La planète n’est pas en danger. L’humanité oui

C’est un des articles qui a fait le “buzz” du début de la semaine sur le site Internet du Monde. Son titre : “Pour sauver la planète, mieux vaudrait que les Américains cessent de se reproduire”. Le papier racontait qu’une association américaine de défense de l’environnement profitait de l’effet “7 milliards d’habitants” pour demander aux personnes habitant aux Etats-Unis de réfléchir à deux fois avant de procréer, étant donné qu’elles ont le plus fort impact en termes d’émissions de gaz carbonique. On pouvait y voir une série d’affichettes vantant les mérites des préservatifs pour la préservation (justement !) d’espèces animales, le tout avec des slogans à rimes dont voici un exemple traduit en français par mes soins : “Enveloppez soigneusement… Sauvez l’ours blanc.”

Au-delà de ces publicités, on a pu constater, au fil des dernières années, une multiplication des campagnes médiatiques pour, je cite, “sauver la planète”. Pour “sauver la planète”, ne mangeons plus de viande car une vache élevée, c’est x hectolitres d’eau, y tonnes de CO2, z flatulences et éructations remplies de méthane. Pour sauver la planète, préférons le vélo à l’auto sur les petits trajets. Pour sauver la planète, isolons bien nos maisons et ne les chauffons qu’à 19°C. Pour sauver la planète, préférons des appareils électro-ménagers moins gourmands en électricité ou des ampoules basse consommation. Pour sauver la planète, recyclons nos déchets. Pour sauver la planète, lavons-nous moins souvent et nos vêtements aussi. Pour sauver la planète, consommons local. Pour sauver la planète, sortons du capitalisme (pour reprendre le titre d’un livre de mon confrère du Monde, Hervé Kempf). Etc.

A lire tous ces slogans, j’ai envie de dire une chose. Ceux qui les ont écrits se trompent de sauvetage. Ce n’est pas la planète qu’il faut sauver en agissant ainsi, mais bien l’humanité et, plus précisément, si l’on enlève l’hypocrisie, notre style de vie très confortable : je doute en effet que la majorité des humains mangent de la vache tous les jours, roulent en voiture, chauffent leurs maisons, aient quantité de grille-pain, de mixers et de machines à laver. Pour être très clair : la planète n’est pas à sauver parce qu’elle n’est pas en danger. Même si certains considèrent que nous sommes entrés dans une nouvelle ère géologique, l’anthropocène, marquée par la capacité de l’homme à bouleverser son écosystème, à le polluer, à modifier la composition atmosphérique, à détruire massivement des espèces et des ressources naturelles, à créer des tremblements de terre, la planète n’en a cure. Pour la simple raison qu’elle a connu des révolutions bien plus profondes, des changements climatiques drastiques, cinq grandes extinctions de masse, des hivers nucléaires sans nucléaire mais avec volcans, des perturbations orbitales, des bombardements de météorites ou d’astéroïdes, des glaciations incroyables des dislocations de continents, et qu’elle s’en est toujours remise. La vie a toujours repris ses droits même lorsque, il y a 250 millions d’années, 96% des espèces marines ont disparu ainsi que 70% des vertébrés terrestres.

Pourquoi ? Parce que ce système naturel qu’est la Terre s’ajuste aux conditions qui lui sont imposées. Dans le cas du réchauffement climatique, la planète retrouvera, dans quelques siècles, un équilibre. Simplement, il sera bien loin de celui que nous connaissons et nos descendants risquent d’y laisser des plumes : parce que les extrêmes climatiques seront plus fréquemment atteints, parce que les villes côtières seront fragilisées par la montée des océans quand elles ne disparaîtront pas, parce que l’accès aux ressources naturelles de base telles que l’eau potable et la nourriture sera nettement plus problématique voire une source de conflits, parce que les services rendus gratuitement par la nature seront réduits en raison de la perte de biodiversité.

Invoquer la sauvegarde de la planète pour inciter les gens à un mode de vie plus respectueux de l’environnement est un argument défectueux. Ne pas expliciter qu’en ayant dépassé les limites de notre biosphère nous mettons en péril la survie même de notre propre espèce s’avère une manière de fermer les yeux sur nos responsabilités et sur les défis qui nous attendent. Comme une façon étrange de nous extraire de notre écosystème et d’oublier que nous constituons l’une des “cibles” des changements globaux, parce que nous sommes fragiles. C’est bien l’humanité qu’il faut sauver. La planète, elle, se sauvera toute seule.

