1. Jamel de L’or (JdeL) : Guillaume Klossa, l’association que vous présidez, EuropaNova, lance un programme de jeunes leaders européens. De quoi s’agit-il ? Quel est le « profil type » du « jeune leader européen » ?
Guillaume Klossa (GK) : Les Etats-Unis ont mis en place dès 1941 des programmes de leadership visant à identifier en Europe des gens ayant du talent, une reconnaissance dans leur domaine professionnel et une vocation à influencer l’opinion publique. C’est ce qu’ils appellent, avec sans doute un abus de langage, un leader. L’objectif était de développer parmi ces « leaders » potentiels une fibre proaméricaine en Europe en leur faisant découvrir l’Amérique, sa culture, ses valeurs, son histoire, sa géographie et rencontrer d’autres américains.
Après guerre, les Européens se sont interdits de développer des programmes similaires sur leur propre sol. 70 ans après les Américains et 65 ans après la fin du second conflit mondial, nous pensons qu’il est temps d’initier des programmes au sein de l’Union européenne (UE) qui visent de « jeunes talents » de tous les pays membres, en gros des trentenaires, excellant dans leur domaine professionnel quel qu’il soit et ayant un intérêt et une envie de s’engager sur des sujets d’intérêt général européen. Nous avons donc décidé de lancer un programme européen pilote de leadership.
Concrètement, il s’agit de réunir chaque année une quarantaine de ces nouveaux talents au cours de 2 séminaires pendant lesquels ils échangeront avec des personnalités européennes de premier plan (politiques, chefs d’entreprise, journalistes, membres de la société civile…), mais surtout partageront leur vision de l’avenir sur les principaux enjeux de notre société et créeront du lien entre eux. Chaque année, le réseau ainsi créé s’enrichira de la nouvelle promotion afin de devenir un véritable levier au service de l’intérêt général européen.
2. JdeL : Pourquoi mettre en place un programme de jeunes leaders européens : quels objectifs, quelle utilité, pour quoi faire ?
GK : Sous la présidence française de l’Union européenne de 2008 (PFUE), je me suis rendu compte que nous avions beaucoup de mal à identifier des relais d’opinion, des personnalités prêtes à intervenir, à s’engager sur le sujet européen dans les différents pays de l’UE. L’engagement sur le sujet européen n’est pas un réflexe spontané, c’est en partie à mon sens le résultat d’expériences, de rencontres qui font que les gens se projettent en Européen.
À partir de là, il faut mettre en place des programmes qui permettent à des gens déjà avancés dans leur vie professionnelle de se rencontrer, de prendre le temps de réfléchir ensemble à des enjeux de société collectifs. C’est en nous appuyant sur des personnalités qui ont une capacité à susciter le désir et l’enthousiasme autour d’elles que nous pourront contribuer à relancer une dynamique européenne collective qui manque aujourd’hui cruellement.
3. JdeL : Comment ce programme a-t-il été conçu par EuropaNova ? A-t-il nécessité des collaborations avec d’autres associations, structures publiques ou privées ?
GK : EuropaNova a été créé il y a bientôt dix ans avec l’objectif de favoriser l’émergence de nouvelles générations européennes. À partir de 2003, nous avons initié en France des rencontres visant à faire découvrir aux Français les nouvelles générations de leaders politiques des différents Etats membres. Depuis 2007, nous réfléchissions à la mise en place d’un programme de rencontre 100% Européen. Début 2009, nous avons commencé à consulter les institutions européennes sur l’opportunité de lancer un programme pilote de leadership, nous avons progressivement identifié des partenaires, think tanks, associations et fondations dans les différents pays de l’UE pour nous aider à identifier ces talents à l’échelle continentale.
En mai 2011, nous avons obtenu le soutien de la Commission européenne, ce qui nous permet aujourd’hui de lancer effectivement notre programme qui est donc le résultat d’années de réflexion et de préparation. À l’initiative d’EuropaNova, ce programme se veut 100% européen, c’est-à-dire développé par des partenaires de différents États membres, représentant la diversité des pays de l’Union, avec une structure de pilotage européenne et financée par des sources institutionnelles mais aussi de grandes entreprises européennes.
4. JdeL : Ce programme a vocation à développer une élite européenne à la culture de travail et aux intérêts convergents. S’agit-il de compléter ou de concurrencer les décideurs politiques nationaux en place ?
GK : D’abord soyons honnêtes, c’est un programme modeste qui touchera la première année une quarantaine de personnes qui sont sélectionnées sur un certain nombre de critères (âge de 30 à 40 ans, nationalité, expérience, personnalité…) par un comité de sélection présidé par Jérôme Clément, le fondateur de la chaîne Arte et composé de personnalités venant de toute l’Europe, et ayant des sensibilités politiques et sociales très différentes. Tout le monde peut-être candidat à partir du moment où sont respectés les critères, la pertinence et la diversité des candidatures étant garanties par le comité de sélection. Sa vocation est plutôt de contribuer à renforcer et accélérer l’européanisation des nouvelles générations de décideurs et d’influenceurs politiques ou non des différents Etats membres, de les aider à développer des réseaux de connaissance et d’amitié continentaux qui leur permettront de tester leurs idées de manière coopérative et critique, de mieux intégrer dans leurs réflexions et dans leurs décisions la dimension européenne. Cette initiative a vocation à inspirer d’autres initiatives européennes du même type.
Mon rêve serait que l’Union européenne développe un programme européen très ambitieux permettant de généraliser ce type d’initiatives. À terme, quand nous aurons constitué une masse critique de jeunes leaders d’opinion européens disséminés dans l’ensemble des Etats membres, nous pourrons développer utilement des programmes externes de leadership entre l’Europe et le reste du monde permettant à de jeunes étrangers de découvrir l’Europe, ses différents pays et de rencontrer partout sur le continent des intellectuels, des politiques, des journalistes, des syndicalistes capables de porter un intérêt général européen.
Guillaume Klossa est président d’EuropaNova,
et fondateur des Etats Généraux de l’Europe












