Offensive anti-IVG aux Etats-Unis

Depuis le succès des Républicains en 2010 aux élections américaines de mi-mandat, le mouvement “pro-life”, c’est-à-dire anti-avortement, a lancé une offensive de grande envergure. Un millier de mesures ont été prises, au niveau des états ou au niveau fédéral, pour restreindre le droit ou l’accès à l’avortement. Voici les trois dernières actions en date.

Dans l’Indiana, tout d’abord, le gouverneur républicain Mitch Daniels a signé, mardi 10 mai, une loi empêchant le Planning familial de son état de toucher des fonds fédéraux, qui constituent 20% de son budget, alors même que les interruptions volontaires de grossesse (IVG) ne représentent que 3% de son activité. Le gouverneur Daniels a clairement exposé les termes du chantage : “Toute organisation concernée par cette disposition pourra de nouveau recevoir les dollars du contribuable en cessant les avortements ou en se séparant de la partie qui les réalise.” M. Daniels est considéré comme un candidat possible aux primaires républicaines pour l’élection présidentielle américaine de 2012.

Deux jours plus tard, le 13 mai, les législateurs du Kansas, état dont le gouverneur Sam Brownback est lui aussi un républicain anti-avortement, ont voté une loi interdisant aux compagnies d’assurance de proposer des contrats généralistes couvrant les frais des IVG. Seule exception à la règle : que la vie de la patiente soit en danger. Autrement, les femmes voulant se faire rembourser ces frais devront souscrire un contrat spécifique… Sam Brownback, qui veut instaurer une “culture de la vie”,  a déjà donné son aval à des lois imposant des restrictions aux avortements tardifs et exigeant des médecins d’obtenir l’autorisation des parents avant de pratiquer une IVG sur une mineure. La discussion sur le budget de cet état a également amputé de 300 000 dollars les ressources allouées au planning familial. Encore une fois, ce sont les familles à faibles revenus qui seront pénalisées. La nouvelle stratégie des pro-life est donc claire : frapper les femmes qui veulent avorter au porte-monnaie, pour forcer les plus pauvres à renoncer à l’IVG, ce qui fera autant de vies de “sauvées”. La démocrate Annie Kuether, membre de la chambre des représentants du Kansas, a déclaré à l’agence Associated Press : “Il y a clairement là un message disant que les femmes sont quantité négligeable. Je suis écœurée et fatiguée d’être traitée comme un citoyen de deuxième classe.” Pour rappel, c’est au Kansas qu’il y a deux ans, le 31 mai 2009, le médecin George Tiller a été tué d’une balle dans la tête alors qu’il était à l’église. Parce qu’il pratiquait des avortements dits tardifs, mais néanmoins légaux.

Dernière attaque en date contre le droit à l’interruption volontaire de grossesse aux Etats-Unis : à Washington, la chambre des représentants à voté la semaine dernière un amendement qui, s’il est approuvé par le Sénat et si le président Obama n’y met pas son veto, empêchera tout centre médical assurant la formation des professionnels de santé de recevoir des fonds fédéraux s’il enseigne les techniques d’avortement. Pour que les avortements s’arrêtent, plus besoin de tuer ou d’intimider les gynécologues-obstétriciens qui pratiquent des IVG, il suffit de ne plus les former…

Suite à cette nouvelle offensive anti-IVG, le site Salon.com a publié une lettre-témoignage intitulée : “Comment l’avortement m’a sauvé la vie”. Je la conseille à tous ceux qui lisent l’anglais et, pour les autres, j’en ai traduit de larges extraits ci-dessous. Son auteur s’appelle Mikki Kendall. Elle est mariée, a deux enfants, a déjà fait deux fausses couches, et elle raconte comment, alors qu’elle était enceinte de 20 semaines, une troisième fausse couche a bien failli la tuer. Son médecin l’avait avertie que c’était une grossesse à risque, mais son mari et elle avaient décidé de tout faire pour que cela se passe au mieux. Mais un jour, Mikki Kendall se met à saigner : elle est victime d’un décollement placentaire. Elle se rend dans un hôpital de Chicago, troisième plus grande ville des Etats-Unis. “Tout le monde savait que la grossesse ne pourrait être menée à terme étant donné la quantité de sang que je perdais, mais il a quand même fallu des heures pour que quelqu’un, à l’hôpital, fasse quelque chose. Le médecin de garde ne pratiquait pas d’avortements. Du tout. Jamais. En fait, aucune des personnes qui étaient de garde cette nuit-là n’en pratiquait. Pendant que j’attendais, une fournée ignorante d’étudiants s’était rassemblée pour m’étudier – un m’a carrément montré l’échographie de notre enfant mourant en me demandant si c’était une grossesse désirée. Plusieurs ont voulu m’examiner alors que j’étais alitée en train de saigner et de souffrir. (…) Une très gentille infirmière a risqué son poste en appelant une femme médecin de la Reproductive Health Clinic, qui n’était pas de garde, et lui a demandé de venir pour me sauver la vie.”

