de communiqués de presse (CNRS, CERN) et de “news” dans Science. Pas de publications scientifiques qui sont venues ensuite. Que la presse reprenne ce que publient les services de presse des organismes de recherche, que voulez-vous, c’est relativement fatal. Cela ne nous empêche pas d’interroger les chercheurs compétents eux-mêmes. Ainsi, 4 d’entre eux ont pu s’exprimer dans une émission de Science Publique sur France Culture le 7 octobre 2011 (http://www.franceculture.fr/emission-science-publique-la-barriere-de-la-vitesse-de-la-lumiere-est-elle-remise-en-cause-2011-10-0). Vous pouvez encore la réécouter.
    Le problème ne vient pas du fait que les chercheurs du CERN aient fait une erreur. Ni qu’ils aient demandé à leurs collègues de les aider à comprendre leur résultat ou à l’infirmer. Le problème vient de la nature de l’erreur. N’auraient-ils pas dû éliminer toute possibilité d’une bourde technique (une mauvaise connexion de fibre optique) avant de lancer leur résultat dans la nature? Comment leurs collègues auraient-ils pu conclure: “Je pense qu’il y a un problème dans la liaison entre le GPS et la carte électronique de l’ordinateur”. Aucun ne l’a fait, d’ailleurs, malgré des centaines de publications.
    Vous avez raison sur la prudence nécessaire de la presse dans la présentation des résultats annoncés par les chercheurs. Mais cette prudence doit également, et d’abord, venir d’eux. Sachant l’impact potentiel de l’annonce d’un dépassement de la vitesse de la lumière, le CERN aurait dû présenter ce résultat en prenant d’extrêmes précautions. Pour ma part, je n’ai pas eu cette impression. D’autant qu’une seconde expérience a confirmé la première. Et qu’il a fallu 5 mois pour dénicher l’erreur.
    Autant il est normal de s’enthousiasmer pour les percées scientifiques, autant il est juste de révéler les bourdes. Quand j’en fais une, les lecteurs ou les auditeurs ne mettent pas 5 mois pour me le faire savoir. Et ils ne prennent pas de gants, en général. Cela me semble normal. Si les chercheurs veulent travailler sous l’oeil des médias, ils doivent d’attendre au même traitement.

  17. Si on tape “neutrinos vitesse de la lumière” sur google on obtient 15 900 résultats alors que “masse boson W” n’en donne que 4 et “découverte boson de higgs” en donne 9!
    Pourtant la mesure des chercheurs du Fermilab de la masse du boson W avec une précision jamais atteinte auparavant (voir lien ci-dessous) permettra de faciliter la recherche du fantomatique boson de Higgs qui continue à se cacher malgré les efforts incessants des chercheurs du LHC.
    On voit donc le rôle d’amplificateur exponentielle d’internet qui semble directement lié au caractère sensationnelle d’une découverte et faire oublier aux scientifiques leur déontologie et la rigueur de l’approche scientifique qui veut qu’une expérience unique qui contredit une théorie largement confirmée par ailleurs doit être méticuleusement vérifiée et revérifiée avant que l’on se lance dans des supputations certes porteuses d’audience mais qui risquent d’être très vite contredites.
    En septembre 2011, le porte parole d’OPERA, Antonio Ereditato, de l’Université de Berne (Suisse), déclarait sur le site du Cern. “Après des mois d’études et de recoupements, nous n’avons découvert aucun effet dû aux instruments qui pourrait expliquer le résultat de la mesure. Les chercheurs de la collaboration OPERA vont poursuivre leurs études, mais nous attendons également avec impatience des mesures indépendantes qui permettront d’évaluer pleinement la nature de cette observation.”
    Il est troublant de constater que malgré des mois d’études et de recoupements une mauvaise connexion entre un GPS et un ordinateur n’est pas été décelée !
    On peut admettre cependant, sans attaquer personne, que la responsabilité de ce tam-tam assourdissant soit partagée entre les scientifiques tellement pressés de faire des annonces et la presse (scientifique ou pas) toujours à l’affut d’une nouvelle sensationnelle oubliant quelquefois plus ou moins volontairement la vérification scrupuleuse des sources et des attendus d’une déclaration.
    La question reste comme toujours à qui profite le crime même s’il ne s’agit pas ici de crime bien sûr et on retrouve ici l’audience et la course incessante aux crédits des scientifiques!
    Attendons donc les nouvelles mesures mais si les erreurs sont confirmées, c’est en quelque sorte dommage puisque ces neutrinos “supraluminiques” ouvrait de nouvelles voies de recherche …
    Entre temps le boson de Higgs sera peut-être démasqué et je suis curieux par avance du nombre de réponse que cette nouvelle donnera sur google….
    http://www.msnbc.msn.com/id/46499705/ns/technology_and_science-science/#.T0aggGNSTGA

  18. @patricedusud : Merci pour votre message. Je suis très largement d’accord avec votre analyse. Je ne reviendrai pas sur la responsabilité des scientifiques de l’expérience OPERA. Pour ce qui est de celle de la presse, en revanche, je peux apporter quelques précisions sur son fonctionnement, en particulier lorsqu’il s’agit de sujets scientifiques. Tout d’abord, il faut rappeler une évidence. Que la presse soit “à l’affût d’une nouvelle sensationnelle”, comme vous l’écrivez, ne paraît incontestable. Le constater sur le ton de la critique reviendrait à accuser les scientifiques d’être toujours à l’affût d’une découverte sensationnelle ou de soupçonner les ingénieurs d’être toujours à l’affût d’une conception révolutionnaire. Oui, être “à l’affût” fait partie du métier des journalistes. Que diriez-vous s’ils ne l’étaient pas ?
    Plus complexe, l’autre point que vous soulevez concerne la “la vérification scrupuleuse des sources et des attendus d’une déclaration”. En cas de doute ou de difficulté à comprendre une nouvelle, nous nous tournons systématiquement vers des spécialistes du domaine concerné pour avoir leur avis et leurs explications. Lorsque la nouvelle est propagée par le CERN et le CNRS, il faut, comme vous le signalez, analyser avec soin leur déclaration. Cette analyse comprend deux démarches assez contradictoire. D’un coté, il est essentiel de tenir compte des réserves exprimées, d’un autre il faut aussi lire entre les lignes en “traduisant” un langage souvent diplomatique, empreint de prudence et, parfois, de langue de bois. Vous comprendrez que ce travail n’est pas une science exacte… Pas plus d’ailleurs que le recoupement, souvent présenté comme l’arme suprême. En fait, les experts ne sont jamais totalement objectifs. Leurs propos sont liés aux intérêts de leur institution et aux leurs propres. La concurrence est vive entre les les scientifiques.
    Pour le journaliste, la tâche n’est donc pas aussi aisée ni limpide qu’il y paraît. S’ajoute à cela une difficulté interne aux médias et qui concerne spécifiquement les sciences. Pour le journaliste scientifique, le premier obstacle est souvent… la hiérarchie de son propre média. Contrairement aux domaines de la politique, de la société et même de l’économie, les rédacteurs en chef disposent rarement d’une culture scientifique. D’où la tentation de simplifier les termes du sujet afin qu’ils en comprennent plus facilement l’importance. Ce constat vaut aussi pour les lecteurs eux-mêmes dont les connaissances en science ou en technologies sont extrêmement variées. C’est un peu comme si un enseignant s’adressait à une classe composée d’élèves dont le niveau va de celui de la 6ème à celui du doctorat…
    La résultante de cette situation assez complexe peut parfois ressembler à une caricature, j’en conviens. Et nous tentons de l’éviter, bien entendu. C’est toute l’ambiguïté de la vulgarisation. Il serait beaucoup plus simple de ne s’adresser qu’à ceux qui comprennent parfaitement le sujet traité. Mais la diffusion d’une certaine culture scientifique dans l’ensemble de la population fait partie, me semble-t-il, de la mission des journalistes. Avec ses risques et ses écueils…

  19. @ Michel Alberganti
    Je vous accorde sans la moindre réticence que la curiosité et la position du chasseur à l’affût sont incontestablement une qualité et un comportement indispensable du journaliste ainsi que la difficulté à déchiffrer les annonces parfois alambiquées des scientifiques.
    c’est toute la noblesse du métier de journaliste en général et du journalisme scientifique en particulier.
    C’est la discipline que vous et quelques autres s’emploient, avec souvent beaucoup de succès, et vous devez en être remerciés par les lecteurs qui doivent aussi faire le tri difficile entre le bruit assourdissant qui remplit le net et les quelques informations qu’il faut extraire comme des pépites dans la gangue.
    Pour autant je reste persuadé que l’accélération incroyable de l’information que nous vivons aujourd’hui est un défi gigantesque pour la réflexion et qu’il faut veiller plus que jamais à ne pas céder à la tentation du sensationnelle (CF par exemple la mort “annoncée” de Pascal Sevran par J.P. Elkabbach) et que ces neutrinos n’ont pas été les seuls à aller “trop vite”.

