Croissance exponentielle (10.9% estimés en 2010). Leader dans le matériel informatique, le textile et la sidérurgie mais aussi les panneaux solaires, les éoliennes et les batteries pour voitures électriques. La Chine sera bientôt leader dans l’automobile et les constructions navales. La psychose contre la Chine s’étend bien au-delà du monde de l’entreprise et ce ne sont pas les raisons qui manquent.
Les réserves de change chinoises explosent, 2 4500 milliards de dollars en 2010 et il n’y a aucune raison pour que ça s’arrête. Avec 1,3 milliard d’habitants et une démographie maîtrisée, quoi de plus normal ?
Aujourd’hui, la Chine est partout et largement fantasmée. Les entreprises européennes craignent, de plus en plus, d’être croquées par l’ogre chinois.
Le cas Renault
Les chiffres donnent le tournis. Les entreprises sont prises de panique. On ressent un peu partout une étrange fébrilité. L’exemple de Renault est saisissant. Le géant français de l’automobile a fait la Une avec une affaire rocambolesque qui ébranle l’institution au point de fragiliser ses dirigeants au plus haut niveau. Les soupçons d’espionnage par le grand concurrent redouté, la Chine, remplace aujourd’hui l’Amérique dont Louis Renault en son temps avait si peur.
Quelques semaines après, une filiale du groupe aéronautique français Safran victime d’espionnage industriel aurait été pillée pendant huit mois.
Une nouvelle fois, la piste chinoise est évoquée. Ces pratiques ne sont pas nouvelles et n’ont pas été inventées par les Chinois. Pourquoi font-elles tout à coup couler beaucoup d’encre ?
La Chine, elle, n’a pas peur et se protège
Si les entreprises se méfient c’est d’abord parce que les dirigeants politiques chinois mettent tout leur poids dans cette bataille.
Ils ont récemment révélé des signes de repli, un retour protectionniste qui vient contredire la dynamique de rapprochement avec les partenaires étrangers.
La Chambre de commerce européenne en Chine a présenté une liste de doléances des entreprises de l’Union implantées sur le sol du géant asiatique. La plupart d’entre elles dénoncent l’existence de systèmes de quotas et l’imposition par la Chine de partenaires locaux qui freinent des quatre fers leur essor sur le marché local.
Après une période où la Chine montrait des signes d’ouverture, celle-ci change donc, peu à peu, son fusil d’épaule. Et si cela fait couler de l’encre c’est parce qu’on ne sent pas de volonté européenne unique de s’y opposer. Chaque pays tente toujours de tirer vers lui une part du juteux gâteau chinois. La concertation européenne arrive au second plan ou n’arrive jamais.
Paradoxalement, plus qu’une menace pour les entreprises européenne la Chine est une véritable opportunité. D’abord, c’est la présence des entreprises étrangères, qui est en grande partie à l’origine de la forte accélération de la croissance des exportations. Seulement 41 % des exportations chinoises proviennent d’entreprises intégralement chinoises.
Notons que la situation est déséquilibrée entre l’Union européenne et la Chine. Les exportations européennes vers le géant asiatique ne représentent que 0,7 % du PIB de l’Union, quand les exportations de produits « Made in China » vers le Vieux Continent atteignent 7 % du PIB chinois. Pas moins de 40 % des transferts de technologies introduits en Chine proviennent de l’Union européenne. Les performances du pays asiatique sont directement liées à la richesse crée par l’Union européenne. Une perte de 1 % de PIB européen fait chuter les exportations chinoises de 11,5 % !
Que peut l’Europe ?
L’Union européenne est la première puissance commerciale mondiale. Elle représente plus de 18 % du volume total des importations et des exportations dans le monde. L’Union européenne a intérêt à une ouverture régulée du commerce international, c’est-à-dire à encourager l’ouverture des marchés internationaux tout en tentant d’en maitriser les conséquences pour elle.
L’Europe a moins à craindre de la Chine que les États-Unis. L’Europe a déjà perdu son leadership au XXème siècle, elle ne va pas le reperdre ! Au contraire, la Chine ne veut pas d’un G2, où elle serait seule face aux États-Unis pour gouverner la planète. Elle aussi voudrait que l’Europe pèse enfin d’un poids politique et économique international.
Que doit l’Europe ?
L’Europe ne doit plus attendre de ses partenaires, (Etats-Unis et Chine) qu’ils décident pour elle. Pour redonner confiance à ses entreprises elle doit se protéger contre l’espionnage industriel. Il s’agit de préparer une véritable stratégie globale couvrant la propriété industrielle avec les droits des marques commerciales, des brevets et des indications géographiques.
L’Europe se doit de mettre en place une économie de la connaissance et de la recherche, assez puissante pour faire oublier le fiasco de Lisbonne.
Enfin et surtout, l’Europe se doit de défendre partout les intérêts des employés, des consommateurs européens, de ses entreprises, et l’encadrement des conditions de travail.
C’est en alliant innovation et volonté que l’Europe pourra sortir de cette mécanique infernale. C’est en faisant preuve d’exigence vis-à-vis de ses partenaires et de ses entreprises qu’elle inspirera le respect.
La Chine fait peur parce qu’elle a foi en elle, l’Europe, elle, est redoutée parce qu’elle manque de confiance en elle et en l’avenir.
Bien plus que de compétences, de talents et de compétitivité c’est de leadership dont on manque à Bruxelles !
Olivier ABESSOLO