“Quand elle est arrivée, poursuit Mikki Kendall, j’allais très mal. L’hémorragie m’avait rendue presque incohérente, mais elle m’a quand même transférée dans une autre aile et m’a donné les antalgiques que personne d’autre ne m’avait fournis pendant les heures où j’avais crié. (…) Plus tard, j’ai découvert qu’elle avait pris mon mari à part alors qu’on m’amenait au bloc opératoire. Elle lui a promis qu’elle ferait de son mieux pour me sauver mais elle l’a averti qu’il était fort possible qu’elle échoue. Le médecin qui ne faisait pas d’avortements aurait dû la contacter immédiatement, elle ou toute personne capable de pratiquer l’intervention. Il ne l’avait pas fait. Ses étudiants non plus. Il paraît qu’il y avait eu un problème de communication et qu’ils pensaient qu’elle avait été prévenue, mais j’en doute. J’ignore si les objections de cet homme étaient d’ordre religieux ou pas ; tout ce que je sais, c’est que quand une femme perdant son sang lui a été amenée pour qu’il la soigne, il a refusé de faire la seule chose qui aurait stoppé l’hémorragie. Parce qu’il ne pratiquait pas les avortements. Jamais. Mes deux enfants à la maison ont failli perdre leur mère parce que quelqu’un a décidé que ma vie valait moins que celle d’un fœtus qui allait mourir de toute façon. (…) Après que ma famille a appris que j’avais eu recours à un avortement, j’ai reçu le coup de téléphone d’un(e) cousin(e) qui ressentait le besoin de me dire que j’avais eu tort d’intervenir dans le plan de Dieu. Et à ce moment-là, j’ai compris exactement quel genre de personnes jugeaient les choix de reproduction d’une femme.”

Un dernier mot, à ce sujet précisément. Au cours du débat sur l’adoption de la loi au Kansas dont j’ai parlé plus haut, la républicaine Barbara Bollier, pro-IVG malgré son appartenance politique, a demandé combien de temps avant une grossesse non désirée ou un viol les femmes devaient souscrire les contrats d’assurance pour se faire rembourser les frais de l’avortement. Un de ses “amis” républicains, Pete DeGraaf, lui a répondu ceci : “Il faut être prévoyant dans la vie, n’est-ce pas ?” Avant d’ajouter : “J’ai une roue de secours dans ma voiture.” Bien sûr, tomber enceinte après s’être fait violer, c’est comme crever un pneu de son auto, ça doit forcément vous arriver un jour ou l’autre, il faut s’y préparer et prévoir quelques frais. Un discours de macho ? Pas que. C’est dans la droite ligne des déclarations faites par une femme, Sharron Angle, républicaine elle aussi et candidate malheureuse au poste de sénateur du Nevada en 2010. Celle-ci s’était déclarée farouchement opposée à l’avortement, même en cas de viol ou d’inceste, parce que ce serait aller contre les plans de Dieu.

Pierre Barthélémy

70 commentaires pour “Offensive anti-IVG aux Etats-Unis”

  1. @Enpassant :

    Même si vos motivations et votre choix de défendre la solution pro-IVG sont honorables, votre raisonnement m’a choqué. En effet, stigmatiser les enfants non désirés comme des futurs criminels est navrant.

    Premièrement, je suis partisan de dire que toute personne a ses chances de devenir quelqu’un de bon, si tenté qu’elle ait la chance de rencontrer les bonnes personnes tout au long de sa vie.
    Deuxièmement, vous ne pouvez pas dire que les criminels, ex-enfants non désirés, n’auraient pas mérité la vie. Il est des criminels qui ont souvent fait plus de bien dans le monde que le citoyen honnête, être puni pour un crime ne signifie pas ne pas mériter la vie, et pour finir chaque personne a le potentiel de faire le bien d’une autre, de deux autres ou de plusieurs autres.
    Même si l’on est en droit d’exprimer qu’un criminel dont les actes ont bien eu lieu, un criminel qui n’a jamais fait le bien d’une autre personne, ne mérite pas d’avoir obtenu la vie, on ne peut pas stipuler que des enfants non désirés n’ont pas le droit de vivre car ils deviendraient de futurs criminels. En effet, nous n’avons pas la capacité de prédire l’avenir d’une personne, et c’est à ce moment-là qu’il devient dangereux de tirer des constats et des conclusions sur des généralités, telles que “accoucher de l’enfant non désiré, qui a toutes les chances de devenir un criminel”.

