Galileo: un projet qui ne tourne pas rond

Galilée / Flickr, creative commonsGalilée / Flickr, creative commons

Le projet Galileo a pour but de fournir une alternative européenne au système de positionnement par satellites américain GPS. Cependant, le projet souffre d’important retard et le coût a du être revu à la hausse. Galileo en vaut-il la peine ? Pas si sûr…

Galileo est le projet européen de système de positionnement par satellite, un équivalent au GPS. L’Agence Spatiale européenne et la Commission européenne gèrent le projet en commun. Le système devrait, à terme, être constitué de 30 satellites en orbite, qui envoient vers la terre un signal régulier que les récepteurs utilisent pour calculer leur position. Galileo promet une localisation avec une précision d’environ un mètre ; de plus le signal sera compatible avec le système GPS.

Ce projet a été lancé officiellement en 2003 pour un déploiement entre 2006 et 2010. Aujourd’hui, le projet est très en retard avec seulement deux satellites de test en orbite. Le coût estimé de Galileo a presque doublé passant de 3,4 milliards d’euros en 2003 à 6,4 milliard en 2010. Le calendrier actuel prévoit un déploiement de 60% du système pour 2014, et cela reste une estimation optimiste.

Dans le cadre de l’innovation technologique, Galileo est un moyen de développer un savoir technologique avancé et d’affirmer la présence de l’Union européenne dans l’espace. L’explosion des technologies de localisation, marquée par la présence de récepteur GPS dans n’importe quel smartphone, permettant à son utilisateur d’informer le monde entier de l’endroit exact où il mange un sandwich, est un argument fort pour la Commission européenne qui prévoit une énorme croissance du marché de la navigation par satellites (+30% «depuis quelques années») et espère que le secteur privé paiera une partie de la facture.

La Commission annonce que le système Galileo rapportera 90 milliards d’euro sur 12 ans à l’économie européenne sous forme de revenus supplémentaires pour l’industrie. Les secteurs qui devraient bénéficier de Galileo sont les transports (routiers, marins et aériens), la protection civile et de l’environnement, la gestions des ressources minières et, bien sur, les services localisés par le biais de la téléphonie mobile. Cependant il est très difficile d’anticiper l’apport véritable dans ces domaines de Galileo par rapport au seul système GPS.

D’un point de vue stratégique, le développement de Galileo a du sens : en effet, le GPS est géré par les militaires américains, nous sommes donc dépendant d’un système militaire étranger. L’UE n’est pas la seule à développer son propre système de positionnement par satellites : les Russes ont développé le système GLONASS depuis la période de la Guerre froide et la Chine est en train de développer son système : Beidou.

Cependant, Galileo est-il vraiment nécessaire ? C’est un projet coûteux, d’autant plus qu’il a pris énormément de retard. La Cour des Comptes européenne a d’ailleurs épinglé Galileo en 2009 à ce sujet. Certes, la promesse d’une localisation de grande précision est attirante, mais ce que donne le système GPS est largement suffisant dans la majorité des cas. Galileo serait un substitut, au mieux un complément, à un système déjà satisfaisant et largement utilisé.

Si le risque stratégique lié à la dépendance à un système militaire étranger peut être évoqué, une coupure du service GPS est très improbable, la société civile et l’économie des Etats-Unis dépendant largement du positionnement par satellite. D’ailleurs, le département de la défense américain a annoncé en 2007 que la fonction off du GPS public ne sera plus implémentée lors du renouvellement de la flotte satellite, faisant disparaître le risque d’une coupure de service.

Le système Galileo qui devrait être déployé et fonctionné aujourd’hui n’en est qu’à sa phase de test et nécessitera encore plusieurs années et plusieurs milliards d’euros avant d’être terminé. Or, l’intérêt du projet diminue à mesure que le temps passe, les besoins liés à la localisation par satellite ayant énormément évolué depuis 2003. Il n’est pas trop tard pour repenser Galileo qui dans sa forme actuelle est un gâchis de temps et d’argent.

Le renouvellement de la flotte GPS et le maintien de celle-ci, risquent de dépendre de plus en plus des applications civiles à mesure que le positionnement par satellites se fait plus présent dans les objets du quotidien. L’Europe, qui maintient sa capacité de lancement spatiale, contrairement aux Etats-Unis, peut jouer un rôle important dans ce domaine.

Le projet avait du sens il y a dix ans, quand le GPS n’était pas encore omniprésent. Aujourd’hui, Galileo est tout simplement trop cher par rapport à ce qu’il apporte et doit être complètement repensé pour proposer un véritable intérêt à un coût raisonnable.

