Europe : “On ne demande qu’à en rire” ?

Et si l’actualité européenne n’était si peu couverte par les rédactions, non pas par son manque d’intérêts politiques mais parce qu’au contraire, sa classe politique serait trop professionnelle, trop calme, trop honnête. Enquête.

Quand les politiques sont (trop) pros… on s’emmerde ?

Pourriez-vous citer le nom d’un commissaire européen ou d’un eurodéputé ? Les résultats d’un micro trottoir ne feraient sûrement pas un pli. Dans huit cas sur dix (si ce n’est plus), la réponse ne se laisserait pas attendre : je ne sais pas !

Malgré les trois récents corrompus d’eurodéputés, à Bruxelles les pourris, ils se comptent sur les doigts d’une main. Et du côté de la Commission européenne, ce n’est pas plus rigolo : la dernière histoire ripoux remonte au siècle dernier quand la commission Santer (1995-1999) avait dû démissionné après les fourberies d’Édith Cresson and co.

Et oui, un système politique se politise par la vie de ses protagonistes, par leurs coups d’éclat… mais aussi par leurs coups sournois.

Cohn-Bendit et Dati ne font pas le poids

Du côté des coups d’éclat (permanents ?), il y a l’euro-écolo-trublion, Daniel Cohn-Bendit, grâce à qui une fois de temps en temps (ici pour l’une de ses dernières sorties sur la Libye), des images du Parlement européen arrive jusqu’au journal de 20h. Mais s’il faut attendre une figure tutélaire qui a fait vivre un demi-siècle d’histoire, qui en est à son quatrième mandat et qui incarne la substance moelle du projet européen, on ne risque pas d’en croiser tous les quatre matins, des trublions qui vont nous faire vivre le Parlement européen en nous faisant marrer.

Et du côté des sournois, ne serait-il pas plus facile d’en trouver des sournois d’eurodéputés dont on ne demanderait qu’à en rire, comme le propose tous les soirs, l’indécrottable, le notable Ruquier ? Et bien là aussi, force est de constater que même en cherchant bien, on ne trouve pas grand chose. Il y a bien l’eurodéputé conservatrice Rachida Dati qui par ses lapsus en tout genre nous offre la possibilité de voyager dans son subconscient : Sea, sex and sun.

Il faut bien se rendre à l’évidence les politiques européens ne sont pas encore au niveau. Au niveau d’irresponsabilité, de bêtises et de médiocrité des politiques français.

Sarkozy, Lefevbre, Lellouche, Brunel, Guéant : la droite qui nous fait marrer !

Depuis 2007, il y en aura eu des perles au sommet de l’État. Il faut dire que le chef des Gaulois a rapidement voulu montrer qu’il en avait une de… et une vraie. Quand le politique laisse place à l’animal. Alors forcément, dans la tribu, ils ont voulu tous montré au Prince, qu’ils étaient pareil les mêmes que lui. Certains ont laissé de côté leur cours élémentaire de droit, d’autres ont égaré leur culture, les derniers ont tout arrêté de réfléchir depuis un moment (ici et ).

Mais ça marche : les Français en redemandent ! Toujours plus à droite, et que je te stigmatise les musulmans, et que je te mette les « Français d’origine étrangère », les musulmans et les intégristes dans un même panier. Et pendant ce temps-là, la vague bleue Marine aurait de quoi inquiéter le peuple japonais tout entier.

Ah si la fine équipe venait coacher les commissaires européens et les eurodéputés, c’est sûr, la stupidité, la médiocrité viendraient s’échouer sur le Berlaymont bruxellois et le Parlement strasbourgeois sans délai. Les journalistes de toutes les rédactions accouraient pour avoir le dernier scoop, pour « faire le buzz ». Quoi Barroso n’a jamais bu du Porto ? Trichet aurait-il donc des comptes aux Bahamas ? Ashton ne boit que des espressos ?

En attendant que ce rêve se réalise, on peut compter sur le très ancien/tout nouveau eurodéputé conservateur Brice Hortefeux, le seul, à être assez couillu pour la faire la rupture : « on ne demande qu’à en rire »… ou pas !