  2. ce qui est terrifiant dans l’histoire traduite par Pierre Barthelemy ( merci ) est que médicalement il y avait des choses “simples ” à faire.., avant que la situation ne s’aggrave et devienne irréversible.
    -soulager la douleur physique ( qui est atroce dans ce cas ) ce qui peut mener à une anesthésie générale,
    -rétablir l’hémodynamique ( perfusion, transfusion, coagulation.. ) afin de sauver la mére,
    -retirer le foetus ( de quelque maniére que ce soit , par curetage ou par accouchement ” naturel” selon possibilités ) Inutile de préciser qu’un décollement placentaire étendu et hémorragique méne à la mort du foetus ipso facto, et que ce n’est pas un ” avortement”.
    – soulager la douleur morale, en étant compatissant, et correct ( en ne montrant pas l’échographie du BB en train de mourir, en agissant, bref, en montrant que l’on connait le job et que l’on va la sauver )

    Rien n’a été fait de tout cela, parce que le chef de service avait un dogme en tete..Tout le monde, sauf une infirmiére est resté aréactif, à regarder cette femme en train de mourir.; Il y avait une attitude logique, pragmatique à avoir, qui n’a pas été suivie.
    Meme la simple compassion ou le bon sens ont été balayés.. ( on ne fait pas un toucher vaginal à une femme dans un tel état, pour s’entrainer par ex ).
    zéro sur toute la ligne.

    je suis littéralement effrayée.

  3. Bonjour,
    j’avoue que certains commmentaires me mettent en colère, mais… la démocratie c’est aussi le droit de s’exprimer.
    Pour moi le vrai problème dans un pays comme les Etats-unis, c’est que la religion intervienne tant dans les affaires de l’Etat.
    Je respecte les fois (religieuses ou autres) de chacun bien que je n’en partage aucune. Mais dans ce cas, ne croire en aucun dieu, mais en soi, en la science, devrait aussi être respecté.
    Et je ne comprends pas…on est contre l’avortement? On avorte pas! C’est un choix, pas celui de tout le monde. Pourquoi toujours se mêler de la vie des autres?
    Et depuis quand interdire l’ivg a-t-il fait stopper ces pratiques? On respecte tant la vie de ces foetus, et si peu celle des femmes.
    Par contre je pense que l’éducation contraceptive est très négligée et que si on s’en préoccupait un plus, si c’était moins taboo, l’ivg ne serait plus employée par certains comme seule contraception envisagée.
    Et sur un registre plus détendu:
    Mon coloc ne mange pas de porc…et bien il ne me force pas à ne pas en manger! Et moi je n’en mets pas dans son assiète! Dingue non?*
    P.S.Merci Pierre de faire passer ces informations qui circulent peu vu leur importance.

  4. .
    Petite réflexion. Développement succinct.

    PHILOSOPHIE :

    Deux formes de pensée, d’humanité, de civilisation s’affrontent aujourd’hui partout dans le monde.

    Celle des monothéismes, avec Yahvée, Dieu ou Allah comme prémisse, axiome ou postulat révélés sans possibilité de contestation ou de remise en cause.

    Celle des naturalismes, avec le matérialisme, la science et la logique rationnelle comme principe de départ destiné à faciliter l’observation, la réflexion et la remise en question de toutes les vérités, y compris celles énoncées par le naturalisme.

    Et la vérité actuellement constatée par tous les naturalistes, matérialistes et scientifiques du monde, c’est que les monothéisme sont des prétextes destinés à justifier un pouvoir absolu et donc une corruption absolue de la pensée et des actions.

    Le constat actuel, c’est que la femme est traitée par les monothéismes comme la représentante d’une espèce animale inférieure à l’homme.

    Le constat actuel, c’est que rien, absolument rien, ne permet de justifier une telle prise de position.

    Le constat actuel, c’est que la science, alliée à la technique, c’est-à-dire la technoscience, permet aujourd’hui de débarrasser l’humanité de l’aberration religieuse et de faire accéder en conséquence la femme à une possibilité de bonheur égale à celle de l’homme.