  20. @patricedusud : Entièrement d’accord sur la question de la vitesse. Malheureusement nous sommes un peu dans la position des passagers d’un TGV. Ce ne sont pas eux qui règlent la vitesse du train…

  21. M. Alberganti, patricedusud,

    Vous pensez le point de vue du journaliste, moi celui du scientifique. La discussion est intéressante, je vais essayer d’expliciter ma position.

    « Pour le journaliste, la tâche n’est donc pas aussi aisée ni limpide qu’il y paraît »
    « La diffusion d’une certaine culture scientifique dans l’ensemble de la population fait partie, me semble-t-il, de la mission des journalistes. Avec ses risques et ses écueils… »
    Avant toute chose, je tiens à dire que j’adhère complètement à ces citations.

    « Le problème ne vient pas du fait que les chercheurs du CERN aient fait une erreur. Ni qu’ils aient demandé à leurs collègues de les aider à comprendre leur résultat ou à l’infirmer. Le problème vient de la nature de l’erreur. N’auraient-ils pas dû éliminer toute possibilité d’une bourde technique (une mauvaise connexion de fibre optique) avant de lancer leur résultat dans la nature? (…) Il a fallu 5 mois pour dénicher l’erreur. »

    « Il est troublant de constater que malgré des mois d’études et de recoupements une mauvaise connexion entre un GPS et un ordinateur n’est pas été décelée ! » (patrice)

    C’est le coeur de notre incompréhension. Premièrement, au moment de la publication, les chercheurs n’avaient aucune idée de la nature matérielle de l’erreur. Des erreurs de conception ou de traitement des données brutes avaient autant de chances d’apparaître, et la soumission à la critique était donc pertinente. Deuxièmement, exclure avec certitude un défaut matériel est difficile, sans doute inaccessible pour une expérience mobilisant de nombreux appareillages d’une grande complexité, et que ce sont tous des prototypes.

    Croire que tout ce qui sort des mains des scientifiques et des ingénieurs est immaculé, c’est se tromper lourdement. C’est pourtant le point de vue que vous développez tous les deux avec virulence ; vous accusez les scientifiques d’incompétence et piétinez les efforts honnêtes faits depuis un an pour dénicher ce qui pourrait ne pas aller avec leur propre expérience.

    Maintenant, les erreurs ou imprécisions techniques sont une vraie question. Elles sont présentes dans de nombreux articles (qui finissent par être retirés s’ils sont influents et que la source d’erreur est identifiée) et sans doute plus en amont dans presque tous les projets (on se souvient du problème de soudure du LHC). Les minimiser est une vraie question, et pas triviale, différente dans chaque nouveau cas. Il y a aussi une juste balance fiabilité/investissement à trouver, la fiabilité totale étant impraticable et donc infiniment coûteuse.

    « Le CERN aurait dû présenter ce résultat en prenant d’extrêmes précautions. »
    J’aimerais souligner que vous appelez propos provenant «du CERN» et «du CNRS» ceux venant des organes de presse de ces deux instituts. Et ceux-ci sont composés de communicants, pas de scientifiques. Des erreurs ayant eu lieu à ce niveau serait donc plus à mettre au compte des relais de l’information, c’est à dire à celui des médias, qu’à celui des scientifiques.

    La publication scientifique d’OPERA (déposée sur arXiv le 22 septembre contrairement à ce que vous affirmez en commentaire) prend les précautions d’usage et appelle clairement à une aide d’ordre technique. La communication à l’interieur de la sphère scientifique n’a rien à se reprocher. Le fait est que quand un scientifique lit «nous avons observé X, nous continuons à chercher de possibles sources de biais et attendons confirmation d’expériences indépendantes», il le prend littéralement ; il n’y a rien à lire entre les lignes, rien qu’on puisse ajouter pour éclairer le lecteur sur l’état des recherches.

    « Les propos [des scientifiques] sont liés aux intérêts de leur institution et aux leurs propres. »
    « La question reste comme toujours à qui profite le crime même s’il ne s’agit pas ici de crime bien sûr et on retrouve ici l’audience et la course incessante aux crédits des scientifiques! »
    C’est une caractéristique regrettable, mais aussi désirable, du fonctionnement de la communauté scientifique. Un excès de précautions serait néfaste pour la dynamicité de la recherche scientifique. Beaucoup de découvertes ont été publiées ainsi ; dans ces cas la crédibilité de conclusions repose aussi partiellement sur la confiance accordée au jugement des auteurs. Par ailleurs, la critique est ici invoquée à tord, car les intérêts des scientifiques ne dépendent aucunement des retombées dans la presse généraliste.

    « Les rédacteurs en chef disposent rarement d’une culture scientifique. D’où la tentation de simplifier les termes du sujet afin qu’ils en comprennent plus facilement l’importance. Ce constat vaut aussi pour les lecteurs eux-mêmes dont les connaissances en science ou en technologies sont extrêmement variées. »
    Je ne suis pas complètement convaincu par cet enchaînement qui sonne à mes oreilles comme un “ce qui est bon pour un rédacteur en chef est bon pour les lecteurs”, mais je comprends l’argument.

    « Pour autant je reste persuadé que l’accélération incroyable de l’information que nous vivons aujourd’hui est un défi gigantesque pour la réflexion et qu’il faut veiller plus que jamais à ne pas céder à la tentation du sensationnelle (CF par exemple la mort “annoncée” de Pascal Sevran par J.P. Elkabbach) et que ces neutrinos n’ont pas été les seuls à aller “trop vite”. » (patrice)
    « Entièrement d’accord sur la question de la vitesse. Malheureusement nous sommes un peu dans la position des passagers d’un TGV. Ce ne sont pas eux qui règlent la vitesse du train… »
    À nouveau je rejoins vos avis. L’accélération est stupéfiante et mon impression est que —malgré leurs efforts et leur compétence— les journalistes sont dépassés. En tout cas je les pense, in fine, responsable de la diffusion de l’information dans la société — qui d’autre qu’eux dont les médias sont le métier ? Dans mon TGV, les journalistes ne sont pas passagers, ils ont chacun un morceau du poste de commande.

    Sur ce, bon dimanche,

    Tim

  22. @ Tim
    Vous écrivez :
    J’aimerais souligner que vous appelez propos provenant «du CERN» et «du CNRS» ceux venant des organes de presse de ces deux instituts. Et ceux-ci sont composés de communicants, pas de scientifiques.
    Le professeur Antonio Ereditato, directeur du LHEP déclarait dans le communiqué de Presse du CNRS du 22 septembre 2011 :
    “De longs mois de recherche et de vérifications ne nous ont pas permis d’identifier un effet instrumental expliquant le résultat de nos mesures. Si les chercheurs participant à l’expérience OPERA vont poursuivre leurs travaux, ils sont impatients de comparer leurs résultats avec d’autres expériences de manière à pleinement évaluer la nature de cette observation “
    Dario Auterio, chercheur CNRS à l’Institut de physique nucléaire de Lyon (IPNL) ajoutait quant à lui :
    “Nous avons mis en place un dispositif entre le CERN et le Gran Sasso nous permettant une synchronisation au niveau de la nanoseconde et mesuré la distance entre les deux sites à 20 centimètres près. Ces mesures présentent de faibles incertitudes et une statistique telle que nous accordons une grande confiance à nos résultats […] nous avons donc hâte de confronter nos mesures avec celles en provenance d’autres expériences, car rien dans nos données ne permet d’expliquer pourquoi nous semblons observer des neutrinos en excès de vitesse. “
    Il ne s’agit pas, me semble-t-il de communicants mais d’authentiques scientifiques.
    Loin de moi l’idée d’accabler les scientifiques qui font un travail fantastique ni la recherche qui dans sa définition même peut échouer à valider des hypothèses et se trouve confrontée non seulement à la vitesse grandissante de la transmission de ces résultats (mais c’est en général plutôt un avantage pour la science en général) mais également à une complexité technologique bien difficile à contrôler et à vérifier.
    On comprend même la hâte de partager un résultat aussi inattendu que des neutrinos supraluminiques, on comprend autant la volonté des journalistes de ne pas passer à côté d’une telle nouvelle, on apprécie que les chercheurs d’OPERA aient immédiatement annoncés les sources possibles d’erreurs sans attendre les vérifications à venir.
    Ce qui est plus surprenant c’était l’annonce sans réserve d’une une grande confiance à nos résultats après De longs mois de recherche et de vérifications.
    Quant à la demande de confrontation, elle fait évidemment partie de la démarche scientifique mais reconnaissez qu’après un affichage d’une grande confiance elle avait quelque chose d’un défi.
    N’y a-t-il pas là, en toute objectivité, des raisons de s’interroger sur les erreurs commises et pourquoi les cause possibles de biais découvertes maintenant sont passées inaperçues avant ?
    Le caractère tellement surprenant et inattendues des mesures faites, ne devait-il pas conduire à ce que l’ensemble des moyens techniques qui entourent l’expérience fasse fait l’objet plus tôt des vérifications qui ont conduites à découvrir ces sources d’erreurs potentielles ?
    Les scientifiques sont considérés par l’opinion publique comme éminemment crédibles et donc plus exposés lorsqu’ils doivent admettre des erreurs.
    Il est un peu tôt pour regretter les neutrinos pressés mais il n’est pas trop tard pour les chercheurs d’OPERA de tirer toutes les leçons de cette <b<bourde