Jamel de L’or

Membre des Cabris de l’Europe

1 réponse pour “Europe : “On ne demande qu’à en rire” ?”

  1. gerald142 says:

    L’Europe de la Dame de fer.
    Cette Union européenne, conçue par Delors et institutionnalisée par Mitterrand, à laquelle Giscard d’Estaing a tenté de donner une Constitution et que Sarkosy a mise en place (Traité de Lisbonne), est telle que ne la voulait pas Mrs Thatcher. Lorsqu’on regarde le fonctionnement de cette UE à 27 (bientôt 28, puis 29, 30… et plus avec ou sans affinités) – et notamment depuis la nomination de Mr Van Rompuy et de Mrs Ashton -, ne serait-ce pas la Dame de Fer qui avait une vision juste de ce qu’il fallait faire et ne pas faire ? Le Premier Ministre britannique était d’un pragmatisme qui a fait défaut aux pères fondateurs et à leurs descendants qui se croyaient porteurs d’un « Grand Projet » qui devait être l’aboutissement de plus de mille ans d’histoire européenne. Mrs Thatcher ne partageait pas cette ambition. Elle s’appliqua plutôt à en tirer les bénéfices, sans que le Royaume Uni perde une once de sa souveraineté, et sans qu’il y contribue financièrement de façon significative (I want my money back !) ; la construction de l’Union européenne était une bonne chose pour les Britanniques à ces conditions, et dans la mesure où ils pouvaient briguer des postes importants à Bruxelles et y faire du lobbying pour défendre leurs intérêts, et ce sans s’éloigner des USA et du Commonwealth, sans abandonner le « grand large ». La possible nomination de Tony Blair au poste de Président du Conseil a dû faire frissonner de bonheur la vielle Dame : quel succès cela aurait été pour la diplomatie britannique ! Et pour elle. Mais elle a dû se contenter de la nomination de lady Ashton of Upholland comme Haut commissaire pour les Affaires étrangères de l’Union, ce qui n’est déjà pas mal quand on sait qu’elle est à la tête de quelques quatre mille diplomates. Regarder les Français et les Allemands batailler pour construire l’UE, pour imposer l’Euro puis le Traité de Lisbonne…, et ne retenir des règles communes que celles favorables à l’UK (libre circulation des capitaux, mais pas Schengen par exemple), puis prendre l’une des deux places prestigieuses, n’est-ce pas un petit schlem ! Messieurs les Anglais, chapeau !
    Dès l’origine il y a eu ces deux visions de l’Europe, la thatchérienne et la franco-allemande : la première est celle de l’Europe du marché, des échanges économiques ; la seconde, celle d’une construction politique qui doit inévitablement reposer sur les trois piliers d’une monnaie, d’une diplomatie et d’une défense communes – avec toutes les implications structurelles, institutionnelles, financières, sociales… que cela suppose, c’est-à-dire (mais le mot est tabou) la création d’une « Fédération d’Etats » et des transferts de souveraineté. Mais il est rapidement apparu que les Etats n’en voulait pas et c’est pourquoi on a inventé cette Union sans frontière et technocratique. Et c’est bien là le mur infranchissable qui compromet la consolidation de l’Europe, mieux qui condamne en partie la démarche passée et provoque un retour à la question existentielle originelle – qui n’a pas disparu malgré les traités et la création de l’euro, qui pour les hommes politiques (à l’exception des Anglais) devaient booster le système vers cette Europe théorique, parfaite comme un gaz parfait, paradigme des unions d’Etats à venir de par le monde -, l’Europe du marché ou l’Europe politique.
