Crise financière : La Belgique en ligne de mire

Les dernières prévisions économiques européennes, publiées par la Direction générale de l’Economie et des finances de la Commission le 6 novembre dernier, mettent la Belgique en ligne de mire. Si la tourmente financière a fait tomber les gouvernements grec et italien… que pourra donner la Belgique en pâture pour rassurer le monde économique et financier ?

La Commission européenne a émis jeudi dernier une mise en garde auprès de la Belgique. Le pays fait l’objet, comme d’autres, d’une procédure pour déficit excessif, mais selon le commissaire européen aux Affaires économiques Olli Rehn, elle est “l’un des Etats membres qui ne semblent pas corriger son déficit excessif de manière structurelle et durable vis-à-vis des échéances prévues”.

La Belgique doit ramener son déficit en dessous de 3% en 2012 mais les projections estiment que ce déficit pourrait s’élever à 4,6 % si le pays ne change pas de politique. Le Commissaire européen a donc sommé le Ministre des Finances du gouvernement d’affaires courantes, Didier Reynders, de présenter d’ici mi-décembre “une preuve convaincante de mesures budgétaires structurelles suffisantes, et de préférence un budget complet pour 2012″.

Mais ces problèmes financiers s’ajoutent aux problèmes politiques auxquels fait face le pays. Sans gouvernement depuis plus de 500 jours, la Belgique est gérée par un « gouvernement d’affaires courantes » et n’a toujours pas voté de budget pour 2012. Les négociations en cours menées par Elio Di Rupo sur la formation d’un gouvernement achoppent justement sur les aspects budgétaires. La ligne de fracture suit ici une traditionnelle ligne gauche-droite, les libéraux souhaitant réduire les dépenses de l’Etat, les socialistes visant à renforcer la taxation de l’épargne et des grosses fortunes. Des négociations ont eu lieu tout le week-end qui devraient permettre au budget d’être adopté d’ici au 15 novembre afin de permettre au Parlement de le voter avant la fin de l’année.

Le Commissaire Olli Rehn estime que les recommandations de la Commission de juin dernier devraient d’ores et déjà se refléter dans le projet de budget 2012 et a évoqué la possibilité de sanctions suivant les nouvelles règles de procédure du pacte de stabilité adoptées  récemment. Ces sanctions ne menacent pas que la Belgique mais aussi Malte, Chypre, la Pologne et la Hongrie et prendraient la forme d’un blocage de fonds – pouvant s’élever jusqu’à 0,5% du PIB du pays concerné – sur un compte bloqué, et se transformant éventuellement à terme en amende. La France quant à elle, malgré les menaces sur son triple A ces derniers jours, passe au travers des mises en garde de la Commission mais écope d’une demande d’effort supplémentaire de la part d’Olli Rehn. La commission a en effet été plus pessimiste que le gouvernement sur les prévisions de croissance (0,6% contre 1% pour 2012, 1,4% contre 2% pour 2013) mais salue les nouvelles mesures de rigueur annoncées par la France début novembre.

La Commission prévoit pourtant pour la Belgique une croissance de 0,9% pour l’année qui vient, ce qui la place en meilleure position que la France et même que l’ensemble de la zone euro pour laquelle elle n’envisage qu’une croissance de 0,5%. Il faut croire que la réactivité des Etats pèse bien lourd face aux demandes de la Commission…

Souhaitons, en tout état de cause, que la semonce que constitue cette mise en garde de la Commission à la Belgique puisse au bout du compte forcer les six partis en présence dans les négociations pour la formation du gouvernement, à trouver un accord pour éviter au pays de se retrouver dans le maelstrom qu’ont connu l’Italie et la Grèce ces dernières semaines.

Marie-Sophie Peyre aka Orsolya Veille

Juriste dans une organisation internationale

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