Discours de Grenoble, et après ?

Projet Inside Out - JR

Le 30 juillet 2010, Nicolas Sarkozy donnait, dans son désormais célèbre discours de Grenoble, une tonalité sécuritaire à la politique du gouvernement. La population Rrom était notamment visée, faisant l’objet d’une politique d’expulsion et du démantèlement des « campements illicites ». Orsolya Veille nous expliquait alors l’inaction des Etats membres pour intégrer les Rroms et le manque de fermeté de la Commission européenne face à un problème pourtant de son ressort. Que s’est-il passé depuis ?

Le premier anniversaire du discours de Grenoble retentit ces jours-ci tristement à nos oreilles démocrates, alors que la folie d’un extrémiste de droite à conduit à la mort une centaine de personnes en Norvège, ce week-end. Si cet acte est isolé, l’intolérance de certains groupes envers les populations migrantes et les travailleurs étrangers ne fait que croître au sein de l’Union européenne, les politiques de nos gouvernements prenant, elles, des tournants très nationalistes. Faut-il rappeler les tous derniers scores de l’extrême droite en Suède, le durcissement du gouvernement hongrois ou les fantaisies statistiques données à M. Le Pen ?

En juillet 2010, l’UMP, héritière de la droite républicaine, lançait l’offensive sur la population Rrom. Manœuvre stratégique ou tournant droitiste, cette initiative a relancé le débat sur le devenir de cette communauté « errante ». Un an plus tard, le constat est néanmoins affligeant pour le gouvernement français. 9500 Rroms, qui jouissent du principe de libre circulation depuis que la Roumanie a intégré l’Union européenne, ont été expulsés ; ou plutôt, on fait l’objet d’un « retour humanitaire » en Roumanie, et les trois quarts des 600 à 700 campements illicites ont été démantelés. Le dernier rapport de Médecins du Monde souligne en outre que depuis, “la pression et les intimidations policières se sont encore renforcées et les Roms sont devenus en quelque sorte des boucs émissaires autorisés“. Autre temps, autres manières. Or, la majorité des personnes expulsées, au nom de ce meme principe de libre circulation, sont revenues en France et vivent aujourd’hui dans de bien pires conditions d’habitat et d’hygiène.

“Il y a bien libre circulation, mais tant que les Roms n’auront pas un égal accès au marché de l’emploi, comme les autres ressortissants européens, le problème de l’insertion restera entier.”

Au nom de mesures transitoires qui devraient prendre fin au 1er janvier 2014, la France peut en outre restreindre l’accès au marché du travail à ces 15 000 personnes, dont la moitié n’est pas concernée puisque ce sont des enfants. Autrement dit, une restriction maximale des droits leur est imposée ; le travail, l’insertion et l’accès à des conditions de vie dignes ne sont qu’un mirage et l’expression d’une véritable politique d’Etat fondée sur des critères discriminants.

Or, l’Union européenne, bousculée par la polémique en juillet 2010, n’a pas chômé depuis. La Présidence hongroise s’était donnée comme priorité de proposer une approche fondée davantage sur l’intégration économique et sociale que sur la seule question de la lutte contre les discriminations, et le Parlement européen a adopté le 9 mars 2011 une résolution sur la stratégie européenne pour l’intégration des Rroms .

“Les députés européens invitent la Commission européenne à présenter une feuille de route destinée à fixer des normes minimales obligatoires au niveau européen dans les domaines prioritaires de l’enseignement, de l’emploi, du logement et des soins de santé. Afin que ces normes minimales soient respectées, ils appellent à la mise en place d’un système de récompenses et de sanctions. Concernant les fonds européens, la résolution fait un certain nombre de propositions afin qu’une plus grande partie soit fléchée sur des actions à destination des Rroms.”

La communication de la Commission demande à chaque Etat membre de présenter fin 2011 sa stratégie nationale d’intégration des Roms dans laquelle il fixera ses propres objectifs ainsi que les moyens envisagés pour les atteindre. Mais tout cela prend du temps. Le cadre européen pour la définition et la mise en place de stratégies nationales d’intégration des Rroms a été adopté le 24 juin 2011 par le Conseil européen, et les stratégies nationales ne seront mises en place qu’en 2012. Quand on sait que la principale source de financement de l’UE pour des projets en faveur de l’intégration des Rroms est la politique de cohésion et que la période de programmation des fonds structurels s’achève en 2013, il semble difficile de croire à une veritable mise en place avant 2014.

D’ici là, il y aura peut être eu d’autres Utoya, moins de liberté de circulation, et des populations enfermées dans leur certitude que l’autre, l’étranger, n’est que synonyme de malheur et leur vole leur pain quotidien. Triste époque pour le citoyen européen.

Hilde Spinely

Membre des Cabris de l’Europe

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