    La première s’impose aujourd’hui au détriment de l’autre, tant les difficultés pour faire travailler ensemble les Etats membres sont grandes. On a le sentiment que l’Europe est sous perfusion ; que le grand malade de l’Europe, c’est aujourd’hui… l’Europe ! En dehors de l’humanitaire que savons-nous faire ensemble, mieux, que voulons-nous faire ensemble ? (L’humanitaire est d’ailleurs plutôt du ressort des Etats que de l’Union : pas besoin de s’y mettre à 27 pour envoyer un avion de médicaments en Côte d’Ivoire ou en Libye !) S’il n’y avait pas l’Otan, pour quelles raisons les ministres de la défense des Etats de l’Union se réuniraient-ils ? Quant à la monnaie européenne, on sait que « ça tiendra » tant que les Allemands le voudront bien ; le Royaume Uni ayant eu la prudence de ne pas abandonner la livre, il attend que l’on tire pour lui les marrons du feu, l’euro dût-il disparaître dans l’une de ces crises annoncées. Drôle de façon de participer à l’Union européenne, mais chaque pays n’est-il pas dans cette situation sur l’un ou l’autre des dossiers (critères de convergence, Schengen, immigration, intervention militaire, nucléaire etc. etc.)
    Des institutions à géométrie variable ont permis de faire l’UE, mais cette même géométrie variable joue maintenant dans le mauvais sens. Les symptômes du « malade Europe » sont nombreux : défiance des marchés vis-à-vis de sa monnaie, le dollar restant le mètre étalon malgré les déficits abyssaux des USA, défiance des citoyens sur son organisation trop complexe et sa commission technocratique, constat de son impuissance à défendre des frontières et à s’imposer dans le processus de mondialisation, défiance sur sa production législative et ses fixations paranoïaques sur la concurrence, tensions croissantes entre pays du Nord et du Sud, compétition économique accrue, faillites annoncées d’Etats ayant adopté l’euro, discours politiques tièdes, prudents, doloristes exprimant le plus petit dénominateur commun…, et jusqu’au choix même de ce mot « d’Union », si peu valorisant, si faible pour traduire la volonté des Etats européens à « être ensemble ». Enfin, avec au sommet un Président qui a déclaré lors de son investiture vouloir être un « facilitateur », avant d’être totalement invisible et muet (dont le numéro de téléphone ne devrait pas être dans l’agenda d’Hillary Clinton), et une lady Ashton plus concerné par ce qui se passe à Londres qu’à Bruxelles, sans aucun charisme, la tentation est grande de tirer sur l’ambulance pour achever le malade ; pas d’acharnement thérapeutique, c’est la solution d’attente, personne ne voulant être accusé devant l’histoire d’avoir accompli le geste fatal… et ne sachant plus très bien si on en sortira indemne.
    Mrs Thatcher aura-t-elle finalement raison ? l’Union européenne, cette construction baroque se détricotant peu à peu – Pénélope se lassant de refaire ce qu’on défait par ailleurs pour maintenir au moins l’illusion qu’à défaut d’avancer on ne recule pas -, il est possible qu’il ne reste, après quelques autres crises, que ce qu’elle voulait : un espace ouvert pour faire du business.
    L’erreur de Giscard d’Estaing c’est d’être allé trop vite en besogne pour boucler un Traité constitutionnel qui devait en priorité répondre à l’adhésion trop précipitée des pays de l’Est après le mauvais Traité de Nice : il a été amené à mettre une couche de vernis sur ce qui existait, sacralisant des institutions dont les citoyens européens se gaussent, à l’exception du Parlement. Un Président et un Ministre des Affaires étrangères de plus ne peuvent pas contribuer à l’amélioration d’un système complexe, illisible, hors de contrôle, pas plus d’ailleurs que la fameuse règle de majorité qualifiée que personne n’a retenue, et qui risque de n’être jamais appliquée, consensus oblige.
    La naissance de l’Europe aurait dû se faire là, et Giscard d’Estaing l’avait bien compris, lui qui se voyait marcher dans les pas d’Abraham Lincoln et de George Washington. Mais reconduire une Commission et tout l’attirail institutionnel, avec le Conseil, le Conseil des ministres etc., ne pouvait que conduire au désamour des citoyens pour l’UE, et par voie de conséquence à la frilosité des politiques qui n’y voient que des pièges électoraux. Nous y sommes.