Pierre Barthélémy

54 commentaires pour “La planète n’est pas en danger. L’humanité oui”

  1. quelle belle reflexion. Paolo Coehlo l´a depuis bien des années maintenant. Il serait peut être utile que vous vous actualisiez non?

  2. Certes, M Barthélémy votre raisonnement se tient et il est heureusement probable que la Terre nous survivra. Après tout elle a 4,5 milliard d’année et nous ( genre Homornidés un peu moins d’1 million d’années).
    Mais la défense de la planète dans le sens général a pour but d’éviter que notre espèce n’en entraine d’autres avec elle dans son extinction.
    Si la 6ème grande extinction est due à une guerre nucléaire, cela sera la première fois qu’un être vivant ( en plus intelligent parait il) est responsable de cette catastrophe.
    La vie continuera après mais sans les ours polaires, les dodos, les léopards de neige …..
    Nous marquons la terre de nos empreintes, comme les dinosaures. Ils chaussaient peut être du 350 pour certains mais nous nous sommes 7 milliards.

  3. @ Bouyra : je serais curieux de savoir où exactement Coelho dit ces choses de cette manière.

  4. Ça n’est pas non plus l’Humanité qu’il faut sauver : il se trouvera toujours des humains pour copuler ça et là. C’est plutôt la civilisation.

    Les droits de l’Homme (de la femme, des homosexuels, etc.) valent-ils le coup d’être sauvés ? La science, la philosophie ?

  5. Voila un article comme je les aime. Et plus encore que l’humanitē, c’est notre civilisation dēvellopēe qui peut ētre en danger. Pas certain que les peuples primitifs d’Amazonie ou autres soient tant affectēs que ca des variations climatiques.

  6. @Vincent Bouyra : Et en quoi le fait que Mr Coehlo pense la même chose que Mr Barthélémy diminue la valeur du message ? A vrai dire je pense la même chose depuis quelques années (deux environ) et je n’ai pas l’impression d’être le seul. C’est même plutôt bon signe de ne pas être seul à penser quelque chose.

    @Pierre Barthélémy : Il y a quelques années (deux environ), j’ai compris ce que vous expliquez en plagiant Paolo Coehlo (ce qu’il ne faut pas faire au risque de passer pour un ringard visiblement). La pollution et la destruction des dauphins n’est immorale qu’aux yeux des humains au final. Un jour l’espèce humaine (homo sapiens sapiens) s’éteindra. Par sa faute ou non, mais statistiquement cela arrivera tôt ou tard. Ou bien il n’existera plus d’hominidés, ou homo sapiens sapiens sera remplacé par une nouvelle espèce selon la théorie de l’évolution.

    Imaginons le dernier Homme sur Terre. La valeur morale de la pollution et du massacre des dauphins disparaitra en même temps que rendra son dernier souffle Jean-Luc B., dernier Homme sur Terre. La Terre ne s’émouvra pas d’un iota. Les mêmes nappes de goudron se répandront sur les plages de la Mer du Nord, les mêmes retombées radioactives tapisseront les glaciers islandais. Et puis quoi ? C’est mal ? Qui juge ? Vincent Brouya ? Il n’est plus. Dieu ? Il est parti en même temps que Jean-Luc B.

    Alors est-ce mal de polluer ? Eh bien malheureusement oui. Je précise “malheureusement” parce que tout serait plus simple si on avait rien à foutre de rien, mais ça ne marche pas comme ça. Oui c’est mal de polluer parce que l’espèce humaine n’est pas encore éteinte et que tant que ce n’est pas le cas, les humains sont des animaux terrestres qui dépendent de leur environnement autant que les dauphins et les ficus. Dépendant à quel point ? A mort.

  7. @David : Faux. Ce n’est pas l’Homme qui s’éteindra en “entrainant avec lui” d’autres espèces. La causalité est inversée dans ce cas. C’est probablement la disparition des ours polaires qui entrainera avec eux les humains.

    Personne ne sera là pour juger de l’état de la planète après notre disparition. Donc de ce point de vue là, peu importe que l’Homme ait laissé une empreinte. Les pics-verts laissent aussi leurs empreintes dans l’environnement en creusant des trous dans les arbres.

    Paradoxe écologique : Si l’Homme veut survivre (principe égoïste) il faut absolument qu’il préserve son environnement (principe altruiste).