  23. @ Tim (bis)
    Mais je vous accorde que le rapport publié intitulé Measurement of the neutrino velocity with the OPERA detector in the CNGS beam est plus prudent que les déclarations du communiqué de presse du CNRS.
    Il conclut en effet :
    In conclusion, despite the large significance of the measurement reported here and the robustness of the analysis, the potentially great impact of the result motivates the continuation of our studies in order to investigate possible still unknown systematic effects that could explain the observed anomaly. We deliberately do not attempt any theoretical or phenomenological interpretation of the results.
    Il est à noter que “the continuation of our studies” n’était pas une formule creuse !
    http://arxiv.org/ftp/arxiv/papers/1109/1109.4897.pdf

  24. @patrice
    Les propos d’Antonio Ereditato sont tout à fait dans le ton souhaitable…

    Dario Auterio s’avance lui un peu plus avec son «nous accordons une grande confiance à nos résultats». Mais il faut aussi compter avec le fait que cette citation est extraite de la phrase «Ces mesures présentent de faibles incertitudes et une statistique telle que nous accordons une grande confiance à nos résultats.» ce qui laisse une très grosse ambigüité. Le terme confiance semble s’appliquer à la précision de la mesure, c’est à dire que cette phrase ne porte pas sur la présence éventuelle d’erreurs systématiques. Ou peut-être que si. Ou peut-être que Dario Auterio avait la précision en tête mais que sa grande confiance valait aussi pour la validité du résultat dans son ensemble. En tout cas l’ambigüité est incontestable et elle aurait dû être levée par les pôles presse. Ils auraient dû poser explicitement la question “des biais systématiques sont-ils possibles” ou, si on ne leur prête pas de compétences scientifiques, s’abstenir de publier une phrase dont la deuxième partie contenait “grande confiance” sans en comprendre la première partie.

    Le problème vient aussi de la nature de ces pôles presse. Ils fonctionnent en relayant tels quels les propos des responsables des recherches, enrichis d’un apport contextuel : il ne s’agit pas d’un travail journalistique, l’objectivité et le recul sont ceux que les chercheurs transmettent. Pourtant ces communiqués sont souvent repris comme si ce travail avait été fait, sans besoin d’enquêter davantage. À nouveau, le reportage publié dans Science, le même jour, était parfaitement équilibré.

    « N’y a-t-il pas là, en toute objectivité, des raisons de s’interroger sur les erreurs commises et pourquoi les cause possibles de biais découvertes maintenant sont passées inaperçues avant ?
    Le caractère tellement surprenant et inattendues des mesures faites, ne devait-il pas conduire à ce que l’ensemble des moyens techniques qui entourent l’expérience fasse fait l’objet plus tôt des vérifications qui ont conduites à découvrir ces sources d’erreurs potentielles ?»
    J’ai répondu à cela dans mon message précédent, relisez-le. C’est difficile, les scientifiques sont compétents et font ce qu’ils peuvent.

    «il n’est pas trop tard pour les chercheurs d’OPERA de tirer toutes les leçons de cette bourde»
    Mais qu’attendez-vous exactement ?! Les chercheurs d’OPERA ont déja passé des mois à remettre en question toutes les étapes de leur travail.

    «Les scientifiques sont considérés par l’opinion publique comme éminemment crédibles et donc plus exposés lorsqu’ils doivent admettre des erreurs.»
    L’argument vaut quand les chercheurs parlent de faits connus. Le public doit comprendre que la recherche se déroule par définition dans le domaine de l’inconnu, que tout ce qui en sort est, pour un temps au moins, incertain.

  25. Qui va sur le site du CERN pour se renseigner? Qui lit Physical Review, Nuclear and Particle physics, Journal of Physics? Il y a une grande différence entre une communication scientifique et un article de magazine, serait-ce Science. Certains journalistes ont la manie de prendre des études sans rien y comprendre et de les présenter comme si c’était une avancée définitive. Le temps médiatique n’a rien a voir avec celui de la recherche scientifique. Ce sont bien les média qui ont diffusé une “information” qui n’en est pas une, parce que ça fait vendre du papier.

    Ensuite, pour vérifier une expérience, on la fait faire par une équipe indépendante. C’est comme ça pour tous les travaux dans tous les domaines. Ils avaient donc bien besoin de leurs collègues. Cette fois, l’appel a été un peu solennel, mais seulement à cause de la grande importance de l’observation. Si la relativité était contredite, ce serait une grande crise dans la physique car absolument tout repose dessus, et l’on a rien pour la remplacer.

    Enfin, j’aime bien les petites phrases comme: “Les Américains savourent.” Ben je vois pas pourquoi, vu qu’il y en avait sûrement dans l’équipe. Oui, la recherche fondamentale c’est pas le relais 400 m, ça se fait par collaboration internationale. Il ne faudrait pas qu’un certain nationalisme déteigne là où il n’a rien à faire.

    Tout ça pour dire que quand on ne connait pas une discipline ou un milieu, soit on se renseigne, soit on prend des précautions oratoires.

  26. @clmasse : Merci pour votre message. Ah ! Ces journalistes qui n’y comprennent rien ! Heureusement qu’ils sont là, ces coupables idéaux. Votre critique, même si elle manque cruellement d’originalité, s’ajoute à la cohorte de celles qui stigmatisent systématiquement les médias lorsque des chercheurs ont le malheur de faire une erreur. Les scientifiques ne se trompent jamais et ne sont que les victimes de journalistes ignares qui ne cherchent qu’à vendre du papier (même si c’est de moins en moins le cas et que nous sommes, ici, peu sensibles à cet objectif).
    Quand on accuse, comme vous le faites, les journalistes de ne pas aller sur le site du CERN ni de lire les journaux scientifiques de référence, on pourrait au moins donner l’exemple. Ainsi, si vous aviez pris soin d’aller sur le site du CERN pour vérifier la composition de l’équipe de l’expérience OPERA, vous auriez constaté qu’elle ne comporte pas d’Américains… Que la “fuite” ait été révélée par Science n’est donc peut-être pas un hasard.
    Enfin, si vous pensez vraiment que la recherche scientifique est un sport qui se pratique dans une ambiance de collaboration internationale exempte de toute compétition nationaliste, je crains que votre naïveté n’égale la violence de vos propos et l’ampleur de votre sentiment de supériorité.

  27. Oui, les journalistes n’y comprennent rien, et c’est heureux, chacun sont métier. Les scientifiques se sont toujours trompés depuis la nuit des temps. Newton a montré que Aristote s’était trompé, Einstein a montré que Newton s’était trompé, Dirac a montré que Einstein s’était trompé, Feynman a montré que Dirac s’était trompé etc. etc. Les expérimentateurs aussi se trompent tout le temps. C’est bien pour ça que je dis que le temps médiatique n’est pas le temps de la recherche. Les études présentées par certains journalistes comme des avancées définitives sont la plupart du temps contredites ou complétées par des études ultérieures, c’est la routine. Les gens qui n’y comprennent rien pense qu’on fait des progrès définitifs comme ça du jour au lendemain.

