“Plus belle la vie” à Malte

Flickr, creative commons

Flickr, creative commons

Après la crise du système financier, la crise alimentaire, la crise bancaire et la crise de la dette des Etats, Malte, membre de l’Union européenne depuis 2004 s’est attelée durant l’été à régler une crise tout aussi grave pour ceux qui la subissent : le divorce c’est-à-dire la crise des couples et des familles.

Ce pays de 400 000 habitants aussi grand que le cap Corse, situé entre la Sicile et la Tunisie a connu quelques remous pendant les vacances. Régulièrement confondu avec la Crête ou Chypre, ce micro-Etat fait souvent la une des journaux télévisés pour ces écoles de langue low-cost ou les images de bateaux bondés d’immigrés qui échouent sur ses cotes à l’image de l’île voisine de Lampedusa.

Officiellement le divorce est reconnue à Malte mais uniquement pour ceux qui le font à l’étranger. De plus deux autres modes de séparation existent, l’un ne permet pas de se remarier tandis que l’autre est si spécifique que les procédures n’aboutissent jamais. Malte est donc le dernier Etat européen à ne pas reconnaître le divorce sur son territoire. Seul le Vatican et les Philippines rivalisent avec Malte.

Mais depuis le 29 mai 2011, le peuple maltais a pris une nouvelle orientation en matière de droit civil, en votant par referendum l’autorisation de divorcer pour des époux «vivant séparés depuis plus de quatre ans (…) sans espoir de réconciliation ». Les 52,67% des « prodivorces » n’ont pas été sensibles aux arguments politiques du Parti Nationaliste (membre du groupe politique PPE au Parlement européen avec l’UMP) au pouvoir depuis 1998 et opposé au divorce, ni aux arguments religieux de l’archevêché local qui représente un réel pouvoir (une église par km²). Le 25 août dernier, les 52 parlementaires maltais sur 69 ont voté la loi légalisant le divorce. De nombreux élus de la majorité ont voté pour, malgré l’avis divergent de leur parti. Enfin la promulgation de loi par le Président devrait intervenir d’ici le mois d’octobre.

Ce processus politique est remarquable pour plusieurs raisons. D’abord il est la représentation de la démocratie comme on en rêve parfois. Le peuple a été consulté directement, il a décidé et il a donc joué son rôle. Ses représentants ont suivi leur avis sans trop broncher malgré un positionnement initial divergent. Néanmoins la loi qui en découlera aura une légitimité plus forte.

Ensuite, c’est la victoire d’une forme de laïcité ou du moins d’une réelle sécularisation. Les Maltais, catholiques à 95%, vivent sur un territoire où les églises font encore messes combles les dimanches matins. Malgré l’implication de l’Eglise dans ce débat, la majorité des Maltais ont souhaité prendre une voie différente de cette dernière et celle-ci l’a respecté.

Enfin, le résultat de ce référendum (52,67%) en rappel un autre, celui de 2003 où les Maltais avaient voté à 53,65% pour l’adhésion à l’Union européenne. Ce n’est sans doute qu’une simple coïncidence mais rien n’empêche de croire que c’est un peu plus…

En ces périodes de troubles économiques et politiques où les pages « Europe » des journaux sont plongés dans un pessimisme sans fin, l’annonce d’un progrès social (même très en retard) dans une démocratie européenne méritait d’être partagée.

François Plathiny

Fonctionnaire territorial

Laisser une réponse

Retrouvez nous

   http://www.wikio.fr