Vendredi 23 septembre, Mahmous Abbas, le président palestinien, a remis au secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon une lettre demandant l’adhésion à part entière de la Palestine à l’ONU, un statut qui consacrerait le statut d’Etat au territoire. Herman Van Rompuy, Président du Conseil européen, a répété que le statu quo n’était plus une option. Mais au delà des grands discours, qu’en est-il vraiment de la relation de l’Union européenne avec la Palestine ?
A l’ONU, c’est désormais le Président du Conseil européen qui s’exprime au nom des 27 Etats membres et des citoyens de l’Union européenne, en sa qualité de représentant de l’Union européenne dans le monde. Il a ainsi réitéré la position européenne sur le conflit israélo-palestinien, selon laquelle celui-ci devrait se régler par une résolution négociée, fondée sur les frontières de 1967 accompagnées d’échanges de terre mutuellement acceptables.
Ecouter Herman Van Rompuy décliner une certaine idée de l’Europe à la chaire des Nations Unies aurait ainsi pu nous donner l’impression d’une Union européenne idyllique, bien dans son rôle de héraut du softpower et combattant des grandes causes, du maintien de la paix dans toutes les régions du monde, acteur à la pointe des négociations sur le commerce international et sur le changement climatique, premier pourvoyeur d’aides au monde.
Et pourtant. Cette image traditionnelle de l’Union européenne, qui a pour ambition d’embrasser le monde par l’universalité de ses idéaux, repose sur des bases fragiles mises en exergue dans le contexte de la reconnaissance de l’Etat palestinien. L’initiative louable de Mahmoud Abbas pourrait ainsi révéler un certain nombre de dissensions et de dysfonctionnements.
Tout d’abord parce que finalement, la Palestine et l’UE sont un peu dans le même bateau à l’ONU. En effet, l’Union européenne ne disposant que d’un statut d’observateur à l’ONU, elle n’a par conséquent aucun droit de vote au sein de l’institution internationale. Une position extrêmement paradoxale, qui laisse encore une fois un affichage d’unité de façade.
On en veut tout d’abord pour preuve la sortie inattendue (ou pas) de Nicolas Sarkozy mercredi, proposant pour la Palestine un statut intermédiaire d’observateur ainsi qu’une conférence internationale pour évaluer l’état des discussions dans un proche avenir. Le Président de la République, qui n’est pourtant plus le Président du Conseil de l’Union européenne depuis 2008, a cru bon de marcher sur les plates-bandes de Lady Ashton et du compromis qui permettait de maintenir un semblant de cohérence au discours européen. Les Etats membres ont en effet des positions extrêmement fermes à cet égard, l’Allemagne et l’Italie pourraient suivre le veto américain, alors que la France et l’Espagne laisseraient entendre un vote en faveur d’un Etat palestinien.
Veto ou non, tout porte à croire que le quartet s’emploiera “à créer une perspective crédible à la relance du processus de paix“. Et l’Union européenne est pour sa part très active. Selon Herman Van Rompuy, l’Union “soutiendra totalement, d’un point de vue financier“, le processus de construction d’un Etat palestinien. Un rôle déjà fortement abouti et discuté régulièrement en Conseil des ministres de l’Union européenne. Schizophrènes alors, nos gouvernants, qui travaillent en étroite liaison avec l’Autorité palestinienne “en vue d’instaurer les institutions d’un futur État palestinien démocratique, indépendant et viable, vivant en bonne intelligence avec Israël et les pays voisins”?
Loin de critiquer les efforts fournis par l’Union dans la bande de Gaza; qu’il s’agisse d’aide alimentaire d’urgence, d’aide sociale aux familles les plus démunies pour couvrir leurs besoins de première nécessité, ou d’appui à la création d’institutions et de structures de gouvernance stable, le partenariat mis en place dans le cadre de la politique européenne de voisinage semble désormais bien établi.
Enfin, l’Union européenne, qui ne peut voter à l’ONU, est toutefois le partenaire le plus important de l’UNWRA, l’agence des Nations Unies pour l’aide aux réfugiés palestiniens. Ainsi, entre 2000 et 2010, ce sont 1,2 milliards d’euros qui ont soutenu les activités de l’agence.
Cela dit, la dichotomie entre un discours très civil à l’ONU et l’engagement quotidien auprès des palestiniens figure comme quelques autres dans la Cour des miracles et s’avère assez embarrassant. On entend ce que l’Europe dit mal et l’on ignore ce qu’elle fait bien ; notamment parce que les parties sont plus bruyantes que le tout. Il est bien temps que l’Union européenne puisse s’assumer comme un grand à part entière.
Aude F. aka Hilde Spinely
Membre des Cabris de l’Europe












