Fête de l’Europe : Comment va l’Union européenne ?

L'UE aurait-elle besoin de prendre sa tension ou d'un détratrage ? / Flickr, creative commons

L'UE aurait-elle besoin de prendre sa tension ou d'un détratrage ? / Flickr, creative commons

L’Union européenne (UE) est-elle en bonne santé ? Physique, morale, psychique… l’UE traverserait-elle une grosse dépression ? Serait-elle en voie d’implosion ? Ce n’est pas l’avis des Cabris de l’Europe.

L’UE, mais de qui parle-t-on ?

Difficile de prendre la bête d’un bloc monolithique. Pourtant, c’est généralement comme ça que l’UE est présentée : « Bruxelles considère que (…) L’UE estime qu’il est de son devoir de (…) ». Force est de constater que la réalité est quelque peu… plus complexe.

Il y a une tête à la Commission européenne qui se nomme José, une autre au Conseil européen qu’on appelle Herman, pour le Parlement européen c’est Jerzy, et pour le Conseil des ministres c’est carrément un État de l’UE ou plutôt son chef qui tourne tous les six mois. C’est à en perdre, la tête, hein ? Et au sein de chacune de ces institutions, il faudrait avoir l’honnêteté de préciser que, rebelote, il ne s’agit d’un tout uniforme, mais qu’il y a des rapports de force, des conflits qui offrent, in fine, plusieurs visages de visage. Mazette.

Mais, rassurez vous chers citoyens européens, ni les simplifications médiatiques, ni la complexité politique ne sont une singularité européenne. Que dire des États, et surtout ceux comme la France qui se disent « unitaires » : « L’Élysée a pris une position (…) » voire mieux « Paris a décidé que (…) ». Mais de qui parle-t-on ? Du chef de l’État conseillé par son conseiller x qui avait demandé l’avis de son conseiller y qui lui avait donné un premier avis allant à l’encontre du second, etc. ?

L’UE n’est finalement pas plus compliquée qu’un autre système politique. Par certains aspects, elle est même plus simple. Mais, on la connaît moins bien, elle est plus jeune, paraît plus lointaine. C’est pour ces différentes raisons, qu’il s’agit de faire preuve de pédagogie dont l’art serait de répéter les choses trois fois : avant, pendant et après. Les Cabris ont de l’Europe ont essayé, essaient, et essaieront de le répéter : l’UE n’est ni une affaire compliquée, ni une affaire étrangère.

L’UE, une « stratégie improbable » qui a porté ses fruits

Directeur de recherches à Sciences Po, Nicolas Jabko a théorisé l’ingénieuse idée de « stratégie improbable ». Si les décideurs politiques français (De Gaulle, Giscard, Mitterrand, Sarkozy) ou européens (Delors, Prodi, Barroso, Ashton) sont des acteurs rationnels avec une stratégie définie par des préférences et des intérêts particuliers, la complexité du jeu politique européen rend bien difficile de prédire les résultats des négociations européennes.

L’analyse de Jabko sur l’improbable constitution du Marché unique peut s’élargir à d’autres domaines. Qui aurait parié trois kopecs dans les années 1950 sur le développement de la Communauté économique européenne (CEE), dans les années 1960 sur l’institutionnalisation du Conseil européen, dans les années 1970 sur l’influence substantielle du Parlement européen, etc. ?

Ce rapide rappel pour s’assurer de l’intérêt d’analyser l’UE dans le « temps long » et de se garder de toute intention prospective. L’UE et ses six décennies semblent bien jeunes à côté des États et de leur demi millénaire. L’UE apprend au jour le jour à « vivre ensemble » entre ses fortes têtes (France, Allemagne, Royaume-Uni) et ses nouveaux venus plus impertinents (Hongrie, Pologne). Un work in progress. In progress.

L’UE, au milieu de la rivière ?

Reconnaître que son parcours (sa construction diront les puristes) chaotique n’a rien de singulier et que l’UE et ses citoyens peuvent en être fiers, ne dédouane pas l’observateur attentif de tenter d’expliquer les difficultés d’ aujourd’hui rencontrées par l’UE. Bien au contraire.

S’intéresser à une variable (constante) bien souvent sous estimée quand elle n’est pas oubliée, et sur laquelle l’UE s’est construite permet de mieux comprendre ses disfonctionnements actuels : les États (membres). Peut-être est-ce enfoncer une porte ouverte de rappeler qu’ils restent largement les maîtres du processus d’intégration européenne. Alors enfonçons ! Bien que dans certains domaines, l’Union possède des compétences exclusives et peut ainsi imposer sa loi aux Etats (notamment pour ce qui concerne la politique commerciale, la politique agricole et la politique monétaire pour les membres de la zone euro), dans bien d’autres domaines, elle voit sa capacité d’action largement limitée. En effet, les Etats tiennent dur comme fer à conserver leurs prérogatives dans les domaines régaliens relevant de la souveraineté nationale : la politique étrangère et la politique de défense, la politique intérieure ou la politique de justice. Ainsi, lorsque le débat porte sur ces questions sensibles, la capacité de l’Union à agir repose en réalité sur la volonté des Etats membres à trouver un accord, une position commune.

Ni État, ni organisation internationale, l’UE est plus que jamais au milieu de la rivière politique. Et c’est bien les États membres qui ont, s’ils le veulent, les moyens de faire marche arrière (sortir de l’euro) ou d’avancer faire davantage d’intégration. À commencer par les gros costauds dont la France garde une place incontournable.

La campagne électorale qui s’annonce, en vue des élections présidentielles de 2012, sera un moment privilégié pour les gouvernants rendent des comptes, que les oppositions s’expriment, et que les citoyens fassent leur choix. En conscience.

Les Cabris de l’Europe

Angela, Hilde, Orsolya, William, Mark, Jamel

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