    Qui peut aujourd’hui s’accorder unilatéralement le droit d’aller à l’encontre de l’application de cette forme supérieure de justice ?

    En passant, on ne voit pas beaucoup de familles religieuses et bien pensantes de l’Arkansas ou de l’Oklahoma s’opposer à l’inscription de leurs filles dans les universités canadiennes, surtout lorsque ces petites « malheureuses » sont malencontreusement tombées enceintes à la suite d’une nuit passée avec un copain et qu’elles peuvent faire appel à l’IVG pratiqués sans problème au Canada, ce qui leur permettra de rentrer plus tard la tête haute dans leur petit village où les ragots font plus de mal que les pompes aspirantes…

    Mais c’est d’une certaine façon le remboursement d’une sorte de dette, car dans les années 70, c’était les jeunes filles et les femmes canadiennes qui allaient profiter des conditions avantageuses d’avortement aux États-Unis, avant qu’une catastrophe du nom de Ronald Reagan ne s’abatte sur ce pays …

    .

  5. Hé bien, ca s’écharpe dur ici.
    Comme pour tout sujet sensible, c’est marrant de voir que ceux qui sont en claire minorité débarquent en force pour rétablir la “vérité”, la “morale”, l'”éthique”, (au choix)…
    Brave “morale” qui décréterait pour une raison que l’on ignore que la femme n’est pas maîtresse de son corps et que sa vie vaut moins que celle du foetus qu’elle porte (ce qui mène à un paradoxe : un foetus de femme vaut plus que la femme adulte : la valeur de la vie féminine serait donc une grandeur décroissante).
    Gentille “éthique” qui se fout du choix d’une femme violée ou ne désirant pas être enceinte.
    Gentils “moralisateurs” qui décidément, batailleront sur toutes les avancées sociales du siècle précédent.

    Encore un bon billet sur ce blog (je vais arrêter la brosse à reluire, mais je considère nécessaire de montrer mon soutien à M.Barthelémy, tant ses billets suscite l’oprobe de certaines personnes).

    Enfin, il est extrêmement marrant de lire, sur un blog scientifique, un commentaire commençant par :”apportez-nous LA PREUVE qu’un foetus de 8 mois et demi (ou moins) n’est pas un être humain.”
    Germane, n’avez vous jamais appris qu’il est impossible de démontrer une impossibilité ?
    Mais attelez vous, vous et votre grande connaissance, à démontrer qu’un foetus de 8 mois, ou 3 mois, ou 3 minutes, est un être humain.
    Attention l’argument de l’ADN ne tient pas. Sinon, vous venez de tuer des centaines d’être humains potentielles sous forme de peaux mortes, et vous êtes une affreuse meurtrière psychopathe !
    La mauvaise foi et le sophisme (parler d’un foetus de 8 mois et demi quand on parle d’avortement, c’est de la pure mauvaise foi.) sont les armes préférées de ceux qui n’ont comme argument que des croyances.

  6. @O. et Topol : merci pour le soutien, ça fait toujours plaisir.
    @Arthur : no problemo, je ne me formalise pas pour si peu, surtout vu le contenu de certains autres commentaires !

  7. .
    En s’adressant à moi, Arthur dit :

    « Même si vos motivations et votre choix de défendre la solution pro-IVG sont honorables, votre raisonnement m’a choqué. En effet, stigmatiser les enfants non désirés comme des futurs criminels est navrant. »

    Je réagis comme suit :

    Le service de la vérité la plus ordinaire n’est pas toujours facile, et, présentée sous une forme trop abrégée, une vérité peut facilement être mal comprise.

    Celle que je tente de présenter peut en conséquence être choquant ou navrant.

    Tentons de l’exprimer d’une autre façon.

    Un être humain, quel qu’il soit, n’a pas à être accusé pour des crimes qu’il n’a pas commis. C’est élémentaire et tout le monde est d’accord sur ce principe. Un être humain, qu’il ait été désiré ou non, n’a pas à être accusé à l’avance ou stigmatisé pour quelque motif que ce soit. C’est également élémentaire et tout le monde est d’accord là aussi.

    Cela dit, aux États-Unis, puisque c’est de ce pays qu’il est question dans ce billet, comment se fait-il que ce soit dans les États exerçant une importante pression contre l’IVG qu’on accuse de meurtre, qu’on condamne à mort et qu’on exécute le plus facilement et souvent à la suite de monstrueuses erreurs judiciaires ?

