Grand Paris, une Europolis qui se cherche encore

Les grandes capitales mondiales sont entrées dans une compétition effrénée pour gagner le titre de « Capitale de l’Avenir » et se convertir en cités ultra modernes. Elles concentrent déjà plus de richesses financières et intellectuelles que certains pays. Dans ce contexte, le projet du Grand Paris, s’il a des ambitions nationales et mondiales, ne fait pas rêver l’Europe.

Le Grand Paris veut-il devenir la première « mégalopole » européenne ? A en croire ses promoteurs, la nouvelle région-capitale promet d’être une véritable ville organique, vivante et vibrante, offrant à ses citoyens des services ouverts 24h/24 et 7j/7, leur permettant de mener un parfait équilibre de vie entre famille et vie professionnelle. Une nouvelle utopie du XXIe siècle actuellement mise à l’épreuve par la concertation publique.

Imaginer la ville de demain dans un environnement international et durable n’est pas chose aisée. Mais c’est ce que vont tenter d’explorer certaines villes européennes réunies à Saragosse (Espagne) pendant 3 jours à compter d’aujourd’hui. Au programme : remise de prix, coopération internationale, transports ou encore planning urbain et développement économique. Il n’y aura malheureusement pas d’atelier « comment transformer votre ville en mégalopole ». Aucun représentant du Grand Paris n’est d’ailleurs officiellement annoncé à Saragosse. Pourtant le projet français manque cruellement d’une dimension et d’une essence européenne.

En effet, ni la conférence de presse donnée par Daniel Canepa, préfet d’Ile de France et préfet de Paris le 23 novembre 2009, ni le discours du Président de la République, ni la loi du 3 juin 2010 adoptée par le gouvernement, n’envisagent d’ancrer le projet du Grand Paris dans l’Europe, sans citer le dernier discours de Michel Mercier, Ministre de l’Espace rural et de l’Aménagement du territoire, employant le terme de « ville-monde », mais restant sur « une belle ambition nationale ». On a comme oublié un échelon dans les textes.

Il faudra pourtant bien envisager de remplacer la ville de Paris par le Grand Paris au sein d’Eurocities, l’association des villes européennes installée à Bruxelles. Déjà certaines agglomérations ou communautés de commune françaises on fait le choix d’une représentation globale comme Grenoble, Nancy, Strasbourg ou encore Lyon. Et si le Grand Paris ambitionne de recourir à des fonds européens pour se financer (ce qui a été bien été confirmé dans la loi) il lui faudra donc démontrer à tout prix son attachement à l’Europe pour être crédible.

Le projet du Grand Paris marchera-t-il ? L’histoire moderne du développement des villes montre qu’il n’y a pas de solution miracle. En effet, les temps longs de la réflexion et des politiques publiques sont souvent pris de court par les aspects économiques (transports, logements, commerces), sans compter les enjeux d’élections locales. Métro automatique pour relier les principaux centres de décision et de recherche installés dans la région Ile de France, extension géographique jusqu’à la mer (Le Havre) : le projet mérite d’être ambitieux même si la question pourtant cruciale du périphérique reste non résolue. Mais cela suffira-t-il à concurrencer Tokyo, New York ou Shanghai ayant acquis depuis longtemps le fameux statut parfois controversé de mégalopole ? Londres, Berlin et Istanbul sont en chemin et avancent  grâce à des investissements réguliers et localisés.

Si l’on regarde de plus prêt la stratégie du Grand Paris on ne peut qu’être d’accord avec la volonté de résoudre les déséquilibres existants, la fameuse question des inégalités. Mais le débat public organisé au théâtre national de Chaillot a choisi la voie de « l’apaisement » et de la « réparation » plutôt que la valorisation des énergies potentielles. Ainsi, on veut relier entre eux parisiens et franciliens pour qu’ils créent ensemble un Grand Paris égalitaire. On veut qu’ils travaillent ensemble et que les énergies fusionnent. Mais c’est un lien aérien qu’on leur propose, à l’image du super métro. Le Grand Paris ne marchera que s’il est accompagné d’un ensemble d’initiatives de terrain visant à libérer d’une part le potentiel des banlieues les plus pauvres, tout en essayant d’autre part de ne pas stigmatiser les communes les plus riches.

Certes, le Grand Paris n’est pas qu’un grand métro, c’est aussi la promesse d’une meilleure qualité de vie. Or, si Paris est toujours très bien classée dans le palmarès des villes d’affaires et où il fait le mieux vivre (Mercer, A.T. Kearney), comment se fait-il qu’elle n’arrive pas à retenir et attirer de nouveaux habitants ? Libérer la créativité des franciliens, c’est ce que tente de faire la revue Mégapolis, qui explore les possibles, réinterroge le projet tout en apportant une vision singulière.

Quel sera l’engagement européen des acteurs publics ? Quel sera l’impact sur la vie quotidienne de plus de 7 millions d’habitants en Ile de France et leur vision de l’Europe au travers de leur ville ? Comment accueillir encore plus d’européens dans la région (étudiants, travailleurs, touristes) ? Autant de questions qui se doivent d’exister dans le débat actuel sur le Grand Paris.

William Spac

Membre des Cabris de l’Europe

5 Réponses pour “Grand Paris, une Europolis qui se cherche encore”

  1. [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Samuel Faure, bloggingportal_2, audefaravelli, Cabris de l'Europe, Cabris de l'Europe et des autres. Cabris de l'Europe a dit: Le Grand Paris et ses connexions européeenes, ou pas…by W.Spac sur #27etc http://tinyurl.com/2ulfvrn #EU #urbanisation [...]

  2. Laforgue says:

    Très bon article. La question de l’appropriation du débat, en delà des éventuelles erreurs de la commission pose la question du “sentiment d’appartenance”. Est-ce que les habitants de la métropole (pas les franciliens!) se sentent des “grands parisiens” ?
    Sans doute pas encore. Ce sentiment commun peut-il naitre et vivre dans un horizon bref au coté de l’identité locale/communale. Je le crois, mais cela reste un pari(s) :)

    • William Spac says:

      Merci pour ce commentaire qui en effet soulève la question importante de l’identité commune aux habitants du futur Grand Paris. Au delà des moyens de communication (création d’un logo ou d’un blason ?), le projet devra penser son intégration dans le paysage quotidien : cartes de transport, nom des administrations, couverture des services de proximité, mobilier urbain, etc. Mais en allant plus loin, on peut penser à une extension pour de bon du statut de parisien avec un nouveau code postal = 75000 Grand Paris. William

  3. [...] Grand Paris, une Europolis qui se cherche encore | Europe 27etc [...]

  4. [...] Spectrum heralded the story of Victor Orban’s European travels while 27etc foretold that Paris’ plans to become the first European megacity are yet to materialise. On [...]

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