  8. @LNO & YMB : Faux. C’est l’humanité. parce que si les humains sont capables de se reproduire, ils sont aussi capable de recréer une civilisation. Ils l’ont déjà fait. la preuve c’est qu’elle existe. Mais pas d’humains = pas de civilisation. Donc il faut sauver l’humanité.

  9. Pourquoi pinaillez-vous sur l’origine de ces propos ? L’essentiel est le fond, et il est exact !

  10. très bien dit, ça me fait penser à la réponse de ce cher Hubert Reeves, à la question angoissée d’un pékin “La vie disparaitra-t-elle sur terre?” il avait répondu : Oh la vie je ne m’inquiète pas pour elle, elle sera toujours là. Nous, non.” Et la tête du gars, LOL

    Plus sérieusement, cet article dénonce l’hypocrisie de la société de consommation à tous les niveaux qu’on nous impose. Apposer une étiquette “éco green” avec une feuille verte sur les bagnoles “qui polluent moins” (comme si elles ne polluaient pas), parler de “compensation carbone” pour une émission de télé, ou un produit (la plus vaste escroquerie intellectuelle…une émission TV “compensée carbone”, ça veut dire q’uon a planté quelques arbres pour la produire, en gors..seul problème, l’arbre en question mettre 150 ans à absorber ce que la production de ladite émission aura induit en quelques jours, comme production de carbone…)

    Et ceci à tout les niveaux : un vaste système déculpabilisant pour les consommateurs que nous sommes, et surtout que nous DEVONS rester, monté par les industriels et ceux qui veillent sur la sacrosainte “croissance”. Bizarre d’ailleurs..on parle de croissance, variable en théorie virtuellement infinie, dans un monde qui s’appelle la Terre, qui est lui limité, avec des ressources finies…cherchez l’erreur?

  11. @david: c’est déjà trop tard pour les dodos!

  12. .

    Le concept de sauvetage est chargé d’absurde lorsqu’il est confronté à la très grande durée puisque TOUT est appelé à disparaître un jour, virus, bactéries, poireaux, radis, chiens, chats, civilisations, humains, planète, système solaire, etc.

    .

  13. Fuck la civilisation!!!! c’est nos co habitans de cette planete qu’il faut sauver ( toute sorte d’etres mgnifiques qu’il faudrait admirer au lieu de detruire) ou meme pas sauver car eux non plus comme la planete ont besoin d’etre sauvee… ils ont besoin qu’on leur foute la paix!!! et ils se debrouillrons tous seuls…
    Le comble c’est qu’ apres avoir detrui bien la moitiee des belles choses de cette planete en plus on veuille se poser en heros sauveurs!!!! Il faut juste qu’on aprene le respet, le partage avec nos semblables et avec les autres especes… notre civilisiation doit aprendre le ABC du savoir vivre!!!!

  14. Peut être que le but de l’humanité est de s’extraire de sa “fragilité”? Si c’était le cas l’homme percevrait l’environnement comme son ennemi. Alors il chercherait d’un coté à s’endurcir face à ses attaques et de l’autre à maitriser la nature jusqu’à ne plus être “l’une des “cibles” des changements globaux” mais un acteur, positif j’entends… Peut être que l’homme se prend pour Dame Nature?

  15. Je vous rejoins dans votre réflexion. Si l’humanité est bien en danger d’extinction, menacée par la diminution de ses ressources utilisables, quelle attitude prendre? L’humanité a également prouvé, aussi bien que la planète, qu’elle était capable de s’adapter aux conditions qui lui sont imposées. Elle a trouvé un remède à bien des maladies, a su prévenir les incendies, s’est chaque fois reconstruite après un tremblement de terre, etc.

    Seulement, sachant que nous sommes si puissants, pouvons-nous continuer dans cette fuite en avant ou devons-nous savoir nous arrêter et gérer au mieux la Nature telle qu’on nous l’a donnée? Personnellement, je suis favorable à un équilibre: essayons de préserver ce que nous pouvons, du moins suffisamment pour que l’on ait le temps de trouver une autre solution.

    Voilà le plus grand défi de l’humanité à mon sens: jouer la montre contre la catastrophe imminente que nous aurons peut-être provoquée. Car l’humanité sera pour quelques siècles encore la même, celle qui veut toujours plus et trouve l’herbe plus verte ailleurs; peut-être changerons-nous?

