ITER: Quand la fusion des atomes divise (1/2)

Atomium, Bruxelles / Flickr, creative commons

Atomium, Bruxelles / Flickr, creative commons

Le projet « International Thermonuclear Experimental Reactor » (Réacteur Thermonucléaire Expérimental International, ITER), une collaboration scientifique internationale entre l’Union Européenne, la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, la Russie et les Etats-Unis, a pour objectif de construire et faire fonctionner un réacteur expérimental de fusion nucléaire avant 2020. Mais le projet a pris du retard et a eu besoin en 2010 d’une rallonge budgétaire significative. Le projet est-il viable et mérite-t-il d’être financé ? Les points de vues s’opposent.

L’Europe et les atomes, une longue histoire (d’amour ?)

L’Union européenne (UE) n’a pas attendu longtemps pour coordonner la recherche sur l’énergie nucléaire entre les États membres: la communauté EURATOM a été créée en 1958 à cet effet. La recherche dédiée à la fusion a commencé dans ce cadre; elle se concrétise notamment en 1983 avec le projet Joint European Torus (Tore Commun Européen, JET). ITER est la poursuite de ces étapes.

Le projet ITER lui-même remonte à 1985 lorsque la France, la Grande-Bretagne, l’URSS et les États-Unis s’accordèrent pour développer ensemble la fusion nucléaire à des fins pacifiques. Bien des années plus tard, dans un projet rassemblant l’UE, la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, la Russie et les États-Unis, l’accord établissant ITER était signé en 2005 et ratifé en octobre 2007. Les travaux de constructions des bâtiments du centre de recherche d’ITER, en France à Cadarache, n’ont commencé qu’en Aout 2010.

L’objectif est maintenant de produire les premiers plasmas (gaz à très haute température) en 2019 et les premières réactions de fusion en 2026.

Le traité établissant ITER expire en 2042 (lire ici) – si la collaboration n’est pas étendue au-delà ; le réacteur de recherche devra être démantelé à cette date.

Que se passe-t-il dans ITER ?

Le réacteur expérimental ITER a pour but d’étudier la fusion de noyaux très légers dans des conditions semblables à celles que l’on trouve au coeur des étoiles. Des noyaux de Deutérium et de Tritium (parmi les noyaux les plus répandus et les plus légers dans l’Univers), soumis à une forte pression et température, fusionnent pour produire de l’Hélium (un gaz non toxique et chimiquement inerte, qui ne contribue pas à l’effet de serre) et de l’énergie en grande quantité. Cette énergie peut être récupérée pour produire de l’électricité.

La réaction de fusion se distingue fortement de la fission utilisée dans les centrales nucléaires actuelles et résout un certain nombre de problèmes posés par la fission : une énorme réduction du volume de déchets et de la dangerosité de ceux-ci, et pas de risque d’emballement de la réaction qui conduirait à l’explosion du réacteur.

Un budget en expansion

Les partenaires dans le projet ITER en partagent les dépenses. En tant qu’hôte du projet, l’UE assure 45% du financement soit 2,7 milliards d’euros. Le financement va évoluer: la phase de construction est majoritairement financée par l’UE, la part des pays partenaires augmentera durant la phase d’opération. Par exemple, les États-Unis contribuent à 9% durant la construction, mais leur participation augmentera à 13% lors des opérations.

En 2001, le budget total était évalué à 5,9 milliards d’euros, mais ce chiffre atteint à présent 7,2 milliards (+22%). Cette augmentation est due à des retards dans la préparation du site, des révisions de la conception et l’ajout d’équipements de tests au projet.

Pour faire face à ces besoins supplémentaires à court terme (1,4 milliard nécessaire jusque 2013), la Commission européenne va redéployer des crédits du 7ème programme cadre de recherche et redistribuer les fonds du cadre financier pluriannuel en faveur d’ITER.

Par opposition, les États-Unis diminuent pour l’année fiscale 2011 (12 mois à partir d’Octobre 2010) leurs dépenses liées à ITER : de 135 millions de dollars (environ 104 millions d’euros) pour l’année fiscale 2010, le budget « ITER » chute à 80 millions de dollars (62 millions d’euros), une diminution de 40% de leur contribution (lire ici, pages 233-236). Cette diminution alors que l’UE met la main à la poche a plusieurs explications : principalement, la contribution des États-Unis pour la phase de construction est limitée. Pour l’instant les États-Unis contribuent surtout à la recherche et au développement. Lorsque les bâtiments seront terminés ils participeront activement à la construction du réacteur de fusion et leurs dépenses augmenteront en conséquence. D’autres facteurs, comme le taux de change euro/dollar, entrent aussi en jeu.

Greg Henning

Blogueur sur EU Weekly

2 Réponses pour “ITER: Quand la fusion des atomes divise (1/2)”

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