    Les revues de recherche ne sont pas faites pour les journalistes, elles sont faites uniquement pour les chercheurs, et n’apporte rien à n’importe qui d’autre. C’est justement cette source que choisissent les journalistes à la recherche d’un scoop, mais il n’y a pas d’information dans ces revues. Le site du CERN publie des information sur le travail des chercheurs, pas sur les progrès de la science, lesquels ont un circuit beaucoup plus long.

    S’il n’y a pas d’américains dans l’équipe d’OPERA, des membres de cette équipe travaillent avec des américain sur des travaux très proches. Dans toutes les recherches qui ont mené à OPERA, il y avait aussi des américains. Ce sont des collègues. S’il y a bien sûr de la compétition dans la recherche, elle n’est pas entre pays, ça n’a aucun sens. Sans collaboration internationale il y aurait tout simplement aucun progrès. Aucun résultat de recherche ne peut être labelé par un pays depuis au moins 50 ans. La compétition est entre individus, mais il y a aussi beaucoup de copinage.

    Je suis sûrement naïf, mais bon, la différence c’est que moi je suis chercheur et que quand je vois toute cette violence qui rate systématiquement sa cible, je me demande s’il faut en rire ou en pleurer. Science est une entreprise capitaliste qui fait sont beurre comme elle peut, rien à voir avec le milieu de la recherche. Quand la mal-science comme la fusion froide ou la mémoire de l’eau fait du bruit, c’est toujours en passant par les magazines grand public, avec des journalistes qui n’y comprennent rien, et avec des arrières pensées nationaliste ou autre moins avouables.

    Je vais pas continuer à expliquer la vie à des gens qui savent tout, et pour qui la moindre contradiction est une agression, mais tout le reste est à l’avenant, à mi-chemin entre la fiction et la réalité. Je finirai en disant qu’il y a des universités, des livres, des professeurs, et beaucoup de temps pour étudier. Ce qui semble manquer le plus c’est le courage, alors on compense en s’attaquant à ceux qui en ont: ils se trompent, ils ont un sentiment de supériorité, ils font compliqué là où on peut faire simple, ils sont buttés, arrogants, méchants etc. Je me trompe 20 fois par jour, vous savez pourquoi? Parce que moi je FAIS quelque chose.

    Voilà, puisque qu’on dit que je suis violent, autant que ce soit pour quelque chose.

  28. @clmasse : Amen ! Je suis très heureux que vous nous ayez livré le fond de votre pensée. Ceux qui ne font rien vous saluent bien.

  29. C’est tout de même incroyable cette acharnement à ne pas vouloir reconnaître des erreurs de jugements ou à minima un manque de prudence de la part des défenseurs des scientifiques qui, au demeurant, ont probablement autre chose à faire que d’entretenir des polémiques stériles!
    C’est justement cette attitude arcboutée qui est regrettable parce que l’ouverture d’esprit et la curiosité restent des qualités essentielles pour entreprendre une carrière utile dans la recherche scientifique.
    Je n’ai aucun doute que la bourde incontestable de l’annonce prématurée (ce qui ne préjuge pas des vérifications à venir) des neutrinos supraluminiques a fait ou fera l’objet d’une étude approfondie pour tirer toutes les leçons de ce couac!
    La démarche scientifique est indissociable de cette capacité à reconnaître des erreurs!
    Quant aux journalistes, ils font comme ils peuvent leur métier pris en tenaille entre l’attrait d’un scoop et la nécessité de vérifier les sources et de croiser les informations.
    En l’occurence et à la lecture du communiqué (et non pas du rapport plus nuancé) ils n’avaient guère de raison de mettre en doute la “grande confiance” en leurs résultats des scientifiques.
    Attendons donc avec sérénité mais aussi une forme d’impatience les vérifications à venir…
    :)

  30. @michelalberganti Notez que c’est vous qui avez ouvert les hostilités. (Cela n’excuse évidemment pas les insultes de clmasse.) Vous avez le premier mitraillé les physiciens d’OPERA, que vous tenez pour responsables du développement médiatique rocambolesque de cette affaire.

    J’aimerais bien que vous nous expliquiez ce que vous leur reprochez exactement, au delà du fait qu’ils n’ont pas réussi à assurer une fiabilité absolue à leur outil. (Laquelle accusation est infondée comme je l’ai déjà expliqué.)

  31. @patrice « acharnement» «stériles» «attitude arcboutée» … no comment

    Vous soutenez que l’annonce était prématurée. J’ai montré dans un commentaire précédent pourquoi ce n’était pas le cas. Si vous n’êtes pas d’accord avec mes arguments, répondez-y, plutôt que de réaffirmer votre position en faisant comme si vous les aviez effacés de votre mémoire aussitôt lus.

  32. @patricedusud, avant de commenter, tu devrais te renseigner sur ce qu’on fait exactement les scientifiques. Il n’y a pas eu “d’annonce prématurée”, elles sont toutes prématurées, car tout travail est provisoire, et demande l’examen des autres chercheurs et d’autres expériences pour confirmer. Il arrive qu’en effet, les journalistes écoutent aux portes et captent des communications qui ne leur sont pas destinées.

    Leur détecteur pèse 1300 tonnes, et 60 ns ça correspond à une longueur de 18 m, autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Il ont fait des vérifications pendant des mois. Dans un tel arrangement, il y a toujours une bonne dizaine de composants qui ne fonctionnent pas ou mal, mais ils font avec. Et pourquoi ne reconnaîtraient-ils pas leur erreur si jamais il l’a trouvent? Il le font 20 fois par jour, et je peux t’affirmer que ce milieu n’est pas tendre avec les erreurs des autres, qu’il traque sans cesse.

    Les journalistes ne font pas “leur métier comme il peuvent,” ils entrent par effraction dans un système sans respecter ses spécificités, et abusent de la naïveté de leurs lecteurs. Il n’y a pas de scoop en science, c’est un fantasme. La théorie de la relativité a été publiée en 1905, mais est passée inaperçue. Elle a été reconnue quelques années plus tard, et comprise encore des années après par 3 ou 4 personne, maintenant elle est enseignée en deuxième année d’université sans problème.

    Quant a voir une “confiance” dans un communiqué technique, la c’est complètement du délire, que je ne commenterai pas. L’équipe a été au contraire d’une circonspection exceptionnelle par rapport à l’événement possible. Les américains n’ont pas ricané, car ils savent bien que ça aurait pu leur arriver; et ils angoissent à l’idée de ne pas avoir le bon comportement sous la pression.

    Le terme “bourde” est complètement déplacé et dénote uniquement l’état d’esprit bête et méchant de celui qui l’utilise. La recherche n’est pas un concours d’entrée en Grande Ecole ou la solution du problème est connue et standardisée. Les scientifiques travaillent là ou personne n’a jamais été et dans des conditions très difficiles, à la limite de l’impossible. Mesurer un temps même à 60 ns près entre des points très éloignés est une prouesse incroyable. Que ceux qui critiquent essaient d’en faire autant.

