Samedi 3 décembre, le député européen Jean-Marie Cavada (Nouveau centre-PPE), a été élu Président du Mouvement européen-France (ME-F) par le Conseil national du ME-F. Il succède à Christian Philip (UMP), démissionnaire. Gageons que ce changement institutionnel permette de clarifier la position partisane du ME-F à droite.
Jean-Marie Cavada, un homme de droite
Né le 24 février 1940 à Epinal, Jean-Marie Cavada a été journaliste avant de devenir homme politique. ORTF, RTL, France 3, TF1 puis retour sur le service public (Antenne 2) en 1986 avec la fameuse Marche du siècle avant de créer huit ans plus tard la chaîne télévisuelle « La Cinquième ». En 1998, il prend la présidence de Radio France qu’il conserve en 2001.
En 2004, il démissionne de la présidence de Radio France pour battre campagne lors des élections européennes. Il est le chef de file de l’UDF dans le Sud-Ouest. Il devient député européen et siège au groupe libéral (ADLE). Son absentéisme dans l’hémicycle conduit une partie des membres de l’ADLE à demander sa démission à mi-mandat (2007), et avoir gain de sa couronne à la Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures au Parlement européen (PE) en 2008.
Son parcours politique chaotique le voit cheminer du MoDem (proche de François Bayrou lors des élections présidentielles de 2007, et candidat MoDem perdant au 2e tour des élections législatives de 2007) à l’UMP via le Nouveau centre (élections municipales de 2008 à la suite desquelles il devient conseiller municipal dans le XIIe arrondissement de Paris ; élections européennes de 2009 qui le voient devenir député européen sur la liste UMP d’Ile-de-France, avec Michel Barnier et Rachida Dati).
Il y a un an, il démissionnait de son poste de conseiller de Paris « en raison de la superposition permanente des calendriers des sessions de l’Hôtel de ville et du Parlement européen » peut-on lire sur son site internet. Depuis 2009, il ne siège plus au groupe libéral (ADLE) mais au sein du groupe conservateur (PPE) du Parlement européen. Il est vice-président de la délégation française du PPE.
En résumé, Jean-Marie Cavada est un homme politique français et européen de droite, mi libéral, mi conservateur.
Le Mouvement européen-France, un mouvement conservateur
Samedi 3 décembre, Jean-Marie Cavada a donc pris les rênes du Mouvement européen-France (ME-F), branche nationale du Mouvement européen international. Mouvement historique (1949) défendant une fédération européenne, le ME-F se veut a-partisan ou trans-partisan, c’est selon.
Force est de constater qu’il n’en est rien, et c’est tant mieux ! Si la question est aussi brûlante que tabou au sein du ME-F, la réalité de la culture très consensuelle de l’association comme de ses président-e-s est sans appel : Jean-Louis Bourlanges (UDF), Anne-Marie Idrac (Nouveau centre), Sylvie Goulard (MoDem), Christian Philip (UMP), et Jean-Marie Cavada (Nouveau centre). Seule exception à la règle Pierre Moscovici (PS), et Jean-Luc Sauron, président par intérim ces derniers mois, courageux soldat qui doit en manger son chapeau.
Ce secret de polichinelle ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt des rapports de force au sein du ME-F : à « l’Europe, l’Europe, l’Europe » fait écho « la droite, la droite, la droite ».
En résumé, le ME-F est une association pro-européenne de droite… qui ne s’assume pas.
Le Mouvement européen-France veut-il s’assumer ?
Le ME-F a les plus grandes peines du monde à se projeter dans l’avenir, à être « force de propositions », à avancer : à vivre et à faire vivre la politique européenne.
Pourquoi ?
Parce que le ME-F vit de notoriétés et de nostalgies passées.
Parce que le ME-F en est resté avant 1992 et Maastricht où le « consensus permissif » était la règle du jeu, où les citoyens n’avaient pas voix au chapitre et où les choses se décidaient entre « gens bien » et de préférence au coin du feu.
Parce que le ME-F n’est toujours pas entré dans la période post-Maastricht de « dissensus contraignant » où le jeu européen s’est terriblement complexifié, par l’entrée en scène des « peuples européens », mais aussi par des évolutions institutionnelles (l’évolution improbable du Parlement européen), et structurelles (les élargissements successifs).
Qu’est-ce que l’ « Europe » ? Des institutions ou des sociétés ? Nationales ou européennes ? Des fonctionnaires ou des politiques, des diplomates ou des industriels ? La Commission européenne ? C’est-à-dire les commissaires ou les administrateurs ? La Direction générale Marché intérieure ou concurrence ? Et le Parlement européen ? Et la Cour de justice de l’Union européenne ? Et les groupes intérêts ? Mais parle-t-on de l’agriculture ou de l’euro, de la culture ou de la défense ? Et les décisions se prennent-elles de la même manière dans ces différents secteurs ?
Réponses évidentes ? Pas si sûr.
Parce qu’il ne s’agit plus, parce qu’il ne suffit plus, de « défendre l’Europe » comme « projet », comme un tout monolithique, comme une croyance où Jean Monnet et Robert Schuman seraient ces images pieuses qui détiendraient la vérité.
Parce qu’il s’agit de mettre les mains dans le cambouis de la réalité politique européenne, de constater que le système politique s’est politisé, s’est démocratisé et qu’il demande des réponses politiques aux problèmes posés.
Si Jean-Marie Cavada et ses ami-e-s souscrivent, ce que je pense et ce que j’espère, au besoin d’une Europe plus politique et plus démocratique, alors le premier objectif impérieux que le ME-F doit viser est celui de la clarification politique. Le ME-F est un mouvement de droite, un mouvement conservateur, pro-européen : qu’il ne s’en cache pas, qu’il l’assume !
Ce postulat est indispensable pour sortir des poncifs et des pratiques consensuels dépassés de la période du « consensus permissif » pour entrer dans une période politique où les décideurs européens ne peuvent plus se passer de la politique.
Le ME-F acceptera-t-il de payer ce prix lui permettant de jouer un rôle central dans et pour la société civile européenne d’aujourd’hui, ou continuera-t-elle à se scléroser en se rappelant qu’hier, c’était qu’en même mieux qu’aujourd’hui ?
Samuel Faure aka Jamel de L’or
Membre des Cabris de l’Europe













Ah là là, faire un article suppose de faire quelques recherches quand meme.
Le bureau du ME-F est paritaire entre toutes les formations politiques représentées au ME-F, PS et Verts inclus mais j’admets, ca supposait de prendre au moins 5 minutes de son temps.
Et du coup si dans 2 ans c’est un Vert qui est élu, faudra que le ME-F s’assume écologiste ?
Le Mouvement Européen-France assume fièrement son caractère transpartisan !
Le Mouvement Européen-France n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais de droite, de gauche, du centre, ou d’ailleurs. Il n’a de sens que s’il fédère, s’il rassemble au-delà des clivages. Depuis sa création en 1949, le Mouvement Européen-France s’engage pour développer dans le peuple français la prise de conscience de l’Europe. Il rassemble citoyens, associations, experts et responsables de diverses sensibilités qui, au-delà leurs différences, partagent un très vif attachement au développement d’une Europe politique, d’une Europe plus intégrée.
Les Présidents successifs du ME-F n’ont jamais fait passer leur affiliation partisane avant les intérêts du Mouvement. Et Jean-Marie Cavada se situe sur la même ligne. Certes il a des convictions, bien sûr c’est un homme engagé, mais qui pourrait très honnêtement l’en blâmer ? Elu le 3 décembre dernier Président du ME-F par le Conseil national du Mouvement, il entend bien évidemment préserver le caractère transpartisan du Mouvement et mettre ses connaissances, son réseau relationnel, son énergie au service d’un ME-F encore plus clairement fédéraliste. Une équipe de travail sera nommée en janvier. La pensée politique du ME-F ne sera pas définie par un seul homme mais par un collège respectueux des diverses sensibilités du Mouvement.
Pour une Europe plus forte, pour une Europe plus intégrée, rejoignez le Mouvement Européen-France : http://www.mouvement-europeen.eu/?page_id=135.
Sylvain Veillas
Secrétaire Général