Greg Henning

Doctorant en Physique,

Blogueur sur EU Weekly

11 Réponses pour “Galileo: un projet qui ne tourne pas rond”

  1. Paul says:

    Je crois quand même que le développement d’un système de géolocalisation autonome de l’étranger (militaire ou pas) au délà de l’aspect technique ou pratique va permettre de commencer l’Europe de la défense nouveau pan en plus de l’Europe économique, peut être alors suivra l’Europe politique. Non ?
    Surtout face à la Russie (pourquoi ne pas l’inclure au projet d’ailleurs ??) et à la Chine…

    • G Henning says:

      L’Europe de la défense n’est pas véritablement considérée comme une application de Galileo, même si il est vrai que le service de localisation étant accessible à tous, il peut être utilisé pour des applications militaires.

      La motivation de la PESD pourrait être une justification du prix de Galileo, mais elle n’existe pas actuellement.

      La Russie développe son propre système de localisation satellite, il est donc peu probable qu’elle souhaitera se joindre à Galileo

  2. Fx jacobs says:

    Ca s’appelle le prix de indépendance, si on achetais des C-130 au lieu des A400 M ce serait moins chère par exemple pareil pour des F-16 à la place des Rafales ou autre Eurofighter.

    On est conscient que c’est plus chère et que les Américains peuvent nous vendre un équivalent, mais on à décider politiquement de le faire nous même afin d’être indépendant dans ce domaine.

    • G Henning says:

      L’usage du GPS est gratuit, comme serait celui de Galileo. Donc, pas besoin d’acheter quoique ce soit aux USA, de la même manière, on ne pourrait leur “vendre” Galileo.

      L’indépendance par rapports aux Américains est à prendre en considération dans le cadre de Galileo. Le coût du système en vaut-il la peine ? C’est un débat à tenir. Un des points de vue (et ce n’est pas le seul, heureusement) est que les bénéfices sont faibles par rapport aux dépenses.

  3. Titeufe says:

    Je me méfie toujours quand les projets européens sont battus en brèche pour imposer un modèle sous tutelle américaine. Donc VIVE GALILEO!

  4. Martin says:

    Merci pour cet article… qui s’ajoute à la longue liste des “opinions” à courte-vue sur Galileo, écrites la plume légère sans recherche substantielle préalable sur le sujet. On a connu mieux chez Slate…

    Un seul exemple : il est tout à fait possible de brouiller les signaux GPS sur un territoire donné sans affecter pour le moins du monde la qualité du signal émis sur le territoire américain et ailleurs dans le monde. La phrase suivante : “Si le risque stratégique lié à la dépendance à un système militaire étranger peut être évoqué, une coupure du service GPS est très improbable, la société civile et l’économie des Etats-Unis dépendant largement du positionnement par satellite” est donc tout à fait dénuée de pertinence, et pour un scientifique c’est troublant… Si les Etats-Unis sont opposés à une intervention militaire sur un territoire donné, ils peuvent donc tout à fait brouiller le GPS sur ce territoire (heureusement que les avions français ne sont pas dépendants du Glonass pour la Lybie…).

    Et en plusn cher Monsieur, ne confondons pas le service ouvert du GPS avec les signaux cryptés et précis utilisés à des fins militaires…

    Même certains pays sceptiques (voire plus) sur Galileo au départ ont compris l’intérêt stratégique du programme : voir une étude scientifique britannique récente mettant en avant les dangers liés à la dépendance à un seul système sat-nav mondial de qualité… http://www.raeng.org.uk/news/publications/list/reports/RAoE_Global_Navigation_Systems_Report.pdf.

    Merci donc de travailler vos articles avec autant de rigueur que votre thèse de physique… cel

    • G Henning says:

      Le fait qu’une partie du signal GPS soit crypté et utilisé à des fins militaire, n’enlève en rien au fait qu’il y a toujours un signal “en clair” qui peut être utilisé par tous gratuitement ; et que le Pentagone s’est engagé à maintenir (certes, nous n’avons là que la promesse américaine)

  5. Antonio says:

    Ce type d’article manque totalement de credibilite car emanant probablement d’un lobby (ressemble beaucoup a un article de comm’). Triste monde ou on ne peut plus croire ce qu’on lit surtout lorsque de gros interets sont en jeu….

    • G Henning says:

      Et cependant, je ne suis connecté à aucun lobby et mon usage du GPS est limité au boitier qui se trouve dans mon automobile pour m’aider à trouver mon chemin.

  6. TERRY says:

    6,4 milliards d’euros. L’Europe n’arrive pas à se payer ce que des compagnies comme Apple ou Google pourraient s’offrir sans que cela ne déséquilibre leur trésorerie….
    On prend la mesure de leur puissance…

  7. [...] il y a quelques mois exprimé mon scepticisme vis à vis de la nécessité du projet de positionnement par satellite Euro…, arguant que ce projet très couteux n’aller pas apportez grand chose par rapport aux [...]

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