    Avant de sauter à la gorge de qui que ce soit, assurez-vous que vous savez de quoi vous parler. Voici un article de l’époque pour ceux qui seraient tentés de propager les on-dits sans vérifier:
    http://www.guardian.co.uk/science/2011/sep/22/faster-than-light-particles-neutrinos

  33. @Tim : En réalité, je ne suis pas en position de reprocher quoi que ce soit aux physiciens d’OPERA. Je n’oublie jamais que “je n’y comprends rien” :) . En revanche, je pense pouvoir émettre un avis sur la communication de cette affaire de la part des services de presse du CNRS et du CERN mais également de la part des physiciens eux-mêmes. Sur ce plan, il est facile d’établir que, dans cette affaire en tous cas, les médias n’ont guère amplifié le signal émis par les “sources autorisées”. Reprenons donc le fil des annonces:
    - 22 septembre 2011 : Le CNRS lance le scoop un jour avant l’annonce officielle par le CERN, organisme qui pilote l’expérience OPERA
    - 23 septembre 2011 : Le CERN publie son propre communiqué
    - 18 novembre 2011 : Le CERN fait état d’une deuxième expérience donnant le même résultat.
    - 22 février 2012 : La revue Science annonce, selon des sources proches de l’expérience, la possibilité d’une erreur due au branchement d’un câble en fibre optique.
    - 23 février 2012 : Le CERN déclare avoir identifié “deux effets susceptibles d’avoir une influence sur la mesure du temps de parcours des neutrinos”.
    On constate que le CERN est toujours en retard sur la publication des événements ce qui lui laisse peu de marge pour imposer sa propre vision des choses. Le CNRS n’a pas hésité à lui griller la politesse, comme aurait pu le faire n’importe quel média sans scrupule. La revue Science cède également au scoop de source anonyme, une formule peu usitée en matière de communication scientifique. Enfin, le CERN ne publie pas de communiqué distinct, ni pour la seconde expérience, ni pour les effets susceptibles de … Il faut aller chercher cette information dans le communiqué… du 23 septembre 2011 qui est simplement mis à jour…
    Pour ce qui est des citations des scientifiques dans ces communiqués, on peut considérer qu’ils ont singulièrement manqué de prudence. De plus, ils ont écarté l’hypothèse d’une bourde dans l’expérience en des termes qui doivent les mettre en position délicate aujourd’hui:
    * “Ces mesures présentent de faibles incertitudes et une statistique telle que nous accordons une grande confiance à nos résultats », – Dario Autiero, chercheur du CNRS à l’Institut de physique nucléaire de Lyon (IPNL). (Communiqué du CNRS).
    * « De longs mois de recherche et de vérifications ne nous ont pas permis d’identifier un effet instrumental expliquant le résultat de nos mesures” – Antonio Ereditato, porte-parole de l’expérience OPERA. (Communiqué du CNRS et communiqué du CERN)
    - « La synchronisation établie entre le CERN et le Gran Sasso nous donne une précision de l’ordre de la nanoseconde et nous avons mesuré la distance entre les deux sites avec une précision de 20 cm” – Dario Autiero (communiqué du CERN)
    - ” Bien que nos mesures aient une incertitude systématique basse et une précision statistique élevée et que nous ayons une grande confiance dans nos résultats, nous sommes impatients de les comparer avec ceux d’autres expériences. » Dario Autiero (communiqué du CERN).
    En somme, les physiciens ont demandé à la communauté de refaire leur expérience pour en confirmer ou en infirmer le résultat. Ils n’ont jamais laissé planer de doute sur la fiabilité de leur mesure. Au contraire. La bourde est donc bien là, me semble-t-il. Non dans l’incapacité à “assurer une fiabilité absolue à leur outil”, comme vous dites, mais bien dans une confiance excessive dans cette fiabilité. La bourde dépasse d’ailleurs le cadre de la fiabilité s’il s’agit d’un vulgaire problème de connexion. La seconde cause envisagée, un problème d’oscillateur pour les synchronisations GPS n’est guère explicitée par le CERN. Il aura donc fallu 5 mois aux physiciens pour identifier deux erreurs pratiques possibles. Leur confiance excessive a déclenché une multitude de travaux de leurs collègues. Sans doute en pure perte. A moins que le hasard s’en mêle.
    J’espère avoir répondu à votre question.

  34. @Tim, c’est michelalberganti qui prétend que je l’insulte. Mais si ma critique manque d’originalité, c’est sans doute que j’ai raison, comme la plupart de ceux qui ont donné leur avis. Quand on est à court d’argument, on passe aux accusations. Pas grave, j’ai l’habitude, quand on n’a pas de tête on a des jambes.

  35. Désolé, dès le premier alinéa, je vois “scoop” et “officiel”, deux termes qui n’appartiennent pas à la physique, mais bien au journalisme. Il n’y a pas de science officielle, et même si ça avait été confirmé, ça n’aurait été que le début de quelque chose et surtout pas une découverte. Pas la peine de lire plus loin, comme on dit par chez nous, chacun son métier, les vaches seront bien gardées. On a le droit de se tromper, mais quand on en arrive aux leçon de morale, c’est là que ça ne va plus.

    Au demeurant, la science n’est pas un ensemble d’événements devant être couvert par des journalistes. Elle se fait dans les laboratoires, et s’enseigne à l’université, à la rigueur dans des traités complets ou même des articles de fond, mais surtout pas sur des feuilles de choux.

    Edition spéciale, E=mc^2, l’énergie est de la lumière pure, toutes les confessions du facteur de contraction de Lorenz, il aurait été violé par le groupe de Poincaré. Le coefficient gamma porte plainte.

    Ce cas exceptionnel, plus que l’arrogance des scientifiques ou quoi que ce soit, a permis de démontrer par A+B l’inadéquation du traitement journalistique de la science. Et en disant ça, je pense aussi aux services de presse d’un quelconque institut, qui ne peuvent pas rendre directement compte de leur activité aux citoyens. Pire encore, des travaux scientifiques tous frais servent parfois de base pour promulguer des lois, c’est une aberration, et c’est très dangereux. La recherche a sa logique propre qu’il faut respecter si l’on veut en obtenir quelque chose. Qu’elle soit faite avec des fonds publics ne change rien au problème.

  36. En fait à la réflexion, on voit plutôt le journaliste dépité de ne pas avoir pu communiquer une des plus grandes nouvelles à sensation putative. Mais bon, les chercheurs font ce qu’ils peuvent, c’est pas tous les jours qu’on démolit plus d’un siècle de construction scientifique. Le journaliste ferait probablement mieux de voir ses propres erreurs pour évoluer. Souvent les grandes révolutions scientifique se développent sur des décennies en partant d’observations qui semblent insignifiantes au début. L’expérience de Michelson-Morlay? Bah! A refaire ça n’a pas marché.

  37. Confiance = probabilité que l’hypothèse soit vraie, pour une loi statistique donnée. L’intervalle de confiance est effectivement très grand, quelque chose comme 99,9%. L’arrangement permet également une très grande précision. A partir de là, confiance ne veux pas dire certitude, car il y a toujours la possibilité d’une erreur. C’est pas la faute aux physiciens si les journalistes ne comprennent pas les problèmes techniques.

  38. Ce qui est en cause ce n’est ni la bonne foi des chercheurs, ni leur prudence ou leur imprudence devant un résultat aussi inattendu, ni encore les “décalages” dans la communication du CERN (même si on peut les commenter comme le fait Michel Alberganti), ni même l’annonce très sobre que de nouvelles vérifications étaient nécessaires (mise à jour du communiqué du 23/09/2011) mais bien ces failles dans les vérifications initiales.
    Comment ces vérifications ont-elles pu d’abord échapper à des chercheurs dont on reconnaît la prudence méthodologique dans la conclusion du projet d’article remis au comité de lecture du Journal of High Energy Physics (JHEP) le 17 novembre 2011 ?
    (page 29 du rapport, je cite “In conclusion, despite the large significance of the measurement reported here and the robustness of the analysis, the potentially great impact of the result motivates the continuation of our studies in order to investigate possible still unknown systematic effects that could explain the observed anomaly. We deliberately do not attempt any theoretical or phenomenological interpretation of the results.”)
    Chacun peut porter son jugement sur le caractère inopiné ou non de l’annonce (l’affaire a été largement débattue en particulier sur ce blog) mais cette question des failles dans le tamis des vérifications scientifiques de plus en plus difficiles à cerner n’est-elle intéressante en elle-même ?

  39. @michelalberganti
    J’ai expliqué plus haut pourquoi je pensais que les pôles presse du CNRS et du CERN avaient fait un travail médiocre sur cette affaire. D’une part, ces sources ne sont pas dans la recherche de l’objectivité journalistique. Comme le dit clmasse ils publient «des information sur le travail des chercheurs». D’autre part elles n’ont pas fait le nécessaire travail pédagogique sur les propos bruts des chercheurs. Avec comme conséquence que votre interprétation de ces propos est très différente de la mienne (explicitée dans un autre commentaire) et de celle de clmasse.

    Il n’y a, je vous assure, rien dans cette affaire qui ressemble à une grossière erreur de communication de la part des scientifiques d’OPERA. Le comportement qu’ils ont adopté est compréhensible et dans l’ensemble souhaitable. Ne pas le reconnaitre est faire erreur, faire injure à ces scientifiques, et faire preuve d’une absence de volonté de compréhension du fonctionnement particulier des milieux scientifiques (ce qui pour un journaliste scientifique est problématique).

