Guillaume Klossa « L’Europe est d’abord et avant tout un projet politique qui se construit progressivement et collectivement » (2/2)

Flickr creative commons

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Retrouvez la première partie de l’entretien en cliquez ici.

5. Jamel de L’or (JdeL) : Quelle est la différence entre des élites nationales et des élites européennes ? Ne sont-elles pas « toutes les mêmes » ?

Guillaume Klossa (GK) : Le terme « élite » n’est pas celui qui correspond le mieux à notre projet, et notre action essaie dans la mesure du possible de prendre en compte la diversité des personnalités européennes qui ont et vont avoir une influence dans les années à venir. Par ailleurs, il ne s’agit pas d’opposer le national et l’échelon européen, au contraire. L’idée est de créer du lien et des synergies entre les talents nationaux dans la durée.

Compte-tenu des enjeux actuels et à venir, que ce soit en termes de lutte contre les populismes, de croissance et de pérennisation de notre modèle social de marché, d’énergie et de climat nous avons besoin d’une nouvelle dynamique européenne. Il faut une réflexion  collective s’inscrivant dans le long terme, portée par des décideurs à dimension nationale mais aussi européenne, sans laquelle nous resterons englués sans pouvoir trouver de solution. Nous devons promouvoir des générations capables de concilier intérêts nationaux et européens, des générations capables de développer une empathie à l’égard d’autrui et plus généralement des autres continentaux, de porter un idéal de progrès collectif.

6. JdeL : Quelle est la responsabilité des élites actuelles pour faire avancer l’Europe ? S’il s’agit de ne pas les confondre quelle est la part respective de responsabilité des élites nationales et européennes ?

GK : EuropaNova est née au lendemain du 21 avril 2002. Avec une conviction forte. L’Europe est d’abord et avant tout un projet politique qui se construit progressivement et collectivement. Elle requiert de penser un avenir des Européens mais aussi de la planète fondé sur la capacité de dépasser les intérêts de court terme pour créer des intérêts communs plus forts au service d’un monde meilleur, pour reprendre l’objectif que Jean Monnet a attribué à la construction de l’Europe.

La construction européenne est donc un combat exigeant de tout instant et requiert des classes politiques et des élites pleinement mobilisées. Sans ce mouvement, sans cet engagement des classes politiques pour se dépasser elles-mêmes, mais aussi sans la réalisation continue de progrès tangibles et mesurables, la construction européenne est menacée et fragilisée. Et le retour en arrière vers les périodes nationalistes devient vite possible. C’est donc à la croisée des chemins et des choix que les Européens se trouvent aujourd’hui alors que les rapports de force mondiaux changent à un rythme inconnu depuis la première guerre mondiale. C’est ça la responsabilité des élites actuelles : penser européen car il n’y a pas d’autres alternatives crédibles !

Quant à la notion d’élites européennes, je ne suis pas sûr qu’il y en ait véritablement aujourd’hui, il y a des élites communautaires à Bruxelles, Strasbourg et Francfort mais pas vraiment européennes.

7. JdeL : Comment s’intègre ce programme de jeunes leaders européens dans le projet d’ensemble d’EuropaNova ?

GK : EuropaNova a pour vocation de promouvoir l’intérêt général européen, de mobiliser décideurs et citoyens autour des grands enjeux à venir et de participer à l’émergence de nouvelles générations d’Européens. Avec les Etats Généraux de l’Europe que nous avons initiés en 2006, nous avons un programme qui touche un public très large. Avec ce programme de leadership qui vise à forger des relais d’opinion, nous touchons un nombre plus restreint de personnes mais réparties dans l’ensemble des Etats membres et ayant une forte capacité d’engagement européen et d’entraînement au sein de leur pays d’origine.

C’est donc une étape importante et structurante pour EuropaNova. Mais c’est surtout un projet qui dépasse EuropaNova et qui a vocation à fédérer d’autres organisations européennes (think-tanks, fondations, entreprises, universités…) autour d’un même objectif. Le réseau européen ainsi construit va donner une dimension supplémentaire et plus d’impact à l’ensemble de nos activités, mais il doit surtout devenir un outil au service de l’intérêt général européen utilisable par d’autres, et susciter d’autres initiatives du même type.

8. JdeL : Ce programme de « jeunes leaders européens » est-il un moyen de concilier vie professionnelle et engagement européen ?

GK : Pour moi certainement, mais chacun est libre de choisir ses engagements et ses activités. Un vieil ami me disait, il y a une quinzaine d’années qu’il pensait qu’un individu, s’il avait dans sa vie plusieurs piliers, un pilier familial et amical, un autre professionnel, un troisième lié à une passion culturelle ou sportive et un quatrième civique, se donnait les moyens de construire une vie pleine et accomplie. J’ai suivi à la lettre son conseil et je n’ai eu qu’à m’en féliciter. J’aimerais que ce programme donne l’envie à d’autres de bâtir leur propre pilier civique et culturel européen.

Guillaume Klossa est président d’EuropaNova,

et fondateur des Etats Généraux de l’Europe

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