    Le Canada n’est sans doute pas un paradigme institutionnel, mais son architecture pourrait servir à réviser l’organisation de l’UE. Car il faudra bien un jour remettre sur le métier l’élaboration d’une Constitution. Oublions l’en-tête du papier à lettre du gouvernement d’Ottawa qui rappelle d’une façon délicieusement désuète que le Canada est une Monarchie constitutionnelle dirigée par sa Majesté Elizabeth II, et quelques autres particularités so british…, pour aller à l’essentiel : dix « Provinces » et deux « Territoires » sont « unis » au sein d’un « Etat Fédéral », le Canada, qui est garant de ces trois éléments essentiels que sont la monnaie, la diplomatie et la défense. Le Canada n’est pas uniforme, et le système institutionnel a donc beaucoup de souplesse : par exemple le Québec a un Ministre des Affaires Etrangères et entretient des relations diplomatiques avec certains Etats comme la France ; Toronto est l’une des villes les plus cosmopolites du monde mais reste totalement étrangère aux poussées séparatistes québécoises qui ont leur origine dans la lutte historique qui opposa les Anglais aux Français ; Vancouver a une communauté asiatique aussi importante et active que certaines villes de Californie ; les Amérindiens – Esquimaux et Indiens – conservent leurs cultures ancestrales et leurs particularismes. Certes le Canada n’a pas autant de langues que l’UE, mais le problème du multilinguisme (anglais, français, langues amérindiennes) a été longtemps un thème fort des campagnes électorales, tant pour les élections provinciales que fédérales ; Pierre Elliot Trudeau a été dans les années 60 le grand pacificateur linguistique. C’est pourquoi on peut reconnaître dans ce grand pays bien des traits de l’Europe. Seule la géographie est plus claire : les limites géographiques du Canada sont mieux connues que celles de l’Europe, même si elles se perdent dans l’immensité glacée du grand nord…
    Le Canada est donc l’exemple d’une construction étatique avec des Provinces et Territoires très divers, dont certaines méritent l’appellation d’Etat. Chaque Province a une Assemblée et un Gouvernement provincial ; et à Ottawa, capitale du Canada, il y a une Assemblée et un Gouvernement fédéral. La Reine règne, mais on peut vivre au Canada sans savoir qu’un « Gouverneur général » la représente à Ottawa, assisté dans cette tâche symbolique par des « Lieutenants gouverneurs » dans les Provinces. Bien évidemment l’équilibre des pouvoirs entre « les Provinces » et « le Fédéral » est instable : les conflits sont permanents, notamment en ce qui concerne les recettes et les dépenses. Mais la tension entre le centre (le fédéral) et la périphérie (le provincial) n’est-elle pas le puissant moteur de la vie politique canadienne ? Evidemment la France n’est pas le Québec, l’Allemagne l’Ontario, l’Italie le Saskatchewan, l’Irlande l’Ile du Prince Edouard etc., mais Giscard d’Estaing n’aurait-il pas dû s’en inspirer ?
    Est-il trop tard pour refonder la construction de l’Europe ? On a cru un temps qu’il fallait créer un « noyau dur », et que les pays qui adhéraient à l’euro pouvaient le constituer : aujourd’hui ce schéma est dépassé du fait des questions que l’on se pose sur l’euro et la sortie possible (mais non encore probable) de certains pays. Mais c’est à la mesure de l’histoire longue – qui commence avec Rome, passe par Charlemagne, Charles Quint, Napoléon -, que se joue l’avenir de l’Europe, et à cette échelle de temps là rien n’est évidemment joué. On parlait jadis « d’américanisation » ; le mot est remplacé aujourd’hui par « mondialisation » ; peut-être un jour emploiera-t-on celui « d’européanisation »…
    Restent, en l’attendant, les photos de famille : s’agit-il d’images de la chronique d’une construction en cours d’achèvement… ou bien de celles d’un échec annoncé ? Nous ne demanderons pas la réponse à Mrs Thatcher…

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