De part et d’autre, le constat d’un “déficit démocratique français contre l’Europe” et la nécessité d’obtenir un droit de réponse des candidats à la présidentielle sur leur projet européen deviennent de plus en plus pressants. Ici aussi l’un de nous s’est livré à un petit exercice d’écriture. A bon entendeur Messieurs, Mesdames les candidats…
Voilà, la Primaire du Parti socialiste passée, les clivages et les positions vont davantage se dessiner. Si le candidat de la droite désunie se fait encore désirer, Polichinelle nous livrera bientôt son secret, et les forces, droites, gauches, et autres courants politiques seront en mesure de s’affronter, pas toujours dignement, mais soit. Pendant six mois, la France va vivre au rythme de la course au titre.
Et vous, chers Candidats, vous allez devoir répondre à moult questions et sollicitations de toutes parts. Oh, nous savons bien que les retraites, le chômage des jeunes, l’éducation ou la question de l’immigration, pour ne pas toutes les citer, seront au cœur des attaques, des propositions, et détermineront en grande partie le choix qui vous mènera à jouer ce qui fut autrefois un rôle « d’arbitre au dessus de la mêlée ».
Mais les temps changent, les institutions aussi. Cinq ans de présidentialisme à marche forcée ; il vous sera peut être pénible de reculer. Et sans doute, tout aspirant aux « responsabilités » que vous soyez, ne le souhaitez vous pas. Dans ce cas peut être serez-vous en mesure de porter votre rôle au-delà de la doxa et des errements de palais.
Peut être serez-vous en mesure de donner à l’Europe la place qu’elle mérite en France. L’Europe, ah, ce vilain mot qui a dû tellement ennuyer notre Président actuel ! Tel un fardeau que l’on doit mener à bon port mais qui par son inconsistance nous empêche d’avancer d’un pas altier. Un paquet qu’on ne peut laisser au bord du chemin, l’Europe. Je me sens un peu Sisyphe de vous dire ça, mais quand même, voilà.
La crise financière a mis en exergue de nombreux problèmes dans notre relation à « ce machin ». Vous même, qui vous considérez sans doute comme de grands européens lorsqu’il s’agit d’intervenir sur le sujet, en êtes conscients. Mais qu’a fait la France ces dernières années pour porter une idée d’Europe soudée politiquement et solidaire envers ses citoyens les plus démunis et bientôt dépourvus de la soupe populaire ?
C’est un état de fait inédit dans lequel nous nous plaçons en ce moment ; des gouvernements politiquement impuissants à porter un terme à une crise qui menace la zone euro et ses voisins, des marchés financiers qui demandent instamment une intégration plus poussée, des journalistes qui glosent jour après jour sur le fédéralisme, et comme on le souligne de temps à autre, un silence assourdissant de notre gouvernement actuel. Même pas une petite conversation au coin du feu pour expliquer aux français les tenants et les aboutissants d’une situation qui les conduit à l’anxiété et à l’incertitude, et nous réduit au diktat des agences de notations et du qu’en dira-t-on. Et peu d’espoir que ce manque de volontarisme ne change d’ici mai 2012.
Et pourtant chers candidats, il est fini le temps de « l’Europe, tout le monde s’en fout ». Mais il n’est pas donné à tout le monde d’avoir foi en l’idée d’ Europe ni d’en décrypter toute sa complexité. Il va être de votre responsabilité, et vous ne pourrez vous y soustraire, d’expliquer. « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». Si, chers candidats, vous étiez en mesure de porter une idée et des propositions au-delà de la simple tactique politicienne, si sans peur, vous pouviez partager avec les français leur quotidien d’européens, ne plus faire de Bruxelles l’antre du mal, des transferts et des contrôles non consentis, ni faire semblant d’agir pour le bien commun ; et sans jouer les hérauts, nous montrer qu’un futur meilleur auprès de nos 26 voisins n’est certes pas acquis, mais pas insurmontable ;
Si pour une fois, l’un d’entre vous adoptait une position ambitieuse et valeureuse, qui nous donne l’occasion de débattre au-delà des clivages partisans ; une position courageuse certes, mais qui s’intègrerait tout à fait dans un programme qui doit voir au-delà du national. Pour les jeunes, les actifs, ou les entreprises, l’Europe est devenue un village qui doit bâtir ses règles communes – nous vous attendons -
Alors peut être, que cette campagne aurait une toute autre tournure. Celle d’une France qui cesse de regarder son nombril étriqué et qui a compris que le changement viendra aussi de sa volonté à retrouver une place dans un concert de nations pour qui bâtir le vivre ensemble est une nécessité pressante. Et peut être que dans l’isoloir, je mettrai dans l’enveloppe le bulletin européen.
Hilde Spinely
Membre des Cabris de l’Europe