  16. La civilisation humaine, même la terre, c’est à peu près peanuts dans l’histoire de l’univers: on aura duré une fraction de seconde…
    Sans vouloir être moralisateur, la question au fond est donc de savoir si la civilisation humaine aura été capable de se comporter de manière responsable vis à vis des changements qu’elle aura engendré:
    est ce que la destruction de l’habitat et des espèces aura été fait dans l’indifférence ou malgré tout à contre coeur, est ce que l’intelligence humaine aura été capable de faire naitre une conscience des ses actions et un sens des responsabilité, ou est ce que elle aura été une espèce sans conscience (et morale) qui n’aura fait que profiter?

    Pour ce qui est du devenir de la terre,vous pouvez aussi vous référer à la théorie gaia qui suggère que la terre maintient un certain état d’homéostasie face aux perturbations ( tant que la vie existe… ) . Pour l’histoire, cet argument a été utilisé à l’époque par les pétroliers, qui finançaient Lovelock si je ne m’abuse…

  17. Votre article me rappelle énormément un sketch de George Carlin, célèbre comédien de stand up américain à la carrière longue (milieux des 70’s – 2004) et prolixe en bons mots et bonnes réflexions.

    Il tenait donc un propos semblable lors d’une de ses représentations, tant dans l’idée que dans le rythme de l’argumentation. Loin de crier au plagiat, j’y vois peut être un hommage, ou en tout cas l’espère, ce penseur de notre époque, comme Bill Hicks et d’autres, doivent être plus connus.

    En lecteur assidu,

    Kévin

  18. Les espèces ne s’éteignent pas. Les individus meurent, mais les plus adaptés à leur environnement se reproduisent davantage.
    Arrêtons d’employer des notions obsolètes en biodiversité.

    Alors, oui, peut-être tous les hommes mourront un jour sans se reproduire. En attendant, pratiquons le struggle for existence si cher à Darwin, et que les fittest survivent :)

  19. @Scarecrow : Pas d’accord sur plusieurs points. D’abord les espèces s’éteignent. Je comprends ce que vous voulez dire en parlant des individus qui meurent tandis que les plus adaptés se reproduisent. Vous parlez là de “spéciation” : le fait qu’une nouvelle espèce se crée par la disparition de la majorité, laissant émerger les spécificités des survivants. Mais comment cela se passe-t-il lorsque que l’environnement est tellement hostile (crise biogéologique par exemple) qu’aucun individu ne peut se reproduire, et donc survivre ? Là l’espèce s’éteint. On ne retrouve plus beaucoup de Tricératops, ni de Dodos sur Terre…

    Enfin, comme beaucoup de gens, vous croyez (ou est-ce de l’ironie ? dans ce cas toutes mes excuses) que la société ou le “monde”, c’est-à-dire l’humanité, fonctionne selon les principes de la théorie de l’évolution. A l’échelle d’une vie cette théorie n’est pas applicable. On pourrait imaginer que les plus riches survivront puisque l’argent permet le confort, etc. Mais c’est totalement faux. Riches et pauvres mourront à la fin. Certains à 35 ans, d’autres à 93 ans. Mais qu’est-ce que cela change au final ? Il n’existe pas de critère permettant de déterminer si un être humain est “fittest” que l’autre (vous auriez pu utiliser le mot “adapté”).

  20. “Pour sauver la planète, mieux vaudrait que les Américains cessent de se reproduire”. C’est à mon avis une pente plus que glissante. La prochaine étape c’est quoi? La stérilisation obligatoire pour sauver la planète? Puis l’élimination d’un certain nombre d’êtres humains pour revenir à un nombre d’habitants “qui est soutenable pour la terre”. L’enfer est pavé de plus ou moins bonnes intentions.

  21. Certes, ce n’est pas forcément la planète qui est en danger… Mais la vie. Dire que la planète est en danger, cela sous entend que le monde tel qu’il est dans sa globalité risque d’être irrémédiablement transformé. Voilà pour la traduction Mr Barthélémy.

  22. @Mat : non, la vie sur Terre n’est pas en danger : elle a surmonté des péripéties bien plus graves. Nous, en revanche, ne sommes pas assurés du tout d’avoir cette capacité…

  23. Le fait que la terre ait des milliards d’années d’existence ne justifie pas l’abus que les humains lui font subir depuis près de deux siècles, depuis la révolution industrielle, des espèces se sont éteintes à jamais à cause des pratiques farouches des hominidés.

