Et un de plus! L’État du Sud-Soudan fera son apparition sur la scène politique internationale, lorsqu’il sera reconnu par la communauté internationale en juillet prochain.
En effet, c’est sans surprise que près de 4 millions d’électeurs Sud-Soudanais, appelés aux urnes dans le cadre du référendum d’autodétermination, se sont prononcés en faveur de l’indépendance de la région à hauteur de 98,83%, selon les résultats définitifs rendu public le 14 février. La création de ces deux États distincts, en guerre durant deux décennies, est un moment « historique » selon la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton et selon qui ce référendum constitue « une étape décisive dans la mise en œuvre de l’accord de paix global, dont l’Union Européenne est témoin ». Omar El-Béchir président soudanais sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par la Cour Pénale Internationale, s’est quand à lui engager ‘’à maintenir les liens entre le Nord et le Sud” et “à maintenir de bonnes relations fondées sur la coopération”.
La liesse et après?
L’enthousiasme suscité à Juba, principale ville du Sud-Soudan, après le plébiscite enregistré laisse maintenant place à de nombreux défis. En effet, depuis l’annonce des résultats définitifs, environ 300 réfugiés ont été recueillis par les Nations Unies dans la ville d’Abyei, à la suite de violences constatées entre l’armée et des factions rebelles dans la partie Nord. L’annonce des résultats et l’acceptation par Omar el-Béchir des résultats du référendum n’auront pas suffit à mettre fin aux violences.
La paix reste donc fragile dans cette région du monde ou plus de deux millions de victimes ont péri durant vingt-deux ans de guerre civile, entre 1983 et 2005. Il apparait essentiel que la consolidation de la paix soit placée au cœur des négociations post-référendaires qui s’ouvrent et que la crise persistante au Darfour (Ouest du Soudan) ne soit pas relayé au second plan. Il en va de la stabilité de la région et des relations de « bon voisinage » entre le Sud-Soudan et le régime de Khartoum.
Les questions essentielles portant sur les principes constitutifs de la formation d’un État de droit seront également cruciales. Ainsi, la délimitation des frontières suscitant déjà de vives contestations, la définition de la population marquée par une diversité ethnique, et la mise en place d’institutions selon des règles du jeu claires, démocratiques et transparentes sont un impératif.
Le spectre du « syndrome hollandais »
Le spectre de « la malédiction des ressources » connue également sous le nom du « syndrome hollandais », concept selon lequel l’accroissement des exportations de ressources naturelles entraine des effets néfastes sur les autres secteurs de l’économie, plane de manière prononcée sur cette région du monde. En dépit du fait que le Sud-Soudan possède trois-quarts des ressources pétrolières, ce pays reste également l’un des plus pauvres de la planète. Le partage de la rente entre le Nord et le Sud, sera un élément pacificateur ou provoquera inévitablement un Cassus Belli entre les deux États. Les institutions dans leur ensemble n’étant pas encore consolidées et pour l’essentiel créées, le pays pourrait ainsi rapidement se transformer, comme beaucoup d’autres États de part et d’autre dans le monde, en théâtre de la mal gouvernance, de la corruption, du clientélisme politique, en somme sombrer dans un scénario marqué par une utilisation des recettes publiques à mauvais escient empêchant le développement d’une région prometteuse et laissant une fois de plus la majeure partie de la population dans la pauvreté la plus extrême.
Sud-Soudan, Union Européenne et Realpolitik
Le nouvel État du Sud-Soudan se devra également d’être vigilent quand à la bienveillance affichée des puissances étrangères dont les États-Unis, la Chine ou encore l’Union européenne (UE) ayant vivement exprimés leurs intérêts à l’égard de ce nouvel État riche en pétrole. Ainsi, l’UE par la voix de Catherine Ashton a déclaré souhaiter « développer un partenariat étroit et de longue durée avec le Sud-Soudan qui doit devenir un nouvel État”. Force est de se demander quelle forme prendra ledit « partenariat »? Sera-t-il exclusivement tourné vers les ressources pétrolières? Sera-t-il d’ordre militaire? Servira t-il à établir et à consolider les Institutions de manière transparente et sans ingérence? Sera-t-il profitable à la population locale? Autant de questions qui restent en suspend à l’égard de toutes ces déclarations de bonnes intentions.
Il est important que l’UE accompagne ce nouvel État dans les domaines clés du développement local et de la décentralisation, afin de limiter certains effets néfastes du « syndrome hollandais » et d’ouvrir la voie à un fonctionnement des institutions davantage démocratique et participatif. L’UE, qui reste le plus grand donateur en Afrique, doit donc intervenir en tant qu’entité globale et non pas selon des logiques guidées par les seuls intérêts de certains États membres au risque de voir son rôle décrédibilisé et sa volonté de se rapprocher du continent africain minée.
Là où des États ont mis des siècles à se constituer en véritable nation et à instaurer un État de droit, le compte à rebours est déjà lancé pour les dirigeants Sud-Soudanais à qui il ne reste que six mois pour créer « l’État 193 ». Pax vobiscum.
Khoudia NDIAYE
Chargée de mission en Affaires internationales












