Jeune homme idéaliste et révolté dans les derniers temps du communisme, Viktor Orban, mu par une ambition forte et un certain opportunisme, est rapidement devenu le héraut de la droite nationaliste hongroise.
En 1989, Orban a 24 ans et il n’hésite pas à prendre la parole pour réclamer le départ des Russes du pays, lors de la cérémonie en l’honneur d’Imre Nagy et des autres victimes de la révolution hongroise de 1956. Fondateur un an plus tôt avec quelques autres étudiants de province, de la Fidesz, alors classée à gauche, il est idéaliste et europhile.
Mais, dès 1993, Orban change de style et de valeurs et prend la tête de la Fidesz. En costume-cravate et rasé de près, il oriente celle-ci dans un sens très conservateur, poussant son aile gauche hors du parti. Face à une scène politique comportant de nombreux partis de gauche, il aurait décidé d’appliquer à la lettre un conseil d’Helmut Kohl lui recommandant de ne jamais avoir de parti à sa droite. Peut être est cela qui le pousse à l’heure actuelle à devancer les demandes du Jobbik – parti d’extrême-droite hongrois ayant récolté 16,67% des suffrages et 47 sièges aux dernières élections parlementaires.
En 1994, les socialistes (MSzP) reviennent au pouvoir et alliés aux Démocrates libres procèdent à des nationalisations dont les bénéfices enrichiront largement les responsables politiques de l’époque, entachant pour longtemps, et à raison, leur image de la marque de la corruption et contribuant à désabuser profondément le pays.
Face à ces comportements irresponsables, le discours du Fidesz opposant socialistes corrompus aux « vrais » Hongrois, avec des relents nationalistes non-dissimulés, fera florès.
Premier Ministre à 35 ans, suite aux élections de 1998 lors desquelles la Fidesz obtient 148 députés sur 386, Orban mène une politique économiquement libérale – baisse de la fiscalité et des cotisations sociales, réduction du déficit, réduction des effectifs de la fonction publique – mais aussi conservatrice, avec une politique pro-familiale marquée et, d’ores et déjà l’octroi d’importants droits aux minorités hongroises des pays limitrophes. Malgré les bons résultats de sa politique économique – l’inflation passant de 15% en 1998 à moins de 8% en 2001 et un déficit public passant sous les 4% du PIB – il perd les élections de 2002.
Attribuant cette défaite en premier lieu aux milieux intellectuels budapestois qui dirigent les médias, il s’emploie durant les huit années d’opposition qui suivent à faire construire au Fidesz un empire médiatique – notamment via Hir TV – ainsi qu’à combattre pied à pied la politique menée par la gauche.
Cette politique portera ses fruits puisque les élections législatives de 2010 conduisent à un raz-de-marée de la droite avec plus de 68% des voix, en incluant celles du Jobbik, la Fidesz remportant à elle seule plus de 52% des voix et plus des deux tiers des sièges au Parlement, lui donnant la majorité qualifiée pour réformer la Constitution et lui permettant de transformer les institutions et la société hongroise de manière radicale…
Marie-Sophie Peyre
alias Orsolya Veille
Juriste en organisation internationale












