La campagne des Restos du Cœur s’est terminée la semaine dernière, à l’arrivée des beaux jours. Cette initiative lancée par un comique au grand cœur dans les années 1980, et dont l’Etat français s’enorgueillit souvent durant chaque sinistre période hivernale, bénéficie pourtant d’un soutien…européen.
Cette année, les 60 000 bénévoles des Restos du Cœur ont accueilli et aidé 860 000 personnes, soit 160 000 de plus qu’il y a trois ans ; c’est beaucoup trop et face à cette misère sociale de plus en plus prégnante, les associations humanitaires voient leurs moyens humains et financiers se restreindre comme peau de chagrin.
Mais saviez-vous que si les Restos peuvent secourir des familles en si grand nombre, c’est en bonne partie grâce à l’Union européenne ? En effet, en 1986, Jacques Delors, alors Président de la Commission européenne, décide d’organiser la distribution de stocks excédentaires de produits agricoles en les destinant à des associations caritatives des États membres pour qu’elles les distribuent aux personnes étant dans le besoin.
Avant la réforme de la PAC (1992), ces produits étaient stockés et inutilisés aux frais du contribuable. Le Programme européen d’aide au plus démunis (PEAD) était né et a bien grandi au fil du temps, voyant son budget passer de 100 millions d’euros en 1988 à plus de 300 millions d’euros en 2008. Après la quasi-disparition de ces réserves, des enveloppes financières sont allouées pour l’achat direct de produits. Ainsi, les Européens de 19 Etats membres bénéficient de la solidarité européenne…sans le savoir. La France, par exemple, a reçu en 2010, la petite somme de 78 103 609 euros, soit trois fois plus que le Portugal.
Bien sûr, on peut parler de l’augmentation des salaires des collaborateurs parlementaires, du coût induit par les trajets entre Strasbourg et Bruxelles, ou de celui de l’organisation des présidences tournantes du Conseil de l’Union européenne. On omet alors souvent, dans des discours bien rôdés, d’expliquer les sommes engagées par l’Union européenne pour les Rroms que l’on renvoie à nos frontières ou les pauvres (bien de chez nous) qu’on n’aide pas.
Communiquer sur les interventions de l’Union européenne n’est pas si difficile, et celle-ci en est une, qui risque pourtant de disparaître. Pourquoi ? Parce que les négociations budgétaires associées aux discussions sur la réforme de la PAC qui s’amorcent cette année feront l’objet d’âpres négociations durant lesquelles le PEAD pourrait constituer une monnaie d’échange. Le Royaume-Uni et l’Allemagne, partisans d’une réforme de la PAC, sont ainsi opposés à la poursuite du PEAD.
L’argument est rude : l’Europe n’a pas à s’occuper des pauvres. Ah, mais qui alors ? Les Etats dont les coupes budgétaires conduisent même les flegmatiques britanniques dans la rue ? Les associations humanitaires dont la survie dépend de dons et de bonnes volontés ? Ah ! Peut-être les banquiers et les systèmes financiers au chevet desquels les chefs d’Etats se sont précipités et n’ont surtout rien fait pour réformer quoi que ce soit…
Mais rassurez-vous, les choses sont bien menées. une évaluation et une étude d’impact ont été conduites en 2008, afin de certifier en toute transparence que la valeur ajoutée du PEAD ne justifie pas son maintien. 25% du financement des Restos du cœur disparaîtrait alors au nom du fait du/des Princes, de quoi en perdre l’appétit.
Sauf peut être si le citoyen, ou le Parlement européen, dernier bastion des libertés fondamentales, se saisissent du sujet. A bon entendeur…
Hilde Spinely
Membre des Cabris de l’Europe
Sur le même sujet : Sans l’UE, pas de Restos du Cœur par Jean-Sébastien Lefebvre












[...] Le beurre et l'argent du beurreSlate.frLa campagne des Restos du Cœur s'est terminée la semaine dernière, à l'arrivée des beaux jours. Cette initiative lancée par un comique au grand cœur dans les années 1980, et dont l'Etat français s'enorgueillit souvent durant chaque sinistre période … [...]