La Biélorussie. Loin des yeux, loin des yeux ?

Flickr, creative commons

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L’Union européenne (UE) n’a pas réussi à montrer son unité dans sa volonté de faire pression sur le régime libyen. Selon certains observateurs, c’est parce que la dimension militaire de l’affaire rendait l’accord impossible dans une UE divisée sur sa défense et sur le rôle de l’OTAN. Pourtant, aux portes de l’UE, un autre régime semble bien réussir à faire oublier ses violations des droits de l’Homme et Bruxelles ne semble pas plus active.

La justification principale du régime de Loukachenko dans les années 1990 était que la Biélorussie, l’une des républiques les plus prospères d’URSS il y a 20 ans, avait réussi à préserver le niveau de vie de ses habitants au moment où il plongeait dans la Lituanie voisine. Il faut dire que si la transition a été douloureuse en Lituanie, cette dernière semble bien mieux s’en sortir aujourd’hui. Le régime biélorusse semblait offrir une stabilité économique relative, mais il n’a probablement réussi qu’à repousser le délai de paiement et aujourd’hui, il passe à la caisse. La dernière dévaluation a ruiné nombre de Biélorusses dans un effort pour ne pas dépendre trop de l’aide russe.

Certes, des mouvements de contestation démocratique tentaient de remettre en cause les manipulations électorales et les atteintes aux droits de l’Homme mais, sûr de l’appui de Moscou, le Président biélorusse pouvait ignorer les pressions européennes. Néanmoins, deux facteurs remettent aujourd’hui en cause la stabilité biélorusse.

D’une part, le soutien de Moscou n’est plus aussi certain. Ou tout du moins, il coûte de plus en plus cher et les élites biélorusses doivent se prémunir contre la volonté de Moscou de faire main basse sur les secteurs stratégiques comme celui de l’énergie. D’autre part, l’économie biélorusse est au plus mal. En mai, le gouvernement a dû procéder à une dévaluation de 36% du rouble biélorusse, ce qui a poussé les Biélorusses à se ruer sur les échoppes de change pour acquérir des monnaies étrangères ou dans les magasins pour transformer le plus vite possible leurs économies en biens de consommation. Face à cette situation, l’Etat tente bien de contrôler les échanges, mais avec beaucoup de mal. Il en revient à des méthodes bien connues en URSS : dénoncer les « mauvais travailleurs » et les punir. Selon la Deutsche Welle, le Président aurait déclaré qu’il s’inspirait de l’expérience de l’époque d’Andropov et que les gens devraient travailler « qu’ils le veuillent ou non ».

Cette déstabilisation venue de l’Est et la gravité de la crise économique ont donné une nouvelle vigueur aux mouvements de protestations citoyennes. A Minsk, les manifestations sont de plus en plus régulières. Les mouvements de contestation reprennent de vieux standards soviétiques, comme le morceau « Peremen » (qui veut dire « change ») de 1987, depuis interdit à la radio. Les opposants se font donc plus originaux : ils se donnent rendez-vous par les réseaux sociaux à chaque occasion – comme pour la fête nationale – afin « d’applaudir le régime » en souriant béatement. Tant et si bien que la police interdit maintenant les applaudissements. On pourrait en rire si les arrestations n’avaient pas pris des proportions dramatiques. Le 20 juillet, c’est au moins 50 personnes qui ont été arrêtées après une manifestation de ce type. Mais ce « printemps biélorusse » qui dure depuis des mois est totalement absent des radars européens.

Face à cette situation dans un pays situé au cœur de l’Europe, que font les Européens ? Malheureusement, pas grand chose. Pendant un temps, l’UE a interdit de séjour les principaux responsables du régime. La Lituanie a tenté une autre approche en invitant Loukachenko à Vilnius à l’automne dernier, sans plus de résultat. Pourtant, l’intérêt des Russes à une stabilisation du pays et des Européens à sa démocratisation, couplés à la crise économique qui déstabilise le régime, forment une situation idéale pour agir. L’Union européenne trouverait ici de quoi prouver que son nouveau Service européen pour l’action extérieure (SEAE) sert à quelque chose. Il ne reste qu’à espérer que la Présidence polonaise du Conseil de l’Union européenne en saisisse l’occasion.

Philippe Perchoc, docteur en science politique,

Assistant académique au Collège d’Europe (Bruges)

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