Don’t forget Balkans…

L’Union européenne (UE) aimerait continuer à pouvoir repousser les Balkans au dernier plan de ses préoccupations. Mais, sans remonter jusqu’en 1914, cette région a su montrer – et avec violence – que si l’Europe ne s’intéressait pas à elle, ce serait à son propre détriment.

Quand les guerres yougoslaves ont débuté au début des années 1990, l’UE avait bien d’autres chats à fouetter que de s’en préoccuper. L’Allemagne était en train de se réunifier, Maastricht et la marche vers l’euro se préparait, la France pro-serbe et l’Allemagne pro-croate ne pouvaient qu’y trouver un sujet de dissension. Et puis, comme chacun sait, les Balkans « c’est compliqué »… Il a fallu un génocide, un changement de Président à la tête de la France et l’implication ferme des Etats-Unis, pour que l’UE finisse par prendre une position commune et assume sa place pour faire cesser cette guerre.

L’Europe s’est montrée plus impliquée dans l’après-guerre : des bataillons et une première intervention militaire sous les couleurs européennes en Bosnie, des fonds pour la reconstruction de l’ensemble de la région, et des structures administratives et juridiques via Eulex au Kosovo. Mais si les guerres yougoslaves ne font plus parler les armes, elles ne sont pas encore résolues. Elles laissent leurs empreintes au cœur de chacun des pays impliqué. Et l’UE persiste à croire que sont des queues de comète.

En Bosnie, les accords de Dayton, qui ont permis à leur époque de conclure la guerre la moins mal possible, ont démontré leur inadaptation à l’évolution du pays. Celui-ci reste scindé en deux – entre la Fédération croato-bosniaque et la Republika Serpska – si ce n’est en trois, la fédération croato-musulmane restant bien illusoire, et chaque communauté reste repliée sur son identité. Cette partition nationaliste si ce n’est juridique du pays, a conduit à un blocage « à la belge » des institutions suite aux élections d’octobre 2010.

Le Kosovo, dont l’indépendance en février 2008, n’a été reconnue que par une partie des pays de l’UE, reste un Etat atrophié, tant structurellement, que du fait de ce statut juridique indéterminé face à la communauté internationale. Une raison d’espérer est néanmoins récemment apparue, le Kosovo et la Serbie ayant accepté d’entamer un dialogue direct à Bruxelles, depuis le 8 mars dernier, et ce malgré toutes les tensions que cette initiative est susceptible de susciter dans les populations des deux pays. La Slovénie a décidé de faciliter le dialogue entre les deux gouvernements, ayant choisi de servir de relai auprès de l’UE sur l’ensemble des problèmes des Balkans.

La guerre se rappelle aussi à la mémoire de l’Europe à travers les tensions suscitées par l’arrestation de Divjak, général d’origine serbe ayant combattu du côté bosniaque et défendu Sarajevo avec acharnement, et devenu de ce fait un héros pour les Bosniaques et un criminel de guerre pour les Serbes. Arrêté la semaine dernière en Autriche suite à un mandat d’arrêt international lancé par la Serbie, il a été libéré après le versement d’une caution, mais son arrestation a suscité l’émoi en Bosnie et parmi les intellectuels s’étant impliqués au moment de la guerre. Cet événement démontre que le travail pour résorber les nationalismes et déconstruire la propagande de guerre a été insuffisant. Et tant que ce travail n’aura pas été fait, toute la zone continuera à remuer ses braises, avec en toile de fond la question des crimes de guerre et des disparus.

Or, les Balkans pourraient entrainer d’autres problèmes. La zone connaît de fortes tensions sociales et politiques. La Serbie et surtout l’Albanie ont connu ces derniers mois de violentes manifestations (avec trois morts à Tirana). La suppression de l’obligation de visas pour se rendre en Europe pour les ressortissants bosniens et albanais depuis décembre 2010 est aussi susceptible de poser des questions de flux migratoires si la situation politique et sociale dans leurs pays ne s’améliore pas.

Enfin et surtout, ces pays sont tous, à terme, promis à intégrer l’UE. Celle-ci aurait donc tout intérêt à les aider à gérer au plus vite leurs problèmes en renforçant sa politique de voisinage, notamment ceux issus de la guerre. Les pierres sur le pont de Mostar – reconstruit d’ailleurs avec des fonds européens – sont là pour nous rappeler : n’oublions pas les Balkans et ce qu’ils ont vécu.

Orsolya Veille

Membre des Cabris de l’Europe

2 Réponses pour “Don’t forget Balkans…”

  1. Le processus d’adhésion de la Croatie a mis beaucoup trop de temps aux yeux de ses habitants. Quant à la Serbie, elle n’adhèrera pas avant 2020, si ce n’est 2025.

  2. Jamel de L'or says:

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