    La déforestation excessive, les eaux polluées des rivières, la chasse non controlée seront impossible à rattraper par la terre, un peu de bon sens, on est entrain de détruire la planète.

  24. bonjour à tous

    étant donné le tableau assez bien résumé à mes yeux de lecteur sur la fin possible de l’espèce humaine, je me dis que j’ai raison de créer sans cesse, seconde après seconde une idée nouvelle à chaque fois.

    en découle le sentiment, la sensation qu’elles ne disparaîtront pas (les idées) et que moi non plus du coup.

    en tout cas, si je suis vivant maintenant rien ne me dit que je le serais dans la seconde suivante, pas plus que je serai mort d’ailleurs, j’aime l’idée que le “je” sois immortel…

  25. @Sledge : nous abîmons l’habitat naturel des especes et de là nous détruisons un éco-système qui nous entrainera avec lui dans sa chute très probablement , mais la terre elle continuera son bonhomme de chemin , certains organismes s’accomoderont des changements et la vie sous une forme que l’on ne s’imagine certainement pas perdurera. D’où le déplacement du “sauvons la planète” à “sauvons l’humanité” ( qui passe effectivement par la preservation de la faune et de la flore )

    ce n’est pas parce que la Terre nous survivra que l’on peut tout dégueulasser , non évidemment , mais mettre en avant l’argument de son sauvetage avant celui de l’être humain c’est nier notre faiblesse face aux changements ainsi que notre insignifiance dans le parcourt de notre planète.

  26. […] La planète n’est pas en danger. L’humanité oui […]

  27. Vue d’un trottoir parisien la planète ne semble sans doute pas plus en danger hier qu’aujourd’hui. Vu d’Afrique, on peut se poser la question tant se multiplient les phénomènes irréversibles. Certes, si on regarde derrière nous et sur une longue échelle de temps, les phénomènes de réchauffement/disparition d’espèces ont bien été cycliques, mais on a toutes raisons de croire que la pression humaine croissante nous fait sortir de ces cycles, qu’il s’agisse de disponibilité en eau, de fertilité des sols, de biodiversité, etc. etc. Passant de 1 à 2 milliards d’habitants au cours des 30 prochaines années, la population africaine sera bien une part d’humanité en danger mais ce sera essentiellement parce que une grande partie de sa part de terre sera devenue inhabitable. Et pas seulement pour l’homme. La théorie du déjà vu et de la résilience de la planète n’a qu’un impact significatif: fournir un alibi aux politiques pour qu’ils se croisent les bras face aux grandes questions environnementales et ne prennent aucune des mesures impopulaires que la situation exige.

  28. @Sudaf : j’ai peur, à vous lire, qu’il n’y ait un malentendu. A aucun moment je ne prétends qu’il faut se croiser les bras. Simplement, qu’on ne nous dise pas qu’il faut agir pour la planète. D’abord, ce n’est pas mobilisateur et, ensuite, c’est faire semblant de ne pas voir que l’homme sera la principale victime des changements qu’il a introduits. C’est comme mettre un écran entre les changements globaux et nous. Ce n’est pas au nom de la planète qu’il faut agir, mais pour notre bien à tous. Ce billet n’est pas là pour justifier qu’il ne faut rien faire. Au contraire. Si vous l’avez bien lu, il a pour but de mieux justifier le combat pour l’environnement.
    Pour le reste, évidemment que, si nous ne faisons rien, certaines régions de la Terre deviendront inhabitables pour l’homme et d’autres espèces que la nôtre, mais cela n’empêchera pas la vie de perdurer à la surface de la planète. Même si elle passe par un goulet d’étranglement au niveau du nombre des espèces, la vie reprendra. Sa résilience est d’autant plus forte qu’elle a le temps pour elle. Pas nous.
    Enfin, dernière remarque, je ne vis pas à Paris mais dans une petite ville de province…

  29. Tout comme kevin l’a déja dit, vous paraphrasez George Carlin dans son sketch ” Save the planet”.

    Cherchez “George Carlin sauver planete” et vous trouverez en video ( en version anglaise, sous-titre français ) le sketch dont je parle.

