Projet PS : l’Europe ne se limite pas à Bruxelles… et à l’Allemagne

Martine Aubry / Flickr, creative commons

Martine Aubry / Flickr, creative commons

Le projet du Parti socialiste (PS) en vue des élections présidentielles de 2012 a été présenté le 5 avril par Martine Aubry. Avant que ce « socle commun » soit assaisonné par chaque candidat socialiste dans les mois qui viennent, quel est sa saveur sur les questions européennes ?

Un projet sérieux sur l’Europe…

Il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas admettre que les propositions faites par les socialistes sur l’Europe tiennent la route. Et, comme lors des dernières élections européennes de 2009, ce sont les premiers (et probablement, de loin) à dégainer.

Jugez plutôt les propositions qui ne visent rien de moins qu’à « Relancer la dynamique franco-allemande, bâtir une avant-garde et changer d’Europe » (page 32) sur :

-        l’économique et le social : « mise en place au 1er janvier 2013 d’un office franco-allemand avec une capacité d’emprunt gagée sur nos deux économies » ; « l’émission d’eurobonds (emprunts européens) pour financer les investissements du futur (réseaux de transport, d’énergie, réseaux numériques, biotechnologiques…) et les champions industriels de demain »,

-        le financier : « une taxation de 0,05% des transactions financières au sein de l’Union »,

-        l’environnemental : « orienter les dépenses publiques en Europe vers la préparation du futur : l’adoption d’une assiette commune et d’un taux minimal de l’impôt sur les sociétés pour mettre fin à la concurrence mortifère entre États membres ; la construction par la coopération renforcée (…) d’une Communauté européenne des énergies pour accélérer notre transition énergétique par des investissements massifs pour réduire notre consommation, limiter notre dépendance à l’égard du nucléaire et développer les énergies renouvelables » ; « augmenter les droits de douane au niveau européen sur les produits ne respectant pas les normes internationales en matière sociale sanitaire ou environnementale ».

-        le culturel : « développer, promouvoir et protéger la création culturelle, cinématographique et audiovisuelle sur notre continent »,

-        les transports : « un co-investissement franco-allemand pour réaliser la ligne TGV Paris-Berlin d’ici la fin de la décennie ».

Concernant la méthode, c’est aux « coopérations renforcées » (p.25) (dans le domaine de la politique extérieure, ça existe aussi mais on appelle ça des « coopérations structurées permanentes ») que les socialistes croient et qu’ils souhaitent donner chair autour de la France et de l’Allemagne : « Ce groupe pionnier sera le moteur des réformes institutionnelles nécessaires pour redonner force et ambition au projet européen ».

Là aussi, on peut y voir une façon intelligente de vouloir avancer en utilisant la boîte à outils européenne existante – dans la mesure où le traité de Lisbonne ne sera pas re-négocié avant un moment, sauf si cela se fait en catimini.

… à la perspective européenne sérieusement limitée

Si ce chapitre « Europe » du projet est convaincant, le reste l’est moins dans la mesure où le projet socialiste n’intègre pas la perspective européenne (à l’exception du vocable : les termes Europe et « européen » revenant 80 fois selon Touteleurope.eu).

L’Europe est ce qu’elle a toujours été : autre chose. Bien sûr il n’est pas question de dire que l’Europe c’est la France, ou de choisir entre l’un et l’autre, mais d’admettre que la France est un acteur fondamental d’un seul et même système politique plus large qui s’appelle l’Union européenne.

Si la France peut impulser un certain nombre d’évolutions politiques à Bruxelles, les institutions européennes ont à leur tour, et depuis un certain nombre d’années, une influence sur les systèmes politiques nationaux, comme la France. Il est dommage que ce second processus ait été oublié par le projet socialiste.

L’occasion de mêler l’Europe aux politiques publiques était pourtant toute trouvée, dès la première partie relative aux propositions (pages 27 et suivantes) quand le PS, à raison, indique : « La priorité des priorités sera de redonner un avenir à la jeunesse » (p.28). Pas une ligne sur les échanges Erasmus qui demeurent limités à une élite (1% des étudiants post-secondaires en Europe), et pourtant un passage obligé pour toutes une série de postes.

Enfin, s’il semble légitime et cohérent que le moteur franco-allemand essaie une fois encore de redonner une nouvelle jeunesse à l’Europe, il est tout de même frappant que cette perspective old-school de l’UE ne soit pas complété par une ouverture à l’Est, à la Nouvelle Europe. Pas un mot sur « ces autres ». L’UE fonctionne à 27 États membres. Il ne faudrait pas complètement l’oublier…

Jamel de L’or

Membre des Cabris de l’Europe

À lire aussi : « L’Europe dans le programme socialiste pour 2012 », par Touteleurope.eu

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