  40. @patricedusud
    «Comment ces vérifications ont-elles pu [...] échapper [aux] chercheurs ?»
    Vous avez réellement l’air de penser que l’erreur est du niveau d’une machine à laver non reliée à l’arrivée d’eau…

  41. @ Tim
    Je ne pense pas que le fait de me traiter de benêt attardé fasse réellement avancer le débat :)
    Vous faites des inférences sur mes connaissances et mon expérience qui en disent long sur votre capacité à mépriser ceux qui ne pensent pas comme vous.
    Dommage…pour vous d’abord!

  42. Ce n’est pas ce que j’ai dit ! Mais cela ne faisait pas non plus avancer le débat :o

    Je ne fais aucune inférence sur votre expérience sinon que vous n’avez pas travaillé sur des outils de cette complexité ; ou alors, vous devriez pouvoir nous expliquer pourquoi les scientifiques auraient dû pouvoir exclure toute erreur technique. Je ne sais pas ce qui se fait dans d’autres branches que la physique.

    Tim

  43. Les ‘simplifications’ des ‘communiquants’ (qui sont rarement des journalistes scientifiques) sont souvent agaçantes. Mais dans le cas d’espèce, ni eux, ni les journalistes ne sont en cause.
    Au départ il y a le directeur général du Cern qui dirige l’ouverture du grand show à Genève, le directeur de l’IN2P3 (CNRS) et l’un de ses directeurs scientifiques qui se lancent dans des commentaires aussi imprudents que dénués d’intérêt sur les ondes nationales. Et ces communiqués de presse qui n’auraient jamais dû être. La méthode est d’autant plus absurde qu’aucun scientifique ayant un peu conscience de l’enjeu ne peut croire à une ‘découverte’. La physique des particules est le plus grand ‘consommateur’ de relativité de la planète. Tout ce qu’elle a fait, ce qu’elle a construit, élaboré depuis les années cinquante en fait d’accélérateurs, de détecteurs, de conception d’expériences et d’interprétation des résultats est fondé sur la relativité. Pas une de ces machines ne fonctionnerait si la relativité était ‘fausse’.
    Or elle l’était si le résultat d’Opera était avéré, et cela d’une manière totalement incompatible avec les éventuelles petites déformations qui pourraient être introduites si un des (laborieux et encore très embryonnaires) essais de quantification de la gravitation finissait un jour par déboucher sur une théorie digne de ce nom. Et cette incompatibilité était connue avant l’annonce.
    Alors, venir vendre la peau de l’ours, c’était pardonnable à des journalistes justement, mais pas à ceux qui se sont lancés dans cette lamentable manoeuvre sous prétexte de demander l’aide de collègues qui auraient été bien en peine de trouver des défauts dans un appareillage auquel ils n’avaient évidemment pas accès. Ces gens semblent s’être laissés enivrés par l’attrait de la scène, les feux de la rampe, l’envie d’être à leur tour au centre du spectacle sur la grand-place du global village. C’est l’unique explication à une attitude absurde qui ne pouvait les conduire qu’à un désastre. Et ils ont exactement la même responsabilité que le buveur qui prend le volant et termine sa course dans un mur. Les crédits, ils y ont peut-être pensé un instant mais ce qui les a fait dérailler, c’est l’ivresse engendrée par la ‘civilisation’ du spectacle.
    Aussi je (physicien des particules de profession) m’inscris en faux contre ceux qui viennent ici s’en prendre à la presse et au texte de Michel Alberganti sur lequel je ne ferai qu’une (sérieuse) réserve concernant la supposée malveillance des collègues américains. L’erreur est indubitablement du côté des scientifiques, non seulement parce qu’ils ont mal calibré leur appareillage, mais surtout parce qu’ils se sont départis de l’attitude de scepticisme et de réserve qui aurait dû être la leur. Et on ne peux qu’être consterné en constatant que le directeur scientifique de l’IN2P3 déjà mentionné persiste et signe en soutenant qu’à défaut du prix Nobel (il rêve encore..), l’expérience Opera aura quand même obtenu la meilleure mesure de la vitesse des neutrinos: c’est grossièrement faux, la meilleure mesure de cette vitesse -qu’Opera ne pourra jamais battre- a été donnée par les détecteurs japonais, soviétique et américain qui, il y a 25 ans, ont enregistré l’heure d’arrivée des neutrinos venant de l’explosion de la supernova SN1987A.

  44. @ John: Grand merci pour cette mise au point qui honore la communauté des physiciens dans la mesure où une faute est d’autant plus grave qu’elle n’est pas reconnue. De plus, votre analyse des évènements et des propos tenus par chacun éclaire véritablement l’affaire et permet de la comprendre en profondeur.
    Il manque encore, de mon point de vue, un éclairage économique. Voici les questions que l’on peut encore se poser, de mon modeste point de vue journalistique:
    – Pensez-vous que cette prise de risque inouïe de la part du CERN relayé (ou devancé) par le CNRS a des causes économiques ? (justification du financement du CERN)
    – Cette attitude sur les neutrinos a-t-elle un quelconque rapport avec les travaux sur le boson de Higgs ? (que pensez-vous de la communication du CERN sur ce sujet?)
    – Sur la “malveillance des collègues américains”, notez que ce ne sont pas les termes que j’ai utilisés. D’abord, ce ne sont pas des physiciens des particules américains qui sont en cause mais simplement la revue Science qui se met soudain au niveau du journalisme ordinaire que nous cherchons toujours à éviter (sans toujours y parvenir) et qui consiste à propager une nouvelle à partir d’une source anonyme (“proche de l’expérience”). N’est-il pas naïf de considérer que le fait que la nouvelle provienne du site de la revue américaine la plus prestigieuse n’a rien à voir avec une quelconque concurrence entre les Etats-Unis et l’Europe? Il s’agit d’une vraie question. Je n’ai pas la réponse et nous demande réellement votre avis.
    Merci encore pour votre témoignage et merci d’avance pour vos réponses.

  45. @ John
    Enfin de la clarté, du courage et de la sincérité de la part de quelqu’un qui manifestement sait de quoi il parle :)
    Une vrai attitude scientifique!
    Juste une question à John :
    N’est-il pas intéressant de se pencher sur les raisons techniques et méthodologiques qui ont conduit à ce désastre en dehors des raisons d’attrait qui ont, comme vous l’analysez si justement, poussé les responsables scientifiques dans le trou noir de l’erreur?

  46. Un remarque préliminaire: “le Cern” dans cette affaire, c’est d’abord son directeur général et évidemment le groupe Opera. Mais nombreux sont les physiciens qui n’ont jamais accordé foi à ces mesures. Pour ne prendre qu’un exemple, mais de qualité, le président du Conseil du Cern, ancien directeur de l’IN2P3, est resté d’une discretion remarquable dans toute cette affaire, pour la bonne raison qu’il n’y croyait probablement pas du tout.

    Sur votre dernier point, le plus facile: qui sont ‘les Américains’ ici ? Des scientifiques, qu’ils appartiennent à la rédaction de Science ou soient physiciens des particules. Comme leurs collègues Européens, ils ont du mal à faire financer leurs projets en cette époque de crises économiques récurrentes. Leur premier souci est de persuader leurs bailleurs de fonds (DOE, NSF et derrière eux, le Congrès) de l’importance et de l’intérêt de leurs recherches. Alors qu’ils s’efforcent de faire vivre et développer un important programme en physique des neutrinos autour de Fermilab
    -l’expérience Minos s’apprête (s’apprêtait ?) d’ailleurs à refaire les mesures d’Opéra- ce n’est pas en venant expliquer que les Européens ne sont pas sérieux qu’ils y arriveront. Le congressman moyen risquerait plutôt d’en tirer la conclusion que tout ça, c’est de l’argent des contribuables qu’on gaspille. S’il existait une autorité mondiale pour l’attribution des crédits à la recherche, votre hypothèse pourrait peut-être trouver un début de justification. Ce n’est pas le cas actuellement. Mais si on veut absolument voir une attaque derrière l’annonce de Science, alors ce serait
    plutôt celle d’une communauté scientifique contre une autre; la ‘big science’ dont relève la physique des particules fait des jaloux; elle coûte cher et d’autres scientifiques en manque de crédits seraient contents de voir les siens diminués; c’est vrai en Amérique comme en Europe et il est clair que des couacs du genre Opera ne peuvent que réjouir un certain nombre de chercheurs moins bien nantis.