    C’est d’ailleurs depuis que j’ai vu ce sketch que j’ai la même réaction épidermique que vous quand j’entends dire qu’il faut “sauver la planete” …

  30. @Kévin et sksbir : je ne connais pas George Carlin mais je sens qu’il va falloir combler cette lacune…

  31. QUI AURAIT ENVIE DE SAUVER CETTE ESPECE???

  32. Article intéressant, je suis d’accord, cependant c’est beaucoup de bruit pour un problème – a mon sens – de sémantique. En lisant “sauver la planète”, je pense qu’il faut lire “sauver la planète telle qu’on la connait” i.e. capable de supporter nos niveaux de vie Occidentaux, en gros. C’est “sauver vous” également, car dans l’imaginaire individuel et collectif : “pas de planète, pas d’homme!”… Il y’a clairement un raccourcis, malheureux et énervant pour certain… mais le fond est là. En vulgarisation scientifique, les “raccourcis de language” sont habituels et souvent peu satisfaisant à l’oeil de l’expert (presque “par definition”!). On est pas exactement dans le cas d’une vulgarisation scientifique ici, mais c’est tout comme, trouver un slogan facile à comprendre (et percutant) pour les foules…

  33. @Pierre et Topol : pendant longtemps, je me suis dit que les gens comprenaient la même chose (à savoir que le mot “planète” était une extension de “nous dans notre environnement”). C’est d’ailleurs pour cette raison que lorsque j’ai créé les pages “Planète” au Monde, j’ai choisi ce nom. Mais je me suis ensuite aperçu que nombreux étaient ceux qui pensaient que “planète” désignait bien la Terre et que, du coup, cela leur donnait bonne conscience pour s’en fiche.
    C’est vrai, il est essentiellement question de sémantique dans ce billet. Mais quand les problèmes sont graves, si on veut les régler efficacement, mieux vaut être précis dans les mots qu’on utilise.

  34. Tout à fait d’accord avec Pierre.
    Cependant j’avais cru que les gens comprenaient que le slogan ” sauvez la planéte, ” sous entendait aussi ” sauvez l’humanité…sauvez votre peau”
    Je peux dire que les gens sont inquiets pour leurs enfants, petits enfants… ils se demandent ce qu’ils vont leur ” laisser”, qu’est ce qu’on a ” trafiqué” en polluant… ils sont à peu pres persuadés que les générations futures seront en ” moins bonne santé”.

  35. Bonsoir à tous, juste une réflexion: beaucoup d’entre vous parlent de terre finie et de ressources limitées. Pourquoi ne pas prendre en compte les ressources et espaces à notre portée dans le système solaire ? Cela me semble jouable avant la fin du siècle, et ça pourrait même nous aider à “sauver la planète/humanité/civilisation” dans son berceau d’origine, non ?

  36. @Damien : j’avais donné quelques éléments de réponse sur le sujet de l’exploitation minière des astéroïdes.

  37. …tout ce que je sais… c’est que je ne sais rien…
    …aussi, il ne faut pas oublier le principe chez les innus: pas de dogmes, pas d’agenda, pas de thermomètre, pas de mesures, pas de calculs qui tiennent, sinon ce que l’on a appris à visualiser… vivre avec le temps qui nous est donné, le temps de la chasse, le temps des saisons, le temps de soi…celui de comprendre, de façon différente de ce que l’on a appris, de façon visuelle, auditive… de par une intelligence différente… arrêter de bouger, afin de commencer à voir les choses qui bougent moins vite que soi, afin de se rendre compte de ce qui nous entoure…
    ..ne pas essayer de gagner du temps mais simplement …le vivre avec ”humanitude”…

  38. ça me fait penser à la “seule civilisation qui vivait sans aucun impact sur l’écosystème planétaire”, la seule qui avait réussi ce tour de force : vivre en harmonie avec son environnement, ne prélevant que ce dont elle avait besoin pour vivre, croître et prospérer tout en s’autorégulant…cette civilisation, elle est illustrée par la photo de l’article. On n’a rien trouvé de mieux, nous ‘Hommes Civilisés”, que de l’exterminer…

    sinon je viens de me regarder le sketch en question : ce Georges Carlin est excellent, y a pas de doute, il a compris plus que pas mal d’entre nous certaines choses..

  39. À lire certains commentaires, je me dis vivement la fin de l’humanité, pfff quelle plaie celle-là, elle en aura fait du mal en si peu de temps !