    Par contraste, et toujours dans ce pays, comment se fait-il que ce soit dans les États où l’IVG est pratiquée le plus librement du monde qu’on trouve le taux de criminalité de plus bas, les procès pour meurtre les moins nombreux, les prisons les moins occupées, les condamnations à mort inexistantes et par conséquent aucune exécution à la peine capitale ? (Sans parler de l’évitement par définition de la monstruosité des exécutions d’innocents à la suite d’erreurs judiciaires)

    De quel côté se trouve la VRAIE stigmatisation des êtres ? De quel côté ça ne tourne pas rond du tout ?

    Dans la ville de New York, pendant les années noires, quarante ans avant, il était impossible de se promener la nuit dans Central Park sans risquer de se faire violer ou occire. Il était impossible de se promener de jour comme de nuit en touriste dans Harlem ou le Bronx sans risquer de se faire lyncher et détrousser.

    Mais après la mise à la disposition des services d’IVG gratuits à l’ensemble de la population, et après qu’une trentaine d’années se soient écoulées, non seulement il est devenu possible de se promener pratiquement sans soucis dans toute la ville, mais les endroits qui étaient les plus dangereux autrefois, par exemple Harlem, ont connu un regain d’attraction tel qu’il est aujourd’hui bien vu d’y habiter. Harlem est aujourd’hui un quartier huppé de New York.

    La corrélation est trop forte entre, d’une part, l’EMPÊCHEMENT de l’IVG et la CRIMINALITÉ et, d’autre part, la POSSIBILITÉ de l’IVG et la SÉRÉNITÉ pour que ce soit le résultat d’un pur hasard.

    Maintenant, si quelqu’un voit de la stigmatisation là où à mon avis il n’y en a pas, tâchons de bien lui faire mesurer les faits suivants :

    Lorsque les services d’IVG ont été offerts à l’ensemble de la population de New York, aucune New-Yorkaise n’a subi la moindre contrainte pour y faire appel.

    Chaque femme a eu le choix libre et entier de faire exactement ce qu’elle voulait de ce service.

    Chacune a eu le droit de se dire que si elle crevait de faim ou de maladie à cause du dénuement extrême dans lequel elle était et de l’extrême pauvreté dans laquelle elle vivait, il ne fallait pas qu’elle tienne compte de sa situation et il fallait donc qu’elle mette au monde un enfant chaque fois qu’elle tomberait enceinte, car chacun de ses enfants allait avoir la possibilité de devenir quelqu’un de bien en passant outre la maladie, le manque d’instruction, la malnutrition et l’appel du commerce de la drogue et de la prostitution qui tissait très serré la trame économique de tout le quartier dans lequel elle vivait.

    Chacune a eu le droit de NE PAS faire appel à l’IVG.

    Et il n’y en pas eu une seule qui s’est prévalue de ce droit si elle avait le moindre doute sur les chances de réussite de sa descendance !

    Chacune a eu le droit de faire appel à l’IVG comme elle l’entendait et quand elle le voulait.

    Et il n’y en a pas eu une seule qui s’est gênée pour y faire appel si elle avait le moindre doute sur les chances de réussite de sa descendance !

    Les « Pro-vie » appuient avec le doigt du côté coercition, malheur et mort de la balance de l’existence. Le terme « Pro-vie » est une usurpation !

    Les « Pro-choix », appuient de l’autre côté de la balance, celui de la liberté, du bonheur et de la vie.

    Qu’on s’le dise ! …

    .

  8. @Enpassant : N’oublions pas qu’une corrélation n’est pas une causalité. Bien d’autres facteurs comme l’amélioration du niveau de vie général peuvent être à l’origine de la baisse de criminalité. La légalisation de l’IVG peut très bien y avoir joué un rôle négligeable, comme un rôle très grand, voire en avoir été une conséquence, on ne peut pourra pas savoir.
    J’admets que dans ce débat, voir la légalisation de l’IVG comme la cause de la baisse de la criminalité ne pose qu’un problème négligeable, mais il faudrait tout de même être rigoureux pour ne pas, qui sait, un jour, discriminer les enfants non désirés comme la cause de la criminalité (j’insiste bien sur le « qui sait ? », pour ne pas que l’on m’y reprenne).
    Cela dit, je le rappelle, je reste largement de votre côté en ce qui concerne la cause des « pro-IVG », je tenais juste à modérer la partie de vos propos en question.

