Mario Monti : après il Cavaliere, il Professore ?

Le professeur Tournesol, à ne pas confondre avec il Professore Monti / Flickr, creative commons

Le professeur Tournesol, à ne pas confondre avec il Professore Monti / Flickr, creative commons

L´ex-Commissaire européen Mario Monti à la tête du gouvernement technocrate italien

Le contraste ne pourrait être plus prononcé ! Depuis le 16 novembre l´Italie est dirigée par Mario Monti, économiste discret qui a accepté le lègue désastreux de Silvio Berlusconi, surnommé « Il Cavaliere » depuis sa nomination en tant que « chevalier de l’ordre du travail » en 1977. Ce dernier avait épicé son titre à plusieurs reprises avec un mandat truffé de scandales et d´irresponsabilités. M. Monti est appelé à guider l´Italie à l´heure où le pays est au bord de la faillite : la dette publique est avec 120% du PNB la plus élevée de la zone euro, après celle de la Grèce.  Qui est donc ce soixantenaire auquel a été donné le titre fatal de « la dernière chance de l´Italie » ?

D´éducation jésuite, étudiant d´économie et de management à Milan et à Yale, recteur de l´université milanaise Bocconi (1999-2001): Monti fait partie de l´élite italienne cultivée catholique qui fréquente la Scala et connaît le monde du grand business. Son expertise en tant qu´économiste lui avait valu une nomination à la Commission européenne en 1995. Chargé d´abord du Marché intérieur (1995-1999), puis de la Concurrence (1999-2004), il s´est vite fondu dans l´univers technocrate de la Commission européenne où le quotidien national avec ses querelles partisanes fâcheuses importent peu.

C´est notamment à Bruxelles qu’il s’est forgé sa réputation du fait d’une ténacité inédite. Il a défié le puissant secteur automobile allemand, mais il ne s’est pas arrêté là ! Après l´interdiction de la fusion de General Electrics et Honeywell en 2001, on l´a surnommé outre-Atlantique le « Saddam Hussein du monde des affaires ». Cependant, loin de jouer le rôle du David européen contre le Goliath des multinationales, Monti a aussi fait office de conseiller auprès de Goldman Sachs et de Coca Cola.

Le nouveau maître du Palazzo Chigi, qui n´adhère à aucun parti, assure à la fois la fonction de Premier ministre et de ministre de l´économie. L´annonce d´un programme d´austérité a immédiatement provoqué des manifestations violentes de Milan à Palerme. Est-ce que l´Italie serait devenue la parfaite illustration du technocrate caricatural bruxellois qui prône la sobriété et la bonne conduite face aux débauches baroques de son prédécesseur ? Préfère-t-il une dépolitisation de l´Italie afin de rétablir la crédibilité de cette dernière auprès des leaders européens ?

Il est pourtant incertain que l´Italie soit guérie de ses dettes par il Professore Monti. Rappelons-nous du sort du Professore Romano Prodi qui, après une carrière remarquée à la présidence de la Commission européenne, n´a tenu que peu de temps à la tête du gouvernement italien. Monti a cependant fait son calcul: son gouvernement est entièrement non-partisan et il repose sur un mandat d´urgence, sans légitimation électorale. L´ex-Commissaire se retrouve alors dans une situation semblable à son mandat bruxellois défini explicitement par l´indépendance de toute influence partisane et nationale. Les « conditions de travail du Berlaymont » dont il profite maintenant à Rome, lui conviendront à court terme dans sa tache gouvernementale épineuse. Toutefois, il est certain que le technocrate Monti ne pourra pas échapper longtemps aux dynamiques de la démocratie italienne qui le forceront soit à prendre parti, soit à céder sa place.

Martin Schiller,

Étudiant en Master Affaires européennes

Sciences Po Paris

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