    Pour le reste, le Cern a, ou risque d’avoir, des problème de financement en période de vaches maigres et doit déjà penser à l’après-LHC. Or l’un des axes principaux de la physique des particules à venir est celui des neutrinos, en particulier, la physique des oscillations qui suppose, comme dans le cas d’Opera, un gros accélérateur pour produire le faisceau et un détecteur très éloigné (en ‘oubliant’ la méthode qui utilise des réacteurs nucléaires). Contrairement aux Etats-Unis et au Japon, l’Europe n’a pas fait grand chose dans ce domaine ces dernières années – la motivation première d’Opera était bien les oscillations, mais sûrement pas ce qu’on pouvait faire de plus important/intéressant en ce domaine. Cependant, un grand travail de prospective sur les possibilités d’expériences avec un faisceau de haute intensité produit au Cern et des détecteurs de type nouveau sur des sites pouvant être aussi éloignés que la Finlande a lieu actuellement. De là à penser qu’on a voulu frapper un grand coup pour préparer les demandes de financement.. mais encore une fois, cela reste incompréhensible. Autant l’idée de mesurer la vitesse des neutrinos pouvait sembler
    naturelle, autant publier, de façon tonitruante, un résultat qui allait très certainement être démenti ne pouvait résulter que d’une espèce d’hallucination. Explication absurde, peut-être, mais pas plus que l’ensemble de cette affaire.

    Quand au Higgs.. qu’on le trouve ou pas, le résultat sera important et intéressant et restera au crédit du Cern, même si là encore, la ‘communication’ sur la soit-disant ‘machine à remonter le temps’ qui allait, à coup sûr, découvrir le boson de Higgs en ‘recréant les conditions du Big Bang’ a été extrêmement mal faite. Outre les comparaisons absurdes et l’emphase trompeuse dont on pouvait se dispenser, il aurait fallu expliquer dès le début qu’une non-découverte était aussi importante qu’une découverte (et de l’avis de bien des physiciens, beaucoup plus intéressante !)
    Aujourd’hui, on ne peut s’empêcher de soupçonner que le bruit fait dernièrement autour de résultats qui n’établissent ni n’infirment encore rien trahit un désir -assez compréhensible- de détourner l’attention des spectateurs loin de l’énorme bourde.

    Sur la méthodologie et la technique utilisées, il faut rappeler qu’Opera n’a pas été conçu pour cette mesure et qu’ aucune expérience ‘locale’ ne pourra jamais battre la
    précision que donnera la prochaine supernova proche. SN1987A bénéficiait d’une ligne de base de 168000 années-lumière contre.. 730 km pour Opéra !
    Alors, même s’il existe une incertitude de plusieurs heures sur l’instant d’émission, il n’est pas envisageable de faire mieux avec des neutrinos d’origine terrestre. On pourrait, bien sûr, faire plus simple en construisant une expérience spécifiquement destinée à mesurer leur vitesse. Le problème est que personne n’a envie de se lancer là-dedans et que personne n’a envie de financer une telle expérience, parce que personne ne croit à un effet de la taille de celui annoncé par Opera. Il y a des recherches chères qu’il faut faire parce qu’elles sont importantes. Mais gaspiller de
    l’argent pour une expérience dont le résultat est connu d’avance serait stupide, voire immoral surtout en période de crise. Il faut bien reconnaître cependant que c’est un peu le ‘péché originel’ d’Opera et la cause de son malheur. N’ayant pas grand chose à dire, cette expérience a voulu se trouver une autre raison d’être, avec les résultats malheureux que l’on constate.

  47. @John Merci pour votre contribution au débat. Vous êtes certainement plus spécialiste que moi. Je n’ai pas eu l’occasion de suivre l’affaire de l’intérieur.

    Maintenant, je ne suis pas plus d’accord avec vous que je ne l’étais avec michelalberganti.

    Je comprends que vous reprochiez aux chercheurs d’OPERA de s’être trompés. C’est aussi comme cela que marche la carrière des chercheurs, il faut avoir les bons instincts au bon moment, ne pas faire peser son crédit dans des interprétations fumeuses qui s’avèrent au final fausses, en un mot éviter de se planter lourdement. Les chercheurs d’OPERA ont manqué de lucidité scientifique, on ne peut pas vous l’enlever, et je ne doute pas qu’ils s’en mordent les doigts.

    Pour autant il est normal que les scientifiques aient des convictions et des passions sur certains sujets, le contraire serait même problématique. Ils ont crû leur résultat, ils l’ont assumé. Tout le monde était au courant des risques (et ce risque existera toujours sur un résultat de ce type). C’est facile de les traîner dans la boue maintenant que leur erreur est apparente. Si elle l’avait tant été à l’époque, on n’aurait pas envisagé sérieusement de monter des expériences pour la confirmer, et moins de gens auraient essayé de donner des bases théoriques à l’observation.

    Dans le monde scientifique, cette affaire, c’est des chercheurs ont crû à un truc faux, qui l’ont dit, qui ont tout de même fait ce qu’il fallait pour se rendre compte que c’était faux, et qui le diront quand ils auront pu refaire leur manip. Affaire courante…

    Mais dans le monde de la presse généraliste, le sujet a été le succès de la décennie… Tout le monde connaît Einstein. Les médias ont sauté sur le “scoop” comme des mouches sur un pot de miel.

    La grande majorité des journalistes qui ont écris ces articles, déjà n’ont aucune idée de ce que c’est que la recherche, et surtout n’ont pas utilisé les bonnes sources.

  48. @ Tim
    Errare humanum est, perseverare diabolicum

  49. OPERA COMIQUE ?
    On peut lire dans le figaro sous le titre accrocheur « Einstein et les neutrinos : le suspense continue » que, la production de neutrinos par le Cern devant redémarrer à partir du 23 mars, les chercheurs de la collaboration Opera ont demandé la possibilité de refaire leur expérience dès la réouverture.
    Bien sûr si les neutrinos étaient vraiment plus rapides que la lumière la nouvelle serait la véritable bombe mais elle a jusqu’à présent fait pschittt et on peut s’interroger sur l’utilité de ces vérifications qui sentent un peu l’acharnement thérapeutique.
    On peut aussi se demander comment l’équipe OPERA a trouvé le financement pour les faire après son fiasco.
    La recherche du fantomatique boson de Higgs est un sujet éminemment plus sérieux et toutes ces expériences coûtent c’est-à-dire nous coûtent une fortune.
    Voir le post de John et ce que François Vannucci, Professeur au laboratoire de physique nucléaire et des hautes énergies de l’université Paris-VII, déclarait déjà le 29/09/2011 : « L’étude est en contradiction avec les recherches réalisées à ce jour. Toutes confirment les données de la théorie de la relativité selon laquelle la vitesse de la lumière est une vitesse ultime, infranchissable. Cela s’est notamment vérifié lors de l’explosion de la supernova “SN 1987A” qui a bombardé la Terre de neutrinos en 1987. Les indications recueillies à cette occasion révélaient que les neutrinos de cette étoile en fin de vie voyageaient bien à la vitesse de la lumière ».
    Et la distance de vérification n’était pas les quelques 700 KM de l’expérience OPERA mais une distance estimée à environ 51,4 kiloparsecs de la Terre.
    ____________________________________
    1 kiloParsec = 3,08568025 × 1019 mètres

    http://www.lexpress.fr/actualite/sciences/les-revelations-sur-les-neutrinos-sont-une-bombe_1035499.html

  50. Une dernière fois, personne ne reproche aux physiciens d’Opera de s’être trompés et leurs collègues moins que d’autres, qui savent à quel point l’expérience est difficile.
    Ce qui leur est reproché, à eux mais surtout aux “hautes autorités scientifiques”, c’est le show. Beaucoup l’ont dit et écrit immédiatement et non nullement attendu, ne vous en déplaise, qu’une erreur soit trouvée. Le show est peut-être dans l’air de cette époque, où refuser de s’exhiber parait presque déplacé, mais il était, est et restera incompatible avec une recherche scientifique digne de ce nom. Espérons que la mésaventure servira d’avertissement à ceux qui, à l’avenir, pourraient être tentés de procéder de la même façon.
    Quand les défauts de l’appareillage d’Opera ont été connus du sérail, mais avant qu’ils ne le soient du grand public, certains se sont hasardés à prédire que la grande presse, qui avait été prompte à mettre Einstein au pilori en septembre, serait certainement beaucoup moins pressée de rectifier. Ils ont été rapidement démentis par des journalistes qui ont fait correctement un métier que vous semblez décidément comprendre aussi mal que celui de chercheur.
    En ce qui me concerne, le débat est clos.