  9. Quand on a besoin de sortir un cas extrême pour se justifier, c’est qu’on sait déjà qu’on est mal à l’aise dans ses bottes. Un peu comme ceux qui justifient la peine de mort par “et si c’était ta file qui s’était fait violer avec actes de barbaries avant d’être égorgée par un multi-récidiviste, tu serais heureux?”

    Pendant mes stages d’externes, j’ai passé quelques mois dans un service universitaires qui faisait des IVG à la pelle, j’ai pu voir ce que c’était la “détresse” indiquée dans la Loi pour justifier un avortement. Des choses horribles : un gros ventre en été alors qu’on a un nouveau maillot, une pilule arrêtée deux mois trop tôt, une qui en était à son 21° avortement (oui : 3 fois 7), celles qui trouvent que la pilule c’est cher, celle qui trouvent que si on doit penser à tout on ne vit plus, etc…

    Les vrais cas de détresse réelle existent certainement, mais en 4 mois, je n’en ai pas vu un seul. Alors en proportion, ça ne doit pas faire lourd.
    Il faut cette loi pour ces cas si rares, mais arrêtons d’inventer que c’est à eux que ça sert le plus. En France, l’avortement est essentiellement une méthode de contraception.
    Et c’est choquant. Oui un fœtus est un être humain, et le fait qu’ils soit sans défense n’en fait pas un objet qu’on jette comme une lentille jetable ou un T-shirt dont on n’aime plus la couleur. Le législateur n’avait pas vu l’avortement comme ça. Du moins officiellement.

  10. @Pierre Barthélémy
    je voudrais rajouter un tout petit mot
    Pour mieux comprendre leur façon de penser, je viens de tchatter avec des anti-IVG Américains, et je voudrais préciser ce que j’ai appris avec eux.
    1. Ils ne sont pas anti-IVG, mais anti avortement, point barre.
    2. Pour eux, il ne peut y avoir d’avortement médical. Si le foetus est en train de mourir, tuant sa mère au passage, il faut attendre qu’il soit mort, et là le sortir (tout en priant très fort que la mère ne soit pas morte entre temps). Alors ce n’est plus un avortement, mais une fausse couche et ils peuvent clamer haut et fort que “personne n’a besoin d’un avortement”.
    3. L’embryon est une personne dès le moment de la conception.
    4. En cas de grossesse extra-utérine, où il faut faire un avortement et vite, sinon l’embryon fait exploser la trompe de Fallope où il s’est implanté, la solution des “pro-lifes” consiste à… retirer la trompe de Fallope. Mais ce n’est pas un avortement, puisqu’il n’y a pas volonté de tuer l’embryon, seulement un acte qui a pour effet de tuer l’embryon (vous suivez?). Quand je leur ai dit que c’était de l’hypocrisie pure et simple, ils m’ont répondu fièrement que c’était le principe du double effet, très utilisé en théologie. J’ai abandonné la conversation.
    5. Quand je leur ai demandé s’ils refuseraient un avortement pour un enfant atteint d’une horrible maladie condamné à vivre une longue agonie (type mucoviscidose), une femme m’a répondu que de toute façon il lui fallait tenir le corps de son enfant mort pour pouvoir faire son deuil. Je n’ai pas osé lui dire à quel point je trouvais son attitude égoïste, mais ça m’a fait marrer quand elle m’a traitée de sans-coeur parce que j’employais le terme “foetus” et pas “bébé”.
    Tout ça pour dire, ces gens-là sont vraiment dangereux.

  11. Pour Renaud :
    Je travaille dans un centre de planning familial depuis dix ans et je peux vous dire que des cas de détresse, j’en vois toutes les semaines, si ce n’est tous les jours. Il suffit d’ouvrir les yeux.

  12. je me pose une simple question…Les anti-avortement sont ils vraiment majoritaires dans les “Etats anti-IVG” ? Si oui, et malgré mes opinions plutôt pro-IVG, il serait aberrant de les forcer à financer des IVG via leurs impôts, c’est bête, mais c’est du pragmatisme :S

    Je ne m’enfoncerai pas plus loin dans ce débat philosophico-scientifico-religieux, étant donné qu’il est particulièrement noueux.
    Je ne peux qu’encourager chaque partie à se montrer la plus compréhensive possible vis à vis de l’autre, car si du côté anti-IVG on peut très facilement relever de la fausse argumentation et de l’intégrisme, il en va strictement de même pour les anti-IVG et tout ça, ça empêche le schmilblick d’avancer.

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