Dimanche 19 juin 2011, 127 personnes ont été arrêtées sur le parvis de Notre Dame à Paris, selon le quotidien espagnol El Pais, après avoir effectué une marche pacifiste et alors qu’ils débutaient une Assemblée générale. Pas un article dans la presse.
Paris, la ville Lumière où l’on n’y voit pas clair
127 personnes arrêtées à Paris, un dimanche, en pleine journée (17h), devant Notre Dame, et pas un mot dans la presse nationale, à une exception près (et ici sur El Pais). La réalité a de quoi inquiéter. Il faut s’en remettre aux réseaux sociaux pour en savoir un peu plus : Twitter (hashtag #frenchrevolution), Facebook, les blogs (là, ici et là) permettent de sortir de la pénombre, et Youtube d’offrir quelques images.
Les informations glanées sur le web correspondent aux informations de première main obtenues par les Cabris de l’Europe :
1. Plus de mille personnes se sont rassemblées dimanche 19 juin dans l’après-midi à Paris, comme depuis plusieurs semaines, pour manifester leur indignation (pacifiquement). Hier, la promenade est allée de Jussieu à Hôtel de ville.
2. D’Hôtel de ville, une partie des manifestants – autour de 300 personnes – a rejoint Notre Dame pour tenir l’Assemblée générale hebdomadaire sur le parvis de la cathédrale.
3. Après une vingtaine de minutes de rassemblement, les forces de l’ordre sont intervenues pour déloger les manifestants.
4. Ni une, ni deux, 127 manifestants ont été embarqués aux postes de police des 10e, 11e, 12e, et 18e arrondissements.
De quelle « violence légitime » les forces de l’ordre sont-ils le nom ?
Si la police était dans son bon droit de conduire ces manifestants au poste de police – comprendre : il était légal de le faire dans la mesure où, si les manifestants avaient réussi à obtenir le feu vert de la Préfecture (non sans peine) pour la marche, ils n’avaient pas obtenu le droit de se réunir devant Notre Dame –, la question de la légitimité de cette arrestation se pose.
Alors que le nombre des fonctionnaires fond comme neige au soleil, il semble bien hors de propos de faire appel aux forces de l’ordre pour un rassemblement pacifique alors que de nombreux quartiers en particulier en Ile-de-France ne refuseraient pas des effectifs supplémentaires. D’ailleurs, les Indignés qui se regroupent quasi quotidiennement depuis le 29 mars, dans le 11e arrondissement (Richard Lenoir), sous le regard de la police et sans autorisation, n’avaient jusqu’alors pas eu le début d’un soucis.
Mais Richard Lenoir en semaine, ce n’est pas Notre Dame un dimanche : les touristes à bichonner, l’image de marque de la ville Lumière à préserver, les manifestants à éloigner ! Les forces de l’ordre ont voulu faire passer le message de l’intimidation : « ne dépassez pas la ligne jaune, sinon vous allez finir au poste ! » – leurs collègues de la place de Bastille en connaissent la saveur.
Le mouvement des Indignés : de l’européanisation d’un mouvement social ?
« Impuissance de la puissance » disait l’autre. Il y a de ça, dans ce mouvement des Indignés qui, malgré l’intimidation policière, non seulement ne plie pas mais est en constante progression depuis un mois. Débuté en Espagne le mois dernier, le mouvement des Indignés a depuis traversé les frontières espagnoles, en particulier au sein de l’Union européenne (UE) : en Italie, en Allemagne, en Belgique, en République tchèque, au Royaume-Uni, au Danemark, au Portugal, en Grèce, etc. La « carte des campements » est édifiante.
En France, le mouvement a débuté à Paris où quelques centaines d’Espagnols se sont rassemblés dès la fin du mois de mai, en appui du mouvement en Espagne. Trois semaines plus tard, des rassemblements ont été organisés dans plus d’une trentaine de villes en France. À Paris, des Assemblées générales massives ont rassemblé plus de 3000 personnes à Bastille et devant le centre Pompidou.
Il serait précipité de s’exclamer, d’une envolée lyrique, « voilà la démocratie européenne qui se façonne sous nos yeux ! ». Toutefois, on peut faire sans grand risque l’hypothèse d’une européanisation de ce mouvement social, c’est-à-dire d’une convergence des citoyens européens (Espagnols, Français, Grecs, Allemands, Italiens, Tchèques) autour d’un ras-le-bol généralisé, d’une profonde indignation.
Si ce malaise social profond qui agite l’Europe de Madrid à Prague, de Paris à Palerme peut tomber dans l’escarcelle des extrêmes, il peut également être le catalyseur pour un changement politique radicalement salvateur. Ce que Stéphane Hessel appelle de ses vœux.
Jamel de L’or
Membre des Cabris de l’Europe
Pour aller plus loin
Pour consulter Le manifeste du mouvement des Indignés « Réelle Démocratie »
Voir aussi ici
Hessel : « Le PS devrait s’intéresser au mouvement des indignés » (France Soir, 19/06/11)
Des dizaines de milliers d’« indignés » mobilisés en Espagne (L’Express, 20/06/11)