  51. @John
    Comme je le disais je n’ai pas eu l’occasion de suivre l’affaire de l’intérieur ; je n’ai pas assisté ni eu d’échos de la conférence ayant eu lieu au CERN ou d’autres actions menées dans le milieu scientifique à l’époque. Je ne vais donc pas contredire la qualification de “show”, faute d’informations pour juger…

    Vous ne pouvez pas pour autant ôter tout le côté de la communication orale en science. Si un exposé enflammé est évidemment une imbécilité, un exposé actif et enthousiaste est une bonne chose. Est-ce aussi sortir de sa réserve de scientifique ?! Il n’y a pas de limite claire, votre rejet viscéral de ce qui a été fait en septembre qui vous aveugle.

    Sur la presse, je n’ai jamais douté qu’elle allait publier correctement le démenti. Elle l’a fait au contraire avec un grand naturel, mais le problème n’est pas là. C’est vous qui ne comprenez rien. Notamment parce que vous répondez à coté de la plaque ; vous me parlez du journaliste, dont j’ai dit plus haut que je pensais qu’ils étaient compétents, alors que la question porte sur une dynamique globale (que vous n’arrivez peut-être pas à cerner). Ce qui compte n’est pas l’existence du fait et de son démenti, mais les traitement qui en sont faits. La presse a été beaucoup trop loin en automne. Le message qui a été passé au public ne sera pas effacé par des démentis, c’est il y a six mois que le contenu des journaux aurait dû être différent.

    Vous êtes terriblement imbu de vous-même, j’espère que cela ne vous dessert pas trop dans votre métier.

  52. Et bien entendu, au cas où vous seriez tenté de voir les choses très simplement, le message passé au public dépasse le simple “les neutrinos vont plus vite que la lumière”, il porte aussi sur la science et les scientifiques.

  53. @ John
    Le débat sur la promptitude de l’annonce et sur la réaction de la presse est effectivement clos comme vous le dites.
    Cependant la question du pourquoi d’une telle expérience (mesure de la vitesse des neutrinos sur une si courte distance) ne serait-ce qu’en terme de coût et donc d’utilisation des fonds publics ne se pose-t-elle pas?
    La réponse est peut-être qu’il s’agit d’un résultat secondaire obtenu par les équipes alors que l’expérience OPERA (O scillation P rojet avec E-mulsion t R acking A ppareils) a pour objectif la détection d’un phénomène appelé l’oscillation des neutrinos c’est à dire la migration de muon neutrinos en tau neutrinos qui a comme conséquence l’existence d’un masse pour les neutrinos et que cette masse n’est pas la même pour chaque type de neutrinos ?
    L’argument du physicien Dario Autiero pour la poursuite de l’expérience est que d’une part la désynchronisation des horloges et d’autre part le défaut de connexion entre le GPS et les fibres optiques se compensent point de vue qualitatif mais qu’on ne sait pas ce qu’il en est quantitativement.
    L’autre argument sous-jacent c’est qu’après une telle annonce un doute, même infinitésimal, serait-il acceptable ?
    D’ailleurs une autre équipe internationale, la collaboration Minos, s’apprête à mener, de manière totalement indépendante, une expérience similaire avec des neutrons produits par le Fermilab, près de Chicago, et envoyés sur une cible enfouie dans une ancienne mine du Minnesota, distante, là aussi, d’environ 700 km. (Cf. le Figaro on remarquera la coquille neutrons au lieu de neutrinos).
    L’équipe Minos a le même objectif de recherche qu’OPERA.

  54. Selon le magazine Science, certains chercheurs de l’expérience OPERA auraient émis des doutes sur la connexion entre le GPS et l’ordinateur mais ces remarques n’auraient pas été retenues par les responsables de l’expérience…

  55. @patricedusud Votre post du 1 mars n’était pas encore ‘modéré’ et donc pas visible, quand j’ai envoyé le mien, c’est pourquoi je n’y répondais pas. Effectivement -je l’ai rappelé d’ailleurs- Opera n’a pas été conçu pour mesurer la vitesse des neutrinos, mais pour mettre en évidence directement l’oscillation de numu en nutau en identifiant les tau produits dans le détecteur par les nutau issus de l’oscillation (le faisceau au départ du Cern ne contient pas de nutau). Jusqu’à présent, Opera n’a identifié qu’un événement nutau et de toute façon n’en obtiendra jamais que quelques uns sur la durée prévue pour l’expérience. C’est bien là que le bât blesse. L’expérience Minos à Fermilab (Ilinois) et l’expérience T2K à JPARC (Japon) étudient aussi ces oscillations mais d’une manière beaucoup plus efficace en mesurant la disparition des numu et la déformation -dûe à l’oscillation- du spectre en énergie des numu observés. Au prix d’un énorme effort, Opera vérifie qu’une partie au moins des numu disparus deviennent des nutau ce qu’on sait depuis longtemps pour des raisons qu’il est difficile de résumer ici. L’intérêt de l’expérience est donc limité et elle s’est trouvé un but secondaire avec cette mesure de vitesse. Le coût supplémentaire n’est certainement pas très élevé et il est normal que l’équipe d’Opera ait voulu profiter de sa relativement longue ligne de base pour faire cette mesure. Les physiciens des particules considèrent souvent avec un certain scepticisme les résultats issus de l’astrophysique puisqu’ils ont, eux, le contrôle de leur faisceau alors que les astrophysiciens sont bien obligés de se contenter de ce que les astres leur envoient.
    Il n’empêche, la physique des réactions nucléaires est telle que la production d’une énorme quantité de neutrinos dans l’explosion d’une supernova est inévitable. Elle a été directement vérifiée par l’explosion de SN1987A qui a, par la même occasion, donné la possibilité de mesurer la vitesse des neutrinos avec une précision qu’aucune expérience terrestre ne peut espérer atteindre. Une incertitude de quelques heures sur 168000 ans correspond à une erreur de quelques milliardièmes
    sur la vitesse mesurée alors qu’une incertitude de 60 nanosecondes sur 2,4 millisecondes correspond à une erreur de 2.5 cent-millièmes sur cette vitesse.

    @Michel Alberganti Il y a malheureusement une certaine opacité dans la façon de faire du sous-groupe d’Opera qui s’occupe de cette mesure, en particulier en ce qui concerne l’utilisation du GPS et cela ne se limite pas à des questions de connections.

  56. @ John
    Merci pour ces précisions documentés, factuelles et non partisanes
    Cela change de certains autres commentateurs qui utilisent la disqualification comme argument :)
    exemples :
    à mon égard de la part de Tilm
    Vous avez réellement l’air de penser que l’erreur est du niveau d’une machine à laver non reliée à l’arrivée d’eau…
    adressé à vous
    Vous êtes terriblement imbu de vous-même

  57. [...] chercheurs du CERN de Genève, fort nombreux il est vrai, qu’ils ne désarment pas. Alors que l’affaire des neutrinos plus rapide que la lumière (expérience OPERA) n’est pas officiellement élucidée et que le [...]

  58. Thanks for your insight for the great posting. I am glad I have taken the time to see this.

  59. L’expérience Icarus vient de publier de nouvelles mesures de la vitesse de neutrinos.
    Elle utilise la même infrastructure qu’OPERA mais la détection de l’arrivée des neutrinos par l’expérience OPERA se fait par émulsion photographique tandis que ICARUS utilise de l’argon liquide.
    Le résultat obtenu infirme celui d’Opera :
    “The result is compatible with the simultaneous arrival of all events with equal speed, the one of light.” (Neutrinos have such a small mass that it’s relatively easy to accelerate them to a speed that is only marginally slower than light.)
    A suivre …. :)
    http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/physique-1/d/neutrinos-transluminiques-icarus-donnerait-raison-a-einstein_37480/
    http://www.wired.com/wiredscience/2012/03/icarus-neutrinos/

  60. [...] commente le CERN dans un communiqué.  L’organisme que certains commentateurs, dont quelques physiciens sur ce blog, avaient osé critiqué en profite pour expliquer comment marche la science: Tweet [...]

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Globule et téléscope est le blog Science et Environnement de Slate.fr.
Il est tenu par Michel Alberganti, journaliste scientifique, ancien journaliste au Monde où il a dirigé le service Science et technologie, et aujourd'hui également producteur de l'émission Science Publique sur France Culture.
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