  40. Ah tiens, ça me rappelle « Le Signe » de Raymond Khoury (mais je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler cet excellentissime bouquin).
    Mon commentaire est bien évidemment à prendre dans le même sens que celui de Kévin (« chouette, une personne de plus à se rendre compte du vrai danger ! ») et non dans celui de Vincent Bouyra (« bouh, vous n’êtes pas la toute première personne à penser cela, vous n’êtes donc qu’un infâme plagiaire »), et est également une invite à lire l’ouvrage en question ;).

  41. […] La planète n’est pas en danger. L’humanité oui […]

  42. Ouf ! Je me sentais seul depuis quelques années ! Renvoyé du côté des “réactionnaires”,” tueur de la nature” et autres Claude Allègre quoique que lecteur de René Dumont (“l’utopie ou la mort”…etc;;) depuis mon enfance (1978), soit bien avant que l’écologie ne soit une mode, mon point de vue ne valait rien face aux larmoyantes extases sur les baleines en danger ou la réintroduction du lycaon dans les Alpes ( faut bien rire). Pour moi c’est en chacun de nous qu’il faut cultiver l’humain, c’est à dire quelques choses qui ressemble à la culture, à la civilisation, à des formes de spiritualité qui excluent de nuire à autrui . J’exècre Cohelo et autres ré-enchanteurs bidons. Je suis métis franco-malgache, je connais les excès du rationalisme comme ceux des pensées magico-religieuses. L’écologie politique actuelle ressemble pour moi à un syncrétisme de ces deux tendances mis à la sauce société du spectacle. Notre planète a plusieurs milliards d’années, homo sapiens n’atteindra jamais cet âge. C’est triste mais c’est un fait scientifique. Aucune espèce d’ailleurs. Peut-être d’autres grands singes…plus tard …ailleurs, alors soyons sages heureux et modestes. Merci à tous pour vos magnifiques débats sur Slate !

  43. “l’humanité disparaitra, bon débarras”
    yves paccalet.

    Assimiler la Terre et l’Humanité est plus qu’abusif, la Terre n’a pas besoin de l’humanité qui ne sera même plus un souvenir dans quelques centaines de milliers d’années.

  44. @A.Viven : oui vous n’êtes pas seul, mais restons caches, l’inquisition veille et l’excommunication est encore de mise pour ceux qui dérangent le politiquement correct.

    Bien sur que l’impact des activités humaines sur le réchauffement (temporaire) d’une partie de la planète est surement un hoax politico-médiatique, comme le fut le CFC,

    Bien sur que le GIEC et autres organismes auto-proclamés ressemblent plus a des conciles qu’a des comités scientifiques.

    Bien sur que la problématique ecolos ne concernes en fait que très peu de pays : Amerique du nord et Europe de l’ouest, dans les autres pays dont les BRIC ces problèmes sont considères comme des préoccupations de riches,

    Bien sur que C. Allegre a surement raison quand il suppose que l’impact du soleil sur la formation des nuages et les variations climatiques est un facteur déterminant, bien plus que l’activité humaine (voir les résultats des études sur l’impact de l’activité solaire sur l’ionisation de l’atmosphère et la formation des nuages !!!).

    Bien sur que l’écologie est une opportunité politico-mercantile plus qu’une réalité scientifique.

    Bien sur que tout ceci est plus du niveau du nombrilisme de nos intello bobo que de l’intérêt général de la planète.

    Bien sur que l’on acquière plus de célébrité en criant au loup et en prédisant la fin du monde (en fait au pire de notre civilisation, qui n’est pas universelle !) qu’en disant que tous phénomènes themo-dynamique génèrent des des forces inversent d’amortissement qui favorisent un retour a l’équilibre même si celui-ci est diffèrent de l’etat initial, et donc que la terre et la nature sont bien meilleures que l’Homme pour retablire des situations de “déséquilibres”.

    Bien sur que ceux-la même qui prônent le respect de la sacro-sainte nature sont prêts a la défendre même et apparemment surtout contre elle-même !

    Mais chuuuuut !

  45. “tous phénomènes themo-dynamique génèrent des forces inverses d’amortissement qui favorisent un retour a l’équilibre”

  46. @Orsu : la citation est vraie mais il faut juste préciser que l’équilibre retrouvé à la fin n’est pas le même qu’au début. C’est bien là tout le problème…

  47. @Jean-Paul : oui c’est ce que je disai mais mon post a disparu !! seul apparait le rectificatif !! bizarre !!

  48. Faut-il (vraiment) sauver l’humanité ? Je veux dire que si cette espèce nuisible disparaissait, d’autres pourraient probablement y trouver un certain bénéfice et l’être humain en disparaissant ainsi ferait preuve de générosité. Peut-être nous trompons-nous là aussi de sauvetage ?

  49. On est d’accord mais je crois que c’est la base de l’écologie : on a commencé à devenir écologiste lorsqu’on s’est rendu compte que notre mode de vie pouvait dégrader notre qualité de vie. Il s’agit donc bien de nous sauver, nous les humains. Ceux qui vous évoquez, qui veulent “sauver la planète” doivent être extrêmement minoritaires je pense.

  50. @alva : malheureusement, il me faut vous détromper. La plupart des personnes qui me posent des questions sur l’environnement se demandent si tous ces efforts pour la protection de la biodiversité, les économies d’énergie, contre les émissions de gaz à effet de serre, sont bien utiles étant donné que, pour eux, la domination de la nature par l’homme est telle que celui-ci n’a rien à craindre : on finira toujours par trouver une solution. C’est le résultat du discours “sauvons la planète” : on a escamoté l’homme des victimes potentielles.

  51. Le sauvetage de l’espèce humaine est-il vraiment une bonne chose? Franchement qu’on lit/voit/entend tout ce que fait l’Homme, on peut se le demander.
    Et comme la planète a subi des crises environnementales bien plus graves et qu’elle s’en est remise, je ne m’inquiète pas pour elle.
    D’un autre côté, je regarde les éco-produits très chers (mmmm bien rentable le produit), les éco-taxes (bien pratique pour sauver… les états), les écolos (qui se battent… entre eux pour savoir qui sera candidat en 2012) et bien ça me dégoute de l’écologie alors j’agis à mon niveau : je fais pas de gamin (les pauvres, leur laisser un monde aussi pourri en héritage et en plus les gamins ce sont les pires en émission de GES) et je me fais plaisir : bouffe, bagnole, voyage… Et que les autres (actuels et à venir) aillent se faire voir ailleurs. Tiens! chez les grecs par exemple mdr (c’est bien comme ça que marche le système individualiste mondialisé??? je commence juste avant j’étais de gauche lol)

  52. @Pierre Barthélémy oui je pense que cela est aussi dû aux “anciens” paradigmes écologistes (je dis ancien sans être réellement certain qu’il ne soit pas toujours d’actualité ! ) Si on étudie l’écologie et l’évolution de ses théories dominantes, on constate :
    – qu’elle a très rapidement été un enjeu politique donc a finalité autres que l’objet dont elle est sensée défendre, puisque la politique consiste en premier lieu a acquérir le pouvoir pour seulement ensuite affirmer ou imposer ses idées (J Phaure 1973 ! “le cycle Humanité adamique” Chap VIII, où déjà les différents principes actuels sont énoncés).
    – qu’elle a longtemps préféré une approche séquentielle et divisée des problèmes (cartésianisme) au détriment d’une vision globale, systémique.

    Je pense que ce second point est de loin le plus préjudiciable. Le cartésianisme a sectionné Gaia en multiples domaines indépendants et parfois concurrents (sur les mêmes budgets de recherche) pour finalement retirer l’Homme et en faire le principal élément perturbateur, sans penser qu’il pourrait en être la première victime (ici je mettrais un bémol, car ceux qui ont aborde cet aspect ont surtout mis en avant “la vengeance de la nature” vis a vis de la société)

    Il est intéressant de constater a quel point les tenants d’une écologie exclusive de l’Homme, façonnent une théorie très proche du créationnisme : l’Homme n’est pas lié a la Nature ( si l’on considère que l’homme peut s’émanciper de la nature, son système d’origine)
    ou la Nature est sacrée, ce que prônent les thèses écologistes des “traditionalistes” (mouvement catholique pour un retour aux rituels anciens ) !!!

    Surprenant non ??!!!

    Mais peut être que nous assistons non pas a la fin de l’humanité, mais au derniers soubresauts de la civilisation judéo-chrétienne dans sa forme actuelle !

  53. L’écologie est un humanisme !

  54. […] Le chemin s’annonce encore tortueux avant d’arriver à la construction d’un équilibre entre développement humain et préservation de l’environnement. Invoquer la sauvegarde de la planète est une chose mais n’est-ce pas avant tout  l’humanité qui aurait besoin d’être sauvée  ? […]

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