« Cette capture lavera le déshonneur de la Serbie » c’est par ces mots que Boris Tadic, le Président serbe a annoncé l’arrestation de Mladic. La Serbie a arrêté le 26 mai, après 16 ans de cavale, Ratko Mladic dans le village de Lazarevo en Voïvodine. Mladic est poursuivi par le Tribunal pénal international pour l’Ex-Yougoslavie (TPIY) pour les crimes de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Cette arrestation rapproche la Serbie de l’Union européenne (UE).
Ratko Mladic a été inculpé en 1996 par le TPIY pour les crimes qu’il a commis sur le territoire de Bosnie-Herzégovine entre 1992 et 1995. A l’époque, il dirigeait les troupes serbes de Bosnie. Il lui est reproché d’avoir mis en place la stratégie ayant prévalu lors siège de Sarajevo et notamment les bombardements et les tirs systématiques de snipers sur les civils. Il est aussi considéré comme le responsable du massacre de Srebrenica, où 8000 hommes et garçons ont été tués de manière systématisée en raison de leurs origines éthniques, entre le 13 et le 19 juillet 1995. Il aurait aussi dirigé les opérations postérieures au massacre visant à en effacer les traces par le déplacement des charniers.
L’arrestation de Mladic par les autorités serbes, même si on peut lui reprocher d’être trop tardive et de tomber très à propos du fait de sa coïncidence avec la venue à Belgrade de Catherine Ashton – la Haute représentante aux affaires étrangères de l’UE – a été saluée par tous – pays européens, institutions européennes et internationales.
Elle rapproche incontestablement la Serbie de l’UE, dont le processus d’adhésion était bloqué, notamment du fait de l’absence de coopération du pays avec les juridictions internationales.
Pourtant tout n’est pas encore réglé, Goran Hadzic, un autre criminel de guerre présumé, reste à livrer et, malgré les avancées récentes, les relations de la Serbie avec le Kosovo restent extrêmement difficiles. Néanmoins, face au processus d’adhésion, la capacité d’un Etat à prendre en compte les demandes de l’UE, mais aussi à faire preuve de sa bonne intégration des valeurs européennes de droits de l’Homme, de prééminence du droit, de respect des engagements internationaux notamment, sont des éléments importants.
La possibilité pour l’Etat serbe d’avoir pu procéder à l’arrestation de Mladic semble aussi être le signe que la population du pays, tout comme ses dirigeants, prend du recul avec les théories nationalistes qui ont été véhiculées à l’époque de la guerre – les mots prononcés par Tadic en attestent.
Avec l’aide de l’UE, la Serbie pourra peut être mettre en place un programme de « dé-Milosevicisation » des esprits. Ce serait utile pour les quelques dizaines de milliers de personnes qui sont descendues dans les rues pour protester contre l‘arrestation de Mladic et pour celles qui, sans manifester, l’ont pensé tout aussi fort. Ce sera surtout nécessaire pour que la Serbie soit suffisamment forte pour jouer le rôle qui lui revient dans l’apaisement des Balkans et pour aider la transition des pays qui l’entoure vers une intégration réussie au sein de l’UE. Ce sera surtout important pour que les Balkans connaissent enfin une ère d’apaisement.
Orsolya Veille
Juriste internationale
Membre des Cabris de l’Europe












