
François Mitterrand / Flickr, creative commons
Mardi 10 mai 2011 avait lieu au Centre d’études et de recherches internationales (CERI) de Sciences Po une journée d’étude sur « Le 10 mai 1981 et la gauche française » organisée par le Centre d’histoire de Sciences Po (CHSP). La deuxième partie de la journée était tournée vers l’international en général, et l’Europe en particulier. Occasion privilégiée de revenir sur les relations qu’entretiennent socialistes français et et Europe.
Socialistes français et Europe ne font qu’un ? Remise en cause d’un mythe
Historien, spécialiste de la construction européenne, Sylvain Kahn a proposé un stimulant exposé remettant (partiellement) en question le mythe selon lequel les socialistes furent les principaux bâtisseurs de la construction européenne.
Kahn a proposé trois périodes historiques lors desquelles les socialistes ont eu un rôle central dans la construction européenne :
1945-1965 : l’adhésion des socialistes et plus largement de la gauche à la construction européenne est entière. Le rêve est de changer le monde, le chemin est de construire l’Europe. L’échec de la Communauté européenne de défense (CED) en 1954 est l’exception qui confirme la règle.
1966-1983 : après les élections présidentielles de 1965 qui ont vu à la surprise générale, François Mitterrand mettre en ballottage le Général de Gaulle, l’engagement de la gauche se fait plus hésitante, plus réticente. Si l’Europe est (déjà) une réalité qui ne s’agit pas de remettre en question, elle représente de plus en plus les marchés, le capitalisme. Mitterrand plaide pour de nouvelles politiques sectorielles (sociale, santé, recherche) qui iraient dans le sens des intérêts ouvriers. Il défend une « Europe en marche vers le socialisme ». Arrivé à la présidence de la République, le 10 mai 1981, Mitterrand défend la politique sociale à l’échelle européenne, vante une politique industrielle d’envergure et souhaite renforcer la préférence communautaire. Quant à de nouveaux transferts de souveraineté, la réticence est de mise. Selon Kahn, il s’agit plus de l’eau pragmatique qu’il ajoute à son vin idéologue (pro-européen) que d’une incorporation de l’idéologie nationale-gaulliste.
1984-2004 : le tournant voyant les socialistes français refaire surface au premier plan des entrepreneurs de la construction européenne coïnciderait au 1er janvier 1984, début de la présidence française de la Communauté économique européenne (CEE) – mère de l’Union européenne (UE). On connaît la suite : le couple Mitterrand-Kohl, le socialiste Jacques Delors à la Commission européenne pour dix ans, l’Acte unique (1986) bouclant le Marché unique, le traité de Maastricht (1992) introduisant, entre autres, l’euro (dans nos porte-monnaies en 2002, sept ans presque jour pour jour après le décès de Mitterrand), la citoyenneté européenne, et une Politique étrangère et de sécurité commune (PESC).
En résumé, l’hypothèse bigrement intéressante défendue par Sylvain Kahn est de dire, l’attachement des socialistes à l’Europe correspond à leur attachement à l’émancipation :
- de la pauvreté, de l’URSS, des nationalismes (la « culture de la guerre » selon le mot de Mitterrand),
- du capitalisme,
- des contraintes de la mondialisation pour garder/trouver des marges de manœuvre.
Jamel de L’or
Membre des Cabris de l’Europe
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Cher Jamel de l’Or,
Pour information et lecture si
affinités, j’ai le plaisir de vous présenter mes
deux
contributions de la rentrée au débat sur l’Europe : un livre et un
article.
Merci de votre attention.
Avec mon meilleur souvenir.
Bien cordialement,
S. Kahn
http://www.puf.com/wiki/Autres_Collections:Histoire_de_la_construction_de_l%27Europe_depuis_1945
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/catalogue/3303331600510/