Jean Leonetti: “Politiser l’Europe, c’est la mettre au cœur des débats politiques au niveau national”

Jean Leonetti, Ministre des Affaires européennes / Flickr, creative commons

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Entretien avec Jean Leonetti, Ministre français des Affaires européennes


1. Les Cabris de l’Europe : Quel est l’objectif du courant « les Humanistes de l’UMP» que vous avez lancé avec votre collègue Marc Laffineur, Secrétaire d’Etat à la défense et aux anciens combattants ?

Jean Leonetti (JL) : Ce mouvement est né de l’association de mon club « République et Humanisme » et du « groupe des Européens » fondé par Marc Laffineur. Nous fédérons tous ceux qui, à droite, mettent en priorité l’Homme au cœur de la politique. Nous voulons recentrer le débat politique sur l’humain et sa nécessité de s’adapter à un monde nouveau.  Nous sommes confrontés à une crise sans précédent qui remet en cause les fondements même de la civilisation occidentale. Les Français ont plus que jamais besoin d’entendre ce message réaliste et humaniste, qui est aussi un message d’espoir. Les changements mondiaux nous ouvrent de formidables opportunités. L’Homme doit retrouver toute sa place au cœur de notre système socio-économique, c’est un des principaux enseignements de la crise. Nous faisons chaque semaine depuis octobre de nombreuses propositions. L’ensemble de ces mesures sera remis à Bruno Le Maire (chargé du projet de l’UMP pour 2012) le 7 décembre. L’UMP est un parti très ouvert et dans lequel plusieurs sensibilités s’expriment. Ces dernières se retrouvent néanmoins sur l’essentiel et nous n’avons eu aucun mal à faire entendre nos propositions, on nous y a même encouragé. L’UMP incarne une droite responsable, ouverte, laïque, tolérante, solidaire et européenne.

2. Les Cabris de l’Europe : Pourriez-vous définir précisément ce que vous entendez par « humanisme » ? De quoi s’agit-il ?

JL : L’humanisme, c’est la volonté de mettre l’Homme au cœur de toutes les politiques publiques. Nous avons parfois trop tendance à agir pour des concepts abstraits : la croissance, la rentabilité… L’humanisme que nous défendons répond à deux principes : l’équilibre et l’innovation. L’équilibre, parce qu’il n’y a pas à choisir entre solidarité et fermeté, entre croissance et rigueur. Il faut aider la Grèce, mais exiger des contreparties. Il faut sanctionner les délinquants, mais leur donner les moyens de se réinsérer ou de prévenir le passage à l’acte. Chaque droit implique un devoir et chaque devoir comporte un droit. L’innovation, parce que les outils du passé ne nous permettront pas de bâtir l’avenir. Affirmer que c’est le retour aux emplois-jeunes ou au franc qui assureront notre bien-être futur, c’est se nourrir de faux-semblants et mentir aux Français. L’inventivité doit être notre moteur dans tous les domaines : politique, économique, écologique et culturel. Nous n’avons pas peur de faire table rase des politiques publiques dépassées.

3. Les « Humanistes » de l’UMP représentent 112 parlementaires (députés, députés européens et sénateurs) soit une minorité au sein de la majorité. Il y a donc aussi peu d’ « Humanistes » à l’UMP que de partisans de Manuel Valls au Parti socialiste ?

JL : Vous êtes mal renseigné : avec 112 parlementaires, les Humanistes de l’UMP représentent la plus grosse sensibilité de l’UMP. Le mouvement de la droite populaire ne compte que 44 membres mais leur voix porte dans les médias. La droite populaire a eu raison de parler, c’est nous qui avons eu tort de nous taire. Ceci étant notre objectif n’est pas de faire du « buzz » médiatique. Notre objectif est d’apporter des solutions concrètes et innovantes. Nous ne faisons pas de polémique mais de la politique. L’objectif des Humanistes de l’UMP n’est donc pas de « contrer » la Droite populaire, mais bien d’équilibrer l’ensemble du message de l’UMP en offrant la conception d’une société où l’homme à la première place.

4. Les Cabris de l’Europe : Etre humaniste nécessite-t-il d’être européen ? Conduire une politique européenne exige-t-elle d’être humaniste ?

JL : L’Europe est indissociable de notre avenir. Elle constitue l’échelle pertinente pour nous permettre d’agir dans le monde ; elle est aussi une communauté de valeurs que nous devons protéger et faire vivre.  Nous, les Humanistes de l’UMP, en sommes profondément conscients : pour répondre aux défis du futur, les européens doivent s’unir plus étroitement. Par ailleurs les valeurs qui ont fondé le projet européen et continuent de l’alimenter sont profondément humanistes : pacifisme, tolérance, ouverture et volonté de progresser ensemble.

5. Les Cabris de l’Europe : Il y a un peu plus d’un an, Pierre Lellouche alors ministre des Affaires européennes conduisait une politique envers la population Roms qui a été particulièrement critiquée au sein même de la majorité. S’agit-il d’un bon exemple d’une politique qui n’est ni humaniste ni européenne ?

JL : Il me semble plus important de rappeler que, il y a à peine deux mois, la commissaire européenne à la justice, Viviane Reding, a félicité la France pour son respect des droits de l’homme. En adoptant les garanties nécessaires, demandées par la Commission, pour protéger tous les citoyens de l’UE contre les expulsions arbitraires et les traitements discriminatoires, la France a fait preuve d’humanisme et d’un profond respect pour l’Union européenne.

6. Les Cabris de l’Europe : En tant que radical de droite, en tant qu’ « humaniste », vous sentez-vous plus proche politiquement de Jean-Michel Baylet, radical de gauche ou de Thierry Mariani, chef de file de la Droite populaire ?

JL : Ce que nous cherchons à faire, en créant le mouvement des Humanistes de l’UMP, c’est avant tout de faire entendre notre propre perception du monde et de la politique. L’idée n’est donc pas de s’apparenter à telle ou telle autre sensibilité, mais bien de faire entendre la nôtre.

7. La politisation du système politique de l’Union européenne est-elle considérée par les « Humanistes de l’UMP » comme un obstacle ou comme une nécessité pour renforcer le processus d’intégration européenne ?

JL : Dans la « politisation », je vois un moyen de familiariser les citoyens européens avec les questions de politique européenne et de les impliquer d’avantages dans les choix pris au niveau de l’UE. C’est essentiel si nous voulons renforcer le processus d’intégration européenne. L’Union européenne a besoin d’être comprise de ses citoyens pour contrer l’euroscepticisme, qui se nourrit des pires populismes. Politiser l’Europe, c’est la mettre au cœur des débats politiques au niveau national, la rendre plus visible, plus accessible et plus populaire.

Propos recueillis par Samuel Faure aka Jamel de L’or

Membre des Cabris de l’Europe

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