Guillaume Klossa et son pacte européen : témoignage

Guillaume Klossa, Jean-François Jamet / Europe, la dernière chance ?
Guillaume Klossa, Jean-François Jamet / Europe, la dernière chance ?

Guillaume Klossa présentait son livre « Europe, la dernière chance ? » à Sciences Po Paris. Compte-rendu et réflexions sur une intervention qui appelle de ses vœux un gouvernement fédéral de la zone euro, des citoyens impliqués et des élites cultivées.

Le 16 novembre dernier, Guillaume Klossa était invité à Sciences Po Paris dans le cadre des Rencontres européennes de Sciences Po (RESP). Fondateur et Président d’EuropaNova et conseiller spécial de l’ancien Secrétaire d’État aux Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet pendant la présidence française de l’Union européenne (PFUE), il venait présenter l’ouvrage co-écrit avec Jean-François Jamet, économiste, qui vient de paraître chez Armand Colin : « Europe, la dernière chance ? »[1].

Guillaume Klossa estime en premier lieu que le problème fondamental à l’origine de la crise actuelle est un manque de croissance des économies européennes. Il précise que la tentative de solution apportée par la stratégie de Lisbonne[2] en 2000 à cet égard n’a pas eu les effets escomptés, car plusieurs Etats membres ne l’ont pas mise en œuvre.

Mais il propose aussi des solutions, estimant que l’avenir sera certainement porteur de crises survenant de manière rapprochée. Aux nécessités de financer la zone euro, d’avoir un leader économique européen et un mécanisme de coordination économique, il considère que doivent s’ajouter d’autres idées : utiliser des outils d’analyse économique au sein du Conseil européen, adopter une gouvernance qui aille au-delà des seules questions financières, en instaurant notamment une « stratégie pour l’emploi et la cohésion sociale », et en tentant de résoudre le déficit de démocratie européenne.

Il précise de plus les conditions globales nécessaires à la mise en œuvre de ces propositions. L’idée d’une fédération européenne défendue par les auteurs apparaît sous diverses formes dans les propos récents de leaders politiques comme Wolfgang Schäuble, Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé. Mais Klossa s’estime convaincu que, pour que les leaders s’attaquent véritablement à la crise structurelle de l’Europe, la société en général et les intellectuels en particulier doivent s’engager et faire pression sur les dirigeants.

Les propos de Klossa interpellent pour plusieurs raisons. Dans l’ouvrage, les auteurs ont pour ambition de mettre l’UE et son évolution fédérale au cœur de la campagne présidentielle française de 2012. Mais ils ne s’y limitent pas. En insistant sur le rôle que peuvent jouer les citoyens, Klossa élargit les perspectives. Il milite pour résoudre le manque d’influence des peuples sur l’intégration européenne, lesquels peuples considèrent ce processus comme inéluctable[3]. Son plaidoyer pour la culture s’explique de même sur deux plans : dans les sphères du pouvoir, la culture devrait retrouver sa place pour combattre la prise de décision politique à courte vue. Au sein des politiques européennes, il faut remédier à la faible présence de la culture, et donc aussi à celle de l’éducation. Klossa, comme l’avait soutenu l’historien et député européen Bronislaw Geremek, insiste sur l’importance d’éduquer « au sujet européen ». « Une éducation à l’Europe pour tous » est la « condition d’une citoyenneté et d’une conscience européenne renouvelées ».

Pour autant, la fédération envisagée pourrait ne pas répondre pleinement au déficit de démocratie. Les auteurs suggèrent un « saut fédéral » dans le domaine économique, appuyé par des mesures sociales, qu’ils nomment « gouvernement socio-économique européen ».  Circonscrit à la zone euro, celui-ci comporterait notamment un Parlement, un ministre de l’économie et des finances et une « stratégie pour l’emploi et la cohésion sociale ». Il émettrait par ailleurs des obligations européennes et disposerait d’un budget propre. La méthode proposée consiste donc à transférer de manière limitée des domaines de la souveraineté nationale au niveau européen. Mais si cette approche a fait les succès de la construction européenne[4] par le passé, elle se limite ici à la seule zone euro et semble s’appuyer quasi exclusivement sur le moteur franco-allemand. Est-ce que ces contours géographiques et de gouvernance restreints permettraient de résoudre le déficit démocratique en Europe ? Cela semble une gageure. Rallier l’ensemble des peuples européens à un tel projet relèverait de l’exploit, dans la mesure où les non-membres de la zone euro se trouveraient exclus de facto. À moins qu’il faille accepter, au moins temporairement, une telle restriction du champ européen pleinement intégré ?

Gaël Pradelle

Étudiant du Master Affaires européennes

Sciences Po Paris

Voir aussi sur 27etc :

- Programme de jeunes leaders européens : entretien  avec Guillaume Klossa, président d’EuropaNova (1/2), le 8 juin 2011

- Guillaume Klossa : “L’Europe est d’abord et avant tout un projet politique qui se construit progressivement et collectivement” (2/2), le 9 juin 2011


[1] Jean-François Jamet, Guillaume Klossa, Europe, la dernière chance ?, Armand Colin, Paris, 2011, 224 pages.

[2] Voir les conclusions du Conseil européen de Lisbonne des 23 et 24 mars 2000.

[3] Sophie Duchesne et al., cités par Renaud Dehousse in Dawn Oliver and Caarlo Fusaro (ed.), How Constitutions Change. A Comparative study, Oxford : Hart, 2011, p. 85.

[4] Renaud Dehousse, op. cit., p